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Du GSPC à Al-Qaeda au Maghreb

Après l’arrivée de Droukdel à la tête du GSPC, les actions armées revendiquées par l’organisation « salafiste » vont se multiplier en 2005 et plus encore en 2006, atteignant un niveau sans commune mesure avec celui des années précédentes. Elles visent majoritairement les forces de sécurité, lesquelles compteront des centaines de victimes dans leurs rangs – même si s’accentue parallèlement, dans tout le pays, une « violence terroriste » frappant les civils et relevant du pur banditisme. La « lutte antiterroriste » conduite par l’armée et les forces de sécurité va également s’intensifier, marquée par de spectaculaires opérations contre les « maquis » et la liquidation de centaines de « terroristes » ; mais, curieusement, les « victoires » régulièrement saluées par des dizaines d’articles de la presse algérienne, lesquels donnent toujours le GSPC comme pratiquement « démantelé », semblent n’avoir aucun effet sur la recrudescence de ses actions armées, qui tranche nettement avec son activisme relativement limité des années 1998-2002. D’où de légitimes interrogations sur le nombre de « terroristes » présents dans les maquis : « 700 à 800 », affirme en mars 2006 le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni, soit… le même chiffre qu’il avait donné cinq ans plus tôt[89].

Cette montée en puissance du GSPC semble bien le fruit du double objectif alors poursuivi par les chefs du DRS, les généraux Mohammed « Tewfik » Médiène et Smaïl Lamari, en poste depuis 1990. Sur le plan interne, il s’agit pour eux, comme ils l’avaient fait en 1997 en instrumentalisant les massacres commis par les GIA pour affaiblir le président Zéroual, de faire pression sur le président Abdelaziz Bouteflika : s’ils avaient permis sa réélection le 8 avril 2004 (par un scrutin truqué comme à l’habitude), c’était en effet d’abord pour que celui-ci, réputé pour son entregent international, fasse accepter le blanchiment légal des crimes contre l’humanité commis par ces généraux. Mais Bouteflika, sachant que c’est là son seul atout pour tenter d’élargir sa très maigre marge de manœuvre face aux chefs du DRS, recule sans cesse l’échéance (ce n’est qu’en septembre 2005, contraint et forcé, qu’il fera adopter par référendum sa « charte pour la paix et la réconciliation nationale » – valant amnistie des généraux criminels -, dont il retardera les décrets d’application jusqu’au 21 février 2006).

Et, sur le plan externe, l’instrumentalisation de la violence croissante du GSPC va servir aux chefs du DRS à légitimer aux yeux de la communauté internationale, et en premier lieu des États-Unis, leur rôle éminent dans la « Global War in Terror » états-unienne. Ce n’est qu’en septembre 2006, comme on va le voir, que l’un des chefs présumés d’Al-Qaida adoubera enfin le GSPC algérien. Mais au cours des années qui précèdent – surtout après l’affaire des otages du Sahara de 2003 -, les services d’action psychologique du DRS ne ménageront pas leurs efforts pour légitimer, avec succès, auprès des services et des médias occidentaux l’idée de l’allégeance du GSPC à la nébuleuse islamiste responsable des attentats du 11 septembre 2001.

Un combat d’abord cantonné à l’Algérie

Dès 1999, certains journalistes algériens évoquent des liens entre le GSPC et Al-Qaida. Ainsi, à peine le GSPC constitué, il est rapporté que Mohamed Berrached, un repenti jugé par le tribunal de Tizi-Ouzou, aurait affirmé que Ben Laden serait à l’origine de la création du GSPC de Hassan Hattab[90]. Mais le texte annonçant la création du GSPC et le pacte lui servant de programme ne mentionnent aucun lien organisationnel avec une quelconque « internationale islamiste », Al-Qaida ou autre – même si, dans les écrits du groupe, les luttes armées d’autres organisations se réclamant de l’islam sont parfois évoquées, en particulier celle des Tchétchènes.

Le communiqué publié par le GSPC peu après les attentats du 11 septembre n’a pas été repris sur le site de l’organisation, qui regroupait alors ses communiqués, des textes de fond rédigés par ses membres et des documents circulant sur de nombreux sites islamistes[91]. Pourtant, certains journalistes européens ont affirmé en 2002 que le GSPC a salué les attentats dès septembre 2001[92], alors même que la presse algérienne de l’époque ne s’en est pas fait l’écho. De fait, cette prétendue « information » se révèlera fausse, indiquant au passage que les services de renseignements occidentaux et leurs relais médiatiques ont eux aussi, avant même leurs homologues algériens, instrumentalisé l’« internationalisation islamiste » du GSPC.

En effet, ce n’est que le 11 septembre 2003 qu’un communiqué du GSPC, signé par Nabil Sahraoui (son nouvel « émir », rappelons-le, depuis le mois précédent), affirme qu’il retire son « communiqué n° 16 » daté du 19 septembre 2001 relatif aux attentats de New York et Washington, au motif qu’il comporterait des « erreurs » (selon des commentaires de presse parus plus d’un mois après, le GSPC de Hassan Hattab avait alors estimé que les attentats ne pouvaient, d’un point de vue islamique, être considérés comme des actes « légitimes »). Certains journaux algériens interprètent ce communiqué de Sahraoui comme un acte d’allégeance à Al-Qaida[93], d’autres comme l’inscription des actions du GSPC pour la première fois dans un contexte international[94]. Au moment de la publication de ce communiqué, on l’a vu, le GSPC avait fait son entrée sur la scène internationale avec l’enlèvement des touristes au Sahara début 2003.

En comparaison avec les écrits du GSPC de 2007 officialisant son allégeance à Al-Qaida, il est difficile d’interpréter ce communiqué du 11 septembre 2003 comme un signe clair de subordination à l’organisation de Ben Laden, puisque le groupe algérien se contente alors d’exprimer sa « fidélité » ou « loyauté » (wala’) « à tout musulman qui fait profession de foi, à tout combattant qui brandit l’étendard du djihad en Palestine, en Afghanistan sous l’émirat de Mulla Omar, en Tchétchénie, aux Philippines et à l’organisation Al-Qaida sous l’émirat d’Oussama Ben Laden, et à tout détenu dans les prisons des tyrans ; elle appelle tous les moudjahiddines – chacun à sa place – à l’union dans la parole et à serrer les rangs ».

Dans l’interview déjà citée de Nabil Sahraoui datée de décembre 2003 et publiée en avril 2004 dans le premier numéro de la revue du GSPC, Al-Jamaâ, celui-ci félicite Oussama Ben Laden, saluant le rôle qu’il a joué dans la lutte des Afghans contre l’armée soviétique et son soutien aux combattants arabes en Afghanistan. Questionné à propos de la relation qu’entretient la lutte du GSPC avec celle d’Al-Qaida et d’autres groupes djihadistes, il affirme qu’elle peut être qualifiée de « complémentaire », selon le « sixième objectif » énoncé dans le pacte de l’organisation salafiste algérienne : « Le GSPC est le moyen au cours d’une étape donnée pour accéder à l’édification de la juste direction de la communauté des musulmans (el-khilafa arrachida). » Et il ajoute que « la loyauté envers l’islam et la sunna doit précéder la loyauté envers tout autre cadre, quels que soient leurs rôles ou leur importance, et le musulman est le frère du musulman ; et si leurs territoires sont divisés, à chacun le droit au soutien, selon le principe 9 du pacte ».

À cette époque, le GSPC exprime donc sa proximité d’Al-Qaida, mais il ne peut être question ni d’allégeance ni de liens organiques avec l’organisation de Ben Laden. En mai 2004 – un mois avant de trouver la mort dans un accrochage avec l’armée -, l’émir national Nabil Sahraoui explique dans un nouvel entretien (qui sera publié dans la revue du GSPC en décembre) qu’il déplore la situation des musulmans dans différentes régions du monde et combat les Juifs et les chrétiens : il appelle au combat contre ces derniers, mais à aucun moment, il ne se réfère aux organisations djihadistes « internationales ». Il semble que le combat que mène le GSPC concerne exclusivement l’Algérie.

2002-2004 : les « preuves » très fragiles de l’allégeance du GSPC à Al-Qaida

Jusqu’au printemps 2004, on constate ainsi un décalage entre les trois sources principales d’informations concernant le GSPC : les journalistes algériens « sécuritaires » relais du DRS, les services de renseignements américains et le site Web du GSPC lui-même. Cet imbroglio n’est pas facile à interpréter. Une explication possible tiendrait aux intérêts respectifs des deux principaux acteurs de ce théâtre d’ombres. Le DRS, pour sa part, jouerait sur deux tableaux : consolider, en direction de l’opinion occidentale, la thèse de l’allégeance du GSPC à Al-Qaida par les écrits de ses relais dans la presse algérienne ; et valider, via la communication du GSPC (notamment sur son site Web contrôlé par le DRS), l’idée du combat nationaliste contre le « tyran » (taghout) algérien, pour faciliter le recrutement de nouveaux djihadistes. Quant aux services secrets américains, il s’agirait pour eux de valider aux yeux des médias occidentaux l’idée d’une nouvelle menace islamiste liée à Al-Qaida en Afrique, afin de légitimer la « Global War on Terror » de l’administration Bush et la présence militaire américaine dans le Sahel (ainsi, dès l’été 2001, des experts américains avaient annoncé que les intérêts des États-Unis seraient menacés par un groupe terroriste lié au GSPC et entraîné en Afghanistan par des combattants d’Al-Qaida[95]).

Curieusement, durant cette période de l’après-concorde civile, et tandis que le nombre de membres du GSPC s’étant rendus aux autorités reste faible, la presse algérienne fait de plus en plus souvent état de défections et dissidences au GSPC. Début 2002, les services secrets français auraient même annoncé la « fin prochaine du GSPC » ; « les dissensions qui ont affaibli la pyramide de commandement au sein du groupe de Hattab, ainsi que les défections enregistrées après les récentes opérations de l’armée algérienne » expliqueraient cette « prochaine éradication »[96]. Et malgré cet « affaiblissement », certains experts et la presse algérienne veulent faire croire qu’Al-Qaida aurait choisi l’Algérie comme une de ses bases arrière en s’appuyant sur le GSPC.

Pourtant à cette époque, les preuves de cette alliance entre le GSPC et Al-Qaida ou de l’implantation de cette dernière dans le pays sont difficiles à trouver. Il faut se contenter de ce genre d’assertions, parfois remises en cause par ceux-là mêmes qui les propagent. Ainsi, en février 2002, le quotidien L’Expression, l’un des plus fervents adeptes de cette thèse, rapporte des propos de Mahfoud Bennoune, ex-membre du Conseil consultatif (pseudo-Parlement créé en 1992 après la dissolution de toutes les institutions constitutionnelles), présenté comme « l’un des rares observateurs du dossier terroriste en Algérie » : « Les éléments qui indiquent les liens entre ces deux organisations ne sont pas très explicites. Hormis la dernière bande vidéo montrant les jeunes appelés algériens se faire massacrer par un des dissidents de Hattab, en l’occurrence Abderrezak El-Para, peu d’indices confirment le lien. En tout cas, cette bande vidéo a été acheminée par des éléments d’Al-Qaida et distribuée à Londres aux endroits des recrutements pour le compte de cette dernière[97]. » Une « démonstration » assurément fragile…

Mais ce qui est intéressant dans ce propos, c’est le rôle attribué à Abderrezak El-Para, présenté comme opposant à Hattab. Personnage obscur jusqu’en 2003, sa « carrière » sera en effet le plus souvent associée à Al-Qaida par les journalistes « sécuritaires » algériens. Ainsi, dès 2002, on apprendra qu’il aurait été le correspondant d’un émissaire yéménite d’Al-Qaida du nom de Mohamed Alwan Abdelwahid, alias Abou Mohamed El-Yamani, venu en Algérie en 2001 pour concrétiser la coopération entre les deux organisations et qui aurait été abattu par l’armée algérienne en septembre 2002 (ou février, selon les sources, fluctuantes, de la presse algérienne)[98]. C’est à l’époque l’élément clé présenté par l’armée algérienne pour étayer la fameuse thèse de la connexion du GSPC à Al-Qaida. Et il se trouve aussi toujours un responsable américain qui, sous couvert d’anonymat, confirme l’importance du personnage[99]. L’information se fonde également sur une cassette vidéo (ou audio, selon les sources) diffusée en octobre 2004 par le GSPC, dans laquelle cet émissaire « donne la caution d’Al-Qaida aux salafistes algériens : “J’avais dans l’idée en venant en Algérie, à partir de ce qui se diffuse comme propagande sur les salafistes algériens, de trouver des membres de At-Takfir wa Al-Hijra et des éléments des services de renseignements, ou que les salafistes ne représentaient qu’une minorité traquée dans les montagnes. [...] Mais il s’avère que ce groupe constitue une élite de salafistes après avoir été débarrassé de tous les éléments suspects qui ont préféré choisir la voie de la reddition. Lorsque notre cheikh Oussama Ben Laden verra la réalité et les nouvelles que je lui apporte, il aura une image plus claire du djihad en Algérie”, indique la voix enregistrée[100]. »

Or, le journaliste du Quotidien d’Oran qui rapporte cet extrait cite également dans le même article deux membres du GSPC arrêtés et un repenti, selon lesquels cet enregistrement était un faux, fabriqué par la cellule audiovisuelle du GSPC ! Donc, en 2004, les seuls éléments qui indiqueraient une relation avec Al-Qaida sont un cadavre, que nul n’a vu, et un faux. De plus, dans la « littérature » du GSPC des années 2002 et 2003, aucune mention n’existe de l’émissaire de Ben Laden – lequel aurait pourtant séjourné plus d’un an en Algérie, accompagné d’Abderrezak El-Para -, ni de cassettes ou d’autres prises de contact avec les responsables d’Al-Qaida.

Mais ce ne sont pas uniquement les services de renseignements algériens par médias interposés qui s’efforcent d’établir une connexion entre les deux organisations. Américains et Français, chacun pour des motifs propres, sont à l’affût de toute indication, quitte à la déformer, pour brandir la menace du terrorisme islamiste dans la région. Ainsi, en juin 2005, un article alarmiste du quotidien Le Monde indique que, selon les services de renseignements français, « le GSPC algérien menacerait la France dans le cadre du “djihad” international[101] ». Preuve avancée : le 14 octobre 2004, Abdelmalek Droukdel aurait envoyé une lettre à Abou Moussab Al-Zarkaoui, laquelle aurait été « interceptée par les services américains » ; l’émir national du GSPC y inviterait le chef d’Al-Qaida en Irak à « inclure les Français parmi les cibles des enlèvements en Irak et à les garder en otage » et « affiche [l']intention [du GSPC] d’exercer des pressions de tous ordres sur la France », du fait de son « implication dans la libération des trente-deux touristes européens enlevés dans le Sahara en 2003 » par Abderrezak El-Para. L’objet de ces « pressions » serait, selon la missive interceptée, « d’obtenir la libération » de ce dernier ainsi que d’autres cadres du GSPC détenus en Algérie.

Or, le 14 octobre 2004, date de rédaction de cette prétendue lettre, comme on l’a vu, El-Para n’était pas détenu en Algérie : il était encore entre les mains du MDJT, qui ne le livrera à Alger que treize jours plus tard (ce que le journaliste du Monde, qui reprend sans distance la thèse des services français, s’abstient d’indiquer dans son article). Quelle qu’en soit l’origine (DRS ? Services américains ou services français ?), il s’agit donc bel et bien d’une désinformation (qui sera reprise sans distance par nombre d’autres médias français)…

Juin 2005 : l’attaque par le GSPC de la caserne mauritanienne de Lemgheity

C’est justement en juin 2005 que survient une spectaculaire et fort étrange affaire, qui sera présentée par les services algériens et l’administration américaine comme une preuve beaucoup plus tangible de l’implication d’Al-Qaida, via le GSPC, en Afrique du Nord.

Le 4 juin 2005 à l’aube, un groupe de cent à cent cinquante hommes lourdement armés, circulant à bord d’une douzaine de véhicules, attaque une caserne de l’armée mauritanienne située au nord-est du pays, à Lemgheity, près des frontières algérienne et malienne. L’attaque se solde par dix-huit morts et vingt blessés parmi les soldats mauritaniens, tandis que cinq des assaillants sont tués. Immédiatement, le régime du président Ould Sid Ahmed Taya attribue l’attaque au GSPC. De fait, dès le lendemain, 5 juin, le GSPC revendique l’opération par un communiqué publié sur son site Web[102], évoquant une « revanche pour nos frères arrêtés dans la dernière série d’interpellations en Mauritanie » et une « riposte au projet Flintlock ». C’est le fameux Mokhtar Belmokhtar, émir de la « zone 9 » du GSPC (Sahara) qui aurait conduit l’opération (ce qu’il confirmera dans une interview publiée en mai 2006 dans le n° 7 de la revue du GSPC Al-Jamaâ, où il donne sa version du déroulement de l’attaque[103]). Et, comme pour faire bonne mesure, un communiqué d’Al-Qaida approuve l’opération[104].

Coïncidence remarquable, celle-ci intervient deux jours avant le début au nord du Mali et du Niger d’exercices militaires conjoints baptisés « Flintlock 2005 », organisés dans le cadre de la « Trans-Saharian Counter-Terrorism Initiative » : coordonnées par le commandement des forces américaines basé en Europe, ces manœuvres ont duré du 6 au 26 juin 2005, mobilisant 3 000 soldats de huit pays africains, dont l’Algérie et la Mauritanie, et 700 hommes des forces spéciales américaines.

Très vite, le scénario de l’affaire présenté par les autorités mauritaniennes (et donc également par le GSPC lui-même) apparaîtra invraisemblable : comment la colonne des assaillants de Lemgheity, prétendument venue d’Algérie, aurait-elle pu se déplacer en plein désert sans être repérée par les satellites espions américains ? Comment auraient-ils pu échapper à la surveillance étroite exercée par l’armée algérienne sur cette zone frontalière ? D’ailleurs, on apprendra plus tard que des hélicoptères algériens survolaient la caserne mauritanienne le jour de l’attaque, sans être intervenus[105]

De fait, quelques semaines seulement après les événements, une enquête très fouillée conduite par des opposants sous l’égide de l’Observatoire mauritanien des droits de l’homme (OMDH) explorera les zones d’ombre de l’affaire, pour conclure qu’il s’agissait d’une manipulation[106]. Selon toute vraisemblance, celle-ci a été orchestrée par les services secrets mauritaniens, en concertation avec le DRS algérien. Pour le pouvoir de Nouakchott, l’objectif poursuivi était de déconsidérer ses opposants islamistes modérés, qu’il accusait de collusion avec le GSPC. Nombre d’entre eux avaient été arrêtés quelques semaines plus tôt : « Le 25 avril 2005, explique le rapport de l’OMDH, au moment d’entamer une vaste campagne d’interpellations dans les rangs du courant réformiste musulman, la police mauritanienne annonce l’emprisonnement, une dizaine de jours plus tôt, de “sept djihadistes” locaux, membres d’un groupe composé de vingt personnes qui devaient, selon elle, “commettre des actes de violence”, après avoir suivi une formation adéquate, auprès des “camps d’entraînement” des salafistes algériens. Les communiqués suivants précisent que des “aveux spontanés” ont permis le “démantèlement de la structure, la neutralisation de ses principaux chefs et la découverte d’un vaste réseau de financement lié à Al-Qaida”. »

En fait d’« aveux spontanés », ces opposants, libérés après le coup d’État du colonel Ely Ould Mohamed Vall qui renversera le 3 août suivant le régime d’Ould Taya, accuseront ce dernier de les avoir torturés pour les arracher. Et l’enquête de l’OMDH fera état d’un « pacte de coopération » conclu le 12 janvier 2004 entre un émissaire des services secrets mauritaniens (le général à la retraite Moulaye Ould Boukhreiss, ancien chef d’état-major des armées) et Mokhtar Belmokhtar, offrant au groupe de l’émir de la zone sud du GSPC « soutien financier et assistance logistique [du gouvernement mauritanien], ainsi qu’asile à toute unité dont il attesterait l’identité ». Une collaboration qui conforte l’hypothèse de l’utilisation du GSPC par le régime d’Ould Taya, avec l’accord d’Alger, pour l’opération de Lemgheity.

Cette « opération terroriste » caractérisée aura ainsi servi opportunément les trois acteurs étatiques impliqués : le régime mauritanien, qui cherchait alors à s’attirer les faveurs de Washington (ce qui n’empêchera pas toutefois sa chute peu après) ; le pouvoir algérien, qui cherchait « à se poser auprès des États-Unis comme leader régional, seul à même de combattre le terrorisme islamiste[107] » ; et, bien sûr, l’administration Bush, qui trouvera là un nouvel argument pour « sécuriser » militairement une zone stratégique, car riche en ressources pétrolières (il se trouve que Lemgheity est située au cœur du bassin de Taoudenni, une zone censée receler d’importantes réserves de pétrole et où les sociétés pétrolières se concurrencent pour l’obtention des droits d’exploitation, en particulier l’Australienne Woodside et la Française Total).

L’affiliation à Al-Qaida et la menace du GSPC contre la France

Dans les mois qui suivent, la presse algérienne continue de multiplier les articles généraux sur la « menace du GSPC au Sahel », mais l’activité terroriste du GSPC au Sahara reste relativement limitée (comme l’embuscade qui, le 7 avril 2006, coûte la vie à treize douaniers dans la région de Ménéa, revendiquée par l’organisation). Très curieusement, à l’automne 2005, quelques journalistes « sécuritaires » de la presse algérienne font état, avec force détails, de la volonté de l’émir Mokhtar Belmokhtar de « négocier » avec le pouvoir pour se rendre (« négociation » qui défraiera régulièrement la chronique au cours des deux années suivantes)[108]. Ce qui semble indiquer que les chefs du DRS, désormais assurés d’avoir convaincu l’opinion occidentale de l’implantation d’Al-Qaida au Sahel – de fait, au cours des années suivantes, cette légende sera répétée, comme un disque rayé, par les think tanks et les médias américains et européens -, ont alors décidé de « mettre sur la touche » un agent devenu inutile, et éventuellement dangereux, du fait de sa relative autonomie permise par son implication dans les trafics de contrebande avec les autres pays du Sahel, plus ou moins contrôlés par le DRS.

En revanche, dans les régions du Nord du pays, principalement la Kabylie, l’Algérois et le Constantinois, on assiste en 2006 à une véritable explosion des actions terroristes du GSPC et des affrontements de ses groupes avec les forces de sécurité. Et les journalistes « sécuritaires » multiplient alors les allusions à une « internationalisation » nord-africaine du combat du GSPC[109] et à son rapprochement avec Al-Qaida. C’est dans ce sens qu’ils justifient la sévère répression conduite au Maroc par le régime de Mohamed VI contre la « menace terroriste islamiste » (confirmée par les actions kamikazes du printemps 2007[110]) et qu’ils interprètent l’épisode obscur survenu fin décembre 2006 à Soliman, près de Tunis, où l’affrontement entre un mystérieux groupe armé et les forces de sécurité tunisiennes se soldera par une vingtaine de morts[111].

Cette internationalisation du GSPC est d’ailleurs progressivement confirmée par l’organisation elle-même et par Al-Qaida. En juillet 2005, l’enlèvement et l’assassinat de deux diplomates algériens à Bagdad seront mis sur le compte de la branche d’Al-Qaida en Irak sous la direction d’Al-Zarkaoui – lequel aurait pourtant démenti avoir kidnappé ces personnes et les avoir tuées[112]. Mais la commission chargée de la communication du GSPC publiera deux communiqués (datés des 23 et 28 juillet 2005) dans lesquels elle salue ces crimes, les justifiant par le soutien qu’apporte l’État algérien à l’occupation depuis 2003 de l’Irak par l’armée américaine et l’installation d’un gouvernement « illégitime ». Le 1er août 2005, un troisième communiqué revient longuement sur cette affaire, justifiant cet enlèvement et ces assassinats par le rôle joué par le gouvernement algérien en tant qu’« allié stratégique des États-Unis en dehors de l’OTAN », qui n’a rien fait pour soutenir le peuple irakien, n’a pas autorisé les manifestations d’opposition à l’invasion de l’Irak, n’a pas protesté contre les événements de Fallouja et d’Abou Ghraib, etc. Droukdel, lui, célèbre ces assassinats et honore Al-Zarkaoui et Ben Laden dans son entretien déjà cité d’octobre 2005.

#Le 11 septembre 2006, Ayman Al-Zawahiri, présenté comme le numéro deux d’Al-Qaida, annonce dans un message vidéo le ralliement du GSPC à Al-Qaida : « Dans son dernier message vidéo, diffusé cinq ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, relate Le Monde, Ayman Al-Zawahiri a appelé un mouvement islamiste algérien, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), à “devenir une épine dans la gorge des croisés américains, français et de leurs alliés”[113]. » Deux jours plus tard, le 13 septembre, le GSPC publie sur son site Web un communiqué dans lequel il confirme l’information : « Nous prêtons allégeance à cheikh Oussama Ben Laden. [...] Nous poursuivrons notre djihad en Algérie. Nos soldats sont à ses ordres pour qu’il frappe par notre entremise qui il voudra et partout où il voudra[114]. »

Cette évolution préoccupe beaucoup en France, où, tout au long des années 2005 et 2006, les grands médias multiplient les articles alarmistes répercutant les très vives inquiétudes des services secrets français (DGSE, DST, RG) quant aux menaces d’actions terroristes formulées par le GSPC contre la France et aux « réseaux dormants » qu’il y entretiendrait – sans (presque) jamais formuler la moindre interrogation sur la nature du GSPC, comme s’il allait de soi, après des années de matraquage médiatique, que cette organisation nébuleuse était une réalité aux contours parfaitement identifiés[115].

Cette inquiétude sera évidemment encore avivée par la confirmation solennelle du ralliement du GSPC à Al-Qaida. Le 24 janvier 2007, en effet, celui-ci annonce qu’il change de nom. L’organisation s’appelle dorénavant « Al-Qaida au pays du Maghreb islamique » (AQMI), comme l’explique le communiqué signé par Droukdel : « Après le ralliement du GSPC à l’organisation d’Al-Qaida et après avoir prêté allégeance au lion de l’islam [...] Oussama Ben Laden, que Dieu le garde, le groupe devait changer de nom pour montrer la véracité de la liaison [...] entre les moudjahiddine en Algérie et leurs frères d’Al-Qaida. Nous étions soucieux de changer de nom dès le premier jour de notre ralliement, mais nous n’avons pu le faire avant de consulter cheikh Oussama Ben Laden, que Dieu le garde. »

Ce qui pose évidemment question dans ce ralliement, ce n’est pas la position officielle du GSPC, parfaitement cohérente avec les évolutions orchestrées par ses mentors du DRS au cours des années précédentes. C’est plutôt le soutien public que lui apportent les dirigeants d’Al-Qaida, dont il semble fort peu probable qu’ils puissent être manipulés par le DRS algérien. Certes, bien des questions se posent sur la véritable nature d’Al-Qaida, symbole même de la zone grise assez large où se mêlent confusément depuis les années 1990 les « terroristes islamistes » et les services antiterroristes occidentaux et arabes, questions que nous ne pouvons aborder ici. Mais même en admettant une parfaite autonomie des chefs d’Al-Qaida, il n’est finalement guère surprenant que ceux-ci reprennent à leur compte le discours salafiste et les actions du GSPC, tant ceux-ci ont été « formatés » dans ce but, au fil des années, par les spécialistes du DRS, experts incontestés du verbiage de l’islamisme ultra-radical.

Source : Algéria-Watch

Fadela Amara se sent « comme à la maison » en Israël

Dans un article intitulé « La Gauchiste de Sarkozy «, le journaliste israélien Adar Primor qui l’a interviewé nous révèle quelques petits secrets bien gardés de la « Grande Gueule » des banlieues.

Courte biographie de cette arriviste, comme son maître, qui, malgré ses origines algériennes, soutient l’entreprise de colonisation sioniste de la Palestine.

Elle est née en 1964, il y a 43 ans, dans la banlieue de Clermond Ferrand, dans une famille nombreuse (4 soeurs et 6 frères) d’émigrés arrivés dans les années 60 en France, originaires de Kabylie en Algérie. Son père était ouvrier en bâtiment et travaillait en plus sur les marchés le weekend, sa mère, est mère au foyer. Ses parents sont analphabètes, et n’ont toujours pas la nationalité française. Alors qu’elle était âgée de 14 ans, son frère Malik de 5ans a été tué dans un accident de la route, fauché par un conducteur ivre. La police aurait, sur les lieux de l’accident, maltraité la famille, un policier les appelant « les arabes », et Fadela Amara choquée, se serait alors engagée dans la militance. Elle évite néanmoins de mentionner que l’un de ses frères a tué un bijoutier, M. André Baster, et tenté d’assassiner sa femme, mais a échoué l’arme s’étant enrayé, lors d’un braquage à Riom dans le Puy de Dôme. Pourtant, ce violent passage à l’acte de son frère ne semble pas l’avoir choquée outre mesure. Orientée vers un CAP d’employée de bureau, elle n’a jamais terminé ses études, a rejoint différentes organisations humanitaires, luttant contre le racisme, l’antisémitisme et « toutes les formes de discrimination ». A 16 ans, alors que la municipalité de Clermont Ferrand avait décidé de raser le quartier où sa famille vivait, elle est devenue la porte parole d’une campagne de protestation, débutant ainsi sa carrière de « Grande Gueule ».

En 1983, elle participe à la marche des Beurs, la « Marche pour l’Egalité » à travers la France. Trois ans plus tard, elle rejoint le mouvement ” SOS Racisme “, une boutique drotis de l’hommiste du PS. En 2000, elle devient la présidente de la ” Fédération nationale de la maison des potes “. Ce réseau de 350 associations vit largement des subsides de l’État.qui pense ainsi calmer les banlieues à coup de subventions. En 2002, elle a réuni à la Sorbonne plus de 300 femmes issues de différents horizons et venues de toutes la France pour témoigner des violences subies au quotidien dans les banlieues. Ce « parlement » des femmes a lancé une pétition envoyée à tous les candidats à la présidentielle de 2002. Un an plus tard, une jeune femme de banlieue, Sohanne, a été brûlée vive par son copain jaloux. Fadela Amara a profité de cet évènement tragique pour lancer sa carrière politique nationale via le Mouvement des Ni, Ni (« Ni putes Ni soumises ») dont elle est devenue l’image médiatique emblématique. En 2004, Jean Pièrre Raffarin, alors premier ministre de Jacques Chirac, l’a nommée à son comité de conseil sur les droits de l’homme, et en juin 2007 elle est entrée au gouvernement Sarkozy comme secrétaire d’état à la ville. Ainsi, sa collaboration avec la droite ne date pas de Sarkozy.

Vivant en couple, sans enfant, son compagnon Mohammed Abdi, est militant associatif et socialiste, cofondateur et secrétaire général de l’association Ni putes Ni soumises. Impliqué dans une affaire d’escroquerie en lien avec son activité chez les Ni Ni, pour laquelle il a été condamné, il a cependant obtenu un poste dans son ministère. Il a participé à la campagne présidentielle de Ségolène Royal comme conseiller pour l’islam et les relations étrangères avec les pays musulmans. Il est également à l’origine d’une note condamnant tout programme nucléaire militaire et civil iranien que la candidate socialiste avait exposé durant les débats de la primaire socialiste. Il fait également partie du Cercle de l’Oratoire,crée après le 11 septembre 2001, un repaire de pro sionistes avec des plumitifs comme André Glucksmann, Romain Goupil, Cécilia Gabizon, Elisabeth Schemla, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel, Antoine Basbous etc, tous hypermédiatisés. ” Ni Ni », avec son secrétaire général Mohammad Abdi et le feu vert de sa présidente, Fadela Amara, s’est affiliée au Cercle de l’Oratoire. Fadela Amara collabore même avec la revue du Cercle, ” Le Meilleur des Mondes “. Ayant rejoint le camp des «néo-cons» français favorables à la politique atlantiste, Mohammed Abdi est lui-même l’un des cofondateurs de cette revue française , où il a signé en 2007 un article extrêmement favorable à la politique israélienne. « J’ai découvert Israël, ce pays que j’avais haï. A Tel-Aviv, j’ai su ce qu’était la diversité. J’en avais les larmes aux yeux. Pas la moindre pression raciste».

Dans le bureau de Fadela Amara trône une immense carte du monde de l’époque coloniale. Elle se revendique laïque tout en claironnant (où est le devoir de réserve ?) qu’elle est musulmane pratiquante. Elle a soutenu la loi contre les « signes ostentatoires », et déclare à ce propos «qu’il faut transmettre aux émigrés un fort message de respect pour les femmes », et mettre fin à leur subjugation et à la manipulation par les fondamentalistes de la majorité silencieuse des émigrés.

Les émigrés et leurs descendants apprécieront ce type de généralisation, et la profondeur de réflexion de celle qui se revendique être, en politique, leur porte drapeau.

Elle rejette, de prime abord, certaines affirmations comme quoi la France est raciste et antisémite, mais rejette nie systématiquement l’existence de l’islamophobie, « un terme qui ne veut rien dire, une « invention rhétorique « d’une minorité radicale et non représentative des musulmans » la même minorité qui, toujours selon Fadela Amara «pratique le lavage de cerveaux de nos enfants sous prétexte de les éduquer ».

Le mot Islamophobie est pourtant employé couramment par des experts de la discrimination, et figure régulièrement dans certains rapports portant sur les discriminations dans l’Union Européenne.

Fadela Amara se sent « comme à la maison » en Israël

Selon le journaliste du Haaretz, Fadela Amara, alors qu’elle séjournait en Israël, a dit s’être sentie comme à la maison.

« Je me suis sentie très à l’aise (en Israel) je n’ai pas été l’objet de regards scrutateurs spéciaux, comme cela arrive souvent à l’égard des étrangers. Je n’ai ressenti aucun racisme, bien que je sois certaine qu’il existe. Vous avez toutes les couleurs ici, donc c’est presque naturel de voir du blanc, du jaune, du marron ».

Elle y avait été invitée en juin 2004, faisant partie d’une délégation de femmes de gauche, qui ont rencontré des femmes israéliennes et palestiniennes. Elle se déplaçait aux côtés d’Anne Hidalgo, à l’époque première adjointe au maire PS de Paris, une proche de Dominique Strauss-Kahn et, comme lui, sioniste. Lors de son séjour, elle a visité Tel Aviv, (« je n’ai pas aimé ») Jérusalem (« j’ai vraiment aimé ») occupée, et a aussi essayé de se rendre à la Muqata à Ramallah pour voir Arafat, mais ses compagnes de la délégations l’en ont empêchées pour ne pas embarrasser la France qui à l’époque, sous la pression des sionistes, boycottait Arafat. La « Grande Gueule » celle qui se vante de toujours dire ce qu’elle pense et agir selon, l’a « bouclée » et a obtempéré. Elle n’a pas non plus, semble-t-il, cherché à rencontrer des arabes israéliens qui auraient pu lui parler de la discrimination quotidienne et du racisme qu’ils subissent de la part des sionistes israéliens.

Le journaliste lui faisant remarquer que par son aspect physique elle peut passer pour une israélienne elle a répondu :

« Peut être, mais je ne suis pas habituée à cela (à ne pas être l’objet de regards scrutateurs). Ici en France, on me scrute. Pour les français, je ne suis pas très « française ». Nous vivons ici sous une culture dominante. Si votre nom est François et que vous êtes blanc avec des yeux bleus, c’est une chose. Mais quand votre nom est Fatima et que vous êtes légèrement colorée, le regard qu’on porte sur vous est différent. En Israël, à cause de la diversité des personnes, je ne ressens pas cela. En fait, j’ai rencontré de nombreux jeunes là bas et c’est arrivé plus d’une fois que je parlais avec un palestinien en pensant qu’il était israélien ou vis versa. Heureusement, certains d’entre eux portaient le Bouclier de David, sinon j’aurai fait tout le temps la confusion ».

Fadela Amera semble par contre politiquement très confuse en ignorant que les arabes palestiniens, petits enfants de palestiniens chassés de leurs villes et villages en 1948, et devenus des réfugiés de l’intérieur, sont citoyens israéliens.

Le journaliste lui a ensuite demandé si sa visite en Israël avait changé son point de vue sur le conflit israélo palestinien. Voici sa réponse :

« Le point de vue des habitants des banlieues en France concernant le conflit israélo palestinien est très étroit. Les jeunes palestiniens que j’ai rencontrés m’ont demandé d’expliquer aux jeunes des banlieues que leurs actes antisémites ne les aident pas. Que cela crée un effet boomerang qui leur porte préjudice dans l’opinion publique mondiale. J’ai été très impressionnée par les paroles des palestiniens que j’ai rencontré, qui étaient si différentes de celles des jeunes des banlieues – Au fait, certains d’entre eux, ont été poussés à faire ce qu’ils ont fait par les islamistes. »

Fadela Amara prend pour argent comptant l’équation : jeunes des banlieues = antisémites, et reprend à son compte la propagande américano sioniste sur les islamistes qui sont eux aussi taxés d’antisémites. Mais comme elle n’a pas été dans les territoires palestiniens occupés, car la « Grande Gueule» n’a pas moufté quand on lui a ordonné de ne pas y aller, on peut se demander qui, des habitants des banlieues, ou elle, a un point de vue très étroit sur le conflit israélo palestinien ?

Le journaliste lui demandant si la France est antisémite et Islamophobe et s’il y a du racisme contre les musulmans, si ce racisme existe en France, elle lui répond que :

« Non pas du tout. Nous sommes de bons élèves. Nous avons réussi à réduire le nombre d’actes antisémites, mais cela ne suffit pas, nous devons continuellement le faire. En ce qui concerne l’Islamophobie, cela n’existe pas. C’est une invention des islamistes qu’on ne devrait pas prendre en considération ».

« Vous devez être prudent sur la terminologie. L’antisémitisme est un fait et nous savons exactement où cela à conduit notre histoire. On ne peut le comparer à rien d’autre. Je ne suis pas prête à accepter des prêches oraux d’intellectuels musulmans qui utilisent le terme « Islamophobie » comme un parallèle à l’antisémitisme. Quand on a à faire à des actes contre les musulmans, leur religion n’a rien à y voir. Ce sont des actes racistes, point à la ligne. Vous ne pouvez comparer l’Holocauste et la mémoire personnelle de ma famille, qui est la colonisation de l’Algérie. C’est vrai que mon père, qui est né pendant l’époque coloniale a été privé de ses droits. Il n’a pas pu aller à l’école et je ne peux que regretter ces « tristes intervalles » de l’histoire de France. Mais cela n’a absolument rien de commun avec la solution finale. L’Holocauste a été l’acte le plus barbare que le monde ait vécu. Ce n’est pas comparable. Même pas le génocide au Rwanda ».

Le journaliste lui faisant pourtant remarquer qu’au Rwanda, c’était un génocide organisé, elle lui répond :

« Mais cela n’a pas été préparé et mis en œuvre de la même façon mécanique et folle. A mon avis, la trappe dans laquelle sont tombés certains intellectuels qui essaient de mettre tout sur le même plan au nom d’une certaine compétition des mémoires, c’est l’acte antisémite ultime. Un acte antisémite de luxe. »

« Malheureusement, le problème de l’antisémitisme n’a pas été complètement résolu dans mon pays. Il revient sous une autre formule dans les banlieues, où les islamistes pourrissent les cerveaux de nos enfants. Si nous avions joué correctement nos rôles et si nous avions radicalement réduit l’antisémitisme en France, y compris dans l’administration, nous ne serions pas témoin de sa renaissance aujourd’hui dans les quartiers, sous sa forme islamiste, en même temps que son discours, qui a des connotations fascistes. Tout cela à cause de notre lâcheté et parce que nous n’avons pas voulu l’admettre, et nous ne voulions pas le savoir. »

Interrogée sur la baisse significative de la côte de popularité de Sarkozy, le journaliste insistant que ce n’est pas tant son côté pipole qui est en cause, mais sa politique, Fadela Amara, en bonne chienne de garde, prête à mordre, « son » président populiste:

«… Bien que la gauche ait remporté les élections locales, la droite n’a pas souffert le recul prédit. Tout le monde disait : Sarko est fini, mais ce n’est pas le cas… Je suis une femme de gauche qui est entré dans un gouvernement de droite à la demande du président dans le but de faire que des choses se passent. Le parti socialiste actuellement est un parti qui inspire le désespoir. Il est devenu le parti des « nantis ». Il a abandonné ses luttes, s’est éloigné des secteurs populistes, des travailleurs, des émigrés et des femmes. Ses membres ne sont plus intéressés par des gens comme moi, mais seulement par leur carrière personnelle. Ils n’ont pas de programme politique. Moi, d’un autre côté je suis déterminée à faire passer les réformes dont mon pays à besoin si désespérément. Ce qui m’intéresse c’est d’apporter un vrai changement dans les banlieues. Les émeutes qui ont éclaté dans les banlieues en 2005 montre à quel point il y a un besoin de changement. Je crois vraiment que le président et le premier ministre seront à mes côtés face à ce défi ».

Sur la politique étrangère de la France, Fadela Amara – qui semble avoir manquer quelques épisodes, notamment celui de l’intervention très remarquée de Dominique de Villepin devant l’Assemblée Générale de l’ONU contre la guerre en Irak – se dit avec Sarkozy « contente de voir la France revenir – après une absence prolongée – sur la scène internationale et y jouer un rôle. «

Fadela Amara, la « Grande Gueule », se revendique femme de gauche, vraiment ?

Issue d’une famille algérienne qui a subi de plein fouet la colonisation française, elle fait amie amie avec le dernier régime colonial encore existant, et se découvre ainsi telle qu’elle est : une parvenue de droite populiste, comme son maître.

Url de l’interview publié dans le quotidien israélien Haaretz.com dans son intégralité en anglais : Haaretz

L’intrumentalisation du terrorisme en Algérie

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Je pensais qu’après nous avoir infligé plus d’une décennie de désinformation outrancière, et particulièrement pernicieuse, Eradicator, qui écrivait plus vite que la dictée des criminels contre l’humanité, pour altérer la vérité et couvrir les cris des suppliciés, avait enfin compris qu’il ne pouvait indéfiniment se mettre au service d’une propagande grossière, dans une guerre contre les civils qui n’a pas encore livré tous ses secrets, sans s’exposer à l’indignité et la flétrissure.

Démonter les « théories » des Qui tue quistes, pour protéger des criminels contre l’humanité, fustiger Amnesty International, les défenseurs des droits de l’Homme, les officiers de l’ANP et les ONG qui ont dénoncé la manipulation de la violence terroriste, les carnages de civils, la torture, les viols, les enlèvements et les exécutions sommaires, pour permettre aux généraux de continuer à commettre des crimes de masse, pratiquement à huis clos, n’est pas un travail de journaliste. Mais celui d’un agent infiltré ou approché par son officier encadreur du DRS.

Dans mon infinie naïveté, c’est mon pêché et ma tare, je pensais qu’Eradicator avait changé. Qu’il était revenu de son hystérie et d’une paranoïa qu’il s’était lui-même inoculées, de contre vérités qu’il avait ânonnées en son for intérieur, comme une méthode Coué, pour se donner bonne conscience et se convaincre qu’il était le héros d’une guerre contre le mal et la régression. Ce fut, certainement, le cas de nombreux journalistes qui avaient été entraînés, en toute bonne foi, dans l’infernale logique qu’il fallait faire barrage au « péril islamiste », à n’importe quel prix. N’importe quel prix !

Des démocrates sincères, des hommes et des femmes pétris de hautes valeurs humaines, et qui avaient découvert, au fil des évènements, que des crimes abominables étaient commis contre des civils, en étaient arrivés à répondre qu’on ne faisait pas la guerre avec des gants blancs. Ceux-là, dont certains sont des journalistes de valeur et de haute moralité, ont vécu une effroyable incertitude. Ils croyaient avoir choisi un moindre mal, en se mettant du côté de généraux génocidaires parce qu’ils croyaient que ces derniers étaient les sauveurs de la république. Ils s’étaient rangés derrière eux, et même parfois à leur avant-garde, parce qu’ils refusaient d’abdiquer leur vision d’une Algérie tournée vers les valeurs cardinales d’universalité et de modernité. En prêtant leurs plumes et leurs voix aux « tueurs de tangos », ils croyaient éradiquer une force mortifère qui allait précipiter leur société et l’avenir de leurs enfants dans des âges révolus. Ceux que leur promettaient, du haut de leurs chaires, des imams ignares et malsains. Ils se voyaient déjà dans une société où la flagellation, la lapidation, la prière obligatoire et la polygamie seraient dans l’ordre des choses. Mais tant va la cruche à l’eau.

Des militants des droits de l’homme, des politiciens perspicaces, des intellectuels probes, des journalistes intègres, des officiers d’honneur de l’armée algérienne et une foule de témoins parmi les victimes, finirent par faire entendre leurs voix. Malgré le tir de barrage que leur opposaient les éradicateurs de service.

Des faits troublants, pour le moins qu’on puisse dire, vinrent lézarder la façade trompeuse de généraux qui luttaient pour sauver les valeurs républicaines. Le monde entier découvrait que ceux-ci avaient eux-mêmes instrumenté la violence, qu’ils la régulaient à leur convenance, qu’ils usaient de méthodes inhumaines et que dans le même temps, ils pillaient, sans vergogne, les ressources de leur pays. Dans des proportions proprement inimaginables.

Puis, de but en blanc, le syndrome Pinochet aidant, parce que les généraux avaient compris que leurs excès risquaient de leur valoir des ennuis internationaux, mais aussi parce que leurs grosses fortunes avaient besoin d’un climat plus apaisé pour prospérer, il fut décidé de mettre en place un dispositif de « réconciliation nationale ». Ou d’auto amnistie, devrions nous dire. Pour tous les éradicateurs, ceux qui n’étaient mus que par la peur de l’intégrisme et ceux qui avaient vendus leurs plumes et leurs voix pour de l’argent et des privilèges, Ce fut la désillusion. Les généraux les laissaient en plan.
Le Président Bouteflika qui avait proposé ce dispositif scélérat aux généraux, en échange de leur bénédiction pour se faire réélire à un deuxième mandat, avait fait passer les lois d’auto amnistie par voie référendaire. C’était le peuple souverain qui avait pardonné, claironnait-on. Oubliant en cela que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.

Pour les « agents honorables de l’état » et les terroristes islamistes, qui avaient, ensemble et la main dans la main, massacré des populations civiles, en gros et au détail, c’était la paix des braves. Ils pouvaient, enfin, les uns et les autres, jouir paisiblement du fruit de leurs rapines et de leurs butins.

Les éradicateurs de circonstance, ceux qui se sentaient des soldats de la république, souvent la mort dans l’âme, comprirent enfin qu’ils avaient été bernés. Que la peste et le choléra c’était juste une formule de circonstance.

Les éradicateurs appointés, ceux qui assuraient une prestation monnayée, venaient de perdre leur boulot. On leur intima l’ordre de mettre un bémol et parfois même de changer de registre et de se faire les chantres de la « réconciliation nationale »

Certains parmi eux, qui se vantaient même de leurs relations galonnées, et qui en tiraient de substantiels rapports, n’en menaient pas large. Fini le temps des années vertes. Le sang où ils trempaient leurs plumes ne coulait plus avec une si belle abondance. Ils devinrent amers. Il arrivait même que dans leurs articles, qui n’étaient plus consacrés qu’à de laborieuses macérations, on devine entre les lignes, et parfois même crûment, leurs reproches d’avoir été jetés de façon si inélégante. Eux les braves d’entre les braves. Les magiciens du verbe et les bretteurs de la palinodie. Mais, comme des mulots fascinés par l’œil du serpent, ils continuaient d’observer, à l’endroit des généraux, une réserve frémissante. Malgré les innombrables scandales qui émaillent, tous les jours, la vie de ces criminels, ils restent totalement muets. Comme des mulots transis. Il leur arrive aussi, pour entretenir leurs talents, de se prêter à des règlements de compte entre clans. En prenant soin de se mettre du côté du manche.

Mais, heureusement pour eux, et malheureusement pour leurs lecteurs, bien moins nombreux qu’ils ne veulent le faire croire, ils n’allaient pas ronger leur frein bien longtemps. La situation du pays et de toute la région du Maghreb et du Sahel allait avoir besoin de leurs services.

Eradicator II allait entrer en scène.

Depuis les lois sur la « réconciliation nationale » des facteurs internationaux, liés à la politique planétaire des Américains, et qui se développaient au rythme qui leur avait été imparti, sont entrés dans une phase décisive. Les USA, pour des considérations hautement pétrolières, avaient besoin de s’installer directement dans nos contrées. Certains barons du DRS et d’autres corps de l’armée algérienne, qui s’étaient goinfrés avec des compagnies américaines, sur le dos de l’Algérie, qui avaient noué des relations très intimes avec les néo cons et avec des contacts israéliens, qui avaient même rendus quelques « petits services » aux américains, avaient été approchés par ces derniers pour mettre en place le décor nécessaire qui leur permettrait d’entrer en amis et en sauveurs, encore des sauveurs, dans la région.

Les derniers irréductibles du GSPC qui erraient comme des âmes en peine dans quelques maquis, étaient aux abois. Couverts de haillons, infestés de vermine, amaigris et découragés, ils n’avaient pas répondu aux offres d’amnistie parce que leurs émirs faisaient tuer dans d’horribles souffrances quiconque oser parler de se rendre. Ces émirs sont presque tous des agents du DRS. Le DRS avait besoin de quelques groupes armés sur le terrain pour continuer à s’imposer sur la scène politique. C’est simple à comprendre. Si la violence est totalement réduite, il ne leur resterait plus qu’à lever l’état d’urgence et à regagner leurs casernes. Ce qui est totalement exclu pour eux. Ils ne peuvent pas passer la main à ce moment précis où l’Algérie a engrangé une telle masse d’argent. Et ils ne peuvent continuer à se servir que sils gardent les mannettes. Elémentaire n’est ce pas ?

Et donc, pendant qu’ils continuaient à se servir de la violence islamiste pour s’imposer sur le terrain, et notamment à Bouteflika qui avait tendance à les pousser doucement, mais copieusement, vers la sortie, leurs amis américains leur ont demandé s’ils ne pouvaient pas s’arranger pour qu’Al Qaida s’installe en Algérie, au Maghreb et au Sahel. Une Al Qaida qui menacerait non seulement toute la région, mais même l’Europe.
Aussitôt dit, aussitôt fait.

Du jour au lendemain, les pauvres hères du GSPC furent dotés, armés, financés et réactivés. Comme un champignon qui pousse après une nuit de pluie, le GSPC redevint un groupe de haute capacité de nuisance. Les attentas se succédaient et la peur revenait.

Puis, tout naturellement, les émirs DRS-GSPC firent allégeance à Al Qaida et demandèrent à combattre sous sa bannière. Azzawahiri n’y vit que du feu. Il sautait de joie dans son kamis. Il ne comprit pas que le DRS venait de l’infiltrer. De toute façon, il ne pouvait pas comprendre, puisqu’il était déjà infiltré par la CIA et le MOSSAD depuis des lustres. La presse algérienne sous contrôle fut « invitée » à ne plus dire GSPC, mais Al Qaida du Maghreb Islamique. Des journalistes qui s’entêtaient à garder le nom du GSPC dans leurs articles, furent admonestés.

Et voilà le travail. Mission accomplie pour les agents de la CIA et du MOSSAD dans nos institutions nationales.

Les Américains ont commencé leur danse du mâle. Ils installent un bureau du FBI à Alger. La sixième flotte a fait une manœuvre avec la marine nationale algérienne. Que c’est drôle.

Ils étoffent leur base d’écoute et d’espionnage au sein d’une caserne de l’armée algérienne près de Tamanrasset. Leur base secrète d’une capacité d’accueil de 2000 soldats est provisoirement mise en veilleuse. Parce que semble-t-il, l’initiative a été très mal accueillie par des officiers de l’armée algérienne qui refusent que les américains s’installent chez nous. Malgré les apparences, Il existe des hommes d’honneur dans l’armée algérienne, ne l’oublions pas.

Donc tout est prêt pour la phase II . Les américains n’ont pas besoin d’un deuxième Irak. Ils préfèrent s’installer en douce, en s’appuyant sur la caste des corrompus et des tueurs de civils. C’est une méthode qu’ils ont déjà éprouvée en d’autres pays.

D’autres manœuvres latérales, comme l’évangélisation, financées et pilotées par des sionistes chrétiens sont à l’œuvre.
Pour les Américains, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Le pétrole et le gaz de nos régions leur appartiennent. Personne d’autre, et surtout pas la Chine, ne marchera sur leurs brisées.

Ils viennent chez nous avec de l’argent dans une main, pour soulager les pauvres populations du Sahel et d’Afrique, disent-ils, et un avion de combat dans l’autre main, pour nous aider à combattre la terrifiante Al Qaeda qui s’apprête à menace le monde entier depuis les dunes du Sahel.

L’opinion occidentale, ils s’en chargent. Ils la maîtrisent presque totalement.

L’opinion algérienne ? Ils mettent ERADICATOR II dans le champ des opérations.

 

Djamaledine Benchenouf pour Tahia Bladi

Nous avons pris la liberté de modifier le titre original de cet article (Le retour, ERADICATOR II) qui s’adressait plutôt à un public algérien averti.

L’invraisemblable mise en cause de Jean-Baptiste Rivoire

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Résumé

Après l’ouverture en France en décembre 2003 d’une enquête sur l’assassinat des moines de Tibhirine en mai 1996, celle-ci n’a toujours pas abouti à ce jour. En revanche, l’« affaire des moines » a resurgi le 14 mars 2008, à travers l’étrange mise en examen du journaliste Jean-Baptiste Rivoire, suite à la plainte de Rina Sherman, qui fut la compagne de Didier Contant, journaliste qui s’est suicidé à Paris en février 2004. Mme Sherman, dans un livre intitulé Le Huitième mort de Tibhirine (publié en février 2007), a prétendu que la mort de Contant serait en réalité un « suicide maquillé », ca r « il était soumis à une grande angoisse psychologique en raison des attaques dont il était l’objet », après son enquête en Algérie sur l’affaire des moines, laquelle visait le témoignage d’un sous-officier des services secrets algériens, Abdelkader Tigha, impliquant l’armée dans l’enlèvement et la mort des moines. Ces « attaques » auraient été le fait d’une « machination » de Jean-Baptiste Rivoire et de Paul Moreira, alors journalistes à Canal Plus, qui auraient exercé de graves pressions sur Contant pour l’empêcher de publier son enquête, car celle-ci aurait con trarié leur « thèse », celle du « lobby du qui tue qui » réunissant « ceux qui œuvrent pour le dédouanement des intégristes islamistes » algériens.

C’est au décryptage de ce livre mensonger que nous procédons ici, en montrant précisément : a) comment il reprend, volontairement ou non, les méthodes de falsification et de désinformation familières aux services secrets de l’armée algérienne (affirmations sans preuves, manipulation des faits avérés et non-prise en compte de tous ceux qui pourraient infirmer la thèse énoncée) ; b) pourquoi les accusations portées contre J.-B. Rivoire de « violences volontaires avec préméditation sur la personne de son confrère Didier Contant » sont aussi fausses qu’infondées ; c) l’inanité de la thèse centrale du livre, selon laquelle Contant serait mort parce qu’il aurait trouvé des informations inédites invalidant les « thèses du lobby du qui tue qui », alors que ces informations n’étaient aucunement inédites, et que le prétendu « lobby » n’est qu’une invention des services secrets algériens pour discréditer les militants des droits de l’homme – dont les auteurs de ces lignes – qui dénoncent depuis des années toutes les violations des droits de l’homme commises en Algérie lors de la « sale guerre » conduite par les forces de répression algériennes à partir de 1992.

 

Douze ans ! Douze ans déjà que les sept moines français du monastère cistercien de Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine en Algérie, étaient enlevés avant d’être assassinés quelques semaines plus tard. Et malgré la plainte contre X pour « enlèvement », « séquestration » et « assassinat » déposée le 9 décembre 2003 auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal de Paris par la famille de l’une des victimes, Christophe Lebreton, et par Armand Veilleux, ancien numéro deux de l’ordre cistercien, les responsables de ce crime n’ont toujours pas été formellement identifiés à ce jour ni, a fortiori , jugés. L’instruction de cette plainte, confiée en février 2004 au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, n’avait toujours pas abouti plus de quatre ans après, quand celui-ci a définitivement quitté ses fonctions en juin 2007. Et depuis lors, c’est le silence. Responsables politiques et médias français ont clairement classé l’affaire au registre des « profits et pertes », les moines n’étant plus qu’une icône abstraite, dont on se borne à honorer la mémoire.

L’invraisemblable mise en cause de Jean-Baptiste Rivoire

Pire, la recherche de la vérité et de la justice, loin d’avoir progressé, semble bien avoir reculé, comme en témoigne la mise en examen par le juge Patrick Ramaël, le 17 mars 2008, du journaliste Jean-Baptiste Rivoire « pour avoir commis des violences volontaires avec préméditation sur la personne de son confrère Didier Contant ». Jean-Baptiste Rivoire est l’auteur ou le co-auteur dans les années 1990 et 2000 de plusieurs documentaires télévisés très fouillés sur la dramatique « guerre civile » algérienne et ses répercussions en France 1 , principalement diffusés par la chaîne Canal Plus (sur laquelle il dirige aujourd’hui une émission d’information), ainsi que d’un livre sur l’histoire de la « Françalgérie », où il relate notamment en détail son enquête sur l’assassinat des moines 2 . La mise en examen de Rivoire résulte d’une plainte déposée contre lui et son confrère Paul Moreira par Rina Sherman, qui fut la compagne du journaliste Didier Contant, lequel s’est suicidé à Paris, en se jetant du cinquième étage d’un immeuble, le 15 février 2004 : selon Mme Sherman, il s’agirait d’un « suicide maquillé », provoqué par les « attaques dont il était l’objet » de la part de Rivoire et Moreira, tous deux journalistes à Canal Plus à l’époque.

Mais quel rapport avec le drame de Tibhirine, dira-t-on ? Mme Sherman l’explique à sa manière dans un communiqué diffusé le 19 mars 2008 : « À la fin du mois de janvier 2004, Didier Contant, ancien rédacteur en chef de l’agence Gamma, revenait d’une investigation en Algérie sur l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996. À Paris, il apprenait que Jean-Baptiste Rivoire de Canal Plus, faisant foi d’un email reçu d’Amnesty International à Londres, l’accusait de travailler pour les services secrets algériens et français et d’avoir harcelé l’épouse d’Abdelkader Tigha, le discréditant auprès des rédactions parisiennes, dont celle du journal Figaro Magazine qui devait publier son enquête. Transfuge de l’armée algérienne, Tigha mettait en cause l’armée algérienne dans la mort des moines, thèse défendue par l’équipe de Canal Plus, comme par les membres du lobby “Qui tue qui ?”. Cet ancien sous-officier constituait un témoin clef pour les émissions “Lundi investigation” et “90 Minutes” de Canal Plus, ainsi que pour la plainte déposée en décembre 2003 par Me Baudouin (FIDH) pour une des familles des moines victimes. Les précédentes investigations de Didier Contant ont été respectivement publiées dans le Pèlerin magazine en février 2003 et dans le Figaro Magazine en décembre 2003. Au cours de sa dernière investigation, ce grand reporter avait trouvé de nouveaux témoins indiquant que les moines avaient été assassinés par le GIA et il avait recueilli des témoignages mettant en doute la personne d’Abdelkader Tigha 3 . »

C’est cette thèse que Mme Sherman a développée en détail dans un livre intitulé Le Huitième Mort de Tibhirine et publié en février 2007 4 , dont l’unique objet est de présenter Didier Contant comme victime d’une conspiration ayant abouti à sa mort. Même si son audience est restée limitée, ce livre mérite un examen attentif, tant il reprend – fût-ce à son corps défendant – les méthodes de falsification utilisées par les services d’action psychologique des services secrets de l’armée algérienne, le Département de renseignement et de sécurité (DRS, anciennement « Sécurité militaire »), pour occulter la vérité sur l’affaire des moines et, plus généralement, sur la réalité de la « sale guerre » conduite par les forces de répression algériennes à partir de 1992.

En empruntant à un journal algérien le titre très évocateur de « huitième mort de Tibhirine » 5 , Rina Sherman insinue que Didier Contant aurait été tué par ceux-là mêmes qui sont accusés de l’assassinat des religieux : ces derniers auraient été victimes des seuls islamistes, et Contant aurait perdu la vie par l’action de leurs partisans en France, dont… Jean-Baptiste Rivoire. Alors qu’on serait bien en peine de trouver sous sa plume ou dans ses propos, la moindre complaisance à l’égard des criminels affirmant agir « au nom de l’islam ». Selon Sherman – et contre toute évidence, on y reviendra -, les conclusions de Contant sur l’assassinat des moines auraient ébranlé la thèse de l’implication des services secrets algériens, prétendument largement partagée par la classe politique et les médias français.

Cet amalgame entre l’assassinat des Cisterciens et le suicide d’un journaliste est une entreprise particulièrement pernicieuse, dont l’effet essentiel est de nuire à toute recherche sérieuse de la vérité sur les circonstances de l’enlèvement et de la mort de moines. La douleur de Rina Sherman face à la perte d’un être cher est évidemment sincère et mérite le respect. Mais, qu’elle le veuille ou non, son interprétation tendancieuse de la mort de Didier Contant relève moins de la volonté d’en éclairer les mystères – les raisons d’un suicide sont toujours difficiles, voire impossibles, à élucider – que d’une instrumentalisation qui sert la vulgate falsificatrice construite par le pouvoir algérien pour effacer ses crimes des années 1990. La mise en examen de Jean-Baptiste Rivoire semble conforter momentanément Rina Sherman dans son combat, mais elle n’enlève rien au fait qu’il est inconcevable qu’un professionnel des médias puisse être déstabilisé au point de se suicider par les questionnements légitimes de Rivoire, quant aux méthodes d’un journaliste qui était jusque-là pratiquement inconnu dans la couverture de l’actualité algérienne.

Bref rappel des faits

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, les sept moines du monastère de Tibhirine étaient enlevés par un groupe d’hommes armés. Un mois plus tard, un communiqué du GIA (Groupe islamique armé, alors dirigé par l’« émir » Djamel Zitouni), adressé au président français Jacques Chirac, revendiquait cet enlèvement et proposait un échange de prisonniers. À la suite de négociations avortées avec des émissaires des services secrets français, le 21 mai 1996, un nouveau communiqué du GIA annonçait l’exécution des otages : « Le président français et son ministère des Affaires étrangères ont annoncé qu’il n’y aurait ni dialogue ni réconciliation avec le GIA. Ainsi, ils ont rompu le processus et nous avons donc coupé la tête des sept moines. »

Dès lors, cette revendication, à l’authenticité invérifiable, tiendra lieu de vérité officielle 6 , et cela jusqu’à ce jour, comme le soulignait encore, en septembre 2007, le père Armand Veilleux, procureur général de l’ordre des moines cisterciens trappistes en 1996, envoyé en Algérie par son ordre au lendemain de l’enlèvement : « Le gouvernement algérien ne fit aucune enquête, mais laissa se répandre la “version officielle” selon laquelle les moines auraient été enlevés et assassinés par un groupe du GIA sous la direction de Djamel Zitouni. Le gouvernement français, visiblement embarrassé par cette affaire, mais ne voulant pas compliquer ses relations avec Alger, s’en tint à cette version. Pour quiconque s’est efforcé d’étudier un peu les événements entourant la mort des moines, il devint rapidement évident que la version officielle soulevait plus de questions qu’elle n’apportait de réponse. De nombreux témoignages concordants, dont certains furent donnés au cours de procès reliés aux événements de la guerre civile d’Algérie, révélèrent que le GIA était infiltré par la Sécurité militaire algérienne, avec laquelle travaillait Djamel Zitouni. Diverses informations recueillies en Algérie portèrent rapidement à penser que la Sécurité militaire pouvait bien être impliquée dans cet enlèvement (qui n’aurait sans doute pas dû se terminer tragiquement), et qu’il y avait des chances que les services français en aient été prévenus 7 . »

C’est essentiellement le rôle revendiqué de Djamel Zitouni dans l’enlèvement et l’assassinat des moines qui motiva la plainte du Père Veilleux et de la famille Lebreton en décembre 2003 : selon plusieurs témoignages précis d’officiers algériens dissidents rendus publics au cours des mois précédents, comme ceux du colonel Mohammed Samraoui 8 ou du capitaine Ahmed Chouchane 9 , Zitouni aurait été en effet un agent du DRS, ce qui légitimait l’interrogation sur l’implication des services secrets de l’armée algérienne dans le drame de Tibhirine. Mais ce ne sont pas ces témoignages décisifs qui retiendront l’attention de Didier Contant, et moins encore celle de sa compagne dans son livre, qui ne les évoque même pas. C’est un autre témoignage, également mentionné dans la plainte de 2003, qui sera l’objet central de leurs enquêtes : celui du sous-officier du DRS Abdelkader Tigha, qui était au moment des faits en poste dans l’un des plus importants centres du DRS, le CTRI de Blida, et qui a affirmé que l’enlèvement des moines par les GIA avait en réalité été orchestré en sous-main par les chefs du DRS – témoignage publié par le quotidien Libération en décembre 2002 10 et recueilli plus en détail et cité plus tard par Rivoire dans son livre 11 .

Le 27 décembre 2003, Contant avait publié dans Le Figaro Magazine un article (« Enquête au monastère des moines martyrs ») dans lequel il confortait, comme ses confrères de la plupart des grands médias, la version officielle algérienne et française du rôle exclusif des GIA dans l’enlèvement et l’assassinat des moines. Il était au même moment retourné en Algérie afin d’enquêter sur Tigha, dans la perspective, on l’apprendra rapidement, d’invalider son témoignage.

À Blida, Contant interroge Mme Tigha sur son mari, dans des circonstances qui la troublent beaucoup et l’amènent à alerter Amnesty International et des militants européens des droits de l’homme sur cette visite étrange qui pourrait, selon elle, faire partie d’une « machination » contre son mari, alors demandeur d’asile en Hollande. Mme Tigha avait d’abord indiqué que le « journaliste français », qu’elle ne nomme pas et décrit comme « grand et blond », lui a affirmé connaître Abdelkader Tigha pour l’avoir rencontré plusieurs fois dans le cadre de son travail de journaliste. Comme Jean-Baptiste Rivoire était le seul à répondre à ce signalement, certains de ses amis en contact avec Mme Tigha ont alerté celui-ci, le 20 janvier 2004, sur le fait que quelqu’un pourrait se faire passer pour lui dans le but de « piéger » A. Tigha. Rivoire a ensuite appris, par Tigha lui-même, que l’homme « grand et blond » se présentait comme « Didier Contant, du Figaro », un confrère dont il ignorait jusque-là l’existence. Du coup, s’inquiétant légitimement des menaces qui pourraient peser sur la famille de Tigha, qu’il avait longuement interviewé à Amman en octobre 2003 – interview dont des extraits avaient été diffusés sur Canal Plus le 1 er décembre 2003 dans son documentaire Services secrets : révélations sur un « vrai-faux » enlèvement -, Rivoire a cherché à vérifier l’existence de ce fameux « Contant ».

Début février, il contacte les deux rédactions l’ayant supposément fait travailler. Avec un responsable de Gamma, puis du Figaro Magazine , Rivoire évoque les informations qui lui sont parvenues d’Algérie suite à la visite d’un certain « Didier Contant » et de ses accompagnateurs et explique qu’il s’inquiète pour la sécurité de la famille Tigha. Sur l’indication de Jean-Marie Montali, rédacteur en chef du Figaro Magazine , Rivoire retrouve la trace de Didier Contant et le contacte pour lui expliquer l’affaire. Manifestement mal à l’aise, Contant nie dans un premier temps avoir fait partie du groupe ayant visité Mme Tigha. Mais deux jours plus tard, il rappelle Rivoire à plusieurs reprises pour changer de version et reconnaître qu’il est bien allé la voir. À cette occasion, il se plaint du fait que Rivoire ait contacté le Figaro Magazine et exige d’être reçu par son patron à Canal Plus, Paul Moreira.

Le 9 février, l’entretien avec Rivoire et Moreira se déroule courtoisement, mais Contant s’étonne des informations que Rivoire lui communique :

– suite à sa visite à Blida, Mme Tigha s’est inquiétée au point d’alerter Amnesty international à Londres (information que Contant ignorait manifestement et qu’il va dramatiser à outrance, imaginant contre toute vraisemblance qu’une « enquête a été lancée sur lui » par Amnesty) ;

– en Hollande, l’association de défense des droits de l’homme Justitia Universalis, qui est en contact avec Tigha et avec son épouse, prépare des courriers demandant aux gouvernements français et algériens de protéger la famille du témoin Tigha contre toute pression éventuelle ;

- Mohamed Achouri, le confrère algérien qui a guidé Contant lors de son enquête en Algérie, était pour lui simplement « correspondant du journal Liberté à Blida ». Mais, selon Tigha, Achouri serait aussi l’accompagnateur habituel des journalistes étrangers pour le compte du DRS à Blida.

Dans les jours qui suivent cette réunion, Contant apparaît pour ses proches très perturbé psychologiquement. Et, le 15 février, il se suicide.

Tels sont les faits dont prétend traiter le livre de Rina Sherman, où elle en donne une interprétation sélective et fantasmatique, imprégnée d’émotion et de fureur, aux antipodes des règles élémentaires de la rigueur journalistique – celles précisément qu’elle repro che à ses adversaires d’ avoir violées. Au point de mettre gravement en cause l’intégrité professionnelle et l’honnêteté de Jean-Baptiste Rivoire et, au-delà, de tous ceux qui ont contesté, arguments précis à l’appui, les thèses officielles promues par les services algériens et les médias français qui les ont relayées depuis les années 1990.

Une thèse obsessionnelle, martelée sans aucune preuve

Tout le livre de Mme Sherman est en effet structuré autour de l’affirmation d’une thèse obsessionnelle, en quatre points : a) la mort de Didier Contant le 15 février 2004 serait un « suicide maquillé » (p. 151), car « il était soumis à une grande angoisse psychologique en raison des attaques dont il était l’objet » (p. 94) ; b) ces attaques seraient le fruit d’une « machination » (p. 64) de Jean-Baptiste Rivoire et de Paul Moreira (p. 64, 155 et 165) ; c) sa mort serait « liée aux opinions qu’il défendait » (p. 94) : elles auraient contrarié les thèses d’un « lobby » – dont feraient partie les journalistes de Canal Plus – « de ceux qui œuvrent pour le dédouanement des intégristes islamistes » algériens (p. 165) ; d) car Didier Contant aurait « mis le doigt sur le maillon faible de [ce] réseau, le témoignage de Tigha » (p. 186). Ces allégations ne sont « étayées » que par la répétition ad nauseam de la thèse de la « machination », la manipulation des faits avérés et la non-prise en compte de tous ceux qui pourraient l’infirmer.

Affirmant que la mort de Contant serait un « suicide maquillé », l’auteur laisse entendre qu’il aurait pu être assassiné, sans indiquer à aucun moment par qui et pourquoi. Elle procède seulement par insinuations contradictoires : a) en mettant gravement en doute la véracité du témoignage de l’autre « concubine » de Didier Contant, Brigitte B., dans l’appartement de laquelle se trouvait Contant quand il s’est suicidé (p. 77-80), laissant entendre qu’elle aurait pu, lors d’une dispute, le pousser à sauter du balcon (p. 79-80), mais sans approfondir cette « thèse », qui ruinerait tout le reste du livre ; b) en mettant en cause les policiers de la Brigade criminelle chargés de l’enquête sur la mort de Contant, qu’elle accuse d’être « incompétents ou maquilleurs », laissant entendre qu’ils auraient délibérément bâclé leur enquête concluant au suicide (et suite à laquelle l’instruction qui l’avait ordonnée a été « classée sans suite »), mais sans indiquer pour quelle raison ils auraient procédé de la sorte ni ce qu’ils auraient cherché à « maquiller ».

En tout état de cause, ces étranges affirmations, objectivement contradictoires avec la thèse centrale du livre selon laquelle Contant aurait été poussé au suicide par les « attaques dont il était l’objet », semblent avoir surtout pour objectif, sans souci de cohérence ni de véracité, d’entretenir « des doutes sur cette mort fortuite qui arrangeait tout le monde » (préface d’Antoine Sfeir, p. 13) et à conforter l’idée d’un complot autour de cette mort (complot attribué au prétendu « lobby » de ceux qui soutiendraient les « intégristes islamistes »).

Ce faisant, l’auteur minimise – voire écarte soigneusement – tous les autres facteurs qui pourraient expliquer la très grande fragilité psychologique de Didier Contant au moment de sa mort. Elle évoque à peine « une certaine fragilité » (p. 23), « l’échec de sa vie familiale, de son divorce quelques années auparavant, de la négociation difficile de son départ de l’agence Gamma en 2000 » (p. 25) 12 , le fait que, deux jours avant sa mort, un témoin avait trouvé Contant « perturbé, agité, comme sous l’emprise d’une drogue » (p. 116), « l’infection à l’œil [qui] aurait été, selon un autre témoin, à l’origine de son état dans les derniers jours de sa vie » (p. 121).

Surtout, R. Sherman cite bien le témoignage d’une avocate amie de Contant, Me Bénédicte Litzler, indiquant que « Didier n’allait pas bien » (p. 182), mais elle omet de relever – point essentiel – que, lors de son dernier entretien avec l’avocate (selon le dossier d’enquête de la Brigade criminelle sur le suicide, auquel Mme Sherman a eu évidemment accès), Contant lui avait dit que, après son entrevue avec Rivoire et Moreira, « il avait compris qu’il avait été entièrement manipulé par l’armée algérienne ». Me Litzler a en effet expliqué aux enquêteurs (le 18 février) que, lors d’un dîner avec Contant le dimanche 8 février, « il défendait la thèse que c’était bien le GIA. [...] Il m’avait précisé qu’il s’était fait passer pour un journaliste du Figaro qui poursuivait la première enquête qui avait été faite par ce journal. [...] Il était très perturbé de la rumeur qui courait dans la profession sur lui et voulait un avocat pour l’aider. Je lui ai demandé s’il pensait qu’il avait pu être manipulé en Algérie, il m’a dit : “Non, impossible.” Il disait avoir mis le doigt sur une “bombe”. Après le rendez-vous à Canal Plus, le 9, il m’a dit avoir été filmé 13 . Le mardi soir, il était complètement paniqué. [...] Cette fois, il a complètement changé de version et m’a dit avoir compris qu’il avait été entièrement manipulé par l’armée algérienne. Il m’a dit qu’en cas de procès, il ne pourrait pas se défendre, car les personnes ne viendraient pas en France. Il a appelé la femme de son journaliste algérien [Mohamed Achouri], mais elle a évoqué une séparation. Il a alors appelé Achouri, qui lui a déclaré qu’il partait pour un mois en vacances et que l’agence locale de Liberté [son journal] serait fermée. Cela lui a mis fortement le doute sur la crédibilité de ce prétendu journaliste. Il a compris à ce moment-là qu’il avait été manipulé ». « Le vendredi, a-t-elle ajouté, il était de plus en plus persuadé d’avoir été manipulé. Le mardi, il m’avait dit : “Tu te rends compte, je ne pourrais jamais supporter la honte.” Le samedi matin, trois appels très angoissés. Il m’a dit avoir appelé un ami policier RG, pour qu’on vienne le chercher, car il y avait une quarantaine de policiers postés devant son logement pour l’arrêter. Il paraissait en plein délire. On se retrouve au Sélect. Il m’a dit avoir été suivi par dix policiers dans le métro. Voyant son délire, je lui ai dit d’aller voir un psychiatre pour avoir un calmant. En me raccompagnant, il a suspecté quelqu’un qui était entré dans un immeuble d’être un policier. Il m’a alors parlé de Rina [Sherman], qu’il avait eu au téléphone et qu’il suspectait également. Il m’a aussi dit qu’il avait passé la nuit chez une certaine Brigitte et qu’en sortant de chez elle, le samedi matin, il avait vu un homme caché dans une voiture qui le surveillait. »

Enfin, R. Sherman ne cite absolument pas le témoignage à la Brigade criminelle de Caroline B., l’ex-épouse de Contant, qui a fait état de la fragilité psychologique de Contant (tentative de suicide en 1979) et de la dispute de ce dernier avec leur fille de quatorze ans le 7 février 2004, huit jours avant sa mort. Et qui avait précisé aux enquêteurs, le 18 février : « La dernière fois, je ne vous ai pas tout dit : le mercredi 11, il est venu me voir très inquiet, il craignait que la DST vienne l’arrêter et qu’il soit entendu par le juge Bruguière. Il m’a aussi parlé des journalistes de Canal, je crois savoir qu’il a appris certaines choses lors de sa discussion avec eux, et que cela remettait en cause son enquête. [Il avait réalisé] que les journalistes qu’il avait suivis en Algérie étaient de faux journalistes policiers. C’est depuis cet entretien qu’il avait très peur. »

Le « maillon faible » du témoignage de Tigha

Rira Sherman présente dans son livre comme des révélations – qu’on aurait donc voulu « étouffer » – les informations recueillies par Didier Contant sur Tigha en Algérie, notamment le fait qu’il aurait « fait l’objet de plusieurs condamnations, pour désertion en 1993 et pour trafic d’influence (voitures) en 1997 » (p. 148). Mais en vérité, loin d’être nouvelle, la mise en cause du « témoin Tigha » avait déjà fait de longue date l’objet de nombreux articles dans la presse algérienne et française. Parmi bien d’autres, on peut citer celui paru dans Le Quotidien d’Oran en décembre 2002, deux jours seulement après la parution du témoignage de Tigha dans Libération dénonçant l’implication de l’armée algérienne dans l’enlèvement des moines : « Certains sous-officiers du DRS, anciens compagnons de Tigha à Blida, se rappellent de Abdelkader : “Il ne pensait qu’aux filles et se faisait passer pour un officier lorsqu’il allait draguer” à la cité universitaire de Blida, explique le lieutenant Mohamed. “Il était violent, assez instable, et insultait tout le temps les chefs en privé”, ajoute-t-il. Selon son dossier administratif, Abdelkader Tigha a été radié pour “faute grave”. Mais selon ses anciens collègues, c’est sa propension à dégainer son pistolet qui a fini par lui créer des problèmes avec sa hiérarchie qui l’a éjecté pour “son comportement de voyou” 14 . »

Et aussi, dès janvier 2003, l’interview dans Le Point du chef d’état-major de l’armée algérienne lui-même, le général-major Mohamed Lamari 15 ; ou encore, en octobre 2003, le documentaire télévisé de Malik Aït-Aoudia et Séverine Labat, Algérie 1988-2000, autopsie d’une tragédie , diffusé sur France 5, qui avait enfoncé le même clou 16 . C’est dire l’absurdité de la thèse de R. Sherman dénonçant un prétendu « lobby » qui aurait cherché à empêcher Contant de s’exprimer, au motif que son enquête allait apporter des « révélations » inédites invalidant les analyses de Rivoire.

De même, R. Sherman insiste sur l’originalité des témoignages recueillis par Contant sur les circonstances de l’enlèvement des moines, notamment celui du gardien du monastère, Mohamed Benali (p. 147), lequel établirait que ce sont bien des hommes du GIA qui ont enlevé des moines. Mais ce point n’est contesté par personne – ce qui est en cause, c’est la manipulation de ces hommes par les services secrets algériens – et la plupart de ces témoignages étaient déjà connus, dont celui du gardien, précisément. D’autant que, contrairement à ce qu’écrit Contant dans son article précité du 27 décembre dans Le Figaro Magazine , Mohamed Benali n’était pas le « seul témoin de l’enlèvement » (p. 45) ; étaient également présents à Tibhirine cette nuit-là : le frère Amédée Noto, Thierry Becker, vicaire général d’Oran, et surtout le frère Jean-Pierre Schumacher, portier du monastère et témoin direct de l’opération (en 1998, Rivoire l’avait d’ailleurs longuement interviewé pour un reportage diffusé à l’époque sur Canal Plus 17 ). Un autre témoignage, repris ultérieurement à plusieurs reprises par plusieurs journalistes dans le but de discréditer les propos d’Abdelkader Tigha, est celui de Larbi Benmouloud, enlevé à la même période que les moines, qui aurait pu s’échapper des mains de ses ravisseurs et aurait indiqué à la gendarmerie l’endroit où il avait été séquestré avec les trappistes.

C’est donc une construction intellectuelle dénuée de tout fondement à laquelle se livre R. Sherman dans son livre, en affirmant que la « thèse » de Contant sur l’enlèvement des moines aurait été si originale qu’il aurait fait l’objet d’un complot visant à le priver de « son droit à la liberté d’expression » (p. 15). Ce complot serait établi par le fait que « depuis sa mort, aucun journaliste n’a repris sa thèse ». Une assertion parfaitement absurde, puisque cette thèse était, dès 1996, celle du pouvoir algérien et de la majorité des médias français, et qu’elle fait toujours figure de « vérité officielle » à ce jour, quatre ans après la mort de Contant (comme en témoignent la plupart des articles et ouvrages consacrés depuis lors à l’assassinat des moines).

Par ailleurs, R. Sherman insiste beaucoup sur le fait que « Didier n’a en rien harcelé la femme de Tigha » (p. 138), qu’il ne l’« avait pas menacée » (p. 120), imputant cette allégation de « menace » à J.-B. Rivoire. Mais, on l’a vu, ce n’est absolument pas ce qui avait inquiété celui-ci. Il faut donc préciser les faits. Accompagné du journaliste Mohamed Achouri, Contant s’est rendu chez Mme Tigha et l’un et l’autre lui ont posé de nombreuses questions sur son mari, ce qui a troublé celle-ci, laquelle y a vu une menace contre lui, qui était alors dans une situation précaire aux Pays-Bas. Elle a alors informé par téléphone de cette visite inquiétante une responsable du desk Maghreb d’Amnesty International à Londres (afin qu’elle prévienne son mari). Le 16 janvier 2004, cette dernière alerte dans un mail (dont, bizarrement, R. Sherman nie à plusieurs reprises l’existence) l’historienne italienne Anna Bozzo, très impliquée dans la recherche de la vérité sur l’assassinat des moines, en tant que membre du Réseau euroméditerranéen des droits de l’homme : « [Mme Tigha] m’a dit que la raison pour laquelle elle voulait parler à son mari était que mercredi et jeudi de la semaine dernière, il y avait des journalistes qui sont venus la voir à la maison en lui posant des questions sur son mari. Elle avait très peur et ne les a pas laissés rentrer dans la maison ; elle ne savait pas quoi répondre à leurs questions et se demandait si son mari en était au courant. » (C’est par ce mail, que Mme Bozzo lui fait suivre, et par d’autres canaux mobilisés par Abdelkader Tigha, que Rivoire sera informé de la situation, le 20 janvier.)

Tigha confirmera l’épisode de la visite de Contant à sa femme dans un droit de réponse adressé au quotidien Le Monde , en réaction à un article des journalistes Ariane Chemin et Jean-Pierre Tuquoi consacré au suicide de Contant et publié le 26 février 2004 sous le titre « Le mystérieux suicide du photographe qui enquêtait sur l’assassinat des moines de Tibhirine ». Dans ce texte (non publié par le quotidien), Tigha affirme bien, comme le dit R. Sherman (p. 120), que Mme Tigha « ne se sentait donc pas personnellement mise en danger par M. Contant ». Mais le reste du droit de réponse de Tigha – dont R. Sherman dit ne pas avoir eu connaissance (elle explique, p. 121, qu’Ariane Chemin aurait refusé de lui en donner copie) – mérite d’être largement cité, car il confirme complètement les dires de J.-B. Rivoire que conteste R. Sherman (et se révèle même prémonitoire quant à la tentative à venir – selon Tigha – de la part des chefs du DRS, de « présenter [son] témoignage comme faisant partie d’une machination ») : « D’une part, M. Achouri est un habitué des locaux du DRS avec lesquels il collabore ; et, d’autre part, ma femme qui habite dans une HLM où résident des membres du DRS est constamment surveillée par mes anciens collègues. Deux éléments essentiels qui se rajoutent aux types de questions que lui a posées le défunt M. Contant sur des peudo-affaires de droit commun dans lesquelles j’aurais été impliqué. Éléments qui lui ont fait craindre qu’un scénario était en cours de montage pour me présenter comme délinquant et décrédibiliser ainsi mon témoignage. Mais chose que vous ignorez est que M. Contant ne s’est pas contenté de cette piste et a posé des questions à des proches de ma famille et son impression a été de dire : “Vous m’avez impressionné, j’étais induit en erreur.” Aussi M. Contant avait demandé à une personne avec laquelle j’étais en contact de me rencontrer. Mais ma situation en Hollande et les raisons de sécurité y afférentes ne le permettaient pas. Ma femme ne se sentait donc pas personnellement mise en danger par M. Contant, chose que je n’ai jamais affirmée. Mais les circonstances dans lesquels il lui a rendu visite lui faisaient craindre non pas pour elle, mais pour ce qui se préparait pour ma propre personne. Les craintes pour sa vie et celle de nos enfants sont venues quelques jours plus tard, après avoir reçu nombre de menaces anonymes. J’ai tenu informées les associations des droits de l’homme, qui ont tiré des conclusions dont certaines ont été publiées dans votre article. [...] Il apparaît d’autre part, comme il est classique dans le traitement de ce genre d’affaire par mes anciens collègues et supérieurs, qu’après avoir échoué dans la tentative de me présenter comme un délinquant de droit commun, on tente de décrédibiliser les militants des associations et ONG des droits de l’homme qui travaillent sur la réalité de l’implication du DRS dans les crimes contre l’humanité ainsi que les journalistes qui enquêtent sur la vérité, tel M. Jean-Baptiste Rivoire de Canal Plus, pour présenter mon témoignage comme faisant partie d’une machination. Chose qui sera démentie au grand jour si une véritable enquête libre est menée et un jugement équitable est ordonné ; j’apporterai alors pour ma part les éléments nécessaires à l’établissement de la vérité. »

Deux mois et demi avant cette mise au point, et avant même d’avoir conduit son enquête sur Tigha, Contant semblait en tout cas déjà convaincu de cette « machination ». En témoignent les nombreux coups de téléphone qu’il a passés dans les jours qui suivirent le dépôt de la plainte, le 9 décembre 2003, de la famille Lebreton et du père Veilleux (quelques jours après l’arrivée aux Pays-Bas de Tigha, en provenance d’Amman). Contant avait enregistré ces conversations, et la Brigade criminelle, lors de l’enquête sur son suicide, les a retranscrites. On découvre ainsi qu’il a appelé l’avocat Patrick Baudouin, le directeur de la communication du ministère de la Défense algérien, le colonel Hocine Chiat, l’archevêque d’Alger, Mgr Henri Teissier, le gardien du monastère, Mohamed Benali, ou encore Chérifa Kheddar, présidente de l’association Djazaïrouna des familles de victimes du terrorisme. À tous ces interlocuteurs, il explique qu’il veut poursuivre son enquête sur l’assassinat des moines, afin de conforter la thèse officielle (à Benali, il parle par exemple de cette « polémique de merde » des « qui tue qui »), et il se focalise surtout sur le témoignage de Tigha, comme dans sa conversation avec Chérifa Kheddar : « Je refais un article sur Tibhirine (après Le Pèlerin ), parce que la polémique redémarre en France. Bon, [...] c’est encore Libération qui fout la merde avec le même témoin, je sais pas si tu avais suivi, l’année dernière, ils avaient trouvé un témoin… » CK : « Tigha, il s’appelle Tigha.” [...] DC : « Alors écoute, Chérifa, ce qui serait très très important pour moi, mais c’est vraiment important parce que je… Comme le mec qui fout la merde, c’est le fameux Tigha, si tu peux me trouver des gens qui disent : “Moi, Tigha, c’est un escroc, il m’a pris de l’argent, etc.”. »

La prétendue « machination » de Jean-Baptiste Rivoire et Paul Moreira

Du contenu de ces conversations, qu’elle connaît nécessairement, R. Sherman ne souffle mot dans son livre. Prétendant en revanche relever des « mensonges » dans les déclarations de J.-B. Rivoire (p. 154), elle en tire argument, sans en apporter – et pour cause – la moindre preuve, et en utilisant un discours juridique qui tranche avec le reste de sa prose, que « Rivoire et Moreira ont, de façon préméditée, exercé des violences sur la personne de Didier Contant, avec la présomption qu’il en résulterait pour lui des conséquences dommageables » (p. 155). Une assertion extrêmement grave, puisque la tonalité générale de l’ouvrage, assez explicitement confirmée par le propos de son préfacier, induit clairement le lecteur à comprendre que ces « conséquences dommageables » ne seraient pas un éventuel discrédit professionnel de Contant, mais… sa mort. Et pourtant, attestant ainsi de la confusion et du manque de rigueur de son analyse, Mme Sherman écrit plus loin, en guise de précaution oratoire : « Personne ne peut raisonnablement affirmer que Rivoire et Moreira ont délibérément cherché à pousser Didier Contant à mettre fin à ses jours » (p. 165).

On retrouve le même discours juridique dans la réfutation par l’auteur du jugement de condamnation, le 28 février 2005, de Jean-François Kahn, directeur de l’hebdomadaire Marianne , déclaré coupable de diffamation contre J.-B. Rivoire pour un article du 8 mars 2004 (où Rivoire était mis en cause dans la mort de Contant, avec les mêmes arguments que R. Sherman dans son livre) 18 . Dans ce passage (p. 165-166), l’auteur affirme qu’« il paraît évident que les deux journalistes de Canal Plus ont agi de concert et de façon préméditée par des moyens condamnables pour nuire à l’honneur et à la dignité professionnelle de Didier Contant, dans le dessein intentionnel de l’empêcher de s’exprimer ».

Outre que cette relation ne correspond aucunement, on l’a vu, à la réalité des contacts entre Contant et les journalistes de Canal Plus dans les jours ayant précédé sa mort, l’auteur laisse entendre ainsi que ces derniers auraient rendu publics les doutes qu’ils avaient exprimés en privé à Contant sur les conditions de son enquête à Blida auprès de la famille Tigha. De même, l’auteur invoque le « Code déontologique de la Société des journalistes professionnels » ( sic ), « qui prévoit le devoir de tout journaliste de vérifier l’exactitude de ses informations et interdit la déformation délibérée des faits » (p. 155-156), comme si Rivoire et Moreira avaient publié des informations sur Contant, ce qui n’est absolument pas le cas. Rivoire s’est limité à contacter les responsables du Figaro Magazine pour savoir s’il était ou non exact que Contant était « en mission pour eux », comme celui-ci l’avait affirmé quand il enquêtait en Algérie sur la famille Tigha – ce que ces responsables, de leur propre chef et en aucune façon en réponse à une prétendue « pression » de Rivoire, ont tenu à démentir dans un courrier adressé aux autorités algériennes.

Pour étayer sa thèse de la machination, R. Sherman prétend enfin tout aussi faussement que, lors de leur entretien avec Contant le 9 février 2004, Moreira et Rivoire « menacent Didier de le descendre dans une émission sur l’assassinat des moines de Tibhirine, émission qui devait présenter la thèse reposant sur le témoignage de Tigha » (p. 144), alors qu’aucune émission de ce genre n’était en préparation…

Sur le « lobby du “Qui tue qui ?” » et ceux qui « œuvrent pour le dédouanement des intégristes islamistes »

À plusieurs reprises, et sans en apporter – et pour cause – la moindre preuve, l’auteur répète les mêmes accusations mensongères contre J.-B. Rivoire : il « fait depuis longtemps partie de ceux qui cherchent à blanchir l’islamisme de ces crimes » (p. 102) ; il a mené une « campagne d’invectives contre Didier Contant au nom de sa défense acharnée des islamistes algériens depuis bien des années » (p. 159) ; « le directeur de Marianne » reproche à Rivoire cette « volonté systématique de blanchir le terrorisme islamiste » (p. 161) ; etc.

L’idée qu’existerait un tel « lobby » des « séides des intégristes islamistes », dont feraient partie évidemment J.-B. Rivoire et P. Moreira (ainsi que les militants des organisations de défense des droits de l’homme – dont les signataires du présent article – et les rares journalistes ayant dénoncé les bien réelles violations des droits de l’homme en Algérie), est répétée par l’auteur de façon obsessionnelle, pour étayer sa thèse d’un complot qui aurait conduit à la mort de Contant, puis à une omerta médiatique sur cette dernière. Mais elle n’est étayée par aucun élément concret, sinon par un discours confus de « Ahmed, un ami algérien de Paris » (qu’elle ne nomme pas), mettant en cause pêle-mêle Hocine Aït-Ahmed, le président du FFS, Libération , Le Monde , Le Monde diplomatique , Daniel Cohn-Bendit, etc. (p. 98). Plus loin (p. 131-132), elle invoque le même « Ahmed » et un article de L’Humanité pour dénoncer carrément « les forces mondiales qui se voulaient progressistes, pendant la décennie sanglante [en Algérie], [et qui] ont apporté leur soutien à l’intégrisme islamiste et ignoraient les véritables démocrates algériens ». Ailleurs, elle accuse Anna Bozzo d’être « une des pionnières de la cause de l’islamisme algérien » (p. 167), allégation contraire à toute vérité. Ailleurs encore, la prétendue puissance de ce prétendu lobby de « ceux qui épaulent le fanatisme religieux des islamistes » (p. 177) est expliquée par le fait que ses membres seraient « pour la plupart des anciens trotskistes » (p. 172) – sans la moindre preuve encore, tant le trotskisme n’a rien à voir dans cette affaire !

En réalité, il est de notoriété publique que, depuis le coup d’État de janvier 1992 qui marque le début de la « sale guerre » en Algérie, l’immense majorité des médias français ont fait leur la thèse officielle du pouvoir algérien : celle d’une guerre conduite par des militaires « républicains » contre des « intégristes islamistes » fanatiques. Ce n’est qu’à partir des grands massacres de 1997 attribués aux GIA que certains médias (britanniques d’abord) ont commencé à se faire timidement l’écho des interrogations des grandes ONG de défense des droits de l’homme et de quelques militants algériens et européens, qui mettaient en avant des indices sérieux d’une manipulation des groupes armés islamistes par les services secrets de l’armée, le DRS, et réclamaient une commission d’enquête internationale. Dès 1994, mais surtout de 1998 à 2003, plusieurs témoignages d’anciens militaires algériens dissidents ont attesté de l’ampleur de ces manipulations 19 .

Faute de pouvoir réfuter ces informations, le pouvoir algérien a conduit dès 1998 une vaste campagne internationale de désinformation, relayée par de nombreux médias occidentaux – et surtout français -, visant à discréditer les militants des droits de l’homme dénonçant les violations commises aussi bien par les forces de sécurité que par les groupes armés islamistes : contre toute évidence, cette campagne affirmait que ces militants constituaient un « lobby » (dit du « qui tue qui ») visant à « dédouaner les islamistes » – alors qu’ils n’ont jamais manqué de dénoncer les crimes de ces derniers. Et depuis 1998, c’est par milliers que l’on compte les articles de la presse algérienne et des médias français (écrits et audiovisuels) dénonçant le « lobby du qui tue qui », alors que ceux dénonçant les violations des droits de l’homme et les exactions des forces de sécurité sont restés totalement minoritaires.

Mais, toute à son indignation, R. Sherman fait sien ce discours dominant, dont elle semble ignorer qu’il a été élaboré dans les officines du DRS, comme l’avait précisément expliqué dans son livre précité, en septembre 2003, l’officier dissident Mohamed Samraoui 20 : « L’illustration la plus incroyable de [la] politique [de désinformation du DRS] est sans doute l’invention de la “thèse du qui tue qui ?”. Fin 1997, après les atroces massacres de l’Algérois, les militants algériens des droits de l’homme et les ONG internationales de défense des droits de l’homme ont réaffirmé avec force leur revendication, déjà ancienne, d’une commission d’enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur les soupçons d’implication des forces de sécurité dans la violence islamiste. Et cette fois, ils ont commencé à être entendus de la “communauté internationale” – au point que le porte-parole du gouvernement américain, James Rubin, déclarera, le 5 janvier 1998, que son gouvernement souhaitait une commission d’enquête internationale pour connaître les commanditaires des massacres 21 . Face à cette menace, le service de propagande du DRS 22 inventera un slogan redoutablement efficace : par l’intermédiaire de ses relais médiatiques, en Algérie et à l’étranger (surtout en France, où il n’en manque pas), il fera savoir que ces ONG et les personnalités qui les soutiennent osent, absurdement, poser la question de “Qui tue qui ?” – formule que les défenseurs des droits de l’homme n’ont pourtant jamais utilisée. Une question systématiquement qualifiée d’”obscène” (terme repris notamment par les philosophes français André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy), puisque “tous ces crimes ont été revendiqués par les GIA” – en oubliant bien sûr de vérifier l’existence de ces revendications et, quand elles existaient, leur authenticité. Dans les années qui suivront, et jusqu’à aujourd’hui, tous ceux qui mettront en cause le rôle des forces de sécurité dans les attentats, assassinats et massacres inexpliqués se verront accusés d’être des “partisans de la thèse du qui tue qui ?”.

« Car, il faut le savoir, le service de propagande du DRS et une certaine presse sont chargés de débusquer toutes les velléités de remise en cause du discours officiel. Le moindre doute, la plus timide interrogation sont condamnés comme des ” tentatives d’absoudre les islamistes de leurs crimes”, dans le but de conforter l’interprétation dominante du conflit : la juste lutte des militaires républicains et laïcs contre les “fous de Dieu” terroristes. Une simplification qui justifie tous les crimes, en renvoyant dos à dos dans un manichéisme mystificateur certains des protagonistes du drame et en faisant l’impasse sur d’autres acteurs majeurs, à commencer par le peuple algérien lui-même. »

Un combat dévoyé

Ce sont les termes mêmes de cette campagne mensongère que reprend à son compte, sans aucune distance, Rina Sherman dans son livre. Curieusement, plusieurs passages de celui-ci, dont le style tranche avec ceux où elle s’exprime avec une émotion à l’évidence personnelle et sincère, reprennent presque textuellement des formulations et des pseudo-informations – démenties par toutes les enquêtes sérieuses – qui ont nourri la campagne du pouvoir algérien, tant dans la presse nationale que dans les médias occidentaux. Ainsi, p. 147 : « Il est à noter qu’à cette époque, le FIS se composait de plusieurs groupes, dont des Afghans, vétérans algériens d’orientations diverses, revenus en héros d’Afghanistan, professant des idées rigides sur l’application de la loi islamique, qui se portaient souvent volontaires pour la lutte armée. » Ou encore, p. 149 : « Au vu de ces éléments de l’enquête de Didier Contant, il apparaît que c’est en mettant en évidence les failles d’une éventuelle responsabilité de l’armée algérienne dans la mort des moines qu’il s’est retrouvé, malgré lui, au sein d’un conflit qui fractionne la gauche en France et ailleurs sur la question de l’intégrisme islamique. [...] La présente investigation retrace de façon systématique les méthodes employées, non seulement pour innocenter les intégristes extrémistes, mais également pour protéger un fonds de commerce qui fait vivre bon nombre de personnes. »

Présentent les mêmes caractéristiques de nombreux passages (comme p. 173-176) déclinant la même antienne, déjà répétée mille et une fois dans les propos de politiques et d’intellectuels « éradicateurs » algériens : « Il a fallu que les fous de Dieu, auparavant encouragés par l’Amérique, causent la mort en plein cœur de Manhattan pour que le monde prenne enfin conscience du danger. » De même, R. Sherman reprend (p. 177-178) la thèse absurde, souvent avancée par les partisans du pouvoir algérien, selon laquelle une preuve que ceux qui le critiquent épauleraient le « fanatisme religieux des islamistes » serait qu’ils auraient « accueilli des interprétations jusqu’au-boutistes des écrits fondamentaux diffusés par les islamistes pour justifier l’oppression et la terreur infligées aux populations civiles », comme l’« opuscule intitulé Ibn Taymiyya, le statut des moines , [...] qui justifie par la religion l’assassinat des moines de Tibhirine ». Alors même que l’historienne Anna Bozzo – pourtant accusée comme on l’a vu par R. Sherman d’être « une des pionnières de la cause de l’islamisme algérien » (p. 167) – a établi que cette brochure, publiée sous pseudonyme, dont elle a démasqué l’auteur, était un élément clé d’une opération de désinformation visant à accréditer la matrice islamiste de l’assassinat des moines 23 .

En reproduisant ainsi sans le moindre recul critique l’essentiel du discours de propagande du pouvoir algérien des années 1990, R. Sherman, qui prétend rechercher la vérité, s’enfonce dans l’attitude même qu’elle reproche à Rivoire et Moreira, à qui elle dénie a priori (« Je ne suis pas de leur monde et ce qu’ils représentent m’est indifférent », p. 82) toute bonne foi et toute légitimité dans leur propre recherche de vérité. Dans la confusion contradictoire des derniers propos de Contant, elle ne retient, en guise de « preuve », que ceux qui relèvent d’une évidente paranoïa, comme ce mail où il écrivait : « Les journalistes de Canal Plus sont des talibans du type : qui n’est pas avec nous et contre nous. [...] Ils mènent un combat sacré contre l’Algérie actuelle » (p. 75-76).

Toute à sa croisade aveugle aux faits, Mme Sherman semble enrager de constater que ses thèses complotistes ne sont guère relayées par la presse française, en dehors de l’hebdomadaire Marianne ou de la revue Golias Magazine 24 . « Les partisans du “Qui tue qui ?”, expliquait-elle ainsi le 23 mars 2008 dans le quotidien algérien El-Watan , sont à tous les niveaux et partout. Ni le journal Le Monde , ni Libération , ni le Figaro Magazine , et encore moins Canal Plus n’ont voulu publier l’information. Les journalistes free-lance ne peuvent la médiatiser de peur de perdre leur gagne-pain. Ils sont maintenus dans une situation de précarité qui les laisse à la merci des responsables des rédactions. Ces cinq années de combat m’ont permis de mesurer à quel point le lobby du “Qui tue qui ?” est fort dans les milieux médiatiques français 25 . »

Mais elles ne lui ont pas permis, à l’évidence, de « mesurer à quel point » son ignorance de l’histoire contemporaine de la « Françalgérie » faussait son raisonnement : si la presse française ne répercute plus aujourd’hui au quotidien, comme dans les années 1990, la propagande des « éradicateurs » algériens, ce n’est pas à cause de la « force » du prétendu « lobby du “Qui tue qui ?” » – qui n’a jamais existé que dans l’esprit de ceux qui ont choisi d’ignorer les graves violations des droits de l’homme des forces de sécurité algériennes, justifiées à leurs yeux par le combat contre les « Khmers verts » islamistes. Mais tout simplement parce que cette propagande était devenue secondaire pour le pouvoir algérien (et ses relais d’opinion en France) depuis l’« éradication » effective de ses adversaires islamistes et les attentats du 11 septembre 2001 – comme en a témoigné la spectaculaire mise à l’écart depuis 2004 des supporters politiques « laïcs » et « démocrates » du pouvoir militaire (dont le RCD de Saïd Sadi).

D’où, sans doute, les errements récents de Mme Sherman, qui voit maintenant, sans évidemment la moindre preuve, la main des services secrets français derrière la simple démarche d’un journaliste soucieux de la sécurité de ses sources : « Cela se voit bien que Jean-Baptiste Rivoire était très bien introduit dans les services secrets français et il était informé de ce que va écrire un journaliste avant même de l’avoir écrit, à tel point qu’il monte tout un lobby pour empêcher la publication de l’article en question. C’est pour cela que la thèse que Rivoire est un élément de la DGSE est très plausible 26 . » Et, dans la même veine délirante, Mme Sherman a affirmé quelques jours plus tôt, le 23 mars 2008, à deux quotidiens algériens une chose et son contraire, avec la même conviction. À la question d’ El-Watan « Pensez-vous que [le lobby du "Qui tue qui ?"] reste tout aussi fort qu’avant ? », elle répondait : « J’en suis même convaincue. Je sais maintenant comment ils créent d’une information banale, parfois même pas vérifiée, un événement majeur, avec une lecture unique, impossible à changer 27 . » Et au quotidien Liberté , qui lui demandait « Le lobby du “qui-tue-qui ?” est-il toujours puissant en France ? », elle expliquait : « Moins qu’avant. Il y a notamment François Gèze, le patron des Éditions La Découverte, qui continue par le biais de la plate-forme d’Algeria-Watch de publier des articles de propagande, toujours sans apporter la preuve de ce qu’il avance. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il présente sous forme journalistique des allégations qui ne sont pas accompagnées de preuves ou de travail en profondeur 28 . »

Les lecteurs en jugeront, puisque depuis 1997, tous nos écrits – preuves à l’appui, contrairement à ce qu’affirme R. Sherman – sont effectivement accessibles sur le site d’Algeria-Watch. Pour autant, les drames de la mort des moines et de celle de Didier Contant, ne peuvent être amalgamés ni être compris à l’aune des théories du complot. Et il ne s’agit en aucune façon d’une confrontation de « points de vue » individuels, où l’idéologie primerait sur les faits. L’enquête de la Brigade criminelle ne laisse à cet égard aucun doute sur la réalité du suicide de Didier Contant. Celle relative à l’assassinat des moines de Tibhirine, qui implique bien plus sérieusement la raison d’État, reste à mener.

Source : Algeria-Watch

Notes

1 Voir notamment : Jean-Baptiste Rivoire , « Moines de Tibhirine », Le Vrai Journal , Canal Plus, 22 novembre 1998 ; Jean-Baptiste Rivoire , Jean-Paul Billault , Thierry Thuillier et Bruno Girodon , Bentalha, autopsie d’un massacre , documentaire diffusé par la Télévision suisse romande (émission « Temps présent ») le 8 avril 1999, et par France 2 (émission « Envoyé spécial ») le 23 septembre 1999 ; Michel Despratx , Jean-Baptiste Rivoire , Lounis Aggoun et Marina Ladous , Algérie, la grande manipulation , « 90 minutes », Canal Plus, 31 octobre 2000 ; Jean-Baptiste Rivoire et Romain Icard , Attentats de Paris : enquête sur les commanditaires , « 90 minutes », Canal Plus, 4 novembre 2002 ; Jean-Baptiste Rivoire et Guillaume Barathon , La Corruption en Algérie , « 90 minutes », Canal Plus, 3 mars 2003 ; Jean-Baptiste Rivoire , Khalifa, un étrange milliardaire algérien , « 90 minutes », Canal Plus, 3 mars 2003 ; Jean-Baptiste Rivoire , Services secrets : révélations sur un « vrai-faux » enlèvement , « 90 minutes », Canal Plus, 1 er décembre 2003.

2 Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire , Françalgérie, crimes et mensonges d’États , La Découverte, Paris, 2004, p. 474-492.

3 Communiqué cité notamment par le site Prochoix, le 20 mars 2008, <www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/03/20/1964-jean-
baptiste-rivoire-mis-en-examen-dans-laffaire-contant>.

4 Rina Sherman , Le Huitième Mort de Tibhirine , Tatamis, Paris, 2007.

5 Yasmine Ferroukhi , « La huitième victime de Tibhirine », Le Matin , 23 février 2004.

6 Voir le dossier d’Algeria-Watch consacré à « L’affaire des moines de Tibhirine » : on y trouvera (à ce jour) quelque 74 articles, datés de 1998 à 2007, de sources très diverses, permettant au lecteur honnête de se faire une opinion ( www.algeria-watch.de/fr/article/just/moines/plainte.htm ).

7 Armand Veilleux , « Trois affaires ayant quelque chose en commun : Audin, Borrel et Tibhirine », 1 er septembre 2007, www.citeaux.net/wri-av/3affaires.htm .

8 Mohammed Samraoui , Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes , Denoël, Paris, 2003.

9 Ahmed Chouchane , in Habib Souaïdia , Le Procès de « La Sale Guerre » , La Découverte, Paris, 2002, p. 162-175.

10 Arnaud Dubus , « Les sept moines de Tibhirine enlevés sur ordre d’Alger », Libération , 23 décembre 2002.

11 Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire , Françalgérie, crimes et mensonges d’États , op. cit ., p. 474-492.

12 Un départ qui semble lié aux pratiques professionnelles discutées de Contant, dont avait témoigné en 1994 un incident qui avait conduit sa direction à le sanctionner, comme le rapporta Le Monde en avril 1994 : « Le directeur de la rédaction et le rédacteur en chef de l’agence de photos Gamma ont fait l’objet d’une “mise à pied conservatoire” à la suite de l’utilisation, dans des avis de recherche diffusés par la police, de plusieurs de ses photos de “casseurs” prises lors de la manifestation anti-CIP du 10 mars, a annoncé le 31 mars la direction générale de Gamma. Selon la direction de l’agence, le directeur de la rédaction, Floris de Bonneville, et le rédacteur en chef, Didier Contant, ont fait preuve “de négligence et d’imprudence”. Les clichés, qui montrent avec netteté des visages de jeunes gens en train de piller une boutique, ont été fournis par l’agence à la revue Liaisons , de la préfecture de police. Ils ont été placardés, pendant quinze jours, dans tous les commissariats de l’Île-de-France. Gamma avait aussitôt protesté contre “cette utilisation non autorisée de photos de cette manifestation”. La préfecture de police a exprimé ses “regrets” à l’agence, estimant avoir fait une “erreur matérielle”. Mais à Gamma, qui n’a pas porté plainte, certains constatent qu’il a fallu les révélations de la presse, notamment de Globe Hebdo du 23 mars, “pour que l’agence réagisse” » (Michel Guerrin , « Des photos de “casseurs” communiquées à la police : sanctions à l’agence Gamma », Le Monde , 2 avril 1994).

13 Ce que démentent absolument Rivoire et Moreira [note des auteurs].

14 Mounir B., « L’adjudant Tigha au rapport. DRS in Bangkok », Le Quotidien d’Oran , 25 décembre 2002.

15 « Je souligne que celui que vous présentez comme un ” cadre” est un sergent-chef déserteur, condamné à deux reprises et sur le coup d’une troisième affaire, plus sérieuse, de vol de véhicule militaire, pour laquelle il risquait gros. Il est parti… » (Jean Guisnel , Interview de Mohamed Lamari , Le Point , 15 janvier 2003).

16 Voir l’interview des auteurs sur le site Proche-Orient.info, où la journaliste leur demande : « Libération a voulu accréditer le fait que l’enlèvement des moines de Tibhirine, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, a été monté par la Sécurité militaire, en collaboration avec les services français, afin de soulever l’opinion contre le GIA. Or, vous, vous apportez la preuve, après avoir notamment recueilli le témoignage de l’émir de Médéa, que les moines ont bien été massacrés par le GIA » (Nicole Leibowitz , « Le film-bombe de Aït-Aoudia et Labat. Autopsie d’une tragédie pulvérise dix ans de désinformation sur l’Algérie », www.proche-orient , 4 octobre 2003).

17 Jean-Baptiste Rivoire , « Moines de Tibhirine », op. cit.

18 Le 18 janvier 2007, la 11 e chambre de la cour d’appel de Paris a partiellement réformé ce jugement et relaxé Jean-François Kahn. La Cour a confirmé que les allégations de J.-F. Kahn contre J.-B. Rivoire étaient bien diffamatoires, qu’il n’avait pu en apporter la preuve, mais qu’il devait être relaxé au bénéfice de la « bonne foi » : au terme d’un raisonnement assez subjectif – puisque les juges ont repris à leur compte la notion de « lobby médiatique », qu’ils s’abstiennent de définir précisément et dont ils n’apportent pas la preuve de l’existence -, la Cour a en effet estimé qu’« il ne peut être fait grief à l’auteur de ce bref article destiné à l’évidence [...] à exprimer son opinion sur la force d’un lobby médiatique auquel il est opposé, d’avoir ainsi désigné ledit lobby ou Jean-Baptiste Rivoire comme étant les responsables directs et exclusifs de la mort de leur confrère ».

19 Voir notamment Habib Souaïdia , La Sale Guerre , La Découverte, Paris, 2001 ; et Mohammed Samraoui , Chronique des années de sang , op. cit . Voir aussi : Algeria-Watch , Compilation de témoignages d’officiers et policiers algériens dissidents (1994-2003) , www.algeria-watch.org/pdf/pdf_fr/compilation_temoignages.pdf .

20 Mohammed Samraoui , Chronique des années de sang , op. cit ., p. 20-21.

21 Daily Press Briefing released by the Office of the Spokeman , US Department of State, 6 janvier 1998.

22 Pendant toute la « seconde guerre d’Algérie », et jusqu’à ce jour, ce service a joué un rôle majeur de désinformation. Auparavant intitulé « Service de presse et de documentation », il était devenu en janvier 1993 le « Service d’action psychologique », dirigé par le colonel Djillali Meraou, dit « Salah », puis par le sinistre colonel Tahri Zoubir, dit « Hadj » (ce dernier a été remplacé par le colonel Faouzi fin 2001).

23 Voir notamment : Anna Bozzo , communication au séminaire de la BRISMES (British Society for Midle Eastern Studies), « Rethinking Islam », Oxford, 7-9 juillet 1997; Anna Bozzo , « Islam and civil society in Algeria and France in the age of globalisation : the Islamic umma confronted with terrorism », The Journal of North African Studies , 2, 1997, pp. 1-9.

24 Voir Jean-François Soffray , « L’autre enquête sur Tibhirine », Golias Magazine , n° 115, juillet-août 2007. Dans ce dossier consistant, son auteur prétend sans complexe démonter « la thèse officielle sur l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine, selon laquelle c’est le GIA “infiltré” par l’armée algérienne qui en est responsable », alors que, on l’a vu, cette « thèse » peut être qualifiée de toutes les épithètes, sauf d’« officielle ». Restituant une partie des carnets d’enquête de Contant en Algérie en janvier 2004, cette pseudo-contre-enquête se résume en réalité à une analyse (très orientée) de textes – puisque son auteur n’a interrogé aucun des protagonistes qu’il met gravement en cause. Son auteur instruit ainsi un dénigrement systématique des travaux de François Gèze ou de Jean-Baptiste Rivoire, où l’ironie lui tient lieu d’argumentation (« Le DRS, toujours ! »). Et, surtout, des écrits du père Armand Veilleux, qualifiés de « scandaleuse campagne de presse » et de « médiocres calomnies ». Sur ce point, sa démonstration fallacieuse mobilise les « informations » du « trop honnête » Contant pour prouver la prétendue « malhonnêteté » de Veilleux, avec un parfait mépris des faits ne cadrant pas avec sa thèse – toujours le même renversement classique des techniques de désinformation, consistant à attribuer à ses adversaires les méthodes utilisées pour tenter de les détruire. Qualifier de « campagne de presse » deux textes publiés sur le site personnel assez confidentiel du père Veilleux (même s’ils ont pu être repris sur d’autres sites), suffit à attester de l’inanité du dossier de Golias , qu’on a connu autrefois mieux inspiré.

25 Salima Tlemçani , « Rina Sherman, auteur de l’enquête sur les moines de Tibhirine : “Contant a été poussé au suicide” », El-Watan , 23 mars 2008.

26 Mohamed-Cherif Drifi , « Rina Sherman, auteure du livre Le Huitième Mort de Tibhirine : “La DGSE a demandé à Rivoire de recruter Didier Contant” », La Nouvelle République , 29 mars 2008.

27 Salima Tlemçani , « Rina Sherman, auteur de l’enquête sur les moines de Tibhirine : “Contant a été poussé au suicide” », loc. cit .

28 Nissa Hammadi , « La compagne de Didier Contant, Rina Sherman, à Liberté : “Les qui-tue-quistes n’ont aucune preuve de leurs allégations” », Liberté , 23 mars 2008.


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