Archive pour la catégorie 'Claude Covassi'

Les falsificateurs roulent toujours pour la police

Pascal avait sans doute d’excellentes raisons, au XVIIè siècle, de croire aux histoires dont les témoins se font égorger.

Nous en avons aujourd’hui d’aussi bonnes de croire à celle que la police falsifie.

Notre civilisation, qui s’est construite sur la domestication des forces naturelles dangereuses, a su même se donner une dimension capable de mettre à son service, en les falsifiant, toutes les formes dangereuses qui se sont dressées contre elle. C’est un navire qui avance contre le vent et grâce à ce vent.

Ainsi, l’angoisse, le désespoir, l’ennui, nés de l’inévitable vulgarité marchande, ne seraient pas a priori de forces sociales favorables si elles n’étaient pas adroitement détournées et utilisées à faire tourner la machine marchande.

C’est pourquoi la publicité est aujourd’hui contrainte de promettre, à propos de néo-marchandises ou de n’importe quoi, ce que le monde marchand interdit généralement : l’aventure individuelle, l’originalité, la vie authentique.

Ces mêmes forces négatives sont encore utilisées dans de multiples néo-métiers destinés à produire des néo-marchandises. Et toute critique partielle de ce système est de même canalisée dans des partis politiques, groupuscules, néo-sectes, auxquels il suffit d’imprimer une légère déformation pour les mettre au service des institutions. De notre organisation sociale on peut dire, qu’en somme, c’est l’autogestion presque généralisée, plus la police.

L’art du détournement est bien le gouvernail de nos civilisations marchandes à leur stade actuel. Ce mot « détournement » avait été employé jadis par les situationnistes pour caractériser des procédés visant à rendre leurs vérités aux falsifications marchandes. Le terme est malheureux : c’est toujours la domination marchande qui détourne. Elle créé des leurres qui ressemblent aux objets désirés mais nécessairement falsifiés puisque tous les nouveaux désirs résultent de nouvelles privations produites par le monde marchand et convergent spontanément vers sa destruction : une crème bronzante, le métier de sociologue et les Protocoles des Sages de Sion sont bien les effets du même mécanisme.

Ce mode de gestion des sociétés modernes permet d’en déduire deux lois qui peuvent être d’une grande utilité :

  1. Les falsificateurs roulent toujours pour la police.
  2. Tout ce qui se maintient durablement dans les médias est nécessairement un leurre, souvent à double face, qui convient de retourner et réunifier.

Le mode de domination actuel n’invente rien. Il ne s’oppose même qu’exceptionnellement, et seulement dans la surprise, aux entreprises qui lui sont hostiles. Dans la mesure du possible, il tente de récupérer rapidement les forces qui s’y manifestent afin de les mettre à son service.

X6tenZ

La suite demain sur le blog d‘X6tenZ

Ce texte est la quatrième partie d’A propos des Protocoles des Sages de Sion

Préparation psychologique de l’opinion publique occidentale à la guerre avec l’Iran

« Le monde doit se préparer au pire ». Ainsi parla Bernard Kouchner. Si cette déclaration provoque tant de commentaires et surprend par sa tonalité guerrière, c’est pour deux raisons principales. D’abord, elle émane du chef de la diplomatie française dont la mission première est, non pas de préparer le monde à la guerre, mais d’apporter la contribution de la France en tant que grande puissance mondiale à résoudre pacifiquement les conflits internationaux. Ensuite, elle traduit le nouveau tournant pris par la politique étrangère française en rompant avec le principe d’indépendance posé par le général de Gaulle dans son discours d’investiture du 1ER juin 1958, réaffirmé par la suite par le retrait de la France du commandement militaire de l’OTAN et suivi jusqu’ici plus ou moins par tous les présidents de la Vème République. Nous cherchons dans cet article à expliquer les raisons de ce revirement après l’arrivée d’une nouvelle majorité en France.

SOURCES DE LA POLITIQUE ETRANGERE GAULLIENNE

La politique étrangère gaullienne trouve ses sources dans le traité de l’Atlantique- Nord signé le 4 avril 1949 à Washington par les cinq États du traité de Bruxelles (France, Grande-Bretagne, les trois États du Benelux), le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. Le traité de Washington était à l’origine une structure assez lâche et assez rudimentaire comme en témoigne l’article 5 qui n’oblige aucunement un membre d’être assisté par les autres membres en cas d’agression. Car, l’assistance n’est même pas automatique et les parties sont libres de déterminer elles-mêmes les formes d’aide à fournir, militaire, économique ou diplomatique.

C’est la guerre de Corée et la possession de l’arme atomique par les Américains qui ont entraîné un changement dans le mode d’organisation et de fonctionnement de l’alliance. Craignant l’apparition de nouveaux possesseurs de l’arme nucléaire sur le continent européen, les Etats-Unis ont cherché la solution de l’intégration de leurs alliés par la création de forces collectives, bilatérales ou multilatérales. Par les forces bilatérales, les USA pouvaient disséminer des armes atomiques sur le territoire d’un allié qui dispose d’un droit de s’opposer à leur emploi mais nullement à leur utilisation exclusive. Par une force multilatérale, les Etats-Unis intègrent leurs alliés au sein d’une structure militaire dont ils ont le commandement exclusif. Pour empêcher les Européens de se doter de l’arme nucléaire, les USA prospèrent en octobre 1964, la création d’une force multilatérale composée de 25 navires de surface, portant chacun 8 missiles de type Polaris A 3 d’une portée de 25 000 miles et dont l’équipage est formé de trois nationalités différentes. Le commandement des navires sera confié au pays membre qui a la plus forte contribution financière. En échange d’une dépense supérieure à 3 milliards de dollars, un pays membre aura droit de veto sur 3% de la force nucléaire américaine. Si les pays membres avaient le droit du veto et le droit même de déclencher une riposte nucléaire, ils pouvaient le faire mais sans l’assistance de la force nucléaire américaine et sans celle de la force multinationale. Cette force multilatérale présentait pour les USA quatre grands avantages: installer ses armes nucléaires sur les territoires européens proches des frontières de l’Union soviétique; empêcher ses alliés européens de leur propre force de dissuasion nucléaire rendue inutile dans le cadre du parapluie nucléaire américain; faire porter aux pays participants une partie des charges financières moyennant un droit de veto de 3% sur la force nucléaire américaine; une totale liberté de décision des USA dans l’utilisation de leur propre force nucléaire. Ce que font aujourd’hui les Occidentaux avec l’Iran, les Etats-Unis l’ont déjà fait avec l’Union soviétique et leurs alliés européens notamment la France. En effet, après l’explosion de la première bombe H soviétique en août 1953, la politique américaine consistait à conserver son propre monopole de l’arme atomique tout en encerclant la Russie de bases militaires et d’alliances militaires hostiles. Résignés devant la parité nucléaire soviétique, les USA avaient été conduits à conclure avec leur pire ennemi un armistice nucléaire instaurant depuis une paix durable en Europe.

Mais ces prétentions américaines à la suprématie allaient être contestées et remises en cause par le discours d’investiture prononcé par le général de Gaulle le 1er juin 1958 et par un mémorandum envoyé au président Eisenhower le 24 septembre de la même année. Dans ce mémorandum, il est question d’une organisation tripartite et d’un directoire à trois comprenant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui auront chacun la responsabilité de mettre à exécution les plans stratégiques surtout l’utilisation des armes atomiques partout dans le monde. Ce mémorandum du 24 septembre 1958 incluait également une menace au cas où les propositions ne seraient prises en compte. Concrètement, la forme de cette menace sera le retrait de la France de l’Organisation militaire atlantique intégré (OTAN). Les premiers signes de l’émancipation de la politique française de la tutelle américaine portaient sur le refus de mettre à la disposition du commandement atlantique, certaines unités des forces navales de Méditerranée. En février 1965, le général de Gaulle accepta une proposition soviétique de concertation entre Paris et Moscou sur l’Asie du Sud-Est voyant dans ce geste la réalisation de son projet d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Mais c’est surtout le retrait français de l’OTAN lors d’une conférence de presse le 21 février 1966 qui marqua le début de la politique étrangère française indépendante qui a rehaussé le prestige de la France sur la scène internationale et surtout dans le monde arabo-musulman qui voyait et qui voit toujours dans la diplomatie française, un allié de poids face au soutien inconditionnel des USA à l’État d’Israël. Les positions équilibrées ont été réaffirmées à maintes reprises, avec l’embargo sur la vente d’armes lors de la guerre de 1967 et tout récemment le refus du président Jacques Chirac de soutenir ou de participer à la guerre d’Irak en 2003. Avec Sarkozy et Kouchner, ce sont cinquante ans de politique étrangère française qui se trouvent remis en cause.

POURQUOI CE REVIREMENT DE LA POLITIQUE ETRANGERE FRANCAISE ?

La principale raison de ce revirement spectaculaire de la politique étrangère française réside dans la forte pression exercée par le grand capital français dont les intérêts en France avaient été malmenés par les nationalisations opérées par le premier gouvernement socialiste de Pierre Mauroy. Il suffit de revoir le film des événements qui ont suivi l’élection de François Mittrand(la haute bourgeoisie française avait même du mal à prononcer correctement le nom de Mitterrand) pour se rendre compte de l’affolement et de la panique qui ont gagné la haute bourgeoisie française et ses fidèles serviteurs, les journalistes des radios et de la télévision(sur l’état d’esprit de la haute bourgeoisie et du grand capital en France après l’élection de Mitterrand en mai 1981, nous renvoyons le lecteur au livre politique sous forme de roman d’Erik Emptaz, 1981, Editions Grasset, 2007.270 pages). Une réaction similaire avait été provoquée par la Révolution russe en 1917 qui avait remis en cause les intérêts du grand capital français sous la Russie tsariste. ce grand capital qui détenait les journaux à grand tirage avait à l’époque orchestré une grande campagne anticommuniste en France sur « le bolchevique au couteau entre les dents » et l’anticommunisme date de cette époque.

Certes, les grands capitalistes d’un pays sont toujours invisibles et leurs profits restent un secret de polichinelle, mais on reconnaît facilement leurs thèmes et leurs stratégies que propagent leurs serviteurs, une intelligentsia composée généralement de milieux académiques et de journalistes opportunistes et arrivistes qui viennent les vulgariser et les diffuser auprès du grand public(compétition, déficit de la sécurité sociale, manque de compétitivité, déficit du commerce extérieur, trop d’impôts et de charges, etc). Outre son contrôle de l’état de l’opinion grâce aux mass medias, le grand capital détermine aussi bien les politiques économiques des pays capitalistes dont il est originaire que les grandes lignes de leur politique étrangère en apportant toujours son soutien inconditionnel à tous les régimes autoritaires et à toutes les formes de dictature. Le changement de formes de régimes politiques et le revirement d’une politique étrangère sont les symptômes d’une crise du grand capital d’un État capitaliste due à la perte de marchés extérieurs ou l’arrivée sur les marchés de nouveaux concurrents. La crise du grand capital dans les années vingt et trente du XXe siècle a été résolue d’une façon différente selon le pays: aux USA, par le New Deal de Roosevelt, en Allemagne et en Italie, par la matraque fasciste et nazie. La crise du grand capital peut être résolue de deux autres manières: soit par des luttes acharnées des concurrents les uns contre les autres jusqu’à l’élimination des plus faibles parmi eux soit par la compromission et l’entente entre les concurrents pour le partage du butin, c’est-à-dire les marchés. C’est ce qui s’est passé au début du XXe siècle entre les Rockefeller, les Rothschild, les Morgan, les Krupp, les Schneider etc. dans les domaines du pétrole, des chemins de fer, du charbon, du sucre etc.

Que le lecteur veuille bien nous excuser pour ce long détour, car ce qui vient d’être dit peut expliquer pourquoi le général de Gaulle a pu mener une politique étrangère indépendante des USA et pourquoi ce revirement dans la politique étrangère française après l’élection de Sarkozy. D’abord, le grand capital français à l’époque du général de Gaulle avait ses propres marchés dans ses colonies africaines dont l’indépendance n’avait pas changé grande chose, puisqu’il a continué comme avant, grâce aux divers accords de coopération économique et financière, de prospérer et d’engranger des profits en exploitant les matières premières et la main d’œuvre bon marché des anciennes colonies. Le grand capital français n’avait donc pas besoin d’une politique étrangère alignée sur la politique américaine puisqu’il avait ses propres marchés en Afrique et les multinationales américaines avaient les leurs en Amérique latine et ailleurs. Le partage était parfait et équilibré.

La raison principale du revirement actuel de la politique étrangère française qui ne diffère nullement des orientations politique d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou la Grande Bretagne par exemple, réside dans l’arrivée d’un redoutable concurrent sur les marchés mondiaux, la Chine devenue un véritable problème et un casse-tête chinois pour les grand capital des pays capitalistes. La nouvelle puissance chinoise est venue chasser sur les marchés africains qui étaient jadis des chasses gardées du grand capital français et anglais. Ce nouveau concurrent a déjà conquis une grande part des marchés du continent africain en plus des marchés asiatiques. Comme toujours, le grand capital n’a que trois solutions: soit entrer en confrontation avec le nouveau concurrent soit s’entendre avec lui ou avec les autres pour partager les marchés, soit chercher d’autres marchés potentiellement prometteurs pour compenser la perte d’autres marchés. Mais vu le concurrent en question, connu pour son poids démographique et sa puissance militaire, il serait difficile de le confronter par une attaque frontale. C’est en fait la perte d’une partie de marchés africains par le grand capital français au profit des capitaux chinois qui explique ce revirement de la politique étrangère et son alignement sur la politique étrangère américaine. Le grand capital français et américain se doit de s’unir pour affronter le péril chinois. Cela explique la parfaite harmonie depuis l’élection de Sarkozy entre les politiques étrangères française et américaine sur les grands dossiers internationaux comme l’Iran, l’Irak et le Darfour qui sont comme par hasard des pays dont les sous-sols sont riches en pétrole et d’autres matières premières.

La visite de Bernard Kouchner en Irak a été présentée par les journalistes comme une contribution de la diplomatie française au processus de la réconciliation nationale et à la pacification politique de ce pays ravagé par la guerre de Bush. Alors que cette visite vient après un accord passé entre Chevron et le groupe franco-belge Total pour exploiter les champs pétrolifères de l’île Majnoun en Irak situés au nord de la ville de Basra et tout le long des frontières avec l’Iran. La collaboration de Chevron et de Total se situe dans la perspective du vote de la loi relative au partage des revenus du pétrole entre les différentes composantes confessionnelles de la société irakienne. Les champs pétrolifères de l’île Majnoun présentent un intérêt économique majeur du fait qu’ils sont inexploités, le coût de production du baril est très bas et la production journalière pourra atteindre le 1 million de barils/j. Mais c’est l’insécurité en général et le sabotage des pipelines qui retardent la mise en œuvre de l’accord de Chevron et de Total pour l’exploitation des champs pétrolifères de l’île Majnoun.

La préparation psychologique de l’opinion publique occidentale par Bernard Kouchner à la guerre avec l’Iran, ce sont évidemment les puits du pétrole mais aussi la possession de l’arme nucléaire par ce pays qui entraînerait la parité nucléaire avec Israël et qui rendrait difficiles les futures opérations militaires occidentales pour occuper les puits du pétrole au Moyen Orient. La croisade commune franco-américaine pour le déploiement d’une force internationale au Darfour sous prétexte de génocide, ce sont encore les champs pétrolifères de cette région qui sont convoités par les multinationales françaises et américaines.

Il ne faut cependant pas prendre à la légère le pouvoir destructeur du grand capital quand tarissent ses sources de profit. Quand le grand capital n’a plus ses débouchés et ses marchés, c’est-à-dire l’oxygène qui le fait vivre, il devient dangereux non pas pour lui-même mais pour le monde entier. Il suffit de prendre le cas de l’Allemagne au début du XXe siècle. Le traité de Versailles de 1919 a privé le grand capital allemand de ses principales sources de matières premières et d’importantes régions industrielles(Lorraine, Haute Silésie, Sarre etc ). Pour compenser ces pertes, le grand capital allemand a enfanté le Troisième Reich et a conduit le monde à une deuxième guerre mondiale en l’espace de vingt ans. Avec la puissance économique et militaire chinoise qui commence à grignoter petit à petit des marchés contrôlés jadis par le grand capital des pays capitalistes, nous y voilà de nouveau en train d’entendre le tocsin de la guerre sonné par ce fidèle serviteur du grand capital français et américain, Bernard Kouchner.

Faouzi Elmir

 

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Ramadan 2007 | Réhabiliter la pensée de Sayyid Qutb

Pendant tout le mois du Ramadan 2007, soit dès le 13 septembre, le site Islamiyya se propose de publier, tous les jours, un chapitre du Fi zilâl al-Qur’ân de Sayyid Qutb.

L’idée est de démontrer que Sayyid Qutb n’est pas, de loin, le théoricien du terrorisme que les médias et autres subalternes du pouvoir se complaisent à faire croire.

Le temps est venu de réhabiliter la pensée de Sayyid Qutb.

>>> Islamiyya

Algérie : un attentat-suicide fait 15 morts

La bombe a explosé jeudi au centre de Batna dans les Aurès, peu avant une visite prévue du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Le kamikaze a déclenché sa bombe au milieu de la foule qui attendait le président. 

06/09/2007 – 20h37 Un kamikaze s’est fait exploser jeudi au centre de Batna dans les Aurès, dans l’est de l’Algérie (à 430 km d’Alger), faisant 15 morts et 114 blessés, selon un nouveau bilan annoncé par la télévision algérienne. L’explosion s’est produite peu avant une visite prévue du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Le kamikaze, qui portait la bombe sur lui, l’a déclenchée au milieu d’une foule qui attendait l’arrivée du président, près de la mosquée Djamaa Atik. Celui-ci s’est rendu au chevet deblessés, selon l’agence de presse officielle APS. Les violences politiques ont diminué ces dernières années en Algérie, mais un noyau dur de 500 islamistes armés, regroupés au sein de l’Organisation d’al-Qaïda au Maghreb islamique, continue la lutte, essentiellement en Kabylie, à l’est d’Alger.

D.H.

Manipulation : La stratégie du positionnement évite la réalité et favorise l’illusion (III)

LA STRATEGIE DU POSITIONNEMENT EVITE LA REALITE ET FAVORISE L’ILLUSION (III)

MEMOIRE – CC/1999

1.3. Les indices linguistiques de la manipulation

O. Ducrot (Les mots du discours, 1980) a montré qu’il existe en français des expressions ni marginales, ni exceptionnelles, sans valeur informative marquante mais induisant des contraintes sur le type de conclusion possible.

Ainsi, la manipulation peut offrir la caractéristique d’un jalonnement serré de «marqueur de tendancieusité». Ces marqueurs sont là pour orienter vers certaines conclusions «calculées». Le manipulateur cherche à intervenir sur les représentations ou les convictions d’autrui en vue de les renforcer ou de les modifier.

Des mots comme « à peine, encore, presque, jamais, pourtant, mieux, toujours, même, quoique… » canalisent l’attention de l’interlocuteur vers un effet conclusif recherché. Exemples :

« On pourrait aller au théâtre, mais il est un peu tard… Il vaut mieux réserver. Il est presque vingt heures… On va encore aller au cinéma… Quoiqu’un mardi, on peut toujours essayer quand même ; il faut bien changer un peu.

Dans ce texte, les marqueurs de tendancieusité indiquent ouvertement que celui qui est l’énonciateur voit les choses sous un certain angle que l’interlocuteur doit rechercher s’il ne le perçoit pas immédiatement.

Pour provoquer l’évidence qui contraint, forcer l’accord, «en imposer», les verbes présuppositionnels contribuent ainsi à «doper» le discours et donc renforcer la tendancieusité. C’est le cas de : «prétendre», «imaginer», «s’efforcer», «espérer»…

La valeur persuasive d’un énoncé de se situe pas seulement dans le choix des mots. Elle peut tenir à la valeur logique de l’enchaînement des idées. Dans le domaine de la consistance apparente, le « connecteurs » («marqueurs de coordination» que la grammaire courante appelle conjonctions de coordination et de subordination) déterminent, comme la montré C. Bailly, des indices d’intentionnalité persuasive. «Mais», «parce que», «à cause de», «malgré», «en dépit de», «toutefois» sont fréquents à l’oral. Placés en attaque de phrase, ils permettent de situer u énoncé par rapport é celui qu’il précède. En conséquence, ils indiquent la valeur à accorder à ce qui vient d’être dit.

En outre, l’expression « parce que » n’a pas une valeur strictement explicative : «parce que» cherche à marquer un enchaînement confirmatif. Il faut voir là la preuve, au minimum, d’une volonté persuasive («quoi qu’il arrive» et «de toute façon» témoigne de la même intention).

Les épithètes classent un fait, ils font d’un fait un jugement de valeur. Bentham résume le rôle de l’épithète en une formule : «C’est la pétition de principe en un seul mot.» On parle d’une «manifestation sanglante, d’une décision scandaleuse, d’un échec mérité, d’une victoire honteuse…»

L’épithète devient le « performatif » de l’idée ; c’est le cas dans les énoncés : «le problème essentiel, la question fondamentale, le souci majeur»… Tous les qualificatifs jouent sur les mots le rôle du marteau qui s’abat sur un clou. L’épithète est le propre de l’esprit qui critique, qui juge, qui fait ses choix, qui cherche à «transférer» une conclusion en direction d’autrui. L’épithète dans certain cas polarise tout le fond des arrière-pensées. C’est le cas dans l’énoncé «nous sommes pour une négociation sérieuse». Décapons le mot « sérieuse » : nous trouvons derrière plus qu’une idée, un souhait. Il faut lire : «une négociation qui va être différente de ce à quoi on est habitué, une négociation dans laquelle nos adversaires feront des concessions réelles, auront une attitude conséquente…»

Quand le discours manipulateur est parsemé d’ajouts et de reprises phatiques, on a la preuve d’une volonté d’influence, de «capture» rationnelle de l’interlocuteur. Les «tu vois, tu comprends, tu es d’accord, hein, tu crois, c’est ça…» délimitent les contours d’une métacommunication. Cette sollicitation émotivo-relationnelle d’autrui matérialise la bonne volonté pour se mettre à la disposition, à la portée de l’autre et sceller l’accord, l’entente. Manipulateur à son insu, ce métalangage crée de fait, sinon de force, un climat de connivence et annonce la manipulation en tant qu’art du détour : d’abord établir une complicité, ensuite…

On voit que la manipulation se construit volontairement ou non parfois subrepticement au sein même du langage. La parole manipulatrice apparaît comme un montage complexe d’indices plus ou moins camouflés calculés ou inconscients visant à «charger» le discours afin qu’il produise un effet recherché sur l’interlocuteur ou l’auditoire.

Il est clair que la lucidité sur ces moyens est peu répandue. Le plus souvent, les «manipulateurs» méconnaissent comment ils «fonctionnent» et donc se comment se traduisent dans leur langage le désir d’influencer autrui.

Être conscient de l’effet de son propre discours, maîtriser le dosage d’influence qu’il véhicule, mieux saisir les risques du conditionnement psycholinguistique constituent un atout indéniable dans le développement personnel de l’adulte.

S’interroger sur la manipulation c’est admettre de réfléchir sur le statut social du libre-arbitre d’autrui. Et l’affaire est d’envergure. Les travaux de chercheurs comme P. Watzlawick sur la pragmatique de la communication ont contribué à montrer que même plus grand pouvait être l’accord sur le contenu, plus dure pouvait être l’oeuvre de la manipulation. Cette constatation trouve sa vérification dans la réflexion faite à un conducteur ne portant pas sa ceinture de sécurité et soumis à l’argumentation de son entourage sur la nécessité de s’attacher en voiture : « Je le sais, je suis pas con à ce point ! »

la-strategie-du-positionnement-evite-la-realite-et-favorise-lillusion-3.pdf

Mecanopolis publie chaque semaine de nouveaux chapitres de ce “manuel” de la manipulation. Vous pouvez néanmoins demander le mémoire complet a mecanopolis@zipolite.com

 

Sifaoui, l’imposteur

D’après la légende, Mohamed Sifaoui (qui s’appelle en réalité Djamel Schifouna) est un opposant algérien qui a fuit son pays à la fin des années 1990. Mais, quelques mois seulement après avoir débarqué en France, « l’opposant » est bizarrement devenu l’ami de certains haut-gradés algériens, au point de venir soutenir le très sympathique général Khaled Nezzar lors d’un procès qui s’est tenu à Paris en 2002.

Transformé en pourfendeur de « l’islamisme », le dynamique Mohamed est devenu le fournisseur officiel de barbus aux chaînes de télévision françaises qui louent ses services comme on loue ceux d’un traiteur pour une soirée d’anniversaire. C’est ainsi que, dès 2003, son inséparable caméra cachée lui a permis de démasquer, pour France 2 et M6, une prétendue « cellule d’Al Qaida à Paris ». Une étrange affaire qui s’est soldée par « la fuite » du principal protagoniste du « reportage » – un soi-disant militant algérien du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) – en… Algérie, pays où le « jihadiste » coule, d’après nos informations, des jours assez tranquilles. Il se passe des choses étranges en Algérie.

Mais l’Algérie est un trop petit pays pour satisfaire les appétits de Mohamed Sifaoui qui, auréolé de ce premier succès télévisuel, s’est rapidement lancé « sur les traces de Ben Laden » au Pakistan, pour M6, manquant le chef d’Al Qaida d’un poil de barbe (2003), avant de traquer Abou Moussab Al Zarkaoui en Jordanie, pour la même chaîne, sans plus de succès (2005). Ces derniers temps, c’est principalement pour l’émission du service public Envoyé Spécial que le journaliste en rangers fait chauffer sa caméra cachée, avec des « enquêtes » au bazooka contre les mosquées de banlieues (2004), contre Tariq Ramadan (2004), contre les « émeutiers » de banlieues (2005), contre les « islamistes » danois (2006), etc. Chefs d’œuvre de manipulation, comme cela a été prouvé dans une édition d’Arrêt sur images sur France 5 en 2006, les reportages de Mohamed Sifaoui font exploser l’Audimat, et ont l’odeur âcre de la terre brûlée.

Ceux qui veulent comprendre ce qui s’est tramé lors de la trop fameuse « affaire des caricatures de Mahomet » [1] qui a défrayé la chronique en février dernier perdront leur temps à lire le nouveau livre de Mohamed Sifaoui, sobrement intitulé L’affaire des caricatures. On n’y apprend rien sur cette affaire qu’on ait déjà lu dans les journaux. Les lecteurs qui, par contre, aiment qu’on leur fasse peur – et qu’on les prenne au passage pour des imbéciles – y trouveront sans doute leur compte (18 euros).

Car l’affaire des caricatures danoises n’est pour Sifaoui qu’un prétexte pour seriner, une fois de plus, ses théories farfelues sur le danger qui menace la planète : l’islamisation du monde. C’est en tout cas ce que l’on comprend quand le grand journaliste nous explique que l’affaire des caricatures n’est que la partie immergée d’une offensive généralisée contre « le monde occidental ». Bientôt, prévient-il à demi mot, les athées ne pourront plus blasphémer, les chrétiens seront privés de porc et le prêt à intérêt sera banni des banques occidentales (p 164-165). Mince !

Ceux qui mènent cette offensive sont, bien sûr, très méchants. La preuve : ce sont des « islamistes », décrète Mohamed Sifaoui qui utilise ce concept creux à 225 reprises (sur 178 pages en gros caractères)… sans jamais l’expliquer autrement que par analogie avec « le totalitarisme », « le fascisme » et « le nazisme ». Un amalgame d’une confondante banalité qui évite d’avoir à trop réfléchir (George Bush, qu’on sait être un fin intellectuel, l’utilise régulièrement pour justifier sa « guerre contre le terrorisme ») et qui permet à Sifaoui de cracher impunément sur tous ceux dont la tête ne lui revient pas. Les imams danois qui contestèrent la publication des caricatures ? Nazis ! Les manifestants qui protestèrent contre les dessins dans de nombreux pays ? Les Frères musulmans ? Tariq Ramadan ? Nazis ! Nazis ! Nazis !…

Par ce subtil jeu d’écriture qui transforme à peu près n’importe qui en représentant du mal absolu [2], Sifaoui peut filer la métaphore ad nauseum. Il radote, c’est la tarte à la crème, sur « l’esprit munichois ». Il parle du « fascisme vert [prêt à] défiler sur les Champs-Élysées » (p 19). Et il rappelle aux « esprit libres » d’aujourd’hui l’« exode d’Européens dans les années 1930, quand d’autres esprits libres ont été contraints de quitter l’Allemagne » (p 172)… Il y a évidemment, dans cette guerre contre « l’islamo-fascisme », des « collabo » et des « résistants ». Sachant qu’« être opposé à la publication des caricatures » vous place mécaniquement « du côté des islamistes » (p 116), on distingue facilement les deux camps.

Et on comprend aisément pourquoi les « munichois » sont si nombreux : tous les journaux qui estimèrent inutiles de jeter de l’huile sur le feu, tous les gouvernements occidentaux qui cherchèrent à calmer le psychodrame et même les services de sécurité européens qui, nous explique Sifaoui, brossèrent les « islamistes » dans le sens du poil (la police, c’est bien connu, adore les barbus)… Face à ce collaborationnisme généralisé, les « résistants » ne peuvent qu’être des héros dont le bon Mohamed, c’est la moindre des choses, salue les noms : Daniel Leconte, Bernard-Henri Lévy, Taslima Nassreen, Salman Rushdie, Caroline Fourest, Ayan Hirsi Ali, Philippe Val, Antoine Sfeir [3] … Autant de personnalités anonymes et méprisés des grands médias auxquels il faut ajouter Guilaine Chenu et Françoise Joly, responsables de l’émission Envoyé Spécial (France 2), qui eurent le courage de diffuser, le 23 mars 2006, une « enquête » sur les caricatures réalisée par… Mohamed Sifaoui.

Car la pénible démonstration de Mohamed Sifaoui n’est en réalité qu’un pathétique plaidoyer en faveur de Mohamed Sifaoui himself. Vivement critiqué au Danemark après la diffusion du « reportage » d’Envoyé Spécial par une chaîne locale – au point qu’il a dû « cacher [ses] rushes en lieu sûr » pour éviter la saisie de la police danoise… (p 149), notre Jean Moulin des temps modernes se dépeint en véritable martyr de la cause « anti-islamiste ». Une posture qu’il affectionne particulièrement, et qui lui servira sans doute d’argument marketing pour continuer à vendre à bon prix ses reportages et ses théories à l’emporte-pièce aux mastodontes de l’audiovisuel hexagonal. Et comme le XXIe siècle « sera celui de la connerie », prophétise Sifaoui, qui est aussi poète (p 20), on ne peut que lui prédire une bonne fortune.

 

Souleymane Al-Arabi  |  Bakchich

[1] L’affaire des caricatures, dessins et manipulations, Editions Privé, Paris 2006

[2] C’est ainsi que les « vingt-sept associations musulmanes » reconnues au Danemark (p 78) deviennent comme par magie, quelques pages plus loin, « vingt-sept associations islamistes » (p 158).

[3] Les sept derniers cités ont sauté sur l’occasion des caricatures pour signer, le 28 février 2006, un énième « appel » assimilant « l’islamisme » au « totalitarisme » : Ensemble contre le nouveau totalitarisme, l’islamisme.

 

 

 

Manipulation : La stratégie du positionnement évite la réalité et favorise l’illusion (I)

LA STRATEGIE DU POSITIONNEMENT EVITE LA REALITE ET FAVORISE L’ILLUSION.

MEMOIRE – 1999

1.1.1 Les premiers professionnels de la manipulation : les sophistes

« Le mot est un despote tout puissant », disait Gorgias dans un discours à Athènes au Vème siècle, cité ou l’art de la manipulation et « le fait d’être un orateur efficace était la clé du pouvoir politique » (W.K.C. Guthrie, 1971). Pour Gorgias :

« L’orateur a le pouvoir de parler à tout le monde indistinctement et sur toute question, de façon à être, en présence des foules, plus persuasif que personne. »

De telles proclamations ont contribué à fonder la mauvaise réputation des sophistes qui enseignaient l’art de manipuler : la rhétorique. En Grèce, la réussite qui comptait était avant tout politique, et, ensuite, judiciaire. Pour les sophistes, Peithô, la manipulation, était une déesse puissante : « l’enchanteresse qui n ‘a jamais subi un refus », pour Eschyle, mais aussi « l’odieuse fille de l’Egarement’ . C’est pour la déesse Persuasion qu’Isocrate avait pour habitude de faire un sacrifice annuel.

Gorgias, comme Protagoras, établit un parallèle en l’art oratoire et la médecine :

« Le discours est dans le même rapport que les drogues au corps. De même que les drogues tirent des dispositions différentes au corps, que certaines mettent fin à la maladie et d’autres à la vie, de même les mots peuvent provoquer la joie ou le chagrin, la peur ou la confiance, ou, au moyen d’une manipulation, endormir et ensorceler l’esprit. »

Ce qui choquait tellement Platon (Guthrie, 1971), c’est ce que les sophistes acceptaient comme fondement essentiels de la rhétorique :

– le probable est plus honorable que le vrai ;
– ce qui paraît à chacun est dans la mesure où il s’agit de lui.

Comme l’observe L. Versenyi (1963) cela revient à admettre que la vérité et la connaissance ne sont qu’illusion :

« Puisque toute quête humaine se meut dans les limites du royaume de l’opinion où la duperie est aisée, toute manipulation est le résultat de la puissance de l’éloquence plus que d’une perspicacité rationnelle. Si les hommes savaient, il y aurait une grande différence entre la duperie et la vérité. Telles que sont les choses, on ne peut que faire la distinction entre le raisonnement couronné de succès et celui qui ne convainc pas, entre le raisonnement persuasif et le raisonnement stérile. »

La rhétorique est née du besoin d’emporter l’adhésion, en particulier dans deux sortes de circonstances publiques : dans les réunions politiques au forum, et dans les tribunaux, devant les juges. La tradition veut que la rhétorique soit née en Sicile alors habitée par une population à l’imagination vive, « une race à l’esprit aiguisé et naturellement fait pour la dispute », selon Cicéron.

« Savoir parler en public prenait de plus en plus d’importance. Des écoles spéciales furent créées. Le Syracusain Corax et son disciple Tisias publièrent un véritable traité (techné), qui n’est pas arrivé jusqu’à nous, mais que d’autres orateurs mentionnent dans leurs écrits. »

Cette rhétorique naissante, rouée et déjà très habile se veut « ouvrière de la manipulation ».C’est elle qui fut transplantée en Grèce au Vème siècle avant J.-C. Protagoras et Gorgias furent ses maîtres les plus célèbres.

Les sophistes aimaient l’éclat et le faste dans la parole, le vocabulaire, le style, la tenue et le geste. L’abus qu’ils firent de leurs talents, leur prétention d’avoir toujours raison contribuèrent à aggraver l’immoralité de leur attitude reconnue et surtout développée par Platon et Socrate pour deux raisons :

– Le sophiste se désintéresse complètement de la relation entre le discours et leur objet ; il ne se soucie pas de la recherche de la vérité ni de la justice.
– Le sophiste trouve un profit immédiat à son enseignement, il en vit, c’est un « professionnel » et qui plus est il encourage ses élèves à « réussir », quelles que soient les injustices qu’il a pu commettre.

En fait, c’est une autre morale que défendent les sophistes. Pour eux, l’idée d’une justice absolue pour le bien du plus grand nombre et fondée sur les universaux moraux est une invention des faibles, les plus nombreux : c’est un pis-aller accepté par tous, de peur de subir les outrages de plus forts que soi (T. Todorov, 1983). Les sophistes font valoir une conception de la justice : le droit, c’est la force et il est légitime de jouir de sa supériorité. L’éloquence sophistique est au discours ce que l’art de la parure est à la gymnastique.

Isocrate, célèbre élève de Gorgias, estime « qu’apprendre à parler, c’est apprendre à bien vivre ». Plutarque l’en blâma sévèrement pour avoir mis dix années à écrire son célèbre Panégyrique d’Athènes : « Considérez, je vous prie, la bassesse de cœur de ce sophiste, qui consuma la neuvième partie de sa vie à composer un seul discours. »

 

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mecanopolis@zipolite.com

La Mondialisation de l’idéologie islamophobe

Depuis la désintégration du bloc dit communiste, les classes dominantes propagent une vision duale du monde opposant l’Occident à l’Orient, la civilisation à la barbarie. Il n’y aurait plus d’antagonisme de classe, mais seulement un affrontement entre le monde judéo-chrétien et le monde arabo-musulman, son antinomie parfaite.

La ligne de séparation que les atlantistes creusent est géographique et intangible. Cette fragmentation sur base du credo religieux ou du groupe ethnique est une régression intellectuelle qui relègue en arrière-plan les identités sociales. Les appartenances substitutives font pièces à la conscience sociale et fortifient l’assise de l’ordre dominant.

L’islam est perçu dans l’imaginaire collectif comme un phénomène politico-religieux nuisible et extérieur. Il serait réfractaire à la raison et incompatible avec les valeurs de liberté et d’égalité du monde occidental. On lui reproche par-dessus tout d’être ontologiquement violent. Il glorifierait le sang et la mort. Sous ce regard, l’islam est une entité homogène immobile incapable de se réformer et de s’adapter à la modernité – il est, en somme, inférieur à l’Occident.

Cette doctrine débouche au terme d’analogies abusives sur un nouveau concept raciste: la mondialisation de l’idéologie islamophobe.

Cette représentation n’est qu’un paravent doctrinal qui dissimule, d’une, part les ambitions hégémoniques d’un réseau d’influence international et qui consolide, d’autre part, sa domination. La menace islamiste a été agitée au moment où les contestations sociales s’exprimaient avec le plus de vigueur, y compris dans le cœur des Etats-Unis. Un mouvement social anti-systémique parvenait à faire écho de Seattle à Gênes et inquiétait les dirigeants capitalistes. Le pouvoir devait renforcer dès lors son système immunitaire en renforçant le complexe militaro-policier (voir La guerre contre le terrorisme islamiste n’est qu’un leurre)

Depuis, on a pu observer une inflation inédite des moyens assignés à la surveillance et à la répression : vidéosurveillance, biométrie, fichage. En développant une menace anxiogène, ce sont les citoyens eux-mêmes qui prêchent pour un surplus de sécurité. Le terrorisme est parvenu à donner un blanc-seing illimité dans le temps et dans l’espace à l’impérialisme euro-américain. Il justifie la présence sine die des armées impérialistes dans n’importe quel recoin du monde.

Depuis le 11 septembre 2001, des experts autoproclamés ès terrorisme (Claude Moniquet, Alexandre Del Valle, Antoine Sfeir,..) sont montés au créneau pour alimenter une paranoïa collective. Les philosophes réactionnaires et conscience du monde du genre Bernard-Henri Levy ou Alain Finkielkraut y ont trouvé eux aussi leur fonds de commerce en accréditant la thèse de la confrontation civilisationnelle.

Selon une logique circulaire, les citations entrecroisées des uns et des autres sont censées avoir valeur de démonstration. Faute de preuves empiriques, les publicistes de l’ordre mondial se contentent de propager les conclusions d’officines gouvernementales pourtant maintes fois confondues de manipulation à grande échelle. Ils participent de la sorte à la construction du fantasme d’une menace externe grandissante et d’une stratégie globale et cohérente de conquête du pouvoir par des groupes jihadistes. S’affranchissant de l’histoire et du cadre socio-économique, ce système explicatif met en liaison un ensemble de mouvements sans parenté.

De Bali au Yémen en passant par Bagdad, les banlieues françaises ou les bidonvilles marocains, un seul coupable est désigné : le terrorisme islamiste. Rien ne peut ébranler cette thèse puisqu’une menace est par définition une virtualité qui peut ne pas prendre forme dans l’immédiat.

Notons par ailleurs que cette propagande confusionniste profite en premier ordre au sionisme qui peut briser la résistance palestinienne au nom de la lutte contre le terrorisme.

Pour Claude Moniquet, président de l’ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center : club de réflexion traitant des questions de sécurité stratégique), « il est temps de se lever, tous ensemble, chrétiens, musulmans, juifs, athées et autres pour dire haut et fort : la liberté est notre règle en Europe. Elle est inscrite dans nos constitutions, nos lois et nos coutumes et nous ne voulons aucune autre loi. Que ceux qui s’en trouvent insatisfaits aillent vivre ailleurs ». Claude Moniquet, inlassable défenseur d’Israël, est un intermittent des medias au même titre que son confrère Alexandre Del Valle. Ce dernier, prétendu spécialiste des questions de géopolitique liées à l’islamisme, affirme sans ambages que « les islamistes ne demandent pas seulement le retrait d’Irak et d’Afghanistan. Ils veulent diviser le front occidental, ne perdant pas de vue leur objectif qui est la conquête de l’Europe… ».

Ils sont tous deux relayés et appuyés par les cercles sionistes avec qui ils entretiennent des affinités privilégiées. Bernard-Henri Levy, accoutumé à la phraséologie creuse, fait un parallèle douteux entre l’islamisme et le fascisme : « et puis, en fond de décor, ce à visage islamiste, ce troisième fascisme, dont tout indique qu’il est à notre génération ce que furent l’autre fascisme, puis le totalitarisme communiste, à celle de nos aînés… ». Il ne faut pas se laisser prendre.

L’Islam n’est pas l’ennemi même si les Etats-Unis sont l’ennemi des peuples arabes. Les menaces réelles proviennent de ceux qui prétendent défendre notre liberté tout en nous la restreignant, de ceux qui prétendent imposer la démocratie tout en faisant la guerre.

Claude Covassi | covassi@zipolite.com

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On ne déconstruit pas le mensonge comme on entre dans un bordel espagnol

« On a, dit Nietzsche, imaginé par un mensonge le monde idéal, on a enlevé à la réalité sa valeur, sa signification, sa véracité. Le mensonge de l’idéal a été jusqu’à présent la malédiction suspendue au-dessus de la réalité. L’humanité elle-même, à force de se pénétrer de ce mensonge a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds, jusqu’à l’adoration des valeurs opposées à celles qui garantissaient le développement, le présent en devenir. »

Qu’est-ce donc le mensonge de l’idéal sinon la vérité du pouvoir ? Quand le vol a besoin d’assises légales, quand l’autorité se couvre de l’intérêt général pour s’exercer impunément à des fins privées, comment voudrait-on que le mensonge ne fascine pas les esprits, ne les plies à ses lois jusqu’à faire de ce pli comme une disposition naturelle de l’homme ?

Il est vrai que l’homme ment parce que, dans un monde régi par le mensonge, il ne lui est pas possible d’agir autrement ; il est lui-même mensonge, lié par son propre mensonge.

Cependant, personne ne reste grimaçant vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous le poids de l’inauthentique. Même chez les imbéciles les plus radicaux – toutes espèces confondues – le mensonge porte en soi la lumière qui le fait transparaître : il est peu d’aliénation qui ne se brisent, l’espace d’un instant, sur leur désaveu subjectif. Personne n’est tout à fait dupe de ce qui le détruit, pas plus que les mots n’obéissent tout à fait au pouvoir.

Un conditionnement parcellaire a remplacé la présence du divin dans notre monde, et le pouvoir s’efforce d’atteindre, par une grande quantité de petits conditionnements, à la qualité de l’irremplaçable. Cela signifie aussi qu’en un sens – celui des gouvernements des hommes – le progrès des connaissances humaines ne cesse de perfectionner l’abatardisation des masses. Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène. La science est l’alibi des polices : elle enseigne jusqu’à quel degré on peut torturer sans entraîner la mort – voir CIA Training Manual – et elle enseigne surtout jusqu’à quel point on peut être l’honorable bourreau de soi-même et devenir qu’une “chose”, tout en gardant une apparence humaine.

Un philosophe arabe disait (je le cite de mémoire, donc peut-être approximativement) : « La confluence est l’approche du néant. Dans la confluence totale, la présence remue ». L’abatardisation s’étend à toute les activités de l’homme et les dissociant à l’extrême, mais, se dissociant du même coup, elle devient partout plus vulnérable.

Sous la dissociation, il y a l’unité ; sous l’usure, la concentration d’énergie ; sous l’émiettement de soi, la subjectivité radicale. Le qualitatif en lieu et place du quantitatif. C’est à ce niveau que doit se concevoir un renversement des forces. Mais on ne déconstruit pas le mensonge comme on entre dans un bordel espagnol, car le pouvoir est une vielle catin qui a l’habitude d’éviter les obstacles par le renouvellement et le rajeunissement des structures de l’apparence : il multiplie l’imbécillité comme d’autres multipliaient les pains.

Claude Covassi | covassi@zipolite.com

 

 

Spectacle érotique et hystérie collective

Notre actuelle « société du spectacle » est inondée en permanence par des flots d’images produites par l’omniprésente télévision, les réseaux informatiques, les journaux, l’affichage publicitaire et la propagande politique.

Cette submersion collective par les images est tout à fait remarquable aujourd’hui mais c’est, bien sûr, leur rôle d’identification qui permet d’y reconnaître une socionévrose hystérique.

Le spectacle propose des rôles auxquels chacun peut s’identifier au moyen d’accessoires produits industriellement et diffusés en masse sur le marché actuel ; accoutrements vestimentaires, gadgets électroniques, ameublement et décors, livres et autres objets « culturels ».

Des associations pertinentes de ces divers éléments sont proposées à chacun grâce aux compositions audiovisuelles de la publicité commerciale et de la propagande politique : rôle de «jeune», de «responsable d’entreprise», de «révolté», d’intellectuel ou de « créatif », tous rôle permettant à chacun de se choisir une personnalité d’emprunt et éventuellement d’en changer à chaque saison.

Au spectacle actuel répondent donc une mythomanie généralisée, une plasticité de la personne et surtout une occultation complète de la réalité vécue. Le chômeur, le salarié, le téléspectateur, le cadre humilié s’identifie à Bill Gates, à Madonna, à Zidane, à Ben Laden, au séducteur ou à la séductrice du dernier feuilleton télévisé, plutôt qu’à leur consternante réalité qui n’a aucune place dans ce spectacle.

La mythomanie généralisée actuelle résulte bien d’un vide abyssal de la personnalité, d’une occultation complète du sujet vivant individuel. Si le spectacle a réussi à dominer toute la vie sociale moderne, c’est bien d’abord parce qu’il rencontrait un tel vide, et qu’il permettait de le combler illusoirement.

«Le spectacle n’est pas un ensemble d’images», notait Guy Debord en 1967, «mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images». Un tel rapport social définit très précisément l’hystérie.

L’actuelle socionévrose hystérique se manifeste encore par une érotisation ostentatoire de toute la vie sociale moderne, accompagnée d’un manque tout aussi manifeste de satisfaction sexuelle.

La banalisation des images et des spectacles érotiques est assurément un fait nouveau dans nos sociétés. L’industrie florissante et indiscrète de films, de revues et d’ouvrages pornographiques témoigne déjà de cette invasion de notre monde par l’imagerie sexuelle, naguère cachée et honteuse, comme aussi de l’insatisfaction sexuelle de ceux qui s’en rassasient.

Mais plus encore que ce commerce spécialisé, c’est l’érotisation de la publicité, des accoutrements vestimentaires et même du vocabulaire commun qui aurait étonné nos concitoyens d’il y a moins d’un siècle. Est-il besoin de telles mises en scène érotique pour vanter les mérites d’un appareil électroménager ou d’une boisson gazeuse ?

Quant aux conduites sexuelles réelles et surtout aux satisfactions qu’elles procurent, on peut mesurer leur vide tragique à l’aune de telles préoccupations et d’un tel exhibitionnisme. Elles sont, au sens propre, des conduites hystériques.

Cette façon de n’être au monde que par la médiation d’images a donné lieu à d’extravagantes manifestations collectives, caractéristique de notre époque hystérique, et que l’histoire n’avait pas revu depuis le bas Empire romain.

L’extraordinaire importance des rassemblements sportifs d’un bout à l’autre du monde et l’intérêt que leur apportent les médias relèvent bien de l’hystérie moderne. Il en est de même des “divertissement” musicaux actuels. À Woodstock ou à Bercy, comme dans les rues de la “fête de la musique”, des auditeurs-supporters s’identifient aux histrions de l’estrade et se mettent eux-mêmes en spectacles comme amateurs éclairés, recouverts de l’aura de leur modèle admirable. L’identification est si complète et le modèle si parfaitement intériorisé qu’il peut n’être aujourd’hui que fantasmé dans des raves party ou des gay prides.

Cette hystérie collective est aisément mobilisable par les gestionnaires actuels pour diriger les foules et les faire participer à des entreprises utiles dans certaines conjonctures économiques. Les fêtes de Nurenberg, les grandes manifestations fascistes, les défilés de la place Rouge ou la mitlitarisation des écoliers maoïstes ont montré au monde ce qu’un pouvoir pouvait faire à partir d’une telle folie.

Cette utilisation politique de l’hystérie collective est maintenant devenue habituelle. Elle est à l’oeuvre dans toutes les élections des pays dit “démocratiques” : pour chaque candidat, il s’agit de présenter au public une image adéquate à laquelle il pourra s’identifier et, par son vote, se hisser lui-même au niveau de sa propre représentation. Le récent triomphe de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française en est le plus sinistre exemple, à la limite de la caricature même – et son effondrement sera à la hauteur de ses promesses illusoires.

Claude Covassi | claude@zipolite.com

La misère est la matière première de la société marchande

Comment est-t-il possible que le désastre de l’humanité, qui nous concerne tous, peut-il laisser indifférent ceux qui prétendent nous gouverner ? Après tout n’en seront-ils pas aussi parfois les victimes ? Ou leurs enfants ? Mais ces prétendus « dirigeants », ou ceux qui aspirent à les remplacer, ne sont eux-mêmes que les intermédiaires entre une population inquiète et des puissances financières qui ont permis à ces gouvernants d’accéder à leur poste et qui peuvent les renvoyer comme des domestiques au moindre faux-pas. Ils sont condamnés à dépendre de leurs grands capitaines, ils ont peur des voleurs, des faux témoins, des assassins, et ils dépendent d’une infinité de personnes situées au-dessus d’eux.

Il est évidemment nécessaire de cacher ces choses triviales à ceux qui pourraient être tentés alors d’en finir au plus vite avec une organisation sociale soumise aux seuls impératifs économiques. Il faut rassurer ce public, lui mentir souvent, lui tenir secrète les informations les plus alarmantes, mettre en avant de prétendus remèdes miracles.

Pour connaître les réponses que peuvent apporter au désastre actuel les lois économiques qui nous y ont mené, il faut rappeler ceci : le système marchand repose, depuis son origine, sur le désir et la privation. Il se développe, se maintient et se renforce là ou les communautés humaines ne peuvent être autosuffisantes.

Cette misère permet aux gestionnaires du système de faire travailler ceux qui ont été d’abord privé de leur autonomie, de leur faire produire des marchandises qui seront ensuite vendues à d’autres nécessiteux. À l’articulation de ces deux mouvements – de fabrication et de distribution – s’accumule la plus-value marchande ; et évidemment la puissance du système lui-même. Cette puissance lui sert à s’auto-reproduire de la même façon, en réduisant encore l’autonomie humaine pour s’accroître davantage.

La misère du besoin est bien la matière première de la société marchande, et ceux qui la gèrent doivent grignoter toujours plus ce qui reste de liberté humaine pour imposer leur monopole économique et idéologique sur la satisfaction des besoins vitaux.

C’est pourquoi les nouvelles misères – qu’il s’agisse de famine, d’empoisonnement planétaire, de morbidité nouvelle, de privation de liberté, et même d’insécurité – contribuent à renforcer l’organisation marchande. En dépit de leurs proclamations contraires, les gestionnaires de notre monde ne peuvent que se réjouir d’une situation qui améliore encore le système dont ils sont les serviteurs. Loin de nuire au mode de production marchande, le désastre actuel en accroît la puissance, en aggravant les privations et les souffrances.

La famine planétaire provoquée par la destruction des économies traditionnelles et des cultures alimentaires – elles-mêmes remplacées par des cultures industrielles qui stérilisent la terre. Cette famine convient bien à notre organisation marchande. Elle apporte aux affamés, sous forme d’ « aide humanitaire », ses surplus alimentaires produits ailleurs, en échange de leur soumission aux cultures industrielles et aux compagnies commerciales qui pillent leurs richesses naturelles. Elle « libère » ainsi des masses serviles qu’elle emploie sur place pour industrialiser ses rapines, ou qu’elle déporte ailleurs pour y effectuer les tâches les plus pénibles et les plus méprisées.

La vulnérabilité des cultures alimentaires due à l’épuisement des sols – épuisement dont le mode d’agriculture industrielle est le seul responsable – lui est tout à fait avantageuse aussi. Pourquoi tenter de reconstruire une agriculture plus conforme au dynamisme vivant naturel, alors que l’invention des OGM – dont les semences sont stériles – lui assurent maintenant un monopole absolu sur des semences qu’autrefois l’agriculteur scandaleusement sans fournir de plus-value à la classe gestionnaire ? Le système marchand à donc tout intérêt à généraliser un tel procédé. Favoriser par tous les moyens la contamination des cultures traditionnelles par des OGM lui permettra d’en finir avec un mode de production autonome.

Les populations sont de chaque année un peu plus malades. Des épidémies, des cancers, de nouvelles infections gravissimes – sans même parler des angoisses et de dépressions suicidaires – touchent des populations de plus en plus nombreuses. Mais cette nouvelle morbidité, cette nouvelle misère, comme toute les autres privations, convient bien à notre économie marchande. Pourquoi réduire les causes d’une telle catastrophe, la mauvaise alimentation, la pollution chimique, radioactive ou autre, les facteurs immunodépresseurs ou les perturbateurs endocriniens omniprésents dans notre environnement, alors que la florissante industrie pharmaceutique – dont les banques et les compagnies d’assurance sont les actionnaires principaux – peut faire produire en abondance, par ses salariés de multiples petits comprimés bleus, roses, blancs, bicolores propre à enrayer provisoirement les effets les plus immédiats de ce désastre sanitaire, et qu’elle vend au monde entier. Grâce à cette universelle morbidité, la santé, autrefois naturelle, est donc devenue un bien monopolisé sur lequel notre économie marchande prélève en permanence sa plus-value.

Quant aux risques d’accidents nucléaires, chimiques, ou biologiques – accidents que de pseudos terroristes pourraient provoquer intentionnellement – il faut reconnaître qu’ils lui sont particulièrement avantageux. Il est aussi hors de question d’en supprimer les causes en renonçant à l’énergie nucléaire, aux industries chimiques les plus dangereuses, ou aux manipulations génétiques. Il convient plutôt d’augmenter les forces de police et les forces militaires autour de telles installations, c’est-à-dire partout, et de contrôler davantage la population mécontente dans ses retranchements les plus intimes. Là encore, le terrorisme convient bien à notre organisation marchande pour protéger son empire universel, et l’on ne peut être qu’un imbécile ahuri pour nier qu’elle y participe.

Même les guerres et les cyclones lui sont profitables. Toute une économie de reconstruction, de restauration, de maintenance et d’ « aide humanitaire » fleurit sur les cimetières de Bagdad. Au point même qu’avant le premier coup de feu en Irak, les entreprises internationales se disputaient les marchés de la reconstruction du pays auprès des dirigeants qui avaient décidé d’en détruire les infrastructures.

Croit-on que la pénurie d’eau potable qui commence à affecter des continents entiers et qui provoque déjà des millions de morts chaque année ne soit pas, elle aussi, favorable à notre civilisation marchande ? Les groupes politico-financiers les plus puissants peuvent monopoliser cette eau, autrefois abondante et gratuite. Ils peuvent la revendre à ceux qui en sont privés, en échange d’autres denrées, et en prélevant leur plus-value dans les deux opérations. Peut-être un jour pourront-ils, par dessalage ou par synthèse, obtenir un brevet exclusif sur cette eau si nécessaire à la vie, et le monopole absolu de sa fabrication.

Évidemment, les privations les plus modernes, celles qui résultent de la perte de soi-même dans le système marchand, de la confiscation de sa propre créativité, de son individualité vivante, de son humanité, de sa liberté conviennent au mieux à notre organisation marchande. Elle vend à ces nouveaux indigents des images de liberté, de personnalité, d’autonomie, de vie naturelle, sous forme de gadget que la publicité affirme être porteur de telles qualités magiques. Elle favorise en outre l’accès au gouvernement d’« hommes providentiels », qui promettent d’en finir avec toutes les misères et toutes les injustices, mais qui sont contraints de suivre ses directives ou de disparaître, engloutis par une élection malheureuse, une guerre civile, une mort brutale inexpliquée.

Claude Covassi | claude@zipolite.com


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