Archive pour la catégorie 'Affaires étrangères'

L’Irak, à nouveau

Faut-il oublier l’Irak? Non, il ne faut jamais oublier l’Irak, qui n’entend pas de son côté se faire oublier. Outre que le pays et ses troubles existent toujours dans le sens qu’on sait des événements courants, il s’avère que l’Irak pourrait revenir plus encore à une situation d’affrontement aggravé, comme nombre d’analystes en ont déjà exprimé la crainte.

Une excellente analyse de WSWS.org du 21 février nous fixe là-dessus. Elle nous précise que la situation en Irak est sur le point de (re)devenir explosive, avec les récents alliés sunnites bruyamment achetés à coups de subvention US, qui s’impatientent des promesses non tenues et jugent que les chiites continueront, selon les arrangements US, à tenir l’essentiel de la puissance du pays.

Des lois votées par le Parlement irakien le 13 février limitent les mesures levant les contraintes pesant sur les anciens membres (essentiellement sunnites) du parti Baas de Saddam Hussein. Les mesures de décentralisation du pouvoir (lois provinciales) sont également décevantes pour les sunnites. Tout se passe comme si les chiites gardaient l’essentiel du pouvoir alors que le ralliement des sunnites dans la bataille contre les terroristes islamistes impliquait la réciprocité politique d’un plus grand pouvoir dans leurs territoires. Par conséquent, la situation se détériore.

Les risques intérieurs (US)

La situation en Irak est conforme à tout ce que nous savons du fonctionnement de la machine américaniste et des conditions du “surge” tel qu’il est apparu au jour le jour.

• Washington (l’administration Bush) avait besoin d’un répit dans la situation en Irak, essentiellement pour des motifs de politique intérieure, histoire de proclamer la “victoire”. Les USA se sont tournés vers les sunnites et leur ont promis beaucoup de choses, notamment des concessions importantes des chiites qu’ils se faisaient fort de garantir, s’ils se tournaient contre les islamistes. Les sunnites, qui n’ont jamais accepté de gaieté de cœur l’intervention des groupes islamistes (Al Qaïda) ont accepté le marché qui a impliqué du côté US de l’argent et l’extension des milices sunnites, armées par le soin des Américains.

  • Aux chiites, les autorités US ont assuré que les contacts avec les sunnites, et les accords passés avec eux, n’impliquaient aucune altération fondamentale de leurs pouvoirs.

La manœuvre était destinée d’abord à gagner du temps dans l’immédiat. Elle y a réussi d’une façon générale, mais pour une durée qui pourrait bientôt apparaître bien trop courte (et, par ailleurs, pour des résultats complètement incertains puisque l’effet intérieur aux USA a été négligeable). Comme à l’habitude, les Américains ne se sont embarrassés d’aucune préoccupation à long terme, encore moins d’une préoccupation d’unification et d’intégration des diverses forces irakiennes. On ne peut même pas parler d’une pensée tactique efficace pour eux-mêmes (“diviser pour régner”) puisqu’il n’est pas question pour les USA de renforcer leur statut en Irak et que cette opération ne diminue en rien le pouvoir des chiites. Plus encore, ils se sont retirés en partie des opérations offensives pour limiter leurs pertes et se trouvent aujourd’hui en position opérationnelle marginalisée. De maîtres de jeu qu’ils croyaient être devenus, ils pourraient bien se retrouver en position d’être exclus du jeu pour l’essentiel, – à moins d’entreprendre une opération de “reconquête” de leurs positions au prix de pertes accrues, ce qui semble hors de question parce que le Pentagone ne veut pas en entendre parler.

Il s’agissait simplement d’une opération de relations publiques dont il apparaît aujourd’hui qu’elle pourrait avoir des conséquences extrêmement difficiles si, effectivement, les groupes sunnites entraient à nouveau en dissidence. Une telle occurrence pourrait conduire sur le terrain à une situation pire qu’en 2006 dans la mesure où les Américains seraient perçus comme étant sur la voie du désengagement, – ce qu’ils sont effectivement ; et parce que, d’autre part, leur présence et les moyens de pression politique dont ils disposent encore leur permettent d’interdire à une force quelconque d’acquérir l’autorité nécessaire pour exercer un contrôle général conduisant à un éventuel apaisement. (Les USA ont là leur rôle habituel, transposant au niveau politique l’équation désormais universelle de leur puissance en crise : invincibilité = impuissance. Ils sont assez puissant pour empêcher l’émergence d’une force stabilisatrice et totalement impuissant à exercer eux-mêmes cette action de stabilisation, – s’ils en ont encore le goût, pour ne pas parler des moyens et des capacités.)

C’est la poursuite de l’application de la “formule”, ou recette de l’effondrement de la puissance US. L’incapacité grandissante de susciter la stabilité, y compris en aménageant des conditions temporaires pourries de stabilisation artificielle, rend l’éventuelle explosion conséquente plus brutale. Un point intéressant, si cette aggravation se confirme, est l’effet sur la politique intérieure US en pleine campagne électorale.

Les Américains sont en grande majorité contre la guerre d’une façon générale, outre d’être contre l’engagement US. Une recrudescence des combats rendrait la situation irakienne encore plus insupportable à cette majorité. Les partisans d’un retrait immédiat seraient encore renforcés dans leur détermination. A cet égard, Obama a pointé le bout de son nez en annonçant qu’il effectuerait un retrait général et sans doute inconditionnel en 2009 s’il était élu. Cette prise de position engendrera du côté républicain, avec un McCain très dur sur cette question, un durcissement et une dénonciation des démocrates capitulards qui n’hésiteraient pas, selon l’interprétation républicaine, devant une évacuation catastrophique type Saïgon-1975. Encore une occasion de radicalisation de la campagne.

Source : Philippe Grasset pour Dedefensa.org

11 septembre 2001 : les Français en savaient long

C’est une impressionnante masse de documents. De loin, on croirait une thèse universitaire. De près, rien à voir. Des coups de tampons rouges “confidentiel-défense” et “usage strictement national” sur chacune des pages. En haut à gauche, un logo bleu roi : celui de la DGSE, la Direction générale des services extérieurs, les services secrets français. Au total, 328 pages classifiées. Notes, rapports, synthèses, cartes, graphiques, organigrammes, photos satellite. Le tout exclusivement consacré à Al-Qaida, ses chefs, sous-chefs, planques et camps d’entraînement. A ses soutiens financiers aussi. Rien de moins que l’essentiel des rapports de la DGSE rédigés entre juillet 2000 et octobre 2001. Une véritable encyclopédie.

Au terme de plusieurs mois d’enquête sur cette documentation très spéciale, nous prenons contact avec le quartier général de la DGSE. Et le 3 avril, l’actuel chef de cabinet, Emmanuel Renoult, nous reçoit sur place, dans l’enceinte de la caserne des Tourelles à Paris. Après avoir parcouru les 328 pages que nous posons sur son bureau, il ne peut s’empêcher de déplorer une telle fuite, tout en nous laissant entendre que ce paquet représente la quasi-intégralité des productions de la DGSE sur le sujet pour cette période cruciale. En revanche, sur le fond, impossible de lui soutirer le moindre commentaire. Trop sensible.

Il est vrai que ces chroniques des services secrets sur Al-Qaida, avec leurs diverses révélations, soulèvent quantité de questions. Et d’abord une surprise : le nombre élevé de notes uniquement consacrées aux menaces d’Al-Qaida contre les Etats-Unis, des mois avant les attaques suicides de New York et de Washington. Neuf rapports entiers sur le sujet entre septembre 2000 et août 2001. Dont une note de synthèse de cinq pages, intitulée”Projet de détournement d’avion par des islamistes radicaux” , et marquée d’une date… 5 janvier 2001 ! Huit mois avant le 11-Septembre, la DGSE y rapporte les discussions tactiques menées depuis le début de l’année 2000 entre Oussama Ben Laden et ses alliés talibans, au sujet d’une opération de détournement d’avions de ligne américains.

Pierre-Antoine Lorenzi, chef de cabinet du patron de la DGSE jusqu’en août 2001, aujourd’hui président d’une société spécialisée dans les stratégies de crise et d’influence (Serenus Conseil), parcourt devant nous ces 328 pages et tombe en arrêt, lui aussi, sur cette note. Il hésite, prend le temps de la lire et admet : “Je me souviens de celle-là.” “Il faut se rappeler, précise M. Lorenzi, que jusqu’en 2001, le détournement d’avion n’a pas la même signification qu’après le 11-Septembre. A l’époque, cela implique de forcer un appareil à se poser sur un aéroport pour mener des négociations. On est habitué à gérer ça.” Mise en perspective utile pour comprendre pourquoi cette alerte du 5 janvier n’a provoqué aucune réaction chez ses destinataires : les piliers du pouvoir exécutif.

Dès janvier 2001, la direction d’Al-Qaida se montre néanmoins transparente aux yeux – et aux oreilles – des espions français. Les rédacteurs détaillent même les désaccords entre terroristes sur les modalités pratiques du détournement envisagé. Jamais ils ne doutent de leur intention. Provisoirement, les djihadistes privilégient la capture d’un avion entre Francfort et les Etats-Unis. Ils établissent une liste de sept compagnies possibles. Deux seront finalement choisies par les pirates du 11-Septembre : American Airlines et United Airlines (voir fac-similé). Dans son introduction, l’auteur de la note annonce : “Selon les services ouzbeks de renseignement, le projet d’un détournement d’avion semble avoir été discuté en début d’année 2000 lors d’une réunion à Kaboul entre des représentants de l’organisation d’Oussama Ben Laden…”
Des espions ouzbeks renseignent donc les agents français. A l’époque, l’opposition des fondamentalistes musulmans au régime pro-américain de Tachkent s’est fédérée dans le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, le MIO. Une faction militaire de ce parti, emmenée par un certain Taher Youdachev, a rejoint les camps d’Afghanistan et prêté allégeance à Oussama Ben Laden, lui promettant d’exporter son djihad en Asie centrale. Des livrets militaires et des correspondances du MIO, trouvés dans des camps afghans d’Al-Qaida, en attestent.

Alain Chouet a gardé en mémoire cet épisode. Il a dirigé jusqu’en octobre 2002 le Service de renseignement de sécurité, la subdivision de la DGSE chargée de suivre les mouvements terroristes. Selon lui, la crédibilité du canal ouzbek trouve son origine dans les alliances passées par le général Rachid Dostom, l’un des principaux chefs de guerre afghans, d’ethnie ouzbek lui aussi, et qui combat alors les talibans. Pour plaire à ses protecteurs des services de sécurité de l’Ouzbékistan voisin, Dostom a infiltré certains de ses hommes au sein du MIO, jusque dans les structures de commandement des camps d’Al-Qaida. C’est ainsi qu’il renseigne ses amis de Tachkent, en sachant que ses informations cheminent ensuite vers Washington, Londres ou Paris.

La formulation de la note française de janvier 2001 indique clairement que d’autres sources corroborent ces renseignements sur les plans d’Al-Qaida. Selon un dispositif bien huilé en Afghanistan, la DGSE ne se contente pas d’échanges avec des services secrets amis. Pour percer les secrets des camps, d’une part elle manipule et “retourne” des jeunes candidats au djihad originaires des banlieues des grandes villes d’Europe. D’autre part, elle envoie des hommes du service action auprès de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Sans compter les interceptions des téléphones satellitaires.

Un proche de Pierre Brochand, l’actuel patron de la DGSE, nous a assuré que le service disposait d’une “cellule Oussama Ben Laden” depuis au moins 1995. L’alerte du 5 janvier s’appuie donc sur un système éprouvé. Alain Chouet, après nous avoir demandé de préciser qu’il ne s’exprimait pas au nom des institutions françaises, reste laconique mais clair : “Il est rare qu’on transmette un papier sans recouper.” D’autant que ledit papier suit et précède de multiples rapports de la DGSE étayant la crédibilité des incantations guerrières d’Oussama Ben Laden.

Dans sa note, la DGSE estime enfin que la volonté d’Al-Qaida de concrétiser son acte de piraterie contre un appareil américain ne laisse aucun doute : “Au mois d’octobre 2000, Oussama Ben Laden a assisté à une réunion en Afghanistan au cours de laquelle la décision de principe de mener cette opération a été maintenue.” Nous sommes le 5 janvier 2001, les dés sont jetés, les Français le savent… Et ils ne sont pas les seuls.

Comme toutes les informations évoquant des risques contre des intérêts américains, la note a été transmise à la CIA par le service des relations extérieures de la DGSE, responsable des coopérations entre alliés (renommé depuis service des liaisons). Son premier destinataire est le chef de poste de la CIA à Paris, Bill Murray, un francophone au physique de John Wayne, rentré depuis aux États-Unis. Nous avons pu établir le contact, mais M. Murray n’a pas souhaité donner suite à nos demandes. Pierre-Antoine Lorenzi, dont les responsabilités à la DGSE couvraient alors les questions relatives à la coopération avec les agences étrangères, ne conçoit pas que ces renseignements-là ne lui aient pas été remis : “Ça, typiquement, c’est le genre d’information qui est transmise à la CIA. Ce serait même une faute de ne pas l’avoir fait.”
De l’autre côté de l’Atlantique, deux anciens agents de la CIA spécialistes d’Al-Qaida, que nous avons sollicités, ne se souviennent pas d’alertes particulières envoyées par la DGSE. Ni Gary Berntsen, rattaché à la direction des opérations de l’agence de 1982 à 2005, ni Michael Scheuer, ancien responsable de l’unité Ben Laden au siège de la CIA, n’ont gardé en mémoire des informations spécifiques en provenance de la DGSE.

A Washington, la commission d’enquête du Congrès sur le 11-Septembre, dans son rapport final publié en juillet 2004, a mis l’accent sur l’incapacité du FBI, de la CIA ou des services d’immigration d’agréger des données éparses visant certains membres des commandos du 11-Septembre. A aucun moment la commission n’a évoqué la possibilité que la CIA aurait répercuté au pouvoir politique, dès janvier 2001, des renseignements émanant des services français sur le choix tactique d’Oussama Ben Laden d’organiser des détournements d’avions américains.

Au-delà, le plus confondant, à la lecture des 328 pages de la DGSE, tient peut-être dans la juxtaposition entre les notes qui alertent sur des menaces – comme celle de janvier 2001 – et celles qui décrivent très tôt, et avec minutie, le fonctionnement de l’organisation. Dès le 24 juillet 2000, avec la rédaction d’un rapport de treize pages intitulé”Les réseaux d’Oussama Ben Laden”, l’essentiel se révèle consigné noir sur jaune pâle, la couleur des originaux de la DGSE. Le contexte, les détails anecdotiques et tous les aspects stratégiques relatifs à Al-Qaida y figurent déjà. Bien souvent, les documents ultérieurs se contentent de les préciser. Ainsi, l’hypothèse de la mort de Ben Laden – qui a connu un certain succès en septembre 2006 – prend, dans cette note du 24 juillet 2000, les intonations d’un refrain connu, mais néanmoins fondé : “L’ex-Saoudien, qui vit depuis plusieurs années dans des conditions précaires, se déplaçant sans cesse, de camp en camp, souffre également de problèmes rénaux et dorsaux. (…) Des rumeurs récurrentes font état de sa mort prochaine, mais il ne paraît pas avoir, jusqu’à présent, changé ses habitudes de vie.”
Sur un cliché aérien du 28 août 2000, les agents de la DGSE localisent un homme-clé, très proche d’Oussama Ben Laden. Son nom : Abou Khabab. Cet artificier d’origine égyptienne, connu pour avoir enseigné la science des explosifs artisanaux à des générations de djihadistes, constitue une cible en théorie prioritaire. Dans deux notices biographiques sur ce personnage, du 25 octobre 2000 et du 9 janvier 2001, la DGSE énumère les renseignements échangés avec le Mossad israélien, la CIA et les services de sécurité égyptiens à son sujet. On n’ignore rien de son parcours et de ses déplacements.

C’est également le cas d’Omar Chabani, l’émir chargé d’encadrer tous les militants algériens venus en Afghanistan, selon la DGSE. Grâce à lui, au cours de l’année 2001, Al-Qaida a mis des infrastructures à la disposition du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), le mouvement terroriste algérien dont le chef historique Hassan Hattab, ex-allié de Ben Laden, a souscrit en 2006 à la politique de réconciliation nationale du président algérien Abdelaziz Bouteflika – ce qui avait provoqué l’ire des jeunes générations du GSPC. Celles-ci ont repris depuis le mois d’octobre la lutte armée délaissée par leurs aînés, en se réclamant d’un nouveau GSPC – renommé Al-Qaida pour le Maghreb islamique – qui semble être responsable des attentats du 11 avril à Alger.

En marge des aspects opérationnels sur le fonctionnement d’Al-Qaida, ces documents de la DGSE proposent un autre regard sur les relais politiques de son chef. Un exemple : dans une note du 15 février 2001 consacrée en partie aux risques d’attentats contre la base militaire française de Djibouti, les auteurs relèvent la présence dans le pays du représentant d’Oussama Ben Laden pour la Corne de l’Afrique, Nidal Abdel Hay al Mahainy. L’homme, arrivé sur place le 26 mai 2000 est-il précisé, a, ni plus ni moins, “rencontré le président de la République djiboutienne”.

Mais c’est surtout l’Arabie saoudite qui apparaît comme une préoccupation constante à propos des sympathies extérieures à l’Afghanistan dont profite Oussama Ben Laden. Les rapports de la DGSE explorent ses relations avec des hommes d’affaires et diverses organisations de ce pays. Certaines personnalités saoudiennes ont proclamé leur hostilité à Al-Qaida, mais, manifestement, elles n’ont pas convaincu tout le monde. Pierre-Antoine Lorenzi se souvient bien de l’état d’esprit des responsables du renseignement français : “La DGSE a eu beaucoup de mal à considérer définitivement qu’il n’avait plus de relation avec la monarchie saoudienne, parce qu’il était en rupture de ban. C’était difficile à admettre.”

La note du 24 juillet 2000 mentionne un virement de 4,5 millions de dollars au profit du chef d’Al-Qaida par l’International Islamic Relief Organisation (IIRO), une structure directement placée sous la tutelle de la Muslim World League, elle-même considérée comme l’instrument politique des oulémas saoudiens. Il faudra attendre pourtant le 3 août 2006 pour que des bureaux de l’IIRO figurent sur la liste officielle des organisations de financement du terrorisme du département américain du Trésor. Au cours de ce mois de juillet 2000, deux ans après les attentats de Nairobi et Dar-es-Salam, les auteurs de ce mémo doutent de la sincérité des positions affichées par la famille Ben Laden elle-même : “Il semble de plus en plus probable qu’Oussama Ben Laden ait gardé des contacts avec certains membres de sa famille, bien que celle-ci, qui dirige l’un des plus importants groupes de travaux publics dans le monde, l’ait officiellement renié. L’un de ses frères jouerait un rôle d’intermédiaire dans ses contacts professionnels ou le suivi de ses affaires.” Selon M. Lorenzi, c’est la récurrence de ces doutes, et plus spécifiquement l’ambivalence de l’IIRO, qui conduiront la DGSE à se mobiliser avec le Quai d’Orsay, en 1999, quand la diplomatie française proposera aux Nations unies une convention internationale contre le financement du terrorisme.

La note du 24 juillet 2000 mentionne un virement de 4,5 millions de dollars au profit du chef d’Al-Qaida par l’International Islamic Relief Organisation (IIRO), une structure directement placée sous la tutelle de la Muslim World League, elle-même considérée comme l’instrument politique des oulémas saoudiens. Il faudra attendre pourtant le 3 août 2006 pour que des bureaux de l’IIRO figurent sur la liste officielle des organisations de financement du terrorisme du département américain du Trésor. Au cours de ce mois de juillet 2000, deux ans après les attentats de Nairobi et Dar-es-Salam, les auteurs de ce mémo doutent de la sincérité des positions affichées par la famille Ben Laden elle-même : “Il semble de plus en plus probable qu’Oussama Ben Laden ait gardé des contacts avec certains membres de sa famille, bien que celle-ci, qui dirige l’un des plus importants groupes de travaux publics dans le monde, l’ait officiellement renié. L’un de ses frères jouerait un rôle d’intermédiaire dans ses contacts professionnels ou le suivi de ses affaires.” Selon M. Lorenzi, c’est la récurrence de ces doutes, et plus spécifiquement l’ambivalence de l’IIRO, qui conduiront la DGSE à se mobiliser avec le Quai d’Orsay, en 1999, quand la diplomatie française proposera aux Nations unies une convention internationale contre le financement du terrorisme.

Guillaume Dasquié (Le Monde)

LIBERALISME ET DARWINISME SOCIAL (3) PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

En guise d’introduction et pour ne pas trop s’éloigner de l’ambiance zoologique des économistes néo classiques, nous avons choisi à dessein le terme virus emprunté à la microbiologie, plus précisément à la virologie pour montrer que les idées et les idéologies se comportent de la même façon que le germe viral si elles un milieu favorable et des organismes hôtes. D’après le dictionnaire des termes de médecine Garnier Delamare, les virus sont des infragermes, invisibles et infiltrables qui peuplent notre environnement mais ils demeurent inoffensifs tant qu’ils sont en dehors de l’organisme vivant, C’est l’existence ou non d’un organisme hôte qui détermine à la fois l’infection de la cellule vivante et le pouvoir pathogène de multiplication du virus. Car, ce dernier, avant toute biosynthèse, un virus, appelé à ce stade virion, est une structure inerte, figée et incapable d’assimilation ou de synthèse propre et il ne peut être reproduit qu’à l’intérieur des cellules. La première étape d’une infection virale consiste en l’entrée du virus dans une cellule hôte dont les biosynthèses seront modifiées et détournées en totalité ou en partie vers la fabrication de nouveaux virus. Alors qu’une cellule non infectée travaille pour elle-même, produit ses sécrétions spécifiques, renouvelle ses structures et se divise en deux cellules nouvelles, une cellule infectée va employer une partie ou la totalité de son potentiel de synthèse à fabriquer des génomes viraux. La cellule infectée, dont le patrimoine génétique est modifié, sera ainsi obligée de fabriquer des acides nucléiques et des protéines virales, lesquelles formeront de nouveaux virions(néovirions) qui vont transmettre l’infection aux autres cellules. Les nouveaux virus ainsi formés sont des répliques parfaites du virus infectant et cette réplication se fait à partir de la cellule hôte. Les idées et la formation des idéologies dans les sociétés humaines possèdent les mêmes mécanismes de contamination et de propagation que le métabolisme du germe viral.

 

POURQUOI L’ARCHEO LIBERALISME ?

 

Henri Lepage, ardent défenseur et propagandiste des idées des économistes néo classiques en France dans les années 1970 qualifie la pensée économique de l’Ecole de Chicago d’une « nouvelle révolution scientifique et idéologique…et une entreprise de rénovation et de dépassement de la théorie micro-économique néo-classique »(Henri Lepage, demain le capitalisme, Librairie Générale Française, 1978. livre de poche pluriel. p.41) En quoi consiste au juste cette révolution scientifique et idéologique? C’est la généralisation de l’approche micro-économique de l’analyse des phénomènes économiques( la formation des prix en économie de marché) à des domaines non marchands comme l’éducation et la santé. Henri Lepage définit la théorie micro-économique comme une « théorie générale des choix et des comportements humains dans un système d’interactions sociales »(p.42) il considère que la théorie micro économique est l’expression d’une certaine vision de l’homme, l’homo-œconomicus, un être rationnel qui choisit librement et qui prend ses décisions en toute connaissance de cause, en fonction de ses préférences et compte tenu des problèmes de la rareté des ressources disponibles.

 

Les deux principaux inspirateurs de cette approche micro-économique furent Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek qui influencèrent les idées de Milton Friedman et les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago. En 1952, Friedrich von Hayek publia un livre intitulé « Scientism and the study of Society », livre aussitôt traduit en français par Raymond Barre et publié un an plus tard, en 1953, sous le titre de « Scientisme et sciences sociales » chez l’éditeur de droite, Plon. Friedrich Von Hayek reproche aux économistes et aux chercheurs en sciences sociales en général d’avoir servilement appliqué les méthodes des sciences de la nature à l’étude des phénomènes sociaux et économiques sans se demander si leur discipline est une branche de la science de la nature ou de la philosophie morale ou sociale(p.7). Selon von Hayek, la seule approche possible en sciences sociales est la méthode individualiste et « synthétique ».(chapitre IV) connue également sous le nom de l’individualisme méthodologique qui consiste à partir d’abord des conceptions et des opinions des individus pour reconstruire les phénomènes sociaux et économiques, car, au lieu de prendre pour point de départ de ses recherches, les grands agrégats tels « société », »capitalisme », « système économique » qui sont des simples généralisations populaires, le chercheur devrait d’abord observer les attitudes individuelles qui lui sont les plus familières et essayer ensuite « par leur combinaison de reproduire des phénomènes complexes, les résultats des actions individuelles »(p.53) Ces résultats peuvent être obtenus grâce à la structure de l’esprit humain qui est capable d’interpréter certains phénomènes et de comprendre les intentions des autres ou le sens de leurs actes, en faisant usage des catégories familières qui lui sont inhérentes. Tout en reconnaissant les limites de la constitution de l’esprit individuel, l’approche individualiste proposée par von Hayek considère néanmoins qu’il existe bien une « raison » liée au «  processus interindividuel dans lequel, par des intermédiaires, le savoir de générations successives et de millions de gens qui vivent simultanément se combine et s’ajuste; elle nous enseigne que ce processus est la seule forme sous laquelle la totalité de la connaissance humaine ait jamais existé »(p.146)

 

C’est cet individualisme méthodologique qui caractérise la « nouvelle révolution scientifique et idéologique » de Henri Lepage. Certains esprits vicieux tentent, par des acrobaties intellectuelles assez douteuses, de séparer l’individualisme méthodologique, de l’individualisme comme concept théorique issu des spéculations philosophiques et des corpus théoriques et doctrinaux dont l’origine remonte à la philosophie scolastique des XIIIe et XIVe siècles.(Pierre Birnbaum et Jean Leca écrivent dans leur présentation d’un ouvrage collectif datant de l’époque où le vent de l’archéo libéralisme commençait à envahir le monde universitaire:  « l’individualisme « méthodologique » qui tend à expliquer des phénomènes collectifs « macroscopiques » à partir des comportements et des stratégies individuels(« microscopiques »), apparaît nettement distinct des autres individualismes puisqu’il est ici un attribut du chercheur et non un attribut de l’objet: il ne caractérise pas le processus étudié mais la méthode de son étude. D’autre part, il n’est pas une entreprise de légitimation d’institutions ou de valeurs… sauf celles qui sont indissolublement liées à son fonctionnement comme méthode » dans « sur l’individualisme, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques.1986.pp 13-14. Ce que disaient ces deux mandarins de la science politique est totalement incompréhensible voire irréaliste, car on se demande comment un chercheur peut séparer sa méthode de la recherche de l’objet qu’il se propose d’étudier. Ces deux auteurs veulaient nous faire croire qu’il existe une distinction entre l’individualisme méthodologique et la philosophie individualiste qu’il inspire et que la méthode qu’utilise le chercheur est neutre idéologiquement. La prétendue neutralité idéologique des méthodes est un mythe inventé par le positivisme et par la propagande de l’école néo-positiviste de Vienne au début du XXe siècle pour laisser entendre que la science est un domaine épistémologique à part, déconnecté de la société vivant en vase clos, neutre politiquement et idéologiquement. Von Hayek est lui-même tombé dans le même piège quand il considère que la science de la nature possède ses propres méthodes et ses propres objets; ce qui est plus que discutable)

 

L’individualisme méthodologique n’est donc pas distinct d’une philosophie et donc d’un parti pris idéologique du monde. S’il convient de chercher les origines lointaines de l’individualisme méthodologique, on peut remonter à la philosophie scolastique du Moyen Âge mais ses origines contemporaines se trouvent dans les idées et les spéculations du mouvement romantique, un courant de pensée apparu en Allemagne à la fin du XVIIIe siècle pendant l’occupation napoléonienne, un mouvement hostile aux idéaux démocratiques de la Révolution française, à la tyrannie de la science, au rationalisme, au scientisme et à une certaine conception de l’histoire. L’individualisme méthodologique puise ses racines dans la métaphysique de Schelling et dans sa conception organique d’une l’histoire fondée sur le développement de l’humanité par une série d’étapes, de périodes de culture. Cette philosophie de l’histoire de F.W.J.Schelling(1775-1854) inspira Schleiermacher pour élaborer sa herméneutique et sa méthode compréhensive impliquant l’historien et son jugement dans le choix de ses catégories dans l’étude es événements du passé. Cette herméneutique de Schleiermacher fut à l’origine de l’approche psychologique, descriptive et compréhensive de divers courants philosophiques, sociologiques connus sous le nom de philosophie de la vie groupant la philosophie de l’histoire de Dilthey et de son école, la philosophie ou plutôt la psychologie des « visions du monde »(Psychologie der Weltanschauungen » de Jaspers, la philosophie des valeurs de Rickert,la philosophie de la vie de Simmel et la philosophie du choix de Max Weber.(pour une vue d’ensemble des philosophies de Dilthey, Rickert, Simmel et Weber, voir Raymond Aron, la philosophie critique de l’histoire, Paris, librairie Vrin, 1969).

 

Par ailleurs, cette conception organique de l’histoire de Schelling qui était donc à l’origine des conceptions philosophiques de Dilthey, de Rickert, de Simmel et de Weber avait elle-même subi une double influence. D’abord, l’influence des idées du courant du vitalisme représenté par Georg Ernest Stahl(1660-1734) qui inventa le mot « organisme » et Albrecht von Haller(1709-1777) qui découvrit les propriétés d’irritabilité et de sensibilité du muscle et du nerf; Stahl et Haller ayant fait école à Montpellier qui était animée par des médecins comme Bordeu et Barthez. Ensuite, l’influence du courant de la « philosophe naturelle »(Naturphilosophie) qui groupait, outre Schelling son initiateur, et son disciple Heinrich Steffens, le médecin-naturaliste et l’un des inventeurs du mot biologie, Treviranus, le théoricien organisciste, Kielmeyer et Carl Gustav Carus, son porte-parole. Les spéculations sur la nature du courant de la Naturphilosophie, allaient donner naissance à un nouveau champ épistémologique, la biologie et influencer les premières idées évolutionnistes avec Lamarck et Chambers. La rencontre qui n’était nullement fortuite entre le concept d’organisme et l’idée de l’évolution fut à l’origine de l’évolutionnisme de Spencer, de la théorie de l’évolution de Darwin, du darwinisme social, de l’eugénisme et lde a sociobiologie; tous ces courants de pensée formant eux-mêmes l’arrière-plan idéologique des doctrines fasciste, nazie et aujourd’hui celui de l’archéo-libéralisme. L’idée chère aux archéo-libéraux de l’intangibilité des mécanismes « naturels » du marché et l’hostilité à l’intervention de l’Etat dans le domaine de l’économie trouve ses origines dans les thèses naturalistes et organicistes du mouvement des philosophes romantiques de la nature, les Naturphilosophen qui considèrent que la nature est régie par une loi inflexible, celle de la régulation(ou de l’autorégulation) des espèces par la sélection naturelle et par l’élimination des plus faibles au profit des meilleurs. A cette loi de la nature, personne ne pourra s’opposer et c’est pourquoi, il faut laisser faire la nature et tout rentrera dans l’ordre. C’est cette loi qui sous tend le catéchisme archéo libéral, laisser faire, laisser passer.

 

En esquissant ce bref retour aux origines doctrinales de l’individualisme méthodologique, nous avons voulu montrer que cette soi-disant « nouvelle révolution scientifique et idéologique » dont fait l’apologie Henri Lepage n’est au fond qu’un ramassis d’idées congelées depuis plus de deux siècles et qui ont été décongelées par des courants et des groupuscules anitmarxistes et anticommunistes en mal d’inspiration face à la crise du capitalisme et celle de l’idéologie destinée à le légitimer à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi, il est faux de parler de néo libéralisme, car le néo suggère une rénovation d’un courant de pensée avec un apport original à un concept ou à une théorie alors que les idées des nouveaux économistes sont des vieilleries qui remontent à plus de deux siècles et même plus au Moyen Âge, à la philosophie scolastique, plus précisément à la doctrine de droit naturel de Saint Thomas d’Aquin. Affirmer, comme le prétendent les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et leurs acolytes, que leur mouvement représente « une nouvelle révolution scientifique et idéologique », s’apparente plutôt à une escroquerie au jugement et à une escroquerie intellectuelle.

 

FACTEURS DE PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

 

Les adeptes de l’archéo libéralisme attribuent le triomphe et la propagation de leurs idées à la supériorité de leur système théorique sur leur adversaire marxiste considéré comme une idéologie ringarde, démodée, une idéologie appartenant à un passé révolu et ils en ont pour preuve, la disparition du bloc soviétique et nous revoilà aujourd’hui vivant dans une ère nouvelle, celle de la fin des idéologies. Cependant, ceux qui claironnent matin, midi et soir la fin des idéologies, ce sont toujours les mêmes qui prennent leurs désirs pour des réalités et qui n’arrêtent pas de nous annoncer la mort de Marx, enterré déjà quatre fois depuis sa mort physique le 18 mars 1883. A les regarder de plus près, on s’aperçoit qu’ils sont en plein délire idéologique, car l’un des effets de l’idéologie, c’est justement ce sentiment qu’a le sujet idéologique de se trouver en dehors de l’idéologie. Il n’y a que ceux qui y sont plein dedans qu’ils se croient et qu’ils font croire aux autres qu’ils en sont dehors. Celui qui est dans l’idéologie ne dit jamais qu’il est dans l’idéologie, il essaie de maquiller sa posture idéologique en pointant du doigt l’idéologie des autres. La conclusion que l’on est amenée à tirer de ce qui vient d’être dit, c’est que le triomphe de l’archéo libéralisme ne signifie nullement la défaite de la pensée marxiste, l’invalidité théorique des concepts du matérialisme historique, du matérialisme dialectique et de la lutte des classes dans les sociétés capitalistes actuelles. C’est plutôt, comme pour les virus, l’existence d’un milieu hôte, un environnement sociologique et intellectuel favorisé par une multitude de facteurs notamment le système d’éducation qui a réussi à enfoncer pendant deux siècles dans le psychisme des populations scolaires des leviers psychiques hostiles aux idées « subversives », à tout ce qui pourrait mettre en danger les fondements idéologiques qui légitiment les mécanismes de l’exploitation sociale et de la domination politique.

 

Comme tous les systèmes idéologiques et culturels, l’archéo libéralisme est soumis à des facteurs de déterminismes sociologiques et matériels favorables ou défavorables à sa diffusion et à sa propagation dans le corps social. Le premier facteur favorable à la propagation du virus archéo libéral est l’existence d’un anticommunisme et d’un antimarxisme latent dans les sociétés capitalistes grâc à leur système d’éducation gratuit et obligatoire à partir d’un certain âge. En effet, l’appareil idéologique scolaire arrache les enfants à leurs parents à l’âge de 2 ans, les endoctrine 5 à 6 jours par semaine à raison de 8 heures par jour et cela durant les années les plus propices à l’inhibition des réflexes conditionnés appelés à être désinhibés le cas échéant par les meneurs et les propagandistes commis pour défendre l’idéologie dominante et un ordre établi. Durant cette scolarité, c’est toute une machinerie psychique qui se forme chez les populations scolarisées et qui se manifestent grâce à des « leviers » des mots-clés servant comme des déclics pour être déclenchés à distance. Ce sont en général des excitations conditionnantes verbales actionnées à distance par tous ceux qui veulent persuader des personnes et des groupes de rester à leur place et de respecter l’ordre hiérarchique ou les mobiliser pour défendre la patrie ou pour détester le communisme et le marxisme. Ces leviers psychiques sont:

  • leviers d’adhésion dont le but est de faire accepter des personnes, des choses et des idées, en les associant avec des mots ou des symboles tenus pour « bons » par exemple « démocratie », « patrie » »  « République »etc;

  • leviers de rejet dont le but est de faire rejeter certaines idées en les associant avec des « mauvais » mots, symboles et actes qui font appel à la peur, au dégoût, par exemple, « communisme » « marxisme », « goulag »;

  • leviers d’autorité dont le but est de faire accepter ou de désapprouver des personnages et des institutions comme des personnes compétentes et méritoires « science », « scientifiques » « expert » « héros national »:

  • leviers de conformisation dont le but est de faire appel aux émotions pour mobiliser les masses autour de mots d’ordre «  défense de la patrie » «  danger du communisme ».

 

Ce qui caractérise ces quatre leviers psychiques, c’est qu’ils peuvent être déclenchés à distance en empruntant la voie des réflexes conditionnés. Il serait étonnant de voir les États capitalistes engloutir des milliards d’euros tous les ans dans leurs systèmes éducatifs pour enfoncer dans le psychisme de leurs populations scolaires, des leviers psychiques visant à faire accepter des personnes comme Marx et Lénine et leurs idées en les associant à des mots et des symboles tenus pour « bons ». Le système éducatif des pays capitalistes ne va pas expliquer à des enfants les mécanismes occultes de leur future exploitation sociale en leur montrant les procès de la production absolue et relative de la plus value. L’hostilité schizophrénique aux idées marxistes et au principe de l’abolition de l’appropriation privée des richesses sociales prouve si besoin est, l’efficacité de l’action de conditionnement psychologique menée par l’appareil idéologique scolaire qui a réussi, dans la durée, à façonner la machinerie psychique de leurs populations scolaires. L’idée du goulag stalinien qui n’est rien par rapport au goulag capitaliste qui dure depuis deux siècles ne se serait jamais répandue avec une telle rapidité sans le travail d’endoctrinement en amont de l’appareil idéologique scolaire qui a déjà préparé le terrain psychologique pour croire à ce genre de propagande. Car, il est plus facile et plus vite de croire sans discernement ce à quoi on est déjà préparé psychologiquement qu’à des idées et des idéologies nouvelles. C’est en effet l’existence d’un fonds anticommuniste parmi les populations scolarisées des pays capitalistes qui a favorisé l’efficacité des actions de la propagande anticommuniste à l’époque du bloc soviétique et la lutte contre le marxisme durant les deux décennies du XXe siècle. C’est cet anticommunisme qui sommeille en chacun des hommes ayant subi le lavage de leurs cerveaux durant les années de leur scolarité qui a préparé les esprits à recevoir plus facilement et plus rapidement les idées archéo libérales et qui explique de surcroît la propagation du virus archéo libéral d’abord dans les milieux universitaires et puis dans les opinions publiques. A contrario, les idées marxistes et communistes n’ont aucune chance de se propager en dehors d’un petit cercle d’initiés et de sympathisants du fait de l’anticommunisme et de l’antimarxisme et des mileiux intellectuels et des opinions publiques des sociétés capitaliste. Si Lénine ou Mao avaient suivi la voie des élections et du parlementarisme et ils avaient attendu la conquête des opinions publiques de leurs pays respectifs, ils auraient attendu trop longtemps et même jusqu’au jour du Jugement Dernier sans jamais voir de toute leur vie, une révolution communiste. Car, pour changer un ordre établi, il faudra forcément passer par la destruction de l’appareil scolaire qui est la condition sine qua non à l’instauration d’un nouveau système social. En Chine, sans l’instauration d’un appareil scolaire communiste, le régime communiste chinois n’aurait jamais vécu top longtemps.

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C’est ce fonds anticommuniste et antimarxiste qui a aidé l’archéo libéralisme à accomplir sa révolution de reconquête de l’hégémonie idéologique. Car, il s’agit bel et bien d’un mouvement de reconquête de l’hégémonie idéologique au sens gramscien du terme. Dans cette bataille de reconquête de l’hégémonie idéologique, les anciens marxistes et les anciens marxisants venant des groupuscules contestataires de la New left américaine des années 1960 ont joué un rôle déterminant et ils ont contribué, de par leur connaissance approfondie de la littérature marxiste en général et des écrits du marxiste italien Gramsci en particulier ceux traitant de la question de l’hégémonie idéologique, à la propagation du virus archéo libéral. En France, Alain de Benoît se définissait lui-même comme un gramscien de droite.

 

D’autre part, les idées des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago n’auraient jamais connu une propagation si fulgurante et une diffusion à si une grande échelle sans la présence à l’intérieur et à l’extérieur des frontières des USA, d’une myriade de groupes de recherches antimarxistes et antimarxistes, de clubs de réflexion et de courants de pensée, de partis politiques de droite, d’extrême droite et même de gauche animés tous par un même but, lutter contre les idées marxistes et communistes. En effet, dès son apparition, le mouvement archéo libéral de l’Ecole de Chicago a vu graviter autour de lui toute une nébuleuse de mouvements et de courants idéologiques et politiques situés à l’intérieur et à l’extérieur des USA, comme, entre autres, le mouvement « néo conservateur », le mouvement des libertariens qui, selon Henri Lepage, avait le goulag pour point commun avec les « nouveaux philsophes » français, l’école de l’ordo-libéralisme allemand (dite école « Néo libérale de Fribourg ») qui était animée par des économistes(Wilhelm Roepke, Alexander Rustow et Arthur Uz) et théoriciens du concept de « l’Economie sociale de marché », un concept adopté par les sociaux démocrates allemands et repris tout récemment, pour maquiller la loi de la jungle capitaliste, dans le projet de traité constitutionnel européen rejeté par le peuple français à 54%.

 

En France, l’existence d’une nébuleuse de groupuscules idéologiques et politiques datant de période de la guerre froide, animée par d’anciens nazis qui n’avaient, on s’en doute, qu’un seul objectif, la lutte contre le marxisme et le communisme, a largement facilité l’importation et la diffusion des idées archéo-libérales des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago dans les milieux intellectuels et politiques. Une étude sur tous ces courants et groupuscules de anticommunistes et anticommunistes sera à faire pour montrer leur rôle dans le mouvement de reconquête de l’hégémonie idéologique. Parmi ces activistes antimarxistes et anticommunistes en France, appartenant aussi bien à la mouvance de la droite radicale qu’à la droite parlementaire, il y a , entre autres, le Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne(Grece) fondé par Pierre Vial et Alain de Benoît, le cercle Vilfredo-Pareto, club de réflexion animé par deux étudiants de l’IEP de Paris, Jean-yves Le Gallou et Yvon Blot, le Club de l’Horloge fondé par deux anciens du Grece, Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, un Think Thank proche des partis de droite Des groupes et des centres de recherches sont spécialisés dans la diffusion de la littérature anticommuniste et antimarxiste en France comme Boris Souvarine, Claude Harmel, Georges Albertini, animateurs de l’Institut d’histoire sociale, un institut de recherche fondé autour de la bibliothèque Souvarine et financé par la CIA. Parmi les hommes politiques, on peut citer Alain Madelin influencé par la pensée sociale et anticommuniste de son mentor, Claude Harmel, un ancien nazi, recyclé dans la lutte anticommuniste. Des intellectuels tels Annie Kriegel et Jean François Revel organisaient régulièrement des débats et des conférences à Institut d’histoire sociale qui avait déménagé au Conseil général des Hauts-de-Seine dirigé alors par Charles Pasqua.

 

La propagation du virus archéo libéral a bénéficié aussi, outre de l’appui logistique et idéologique de cette nébuleuse antimarxiste et anticommuniste née durant la Guerre froide, de la diffusion massive d’une propagande anticommuniste et antimarxiste dans dans le monde universitaire menée le monde de l’édition en cours de concentration. Par exemple, grâce à la maison d’édition Grasset devenue en 1954 une filiale de la maison Hachette et plus tard du groupe Lagardère, les idées anticommunistes et antimarxistes ont trouvé leur caisse de résonance et leur outil de diffusion notamment après la publication dans les pays capitalistes de l’Archipel du Goulag de Soljénistsyne. Ce sont aussi les Editions Grasset qui ont permis aux « nouveaux philosophies » de lancer leur gadget médiatique, le totalitarisme et le Goulag stalinien, et de faire en fin de compte le jeu de la propagande archéo libérale. C’est par l’intermédiaire des Editions Grasset que l’argenté Bernard Henry Lévy, auteur du best seller, la Barbarie à visage humain, fils d’un richissme propriétaire d’un empire en commerce du bois au Maroc et au Sénégal, ouvrit dès 1973 à ses amis anticommunistes, à Jean Marie Benoît, Claude Broyelle, Christian Jambert, Guy Ladreau, une tribune pour diffuser leurs idées dans l’espace public notamment dans les milieux universitaires. Nous avons cité le cas des Editions Grasset mais ce sont en fait toutes les grandes maisons d’édition de la place parisienne souvent fondées au début du XXe siècle qui ont pris le train en marche en se mettant à diffuser de la littérature antimarxiste. Un cas symptomatique qui illustre l’atmosphère antimarxiste qui régnait dans les milieux intellectuels français durant les deux dernières décennies du XXe siècle est celui des Éditions Gallimard et bien d’autres grands éditeurs en sciences humaines qui ont refusé de publier en français l’ouvrage paru en 1994 en Angleterre et aux USA d’un grand historien marxiste Eric Hobsbawn, Age of extremes, un livre pourtant traduit en plusieurs langues étrangères. Le marxiste britannique a expliqué ce refus par « l’essor d’un antimarxisme hargneux parmi les intellectuels français »(cité par Emmanuel Lemieux dans « Pouvoir intellectuel, op.cit.p.353) Cet antimarxisme latent des milieux intellectuels français ne date pas des années 1990 mais ses origines remontent à la fin du XIXe siècle mais il est devenu beaucoup plus virulent après la Révolution bolchevique de 1917. Sans cette ambiance antimarxiste qui régnait en France, l’archéo libéralisme serait resté au chaud chez lui à l’intérieur du campus de l’université de Chicago.

 

Un dernier facteur déterminant dans la propagation du virus archéo libéral est l’apparition d’une nouvelle intelligentsia, qui a pour nouveaux dieux, l’image télévisée et les micros et à laquelle Régis Debray donne le nom «aristocratie en médiocratie intellectuelle » ou « la domination des plus « médiocres » se donnant pour la domination institutionnelle des « meilleurs ». »(le pouvoir intellectuel en France, op.cit.p.222). Avec l’avènement de cette nouvelle intelligentsia, le rêve des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago devient désormais une réalité, car, ce qu’ils voulaient au fond, c’est de réduire tous les secteurs de la société, même la pensée et la culture à un marché et à une marchandise. Ce sont désormais « les mass medias qui commandent à l’édition, qui commande à l’université »(Régis Debray, le pouvoir intellectuel,op.cit.p.234) C’est à cause de cette médiocratie intellectuelle nourrie aux mamelles du grand capital, ces « nouveaux riches de l’intelligentsia »(Emmanuel Lemieux, pouvoir intellectuel, Denoël Impacts;2003.p.38), que l’on a vu réapparaître des hommes et des théories gisant tranquillement dans les musées de l’histoire, dépoussiérés, liftés, arrangés et mis au goût du jour archéo libéral pour devenir, nous dit-on, l’outil incontournable de compréhension de nos sociétés du IIIe millénaire. C’est pour servir les desseins de l’archéo libéralisme que l’on a vu subitement rémettre en scène les figures providentielles d’Alexis de Tocqueville, de Benjamin Constant et consorts, des personnages obscurs quasi inconnus de leur vivant et en tout cas, s’ils étaient connus de leurs contemporains, c’était comme des journalistes et des hommes politiques et sûrement pas comme le Hobbes et le Rousseau de leur temps. La médiocratie intellectuelle fait aussi resurgir des thèmes, tels la Révolution française, les droits de l’Homme, la démocratie etc. qui étaient utilisées comme des thèmes de propagande contre le totalitarisme communiste et le goulag stalinien que comme alors que les puissances impérialistes occidentales, et même tout récemment avec la guerre de Bush en Irak, mettaient en scène la comédie de la démocratie et des droits de l’Homme pour partir coloniser des pays et des territoires nécessaires aux profits de leurs multinationales. La nouvelle intelligentsia inféodée au grand capital n’est pas une étiquette ou un simple slogan mais une réalité qui exprime plus que jamais l’état de délabrement mental d’une catégorie sociale qui se prend habituellement pour le nombril du monde.

 

En conquérant l’université et en bernant un monde que l’on croyait par nature incrédule et difficilement domptable intellectuellement, le virus archéo libéral établit un contact avec une première cellule hôte. Il ne lui reste désormais qu’à s’étendre à d’autres cellules du corps social. Autrement dit, il faut expliquer par quels mécanismes le virus archéo libéral réussit à se multiplier et à se propager parmi les autres couches de la société.

 

MECANISMES DE PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

 

Comme tout système théorique et idéologique complexe, l’archéo libéralisme ne se diffuse pas tel quel dans les opinions publiques. Pour qu’elles se diffusent dans le tissu social tout entier, les idées archéo libérales devaient être soumises à tout un travail de réélaboration et à une série de remaniements, c’est-à-dire les vulgariser et les populariser pour les rendre assimilables par le commun des mortels. Cette tâche a été dévolue aux agents de la propagande chargés de diffuser les idées archéo libérales. En quoi consiste le travail de propagandiste? C’est un travail de professionnel spécialiste de la psychologie sociale et qui applique des règles et des recettes qui ont fait leur preuve dans d’autres circonstances historiques notamment sous le nazisme et le fascisme.le travail du propagandiste ne s’improvise pas et ce n’est pas en se levant un bon matin que l’on réussit à convaincre et à persuader les autres en se disant: « tiens, et si je faisais aujourd’hui de la propagande pour le libéralisme et demain pour le communisme? ». Non, les choses ne se passent pas ainsi. Pour que ma propagande en faveur du libéralisme ou du communisme soit efficace et pour qu’elle donne de bons résultats, il faut que je me lève tous les matins, toujours avec la même idée que celle de la veille et de l’avant veille et même peut-être celle, sauf je suis « l’opportuniste » de Jacques Dutronc qui retourne sa veste toujours du bon côté, que j’avais il y a vingt ou trente ans et me dire comment la vendre aux mêmes personnes qui l’ont refusée la veille ou l’avant veille ou même il y a vingt ans. C’est dire combien le travail du propagandiste est une chose ardue et complexe du fait de l’existence d’un impondérable qu’est le substrat psychique des individus. En fait, le propagandiste aura à concilier trois impératifs par nature inconciliables et c’est ce qui explique en grande partie le phénomène de reconversion des anciens militants marxistes et communistes découragés par tant d’années de lutte et de militantisme sans aucune perspective de retour sur investissement dans le travail politique. Il faut d’abord de l’imagination que l’on n’a pas forcément tous les matins et tous les jours pour habiller différemment la même idée et varier les mots du discours tout en exprimant constamment la même idée. Il faut ensuite de la patience, de l’opiniâtreté et de la persévérance pour faire la même chose toute sa vie avec des résultats aussi aléatoires et imprévisibles que le travail de propagandiste. Il faut enfin les moyens pour faire partager une même idée au plus grand nombre et essayer de la diffuser dans l’espace public. Il y a certes toutes les techniques de sondage et tous les derniers acquis en matière de psychologie sociale et collective, mais la part des incertitudes dans la propagation des idées dans lesquelles nous croyons est prépondérante. Il y a parfois des situations imprévisibles et tout à fait fortuites qui surviennent par le jeu du hasard que le propagandiste peut le cas échéant mettre à profit, s’il est audacieux et un fin analyste de la vie politique nationale et internationale pour s’engager dans le cours des événements et pour saisir une occasion historique à ne pas manquer. Sans la Première guerre mondiale, on aurait sûrement connu Lénine en tant que théoricien marxiste, jamais comme le premier marxiste à réussir la première révolution communiste dans l’histoire.

 

Les adeptes de l’archéo libéralisme ont eu, eux aussi, une occasion historique qu’ils n’ont pas manqué à mettre à contribution pour préparer psychologiquement les opinions publiques capitalistes et même communistes à la réception de leurs idées, la crise pétrolière de 1973. Cette crise pétrolière qui n’en était pas une, donne le coup d’envoi de la propagande internationale archéo libérale et marque ainsi le début d’un plan de campagne mis en oeuvre jadis par les fascistes italiens et les nazis allemands pour conquérir le pouvoir dans leurs pays respectifs. Rappelons ce qu’est au juste un plan de campagne.

 

Un plan de campagne comporte les éléments suivants:

1- définition des buts psychologiques à atteindre;

2- détermination des groupes d’individus à influencer;

3- création d’organes pour atteindre ces buts;

4- distribution des actions dans l’espace et dans le temps;

5- coordination de ces actions;

6- contrôle de la campagne, préparation des actions, de leur exécution et de leurs effets.

 

Pour les adeptes de l’archéo libéralisme, il n’y a pas mille buts à atteindre, il n’y en avait qu’un seul, le démantèlement de l’Etat. C’est son propagandiste en France, Henri Lepage, qui l’affirme d’ailleurs sans détour et sans ambages.

 

1- démystifier « l’idée que les Français se font de l’Etat;

2- démystifier « la conception qu’ils ont de la notion d’intérêt général »

 

Henri Lepage ne se montre pas seulement un vulgarisateur des théories du mouvement archéo libéral mais aussi un fin connaisseur des moyens pour les propager dans le corps social tout entier en considérant que

 

1- « la réinvention du capitalisme ne peut résulter que d’une évolution spontanée des mentalités et des attitudes de nos concitoyens. Ce n’est donc pas réformer qu’il faut, mais informer, convaincre, démystifier pour pouvoir ensuite réformer »(demain le capitalisme,p.422)

 

2- « dans l’immédiat, et encore de nombreuses années, l’urgent est donc d’entreprendre un vaste programme de démystification et de formation de l’opinion publique pour lui faire comprendre que tout ce qu’on lui propose à l’heure actuelle n’est qu’un gigantesque miroir aux alouettes »(p.422)

 

Ce que recommande Lepage, c’est de prendre tout le temps qu’il faudra pour enfoncer quelques idées clés dans le psychisme collectif. Pas donc de précipitations, car il est inutile de commencer tout de suite par réformer (lire démanteler l’Etat) avant d’avoir préparé psychologiquement des années durant les opinions publiques à l’idée de la nécessité des réformes. Lepage dit en gros, cette phase préparatoire de préparation psychologique des victimes de l’archéo libéralisme est décisive et elle pourrait prendre du temps, des années et des années, dix ans, vingt ans et même plus, mais il fallait passer par cette épreuve difficile, par cette étape incontournable, le conditionnement psychique des hommes. Mais, une fois ce travail accompli, vous verrez que les choses pourront aller très vite et ce seront les victimes elles-mêmes de l’archéo libéralisme qui demanderont de réformer avec leur propre consentement sans violence et sans contrainte. Surtout pas d’attaque frontale ou de violence verbale mais caresser toujours dans le sens du poil. Il fallait d’abord faire sauter les verrous psychologiques et vous verrez que cette stratégie de sape sera payante à moyen et long terme et que les opinions publiquées fraîchement reconverties aux idées de l’archéo libéralisme vont envoyer elles-mêmes-mêmes aux parlements et aux gouvernements les futurs fossoyeurs de leurs droits acquis de haute lutte depuis un siècle. Le maître mot, patience, patience et patience. Laissons le temps au temps comme disait l’autre.

 

Ce long travail de conditionnement psychologique des masses a commencé au lendemain de la crise pétrolière de 1973 et elle était, comme la Première Guerre mondiale pour les bolcheviques russes en 1917, une belle occasion à saisir. Au milieu des années 1970, on pouvait déjà entrevoir les premiers thèmes de la propagande archéo libérale. On peut présenter sous forme de schéma les thèmes de la propagande et les réflexes conditionnés à inculquer aux masses

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thèmes de propagande mots-clés a répéter réflexes conditionnés

Crise

Choc pétrolier, facture à payer,

Les Arabes sont responsables de tous nos malheurs

Déficit extérieur

concurrence du Tiers-monde,

Consentir à des sacrifices pour aider les profits

Baisse du pouvoir d’achat

Trop d’État, trop de charges, trop d’impôt,les entreprises croulent sous les charges

Réduction de charges , moins d’impôt pour les riches, créateurs des emplois à l’avenir

Question des inégalités

Les Français sont trop assistés et ils ne travaillent pas assez

Les Français doivent cesser d’être assistés, doivent travailler plus et leurs avantages sociaux revus à la baisse

chômage

Manque de compétitivité des entreprises

Libérer le marché du travail, réduire les salaires, démanteler le syndicalisme et les droits sociaux

État en faillite

Les États comme la G.B et les USA s’en tirent mieux à cause de leurs réformes libérales

Nécessité des réformes libérales en France

Mondialisation de l’économie

monde en évolution, adaptation de l’économie nationale, chantage à la délocalisation

Provoquer la peur chez les salariés pour les dissuader de demander une augmentation de salaires

 

La propagande archéo libérale a mis en oeuvre une méthode inspirée de la publicité commerciale où la répétition joue un rôle primordial dans la formation des réflexes conditionnés et où la même idée, les mêmes mots et les mêmes images doivent être répétés en très grand nombre fois et durant des années. Par ailleurs, on remarquera que le plan de campagne archéo libérale a choisi les bons thèmes de propagande visant à provoquer une atmosphère apocalyptique entretenue par la peur du chômage, le chantage à la délocalisation des entreprises et la précarité économique.

 

Mais le virus archéo libéral n’aurait jamais pu se propager dans les opinions publiques sans cette condition importante, l’uniformité et la simultanéité des thèmes et de l’action de la propagande dans plusieurs endroits du pays, obtenue grâce à la concentration des mass medias dans les pays anglo-saxons et en Europe. En France, le mouvement de concentration des mass medias a déjà commencé dans les années 1960-1970 mais il a connu une accélération vertigineuse dans les années 1980 et 1990 puisque tous les moyens de communication de masse ont été concentrés entre les mains de deux grands groupes industriels, d’une part, le groupe Bouygues, propriétaire de la première chaîne française, TFI, et d’autre part, Hachette appartenant au groupe Lagardère et qui contrôle 86% du marché de l’édition et de la distribution des produits culturels de masse. Ces deux groupes capitalistes ont joué le rôle de direction centrale, à l’instar des ministères de l’information ou du Ministère de la Propagande sous le régime hitlérien, puisqu’ils n’émettent et ne produisent que les idées qui légitiment leur domination économique, en l’occurrence l’archéo libéralisme, et qu’ils permettent en plus leur diffusion massive et simultanée sur l’ensemble du territoire français. La formation d’une direction centrale pour la distribution des actions de propagande dans l’espace et dans le temps, la coordination de ces actions et le contrôle de leur exécution et de leurs effets sont autant d’éléments qui ont permis d’atteindre les buts psychologiques préalablement déterminés par les stratèges de la propagande archéo libérale et de créer ainsi les conditions de la réussite de leur plan de campagne. Car en effet, à force de répéter les mêmes mots(réformes, trop de charges, d’impôt, mondialisation, crise, déficit de la sécurité sociale etc.) pendant dix ans, vingt ans voire plus, 24 heures sur 24 heures, voir, entendre les mêmes personnes raconter la même chose partout, la propagande archéo libérale a atteint son objectif, celui de conditionner psychiquement les opinions publiques des pays capitalistes.

 

Plusieurs conséquences découlent de la propagation du virus archéo libéral. La première conséquence a été le reflux, d’une part, des idées communistes dans les universités et la quasi disparition des partis communistes et d’autre part, l’émergence des partis d’extrême droite sur la scène politique. Une deuxième conséquence est la montée d’un cran des tendances réformistes des partis socialistes et sociaux démocrates des pays capitalistes comme le montrent les deux exemples anglais avec Tony Blair en Angleterre qui a continué et même consolidé l’héritage réactionnaire de la politique archéo libérale de Madame Thatcher d’une part et Gerhard Schreoder en Allemagne qui n’a rien inventé depuis son lointain prédécesseur Helmut Schmidt, l’ami de Giscard d’Estaing, qui avait déjà commencé à mettre en application dans les années 1970, un socialisme décaféiné inspiré du concept de « l’économie sociale de marché » de l’école ordo libérale dite l’école de Fribourg, d’autre part.

 

En guise de conclusion, ce qui est frappant et absurde à la fois dans la propagation du virus archéo libéral, ce n’est pas seulement l’archaïsme des idées et des théories de ce mouvement idéologique d’une envergure planétaire, mais c’est aussi leur fausseté du point de vue de la logique formelle. Si la nouvelle intelligentsia n’était pas obsédée par le seul appât du gain et si elle n’était pas frappée par une grave cécité intellectuelle, elle se serait vite aperçue des caractères fallacieux des théories et des idées de l’archéo libéralisme à la propagation desquelles elle avait pris une part importante. Car, si l’on essaie de repérer le postulat de base des économistes néo-classiques, on découvre la conscience individuelle, source de besoins et de désirs. C’est sur ce substrat psychique qu’ont été élaborées toutes leurs constructions intellectuelles et d’ailleurs toutes les philosophies de l’histoire qui font de l’individu un sujet épistémique. Mais pour qu’une théorie ait un minimum de cohérence logique interne, il faut à la base des éléments factuels empiriquement observables qui sont nécessaires au contrôle des différentes étapes menant des principes et des hypothèses aux résultats obtenus. Or la conscience psychologique ne peut pas constituer ce postulat fiable à partir duquel seront déduites des conséquences sûres et empiriquement vérifiables. Tout au plus, les théories que l’on peut obtenir dans le cas où le principe de départ est la conscience psychologique seront-elles de type hypothético-dédictif. Mais avec ce genre de théories, on est très loin de cette fameuse « nouvelle révolution scientifique » dont nous parle Henri Lepage. L’escroquerie intellectuelle des économistes néo-classiques consiste à envelopper leurs pseudo théories par un stratagème désormais bien connu, les modélisations mathématiques et les techniques de quantification des états de conscience des individus. Même dans le cas de l’utilisation des modélisations mathématiques, il faut aussi un minimum d’éléments factuels, matériels et empiriquement vérifiables et non pas des éléments immatériels induits par la conscience individuelle. Même si nous admettions que les phénomènes de la conscience constatés et observés sont l’expression d’un individu libre de ses choix et de ses préférences, qui peut nous garantir que ces phénomènes observés et constatés ne sont pas plutôt le fait d’un individu préalablement conditionné psychiquement par l’existence de la propagande parfois sous sa forme la plus sournoise et la plus discrète, socialement par son appartenance à une classe sociale qui possède ses propres critères de besoins et de désirs et idéologiquement par l’action prolongée de l’endoctrinement de l’appareil scolaire? Comment quantifier des besoins et des désirs au sein d’une société de classes quand les besoins et les désirs varient d’une catégorie sociale à une autre? En partant de la conscience psychologique des individus comme principe de base de leurs théories, les économistes néo classiques ont été plus des artisans d’un mouvement idéologique réactionnaire que des précurseurs d’une « nouvelle révolution scientifique », car qu’est ce qu’au fond une idéologie si ce n’est la représentation purement imaginaire des individus aux rapports de production et aux rapports sociaux qui en dérivent? Autrement dit, c’est la fonction même de l’idéologie de représenter non pas les rapports réels des individus à un réel vécu mais leur rapport imaginaire à ce réel vécu. En partant de la conscience psychologique des individus, les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et d’ailleurs toutes les philosophies de l’histoire d’inspiration psychologique ont fait plutôt de l’idéologie que de la science, car ils ont représenté non pas les rapports réels des individus tels qu’ils sont vécus dans les rapports de production mais leurs rapports imaginaires au sein de ces rapports de production.

 

Prochaine publication : L’ETAT ARCHEO LIBERAL 

FAOUZI ELMIR

Sarkozy et le “lobby juif”

Dans un entretien publié lundi 26 novembre 2007 dans des colonnes du principal quotidien national “El Khabar”, Mohamed Cherif Abbas (ou Mohamed Cherif Abbes), ministre des Moudjahiddines (Anciens combattants), a estimé que la “visite du président français Nicolas Sarkozy en Algérie prévue du 3 au 5 décembre 2007, n’est qu’une visite de courtoisie, sans plus, qui vise à garder les relations bilatérales actuelles en attendant de voir ce que nous réserve l’avenir”.Le ministre des Anciens Combattants s’est également interrogé sur “les origines du président français et les groupes qui l’ont amené au pouvoir”, rappelant “qu’Israël a mis en circulation pendant la campagne électorale française un timbre à l’effigie de Nicolas Sarkozy”. Il considère que l’arrivée de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, et de certaines autres personnalités de gauche dans l’actuel gouvernement est “le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif, qui a le monopole de l’industrie en France.”

La porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Pascale Andréani, s’est dit “étonnée de ces propos parus dans la presse, qui ne correspondent pas au climat de confiance et de coopération dans lequel nous préparons la visite d’Etat du président de la République”. La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) se dit “scandalisée par les propos” tenus par le ministre algérien tandis qu’Haim Musicant, directeur général du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a estimé que “ce genre de propos renvoie au faux antisémite du Protocole des Sages de Sion et au fantasme selon lequel les Juifs sont les maîtres du monde”. Dans une déclaration à l’agence de presse algérienne APS (Algérie Presse Service), Mohamed Cherif Abbas a affirmé mercredi 28 novembre 2007 “avoir appris avec beaucoup d’étonnement et de mécontentement certains propos” qui lui ont été attribués, sans démentir formellement les déclarations publiées par “El Khabar”. Il a ajouté : “Dans cet entretien il n’a jamais été dans mon intention d’enfreindre le principe que respectent tous les responsables algériens et que m’impose mon obligation de réserve, celui de ne jamais porter atteinte à l’image d’un chef d’Etat étranger”.


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