Archive pour la catégorie 'Affabulateurs'

Il est minuit moins cinq pour le président Sarkozy

” Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir [...] Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comme la liberté sert à se le procurer [...] Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ” (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, livre II).

 

 

La campagne électorale a plus que jamais ressemblé à un concours de beauté. La pauvreté de son contenu a été stigmatisée par bien des observateurs, d’Emmanuel Todd à Régis Debray. La politique internationale n’a presque pas été abordée, pas plus que les politiques macro-économiques. Le problème de la dette n’a été agité que pour légitimer la réduction des activités publiques et justifier qu’on les confie au privé. On n’a parlé ni de l’Afghanistan ni de la Côte d’Ivoire, où sont pourtant engagés des soldats français, ni de la guerre en Irak, ni de géopolitique, ni de la perspective d’un monde ” multipolaire “, ni du nécessaire protectionnisme européen. Pas un seul candidat n’a clairement fait savoir ce que serait son attitude en cas d’attaque militaire américaine (ou israélienne) contre l’Iran. Les problèmes évoqués pendant la campagne ont été ceux d’une France extraite de ses contextes, isolée du monde extérieur dont elle dépend. Seuls ont été traités les sujets portés par le maximum de bruit médiatique, les attentes sociales étant elles-mêmes réduites à la formulation qu’en donnaient les instituts de sondages.

Jamais comme durant cette campagne on n’avait assisté à une telle mise en scène de soi par des candidats ” coachés ” par leurs appareils spécialisés dans le marketing médiatique. Jamais les images et les affects ne l’avaient aussi visiblement emporté sur les programmes et les idées. Jamais le ” moi je ” n’avait autant surclassé le ” nous on “, tant chez les candidats que chez les électeurs, avec comme conséquence une psychologisation sans précédent de la vie politique et une totale perte de vue des problèmes relatifs au monde commun. Les ” valeurs “, terme au sens indéfini, au contenu purement émotif et moral, ont remplacé les idées, qui font appel à la réflexion critique.

Tous les grandes questions nationales et internationales sont passées au second plan par rapport aux problèmes catégoriels et subjectifs. Dans les débats, les questions posées aux candidats ne portaient pratiquement jamais sur leur projet général, mais sur ce qu’ils allaient pouvoir faire pour résoudre les problèmes d’existence spécifiques des questionneurs. La plupart des électeurs ont ainsi montré qu’ils adoptaient, face aux échéances électorales, non pas une logique politique de citoyenneté, mais une logique économique de consommation (le vote comme transaction entre un vendeur et un consommateur), consistant à rechercher ou attendre la satisfaction d’un désir subjectif au lieu de s’abstraire de leur cas individuel et de leurs problèmes personnels pour considérer l’intérêt général. Le souci du général, du collectif ou du commun étant absent, on ne savait plus très bien s’il s’agissait d’élire un président de la République ou de désigner le responsable d’un bureau d’aide sociale. La politique, perdant toute dimension symbolique, cessait d’être le lieu du collectif pour se ramener à une confrontation de désirs individuels ou d’intérêts négociables dans un espace public largement privatisé (ce qui équivaut à une dépolitisation de fait).

De l’extrême gauche et à l’extrême droite – à la seule possible exception de José Bové -, aucun candidat ne proposait bien entendu de changer de société. Les élections, depuis longtemps déjà, consacrent des alternances, non des alternatives. A cet égard, la défaite de la gauche a été plus impressionnante encore que la victoire de la droite, qu’elle a évidemment amplifiée. Avec 36,1 % des voix toutes tendances confondues, contre 42,8 % en 2002, la gauche, en pleine crise d’identité depuis au moins vingt ans, se situe aujourd’hui à un plancher historique jamais atteint depuis 1969.

Après trois échecs successifs à la présidentielle, le PS, devenu un parti de notables à sa base et de hauts fonctionnaires à son sommet, se retrouve confronté à un programme archaïque et un système d’alliance dépassé. Déjà déstructuré et divisé depuis la consultation interne de ses adhérents en décembre 2004, puis lors du vote au référendum du 29 mai 2005, ayant au surplus enregistré un échec électoral retentissant en avril 2002, il n’a rien fait depuis pour surmonter ces divisions. Il se retrouve donc maintenant au pied du mur. Quant au parti communiste, qui représentait encore plus de 20 % des électeurs au début des années 1970 et avait encore recueilli 15,3 % des voix à la présidentielle de 1981, avec moins de 2 % des voix, il s’est transformé en fantôme. Battu un peu partout par les trotskystes, il est même surclassé par le FN dans des communes du Val-de-Marne comme Villejuif ou Vitry, considérées hier encore comme ses bastions, et ne doit de conserver quelques milliers d’élus locaux qu’à une stratégie d’alliance avec les socialistes, dont on ne voit mal pourquoi le PS continuerait d’y souscrire.

Les maladresses de Ségolène Royal ne traduisaient pas seulement ses limites personnelles, mais aussi celles d’une famille politique qui n’a plus à proposer que de poser un sparadrap social sur la tumeur libérale, et qui ne parle de justice qu’en termes de morale parce qu’elle n’est plus capable d’en donner une définition en termes politiques. La gauche française n’a plus de projet politique autonome depuis 1983. Depuis cette date, elle fait la même politique que la droite, mais en traînant les pieds, prônant une solidarité sociale qui ne peut s’exercer que dans des structures organiques qu’elle s’est elle-même employée à détruire méthodiquement, en même temps que le capitalisme libéral détruisait les valeurs traditionnelles. Championne de la ” société juste “, de l’anti-décisionnisme et de la compassion programmée, la candidate socialiste a poussé jusqu’à la caricature un discours social de dame patronnesse, sans jamais faire vraiment apparaître le danger de la logique de rentabilité-efficacité appliquée à l’existence quotidienne. La distinction faite naguère par Lionel Jospin entre ” économie de marché ” et ” société de marché ” est devenue d’autant plus spécieuse que c’est l’économie qui in-forme aujourd’hui toute la société. Face au déploiement planétaire du capital, toute la gauche est devenue réformiste : à la loi du profit, elle n’oppose que des jérémiades, des correctifs et des aménagements. Mais il y a longtemps, de toute façon, que la gauche classique ne considère plus le monde social que comme un ” électorat “, simple addition d’individus isolés dont on sollicite les suffrages sans jamais se soucier de leur proposer un véritable projet collectif.

Cet affaiblissement de la gauche est d’autant plus frappant que les évolutions socio-économiques (persistance du chômage, accroissement des inégalités, précarité, exclusion) sont plus porteuses d’inquiétudes que jamais. L’une des raisons de ce paradoxe est que la demande d’ordre et de sécurité n’est plus vécue comme opposée aux droits sociaux, mais comme l’une des conditions de leur mise en œuvre (une partie des classes populaires a voté pour Sarkozy, non parce qu’elle approuvait son programme économique, mais au contraire parce qu’elle comptait sur lui pour sauvegarder les acquis sociaux). En fait, loin de s’orienter vers une vie politique plus consensuelle, la société française est aujourd’hui en cours de radicalisation.

A l’exception d’Olivier Besancenot, aucun candidat de la ” gauche de la gauche ” n’a recueilli le 22 avril plus de 2 % des voix. Avec seulement 9 % des suffrages au premier tour (contre 13,8 % en 2002), soit son score le plus bas depuis un quart de siècle, la gauche radicale n’a pu capitaliser le ” non de gauche ” qui s’était exprimé au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen. Les organisations qui la composent ont été incapables de se mettre d’accord sur la base d’un programme anticapitaliste conséquent, d’un projet politique fédérateur ou d’une candidature unique. La campagne d’Arlette Laguiller, plus routinière encore qu’à l’habitude, celle d’Olivier Besancenot, plus dynamique, celle de José Bové, tardive et improvisée, celle de Marie-Georges Buffet enfin, obnubilée par la nécessité de préserver ses liens privilégiés avec le PS pour sauver ses élus, ne leur ont pas permis de percer.

Il est à remarquer que ces candidats d’extrême gauche, s’affirmant ” antilibéraux ” pour n’avoir pas à se dire anticapitalistes, ont eux-mêmes tenu un langage beaucoup plus protestataire que révolutionnaire, en se concentrant sur des objectifs sociétaux n’impliquant aucune rupture avec le capitalisme. Renonçant à jouer un rôle dans la lutte des classes, ils ont développé un discours compassionnel politiquement correct, en se contentant d’accompagner les évolutions sociétales d’une critique purement moraliste. Faute de proposer une alternative crédible, leur discours a été assimilé à un constat d’impuissance. Quant aux Verts, déjà devenus la roue de secours du productivisme socialiste, puis privés de leur raison d’être en raison de la signature par les autres partis du Pacte écologique de Nicolas Hulot, ils ont achevé de se discréditer en choisissant, plutôt que de militer vraiment pour l’écologie – et alors même que la préoccupation écologique n’a jamais été aussi présente dans l’opinion (la ” lepénisation des esprits ” n’a pas profité à Le Pen, l’” écologisation des esprits ” a été fatale aux Verts) -, de défendre des thèmes sociétaux libertaires et ” bo-bo ” (mariage gay, défense des minorités, dépénalisation des drogues douces, aide aux sans-papiers, etc.) dont le peuple se contrefiche royalement quand il n’y est pas résolument hostile.

La gauche radicale n’a visiblement plus rien d’autre à proposer aux travailleurs que de s’engager dans des ” luttes ” leur permettant de mieux s’intégrer dans la société de marché et de ” conquérir ” des moyens plus importants de consommer. Révélateur est le fait qu’au cours de la campagne, même à l’extrême gauche, l’entreprise a été surtout représentée comme un lieu, non pas de luttes, mais de création d’emplois. La ” souffrance ” étant devenue une catégorie-clef de la perception sociopolitique, le discours sur les ” victimes ” a remplacé celui sur les classes sociales. Ce ” patchwork de moralisme et de secourisme ” (Régis Debray), où Jaurès et Lénine ont été remplacés par les compagnons d’Emmaüs et les enfants de Don Quichotte, ce discours philanthropique en faveur des ” victimes ” et des souffrants n’est qu’un succédané radicalisé de christianisme social, pas un programme politique. La seule redistribution de la richesse et l’interdiction des licenciements ne peuvent pas servir de substituts à une politique macro-économique d’intérêt général. La gauche radicale a oublié que la question de la justice sociale est une question économique et politique avant d’être une question morale.

Cette évolution illustre très bien le chassé-croisé gauche-droite décrit par Marcel Gauchet : ” La gauche, qui était matérialiste, devient idéaliste et se réclame des “valeurs”, alors que la droite, qui se voulait morale et religieuse, ne jure plus que par l’économie [...] Les repères traditionnels ne marchent plus. La droite, ce n’est plus la nation et la tradition. La gauche, ce n’est plus la révolution. Au fond, la gauche a gagné culturellement. En termes de valeurs, la droite est devenue de gauche. Mais, simultanément, la gauche a totalement perdu sur le plan des solutions [...] La gauche incarne des valeurs de l’esprit face au règne de l’argent. La faiblesse de la droite est d’être devenue cynique. Celle de la gauche, d’être terriblement angélique ” (Le Nouvel Observateur, 3 mai 2007). Pour le dire autrement, la droite s’est convertie au libéralisme, tandis que la gauche, n’ayant plus de modèle à proposer, se contente d’adopter une posture morale qui ne parvient pas à se convertir en projet politique cohérent.

Ceux qui pensent que la venue de Sarkozy est une bonne chose, car ceux qui l’ont élu seront très vite déçus, vont un peu vite en besogne. C’est apparemment le cas du FN, dont certains dirigeants misent sur l’usure du pouvoir tout en se félicitant de conserver, grâce à l’élection du leader de l’UMP, une sorte de monopole de l’opposition de droite. Attitude imprudente, assez proche de cette politique du pire à laquelle adhèrent ceux qui, faute de pouvoir influer sur le cours des choses, se consolent en se disant qu’après le pire ne peut venir que le meilleur. Après 1981, le PC misait lui aussi sur la déception des électeurs du PS, mais c’est son déclin qui a suivi. Certes, il y aura des déçus du sarkozysme – qui devraient se recruter principalement dans les classes populaires. Mais Sarkozy ne décevra pas tout le monde, et ne décevra pas sur tous les plans. Son projet de ” remise en ordre “, même s’il a été conçu avec une absence totale de principes, possède une cohérence indéniable, et l’on ne voit pas pourquoi il renoncerait à une stratégie politique que Chirac s’était refusé à mettre en œuvre, mais qui s’est révélée une excellente machine à gagner. La plus grande erreur serait de croire que la désillusion profitera mécaniquement à ceux qui l’avaient prévue. Un mouvement de contestation ne peut bénéficier d’un effet de déception que s’il apparaît comme une force de proposition crédible, possédant les moyens de faire par lui-même ce que les autres n’ont pas fait. Pour l’heure, Nicolas Sarkozy contrôle presque tous les centres de pouvoir. La périphérie est en crise ou inorganisée.

 

Spencer Delane  |  Mecanopolis

 

LIBERALISME ET DARWINISME SOCIAL

« Pour comprendre le problème du droit naturel, il faut partir d’une intelligence non pas « scientifique » mais « naturelle » des choses politiques »(Léo Strauss, Droit naturel et Histoire. p.83)

« Le darwinisme social est la doctrine qui considère l’homicide collectif comme la cause du progrès du genre humain » Jacques Novicow (1849-1912)

Dans une série d’articles, l’auteur s’efforce de scruter l’arrière-plan d’un discours dominé depuis les années quatre-vingts du XXe siècle, par le « retour de l’individualisme », les bienfaits du libéralisme et du marché etc. L’auteur cherche à savoir si le libéralisme n’est pas plutôt la concrétisation politique, par l’intermédiaire des politiques libérales, d’une idéologie appelée à légitimer des rapports hiérarchiques au sein de la société, le darwinisme social.

 

LIBERALISME OU NATURALISATION DE LA POLITIQUE

 

Quand on scrute attentivement les termes de libéralisme et de darwinisme social, on s’aperçoit qu’ils partagent les mêmes postulats anthropologiques, l’homme de la nature mû par l’instinct et les passions, menant une vie fondée sur la lutte, la concurrence, la compétition et la guerre sous toutes ses formes avec pour résultat, la sélection des meilleurs, l’obligation de la soumission à un ordre établi et la naturalité de la domination sociale, politique, économique et culturelle d’une classe sur l’ensemble de la société.

 

Si l’on veut définir le libéralisme, nous disons qu’il est la doctrine politique qui puise ses origines dans la théorie des droits naturels de Thomas Hobbes. Le premier postulat de la philosophie politique de Hobbes est l’existence d’une loi naturelle fondée non pas dans la fin de l’homme mais dans ses origines, dans la prima naturæ ou le primum naturæ. L’individu est animé non pas par la raison mais par la passion qui constitue la prémisse de la philosophie politique du droit naturel de Hobbes. La dynamique des passions mène à la lutte sous toutes ses formes: vanité, désir de gloire, volonté de puissance. Mais au nombre de nos passions, il y a celle qui est la plus forte de toutes, la peur de la mort et plus particulièrement la mort violente par le fait d’autrui. La loi naturelle doit donc être déduite à la fois des passions et du désir de conservation. C’est cette peur de la mort violente qui confère à tout un chacun le droit de se défendre contre les autres comme bon lui semble. Puisque chacun peut juger des moyens nécessaires à sa conservation, l’état de nature se transforme en un état de guerre permanent de tous conte tous et pour sortir de cette situation intenable que les individus renoncent à leur jus in omnia, leur droit sur toutes choses en conférant en vertu d’un pacte ce jus in omnia à un souverain. C’est ce Leviathan qui devient le garant de la sécurité de chacun et de la paix sociale.

 

De la loi naturelle, peuvent être déduits deux postulats. Le premier est l’existence d’un état antérieur à la société civile, l’état de nature au sein duquel règne la guerre, « a mere war of all against all », la concurrence et l’opposition des intérêts. Le second est la recherche de la paix sociale grâce à la raison et la nécessité d’une puissance susceptible de garantir, les droits naturels de chacun. En plaçant l’origine des sociétés dans l’état de nature qualifié d”état de guerre permanent de tous contre tous, Hobbes opère de ce fait une grande révolution épistémologique en déconnectant la politique de la morale et des valeurs en la naturalisant. Avec la philosophie politique de Hobbes, on assiste déjà à l’avènement d’une première étape dans ce qu’il convient d’appeler la dialectique de la nature et de la culture.

 

DARWINISME SOCIAL OU BIOLOGISATION DE LA SOCIETE

 

Le darwinisme social est une tendance intellectuelle née durant la seconde moitié du XIXe siècle dans une période où la bourgeoisie comme classe sociale et le capitalisme comme système économique cherchaient une idéologie susceptible de légitimer leur domination sociale, économique, politique et culturelle. Depuis l’effondrement de la théocratie qui était l’idéologie dominante des monarchies et des sociétés d’Ancien Régime, la voie était désormais fermée pour invoquer une source divine ou surnaturelle comme fondement d’un quelconque pouvoir terrestre. Il ne restait que l’homme ou la nature pour jeter les fondements d’une nouvelle hiérarchie sociale.

 

Pour trouver les soubassements de la nouvelle idéologie,, il fallait remonter à la fin du Moyen Âge en commençant par les concepts légués par la théologie naturelle et plus tard par la cosmologie galiléenne et newtonienne. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la nature végétale et animale était devenue objet de curiosité et un champ de recherches et d’investigations avec un premier travail de classification des êtres naturels en genres et en espèces donnant naissance à la science taxinomique. La science taxinomique a ensuite orienté les regards des naturalistes vers l’étude de l’histoire de la nature avec l’émergence d’une nouvelle discipline intellectuelle, l’histoire naturelle. De l’histoire naturelle surgit l’idée de l’évolution et du transformisme avec Buffon, Lamarck et Cuvier. Parallèlement, l’essor démographique attire l’attention des les économistes notamment avec Malthus qui avait soulevé le problème des rapports entre nourriture et population. C’est cette accumulation de théories et d’éléments empiriques empiriques dans les domaines de la nature et de l’homme qui a conduit à des approches et des interprétations organicistes des phénomène sociaux et au développement, sous la pression d’une classe sociale en manque d’idéologie et de moyens fiables intellectuellement de légitimation de sa domination sociale, politique et économique, d’une atmosphère intellectuelle imprégnée d’idées évolutionnistes. Rappelons que la théorie de l’évolution de Darwin était une théorie parmi d’autres et l’idée de l’homme descendait du singe n’était même pas de lui mais celle de Lamarck. Au risque de choquer certains esprits, la loi de l’évolution a été formulée non pas par Darwin lui-même mais par Herbert Spencer qui a influencé toutes les sciences humaines et notamment les futures sociologies évolutionnistes. Ce qui a fait la gloire de Darwin, c’est plutôt le concept de la sélection naturelle qui a été vite repris et propagé par une classe intellectuelle et une bourgeoisie qui commençaient à s’affoler à l’idée de leur submersion dans la masse en cours d’émergence sur la scène de l’histoire politique avec le suffrage universel.

 

La théorie de la sélection naturelle de Darwin peut être schématisée par le syllogisme suivant: thèse, la fécondité sexuelle des hommes est sans limite avec pour conséquence, un accroissement exponentiel de la population; antithèse, les ressources naturelles nécessaires pour la nourrir sont limitées; synthèse, une lutte féroce pour l’existence entre les individus. Au terme de cette lutte, ceux qui survivent, seront ceux qui sont les plus aptes biologiquement. Ce processus constitue un processus de sélection naturelle. Au cours des générations successives, cette sélection naturelle conduira à un changement graduel des populations, c’est-à-dire à un phénomène d’évolution et à la production d’une nouvelle espèce. Ce sont en fait la théorie de la sélection naturelle de Darwin qui a laissé ses traces indélébiles dans l’histoire intellectuelle et politique en inspirant des recherches ultérieures sur l’hérédité, l’organisme, la sélection, la variation, l’adaptation, la lutte pour la vie, les réflexes et les réactions inconditionnés etc.

 

Le cas du darwinisme est intéressant d’un autre point de vue, celui des conditions de circulation et de diffusion des produits de l’esprit. La théorie darwinienne de la sélection naturelle a connu un succès fulgurant en à peine une décennie et cette propagation rapide pose la question récurrente: pourquoi certaines productions intellectuelles et culturelles peuvent-elles devenir un best seller malgré le caractère hypothético-déductif de leur contenu et pourquoi d’autres tombent-elles dans les oubliettes de l’histoire en moisissant sur les rayons poussiéreux des bibliothèques sans jamais trouver de lecteurs? Il y a une explication à ce phénomène, c’est que les idées et les théories qui ont ue chance d’émerger un jour et même qui vont dominer toute une époque sont celles d’une classe dominante qui fixe d’emblée un cadre et détermine un paradigme à l’intérieur desquels doivent être posés certaines questions et certains problèmes pas d’autres appelant certaines solutions en excluant d’autres solutions qui peuvent aller à l’encontre de l’air du temps. Ceux qui seront tentés par un moyen ou par un autre de transgresser les limites du paradigme dominant seront neutralisés et placés hors d’état de nuire, marginalisés, subalternisés et qualifiés souvent de fous, de rétrogrades et de ringards. Le cas du darwinisme montre comment des constructions imaginaires dignes d’un roman d’évasion peuvent devenir une autorité scientifique mais aussi, ce qui est encore plus dangereux, comment elles peuvent devenir le paradigme dominant d’une époque et se transformer en une idéologie potentiellement totalitaire et criminogène dans le sens où le concept de la sélection naturelle de la théorie de Darwin a cessé d’être un ensemble d’hypothèses et de spéculations philosophiques sur la nature et l’homme pour devenir l’aiguillon idéologique des politiques économiques de presque tous les États de la planète qui prônent le retour à la loi de la jungle et qui mettent en place en place des politiques eugénistes d’épuration sociale, de nettoyage ethnique avec l’instrumentalisation de la question de l’immigration et en général d’élimination de la société de tout ce qui est faible et différent.

 

C’est pourquoi le vital et l’organique deviennent le paradigme dominant de notre temps et s’érigent désormais en modèle d’explications universel pour interpréter le fonctionnement de la société selon les principes de l’homéostasie biologique,de la thermorégulation de l’embryologie expérimentale de Claude Bernard et de la lutte de l’être illustrée par la célèbre définition de Bichat « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».

 

Désormais, tout est lutte, concurrence, compétition et guerre sociale et économique et si la théorie de la sélection naturelle de Darwin a triomphé, cela était dû au fait qu’une classe dominante économiquement était à la recherche de recettes idéologiques de type organiciste et non théologique pour mieux asseoir sa domination sociale et politique. Comme toute idéologie, la sélection naturelle et ses produits dérivés(darwinisme social, sociobiologie) visent d’abord à persuader l’opinion publique que les problèmes sociaux(pauvreté, délinquance, criminalité etc) ont leur source dans l’organisme humain et ensuite à faire participer les classes dominées de la société à la gestion de leur domination en leur enfonçant dans la tête l’idée selon laquelle si elles sont à la place qui est la leur actuellement, cela est prédéterminé par par l’inflexible loi de la biologie. Marshall Sahlins exprime la même idée quand il considère la stratégie sélective de la sociobiologie comme « l’appropriation des forces vitales d’autres organismes au profit de la reproduction de l’intéressé.»(critique de la sociobiologie,Ed Gallimard, 1980.p.133)

Faouzi Elmir

Des honneurs saufs

Le chiffre à lui seul provoque un choc d’une grande magnitude, à même éventuellement de fouetter la conscience bien assoupie sur les réserves de change de tous ceux qui décident aujourd’hui et demain. L’avenir d’une nation, ce sont les jeunes et les enfants, la recherche, l’éducation et les nouvelles énergies. Le nombre d’enfants qui mangent mal ou si peu doit, peut-être, tempérer les ardeurs de ceux, bien nourris, qui rédigent des communiqués redondants positivant l’ensemble des actions de tous les ministères, de tous les walis et de toutes les activités banales et courantes ailleurs dans le monde. Les dirigeants de grandes puissances disent publiquement à leur peuple les dysfonctionnements, les injustices, les réformes nécessaires, les retards scientifiques et technologiques de leur pays. Ici, c’est «tout bon» tous les jours, toute l’année, mais on met l’accent sur le respect des délais (où sont-ils affichés ?) sur la nécessité d’éviter les surcoûts (mais où a-t-on débattu des coûts ?) sur la qualité des logements (qui contrôle leur construction ?)…L’état des plus déplorables de la circulation dans toutes les villes, leurs repoussants urbanisme et saleté ne sont pas virtuels et rien n’indique d’énergiques décisions, des plans de circulation, l’éradication programmée des bidonvilles, un système fiable et durable d’enlèvements des ordures, une vraie lutte contre le chômage et la pauvreté, l’application stricte de la Constitution et des lois quant au respect des libertés, de la vie privée, dans le champ religieux afin de mettre hors la loi les gardiens autoproclamés des mœurs et tous les terrorismes rampants ou affichés partout dans le pays. Dans ce dernier, la plus anodine averse prend des airs de catastrophe parce qu’on a oublié de faire ce qu’il faut à la fin de l’été, et il y avait la grande sieste annuelle du Ramadhan. Celle-ci n’a profité qu’aux commerçants, lesquels se gaussent des trémolos des responsables qui faisaient appel à leur compassion. Mamma Sonatrach plus représentée par un ministre que par P-DG dont on se demande s’il existe, cache toutes les misères, les trous financiers, le financement clandestin de partis et d’associations médiocres, du syndicat officiel… La grandiloquence des réserves de changes affichées chaque jour au fronton de la gouvernance ne diminue en rien la dépendance alimentaire qui va s’élargir encore plus, le volume des importations (y compris des pétards) le recul de notre foot, le classement honteux en matière de corruption et de liberté de la presse. La pauvreté, qui s’étale devant les yeux de ceux qui veulent voir, progresse. Elle est confiée à un département ambigu, faiseur d’annonces caritatives et distributeur de moyens de transport collectif et accessoirement des couffins de l’indignité. Des scandales financiers surgissent comme des champignons, indécents et mettant en exergue des cinquièmes couteaux, bons à brouiller les pistes et à faire illusion devant des gestions opaques, des chasses gardées dont BRC et Khalifa ne sont que les icebergs avant-coureurs.Contrairement à d’autres pays, ceux qui veulent avancer bien et vite, il n’y a aucun débat contradictoire permanent qui permettrait aux gouvernants d’écouter, de prendre du recul, de pratiquer l’autocritique en associant l’opposition, les élites, les jeunes, les experts indépendants où qu’ils se trouvent, de s’ouvrir aux syndicats représentatifs sans avoir peur d’une grève, d’une manifestation ou d’être pris à partie par des contribuables, des électeurs, des analystes et de faire de la pédagogie réactive et consensuelle.Dans d’autres domaines, il y a des sursauts et des honneurs saufs à souligner. Le refus de l’Algérie d’offrir une portion de son territoire pour servir de bases militaires aux insatiables appétits des Texans de la Maison-Blanche est légitime. Ce coup d’arrêt à l’hégémonie guerrière tous azimuts de Bush qui rêve de l’AFRICOM pour étendre son empire est à l’honneur du pays. L’Amérique est toujours à la recherche de somptueux bénéfices pour son complexe militaro-industriel. L’autre sursaut, pour l’honneur, est venu du RCD qui condamne le test ADN si humiliant et discriminatoire pour les «bicots nègres» dans le silence des partis de l’Alliance qui ne font pas de politique, laissant ce soin à l’administration du ministère de l’Intérieur qui sélectionne des candidats qui seront élus.

Djamaledine Benchenouf

  

 

Préparation psychologique de l’opinion publique occidentale à la guerre avec l’Iran

« Le monde doit se préparer au pire ». Ainsi parla Bernard Kouchner. Si cette déclaration provoque tant de commentaires et surprend par sa tonalité guerrière, c’est pour deux raisons principales. D’abord, elle émane du chef de la diplomatie française dont la mission première est, non pas de préparer le monde à la guerre, mais d’apporter la contribution de la France en tant que grande puissance mondiale à résoudre pacifiquement les conflits internationaux. Ensuite, elle traduit le nouveau tournant pris par la politique étrangère française en rompant avec le principe d’indépendance posé par le général de Gaulle dans son discours d’investiture du 1ER juin 1958, réaffirmé par la suite par le retrait de la France du commandement militaire de l’OTAN et suivi jusqu’ici plus ou moins par tous les présidents de la Vème République. Nous cherchons dans cet article à expliquer les raisons de ce revirement après l’arrivée d’une nouvelle majorité en France.

SOURCES DE LA POLITIQUE ETRANGERE GAULLIENNE

La politique étrangère gaullienne trouve ses sources dans le traité de l’Atlantique- Nord signé le 4 avril 1949 à Washington par les cinq États du traité de Bruxelles (France, Grande-Bretagne, les trois États du Benelux), le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. Le traité de Washington était à l’origine une structure assez lâche et assez rudimentaire comme en témoigne l’article 5 qui n’oblige aucunement un membre d’être assisté par les autres membres en cas d’agression. Car, l’assistance n’est même pas automatique et les parties sont libres de déterminer elles-mêmes les formes d’aide à fournir, militaire, économique ou diplomatique.

C’est la guerre de Corée et la possession de l’arme atomique par les Américains qui ont entraîné un changement dans le mode d’organisation et de fonctionnement de l’alliance. Craignant l’apparition de nouveaux possesseurs de l’arme nucléaire sur le continent européen, les Etats-Unis ont cherché la solution de l’intégration de leurs alliés par la création de forces collectives, bilatérales ou multilatérales. Par les forces bilatérales, les USA pouvaient disséminer des armes atomiques sur le territoire d’un allié qui dispose d’un droit de s’opposer à leur emploi mais nullement à leur utilisation exclusive. Par une force multilatérale, les Etats-Unis intègrent leurs alliés au sein d’une structure militaire dont ils ont le commandement exclusif. Pour empêcher les Européens de se doter de l’arme nucléaire, les USA prospèrent en octobre 1964, la création d’une force multilatérale composée de 25 navires de surface, portant chacun 8 missiles de type Polaris A 3 d’une portée de 25 000 miles et dont l’équipage est formé de trois nationalités différentes. Le commandement des navires sera confié au pays membre qui a la plus forte contribution financière. En échange d’une dépense supérieure à 3 milliards de dollars, un pays membre aura droit de veto sur 3% de la force nucléaire américaine. Si les pays membres avaient le droit du veto et le droit même de déclencher une riposte nucléaire, ils pouvaient le faire mais sans l’assistance de la force nucléaire américaine et sans celle de la force multinationale. Cette force multilatérale présentait pour les USA quatre grands avantages: installer ses armes nucléaires sur les territoires européens proches des frontières de l’Union soviétique; empêcher ses alliés européens de leur propre force de dissuasion nucléaire rendue inutile dans le cadre du parapluie nucléaire américain; faire porter aux pays participants une partie des charges financières moyennant un droit de veto de 3% sur la force nucléaire américaine; une totale liberté de décision des USA dans l’utilisation de leur propre force nucléaire. Ce que font aujourd’hui les Occidentaux avec l’Iran, les Etats-Unis l’ont déjà fait avec l’Union soviétique et leurs alliés européens notamment la France. En effet, après l’explosion de la première bombe H soviétique en août 1953, la politique américaine consistait à conserver son propre monopole de l’arme atomique tout en encerclant la Russie de bases militaires et d’alliances militaires hostiles. Résignés devant la parité nucléaire soviétique, les USA avaient été conduits à conclure avec leur pire ennemi un armistice nucléaire instaurant depuis une paix durable en Europe.

Mais ces prétentions américaines à la suprématie allaient être contestées et remises en cause par le discours d’investiture prononcé par le général de Gaulle le 1er juin 1958 et par un mémorandum envoyé au président Eisenhower le 24 septembre de la même année. Dans ce mémorandum, il est question d’une organisation tripartite et d’un directoire à trois comprenant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui auront chacun la responsabilité de mettre à exécution les plans stratégiques surtout l’utilisation des armes atomiques partout dans le monde. Ce mémorandum du 24 septembre 1958 incluait également une menace au cas où les propositions ne seraient prises en compte. Concrètement, la forme de cette menace sera le retrait de la France de l’Organisation militaire atlantique intégré (OTAN). Les premiers signes de l’émancipation de la politique française de la tutelle américaine portaient sur le refus de mettre à la disposition du commandement atlantique, certaines unités des forces navales de Méditerranée. En février 1965, le général de Gaulle accepta une proposition soviétique de concertation entre Paris et Moscou sur l’Asie du Sud-Est voyant dans ce geste la réalisation de son projet d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Mais c’est surtout le retrait français de l’OTAN lors d’une conférence de presse le 21 février 1966 qui marqua le début de la politique étrangère française indépendante qui a rehaussé le prestige de la France sur la scène internationale et surtout dans le monde arabo-musulman qui voyait et qui voit toujours dans la diplomatie française, un allié de poids face au soutien inconditionnel des USA à l’État d’Israël. Les positions équilibrées ont été réaffirmées à maintes reprises, avec l’embargo sur la vente d’armes lors de la guerre de 1967 et tout récemment le refus du président Jacques Chirac de soutenir ou de participer à la guerre d’Irak en 2003. Avec Sarkozy et Kouchner, ce sont cinquante ans de politique étrangère française qui se trouvent remis en cause.

POURQUOI CE REVIREMENT DE LA POLITIQUE ETRANGERE FRANCAISE ?

La principale raison de ce revirement spectaculaire de la politique étrangère française réside dans la forte pression exercée par le grand capital français dont les intérêts en France avaient été malmenés par les nationalisations opérées par le premier gouvernement socialiste de Pierre Mauroy. Il suffit de revoir le film des événements qui ont suivi l’élection de François Mittrand(la haute bourgeoisie française avait même du mal à prononcer correctement le nom de Mitterrand) pour se rendre compte de l’affolement et de la panique qui ont gagné la haute bourgeoisie française et ses fidèles serviteurs, les journalistes des radios et de la télévision(sur l’état d’esprit de la haute bourgeoisie et du grand capital en France après l’élection de Mitterrand en mai 1981, nous renvoyons le lecteur au livre politique sous forme de roman d’Erik Emptaz, 1981, Editions Grasset, 2007.270 pages). Une réaction similaire avait été provoquée par la Révolution russe en 1917 qui avait remis en cause les intérêts du grand capital français sous la Russie tsariste. ce grand capital qui détenait les journaux à grand tirage avait à l’époque orchestré une grande campagne anticommuniste en France sur « le bolchevique au couteau entre les dents » et l’anticommunisme date de cette époque.

Certes, les grands capitalistes d’un pays sont toujours invisibles et leurs profits restent un secret de polichinelle, mais on reconnaît facilement leurs thèmes et leurs stratégies que propagent leurs serviteurs, une intelligentsia composée généralement de milieux académiques et de journalistes opportunistes et arrivistes qui viennent les vulgariser et les diffuser auprès du grand public(compétition, déficit de la sécurité sociale, manque de compétitivité, déficit du commerce extérieur, trop d’impôts et de charges, etc). Outre son contrôle de l’état de l’opinion grâce aux mass medias, le grand capital détermine aussi bien les politiques économiques des pays capitalistes dont il est originaire que les grandes lignes de leur politique étrangère en apportant toujours son soutien inconditionnel à tous les régimes autoritaires et à toutes les formes de dictature. Le changement de formes de régimes politiques et le revirement d’une politique étrangère sont les symptômes d’une crise du grand capital d’un État capitaliste due à la perte de marchés extérieurs ou l’arrivée sur les marchés de nouveaux concurrents. La crise du grand capital dans les années vingt et trente du XXe siècle a été résolue d’une façon différente selon le pays: aux USA, par le New Deal de Roosevelt, en Allemagne et en Italie, par la matraque fasciste et nazie. La crise du grand capital peut être résolue de deux autres manières: soit par des luttes acharnées des concurrents les uns contre les autres jusqu’à l’élimination des plus faibles parmi eux soit par la compromission et l’entente entre les concurrents pour le partage du butin, c’est-à-dire les marchés. C’est ce qui s’est passé au début du XXe siècle entre les Rockefeller, les Rothschild, les Morgan, les Krupp, les Schneider etc. dans les domaines du pétrole, des chemins de fer, du charbon, du sucre etc.

Que le lecteur veuille bien nous excuser pour ce long détour, car ce qui vient d’être dit peut expliquer pourquoi le général de Gaulle a pu mener une politique étrangère indépendante des USA et pourquoi ce revirement dans la politique étrangère française après l’élection de Sarkozy. D’abord, le grand capital français à l’époque du général de Gaulle avait ses propres marchés dans ses colonies africaines dont l’indépendance n’avait pas changé grande chose, puisqu’il a continué comme avant, grâce aux divers accords de coopération économique et financière, de prospérer et d’engranger des profits en exploitant les matières premières et la main d’œuvre bon marché des anciennes colonies. Le grand capital français n’avait donc pas besoin d’une politique étrangère alignée sur la politique américaine puisqu’il avait ses propres marchés en Afrique et les multinationales américaines avaient les leurs en Amérique latine et ailleurs. Le partage était parfait et équilibré.

La raison principale du revirement actuel de la politique étrangère française qui ne diffère nullement des orientations politique d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou la Grande Bretagne par exemple, réside dans l’arrivée d’un redoutable concurrent sur les marchés mondiaux, la Chine devenue un véritable problème et un casse-tête chinois pour les grand capital des pays capitalistes. La nouvelle puissance chinoise est venue chasser sur les marchés africains qui étaient jadis des chasses gardées du grand capital français et anglais. Ce nouveau concurrent a déjà conquis une grande part des marchés du continent africain en plus des marchés asiatiques. Comme toujours, le grand capital n’a que trois solutions: soit entrer en confrontation avec le nouveau concurrent soit s’entendre avec lui ou avec les autres pour partager les marchés, soit chercher d’autres marchés potentiellement prometteurs pour compenser la perte d’autres marchés. Mais vu le concurrent en question, connu pour son poids démographique et sa puissance militaire, il serait difficile de le confronter par une attaque frontale. C’est en fait la perte d’une partie de marchés africains par le grand capital français au profit des capitaux chinois qui explique ce revirement de la politique étrangère et son alignement sur la politique étrangère américaine. Le grand capital français et américain se doit de s’unir pour affronter le péril chinois. Cela explique la parfaite harmonie depuis l’élection de Sarkozy entre les politiques étrangères française et américaine sur les grands dossiers internationaux comme l’Iran, l’Irak et le Darfour qui sont comme par hasard des pays dont les sous-sols sont riches en pétrole et d’autres matières premières.

La visite de Bernard Kouchner en Irak a été présentée par les journalistes comme une contribution de la diplomatie française au processus de la réconciliation nationale et à la pacification politique de ce pays ravagé par la guerre de Bush. Alors que cette visite vient après un accord passé entre Chevron et le groupe franco-belge Total pour exploiter les champs pétrolifères de l’île Majnoun en Irak situés au nord de la ville de Basra et tout le long des frontières avec l’Iran. La collaboration de Chevron et de Total se situe dans la perspective du vote de la loi relative au partage des revenus du pétrole entre les différentes composantes confessionnelles de la société irakienne. Les champs pétrolifères de l’île Majnoun présentent un intérêt économique majeur du fait qu’ils sont inexploités, le coût de production du baril est très bas et la production journalière pourra atteindre le 1 million de barils/j. Mais c’est l’insécurité en général et le sabotage des pipelines qui retardent la mise en œuvre de l’accord de Chevron et de Total pour l’exploitation des champs pétrolifères de l’île Majnoun.

La préparation psychologique de l’opinion publique occidentale par Bernard Kouchner à la guerre avec l’Iran, ce sont évidemment les puits du pétrole mais aussi la possession de l’arme nucléaire par ce pays qui entraînerait la parité nucléaire avec Israël et qui rendrait difficiles les futures opérations militaires occidentales pour occuper les puits du pétrole au Moyen Orient. La croisade commune franco-américaine pour le déploiement d’une force internationale au Darfour sous prétexte de génocide, ce sont encore les champs pétrolifères de cette région qui sont convoités par les multinationales françaises et américaines.

Il ne faut cependant pas prendre à la légère le pouvoir destructeur du grand capital quand tarissent ses sources de profit. Quand le grand capital n’a plus ses débouchés et ses marchés, c’est-à-dire l’oxygène qui le fait vivre, il devient dangereux non pas pour lui-même mais pour le monde entier. Il suffit de prendre le cas de l’Allemagne au début du XXe siècle. Le traité de Versailles de 1919 a privé le grand capital allemand de ses principales sources de matières premières et d’importantes régions industrielles(Lorraine, Haute Silésie, Sarre etc ). Pour compenser ces pertes, le grand capital allemand a enfanté le Troisième Reich et a conduit le monde à une deuxième guerre mondiale en l’espace de vingt ans. Avec la puissance économique et militaire chinoise qui commence à grignoter petit à petit des marchés contrôlés jadis par le grand capital des pays capitalistes, nous y voilà de nouveau en train d’entendre le tocsin de la guerre sonné par ce fidèle serviteur du grand capital français et américain, Bernard Kouchner.

Faouzi Elmir

 

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Manipulation des masses

Nous sommes manipulés sans en être tout à fait conscients. Le « nous » représente le peuple, c’est-à-dire les petites gens et, en grande partie, la classe moyenne qui contribue à 88% des impôts payés au Canada, car les Puissances de l’argent ne paient pratiquement pas d’impôts, tout en réalisant des milliards de dollars de profits. Les Puissances de l’argent exercent le pouvoir absolu sur le monde et bénéficient de l’appui inconditionnel de leurs hommes de paille, les chefs politiques, ainsi que celui des médias d’information sur lesquels elles ont le plein contrôle.

 

Quelles sont les puissances de l’argent ?

 

1- Les grandes multinationales et les banques dont les chiffres d’affaires représentent des centaines de milliards de dollars et qui ont le pouvoir de tasser les gouvernements. Exemples : a) Les puissantes pétrolières américaines qui placent leurs pions sur l’échiquier mondial et qui peuvent, avec leurs milliards, faire élire le président de la plus grande puissance de la terre ; b) Les 150 patrons des plus grandes industries canadiennes, dont les chiffres d’affaires dépassent, ensembles, les 1500 milliards de dollars et qui ont créé le B.C.N.I. (Business Council on National Issues of Canada). Ce lobby extrêmement puissant a son mot à dire dans l’élaboration des politiques et priorités nationales du Canada. Il est très actif dans le transfert des Sociétés d’État rentables au secteur privé ; c) Toutes ces multinationales qui, grâce à la mondialisation et aux traités internationaux, ont réussi à imposer le profit comme étant prioritaire sur la santé publique et la protection de l’environnement. Aux États-Unis, au Canada et au Mexique, à cause de l’Alena, un gouvernement ne peut adopter une loi qui pourrait nuire aux profits actuels, futurs ou potentiels des multinationales. S’il le fait, il s’expose à des poursuites devant un tribunal de l’Alena dont les décisions sont sans appel ; d) Un géant comme Wal-Mart, ouvertement anti-syndical, qui a réussi à faire adopter une loi par le gouvernement Harris de l’Ontario, afin de contrer la syndicalisation de ses employés. On l’appelle, par dérision, la loi Wal-Mart.

 

2- Les puissantes banques du monde, soit les banques centrales et les grandes banques qui créent l’argent, qui le prêtent et qui fixent les taux d’intérêts (la première préoccupation de Tony Blair, une fois élu, a été de transférer à la Banque d’Angleterre, le pouvoir de fixer les taux d’intérêts), ainsi que les institutions qui leur sont dévouées, soit le F.M.I. ( Fonds Monétaire International), la Banque Mondiale, l’O.M.C. (Organisation Mondiale du Commerce), de même que les agences de notation financière (Moody’s, Standard and Poor’s, etc.)

 

Comment manipule-t-on les masses ?

 

1- Par la peur ! La tactique la plus efficace consiste à faire peur au peuple en inventant des monstres qui risquent de l’anéantir. Exemple : les grandes pétrolières américaines qui voulaient prendre le contrôle des puits de pétrole irakiens. Un monstre a été créé : Saddam Hussein, un cruel dictateur dans son pays, comme il en existe des centaines dans le monde (pourtant allié des États-Unis dans la guerre Iran-Irak) qui possédait, disait-on, des armes de destruction massive pouvant anéantir le monde. L’Irak fut mis à feu et à sang et les grandes industries américaines s’y sont précipitées pour réaliser des profits faramineux. On a fait de même avec le président Noriega du Panama, pour prendre le contrôle de ce petit pays et du Canal et on veut faire un monstre du président Hugo Chavez du Venezuela, afin de prendre le contrôle des puits de pétrole de ce pays.

 

2- Par la division ! Le vieil adage « diviser¨pour régner » n’a jamais été aussi d’actualité. Les Puissances de l’argent se servent de leurs hommes de paille, les politiciens, pour diviser le peuple en présentant les syndicats, les assistés sociaux et les non-productifs, comme étant responsables de la situation précaire des finances publiques. Elles ne disent pas, évidemment, que si les finances publiques sont en difficulté, c’est justement à cause d’elles, les Puissances de l’argent, qui ne paient pas leur juste part d’impôts ; que leurs hommes de paille les dorlotent en leur octroyant des milliards en subventions, des prêts sans intérêts, des terrains gratuits et des reports d’impôts à l’infini.

 

3- Par la désinformation ! Les médias étant aux mains des Puissances de l’argent, rien de plus facile pour elles que de contrôler l’information. Les journalistes ne peuvent plus être neutres et impartiaux, car ils ne peuvent se passer des puissants appuis financiers. Ils doivent refléter le choix des rédacteurs en chef et de ceux qui les embauchent et qui peuvent les congédier en tout temps. Il en résulte que la nature même du système capitaliste, où l’information est contrôlée, sape les bases de la démocratie. James Squires, ex-directeur du Chicago Tribune, l’a reconnu en disant : « La prise de contrôle de l’information par les puissantes multinationales a tué le journalisme impartial ».

 

Le Marché comme religion !

 

Dans le monde capitaliste, le Marché a remplacé la religion pour assurer le bonheur des peuples. On enseigne, dans les pays industrialisés, une idéologie : celle de Milton Friedman, qui a écrit un livre « Capitalisme et liberté », et qui est considéré comme le gourou du néolibéralisme actuel. Le Marché est présenté comme l’application la plus parfaite de l’idée de liberté. Selon Friedman, le système d’un gouvernement élu par un vote majoritaire est un pis-aller et non un droit fondamental. Seul compte pour lui, le Marché, ce dieu suprême de la liberté et de la démocratie. L’unique droit fondamental, selon Friedman, est le droit de propriété. Le rôle de l’État serait de protéger ce droit. Il recommande une réduction des impôts en faveur des riches car, selon lui, ce sont eux qui épargnent, investissent et créent des emplois. Il estime même que l’impôt sur les sociétés devrait être aboli. Le fait de prendre de l’argent aux riches pour le donner aux pauvres est, pour lui, une aberration. Selon Friedman, le chômage est un mal nécessaire et même normal. La seule responsabilité sociale des grandes entreprises serait celle d’augmenter leurs profits. Son raisonnement est toujours le même : en augmentant ses profits, l’entreprise crée de l’emploi et fait rouler l’économie. L’école de pensée de Milton Friedman s’impose partout dans les institutions internationales. Le F.M.I., la Banque Mondiale et l’O.M.C. ont adopté ses thèses les plus radicales pour justifier leur prise de position en faveur de la mondialisation.

 

Ce que l’on ne dit pas, évidemment, c’est que cette école de pensée est tout à fait semblable à celle de Léon Walras (1834-1910), un autre père du néolibéralisme qui, tout comme Adam Smith (1723-1790), a vanté les mérites du Marché, qui devait assurer le plein emploi et le bonheur des individus. Cette école de pensée, qui fut adoptée à l’époque, a conduit à la pire crise économique mondiale, celle de 1929, qui est venue ébranler les bases du capitalisme. La dure réalité est venue imposer un démenti formel aux tenants de la théorie du Marché, considérée comme une sorte de main de Dieu. Les économistes du temps, qui jubilaient la veille, se sont mis à bafouiller. Ils ont annoncé, semaine après semaine, que la crise allait se résorber, sans résultat. Ce ne sont pas les économistes, ni les grandes entreprises qui mirent fin à la crise. Ce fut un homme pragmatique et courageux, le président américain Franklin D. Roosevelt, qui prescrivit, malgré les menaces de mort, l’intervention massive de l’État et l’injection de milliards de dollars en vue de créer des gigantesques travaux publics, qui allaient donner de l’emploi aux millions de travailleurs qui crevaient de faim. L’économie se remit en marche grâce à l’intervention de l’État. Ce que les économistes avaient oublié, c’est que le pouvoir d’achat des citoyens est très important pour la bonne marche de l’économie, car c’est la demande qui stimule la production.

 

Les grands défenseurs du Marché prétendent que celui-ci est le mécanisme le plus parfait, le plus naturel et le plus équitable pour réglementer les affaires sociales. Selon eux, les gouvernements ne devraient intervenir d’aucune façon pour ne pas affaiblir le Marché par des lois contraignables. Le Marché posséderait, selon eux, une sorte de main invisible qui assurerait le bonheur des peuples. Il s’agit là d’un mythe qui ne découle d’aucun travail de recherche et d’analyse. Ce mythe est basé sur la concurrence qui finirait par faire baisser les prix en améliorant la qualité des produits. Cette conception n’a aucune réalité avec le capitalisme sauvage qui prévaut à l’heure actuelle. La réalité est que le capitalisme s’arrange pour éliminer la concurrence en créant des oligopoles, ou géants, qui érigent leurs propres systèmes basés sur le profit le plus élevé possible, exemple : les pétrolières ! C’est un système conçu pour les riches au détriment des populations.

 

Quant on nous dit que le Marché libère l’individu, il ne libère en fait que le poison qui tue l’humanité. Le Marché favorise l’individualisme, l’égoïsme, le despotisme, la rapacité, la corruption, l’abandon des valeurs morales et traditionnelles. Le Marché est très superficiel et ne peut satisfaire les besoins fondamentaux qui sont l’amour, la famille, l’amitié, l’empathie, etc. Le Marché ne peut satisfaire les besoins en favorisant l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Dans la mesure où le Marché encourage l’égoïsme et la cupidité au détriment de la générosité et la compassion, il participe à coup sûr au malheur des défavorisés dans le monde.

 

Conclusion

 

Les disparités s’accentuent de plus en plus entre les riches et les pauvres, au détriment de ces derniers. Même dans des pays riches comme les États-Unis et le Canada, ces disparités sont frappantes. La classe moyenne, la grande vache à lait des gouvernements, voit son pouvoir d’achat diminuer d’année en année. Les syndicats sont attaqués de toutes parts par les Puissances de l’argent et leurs valets, les hommes politiques, qui les rendent responsables de l’état précaire des finances publiques, alors que ce sont elles qui en sont responsables. La contribution des industries, en impôts payés au Canada, qui était de 50% dans les années 1950, n’est plus que de 12% aujourd’hui. Les Puissances de l’argent disposent de tous les outils pour manipuler les masses et elles ne s’en privent pas, au contraire.

Jean-Claude St-Louis

 

Bush n’a aucun plan de sortie pour l’Irak (Edito du NY Time)

Les Américains espéraient avoir enfin cette semaine des explications franches et des perspectives claires à propos de l’Irak. Ils ont eu à droit à deux interminables journées d’audition du commandant en chef des forces américaines en Irak David Petraeus devant le Congrès, suivies de longues heures de conférences de presse, et à un discours prononcé depuis le bureau Ovale, le tout noyé sous une avalanche de chiffres. Mais, rien de franc, rien de clair.
Tous les écrans de fumée du monde ne suffiraient pas à cacher cette vérité : Bush n’a aucune stratégie pour mettre fin à cette guerre désastreuse et pour endiguer le chaos qu’il a créé.

L’affirmation du président selon laquelle la situation en Irak s’est à ce point améliorée qu’il peut accepter la “réduction” des troupes en Irak, préconisée par ses généraux, est une véritable mascarade. L’armée n’a de toute façon pas les moyens de maintenir les 30 000 hommes envoyés en renfort au-delà de la mi-2008 sans affaiblir sérieusement ses capacités opérationnelles.
Avant même ce discours, les victoires politiques et militaires annoncées par le général Petraeus et par Ryan Crocker, l’ambassadeur américain à Bagdad, étaient démenties par la brutale réalité irakienne. Le seul petit espoir de succès politique – un consensus entre Irakiens sur une loi portant sur le partage des revenus du pétrole – s’est envolé. Puis vint la nouvelle de l’assassinat du chef tribal sunnite de la province d’Al-Anbar [voir ci-dessous] dont la décision de combattre aux côtés des Américains avait servi de preuve à Bush afin de démontrer que le vent était en train de changer sur le champ de bataille.

 

Les commentaires vont aller bon train dans les jours qui viennent à propos de la “nouvelle stratégie” de Bush, comme cela a toujours été le cas après chacun de ses discours sur la guerre. Pourtant, s’il y avait une nouvelle stratégie, cela se saurait.
Si Bush avait une nouvelle stratégie, il aurait expliqué au peuple américain comment il comptait impliquer les pays voisins de l’Irak pour trouver une solution. En janvier dernier, en annonçant l’envoi de troupes supplémentaires, Bush s’était également engagé à “exploiter toutes les ressources diplomatiques afin de rallier les nations dans tout le Moyen-Orient”. Le monde attend toujours.

Une véritable stratégie pour mettre fin à cette guerre aurait été que le gouvernement irakien soit véritablement tenu de s’engager dans la voie de la conciliation politique. Il aurait aussi fallu faire comprendre aux dirigeants irakiens qu’ils ne pourront pas toujours compter sur la protection indéfectible des Américains.
Si le président voulait vraiment en finir avec cette guerre, au lieu de menacer la Syrie et l’Iran, il essaierait de les persuader des risques, pour eux, d’une désintégration de l’Irak. Il demanderait également de l’aide aux dirigeants britanniques, français et allemands pour engager de véritables négociations. Peut-être, alors, la promesse de Bush d’endiguer les flux d’hommes et d’armes en provenance d’Iran et de Syrie ne sonnerait-elle pas aussi creux.
Une fois encore, il est évident que Bush refuse de reconnaître son échec en Irak et qu’il envisage un engagement militaire sans fin. Le Congrès doit maintenant utiliser ses pouvoirs pour faire éclater la vérité et exiger un véritable changement de stratégie. Mais les chefs démocrates, toujours aussi obsédés par les sondages, ne proposent plus d’imposer une date butoir pour le retrait des troupes et se contentent d’avancer quelques idées bricolées dont le seul but semble être de permettre au président de gagner du temps.
Les candidats à la présidentielle ont, eux aussi, le devoir de s’impliquer davantage sur la question de l’Irak. Quelques démocrates ont commencé à parler dans le détail de la façon dont ils mettraient un terme au conflit, mais il n’incombe pas uniquement aux critiques de la guerre de faire ce travail. Les candidats républicains, comme Rudolph Giuliani et John McCain, qui se plaisent à réitérer leur soutien au président et à se cacher derrière l’armée, doivent également expliciter leur vision. Qu’est-ce qui, selon eux, constituerait une victoire en Irak, et comment y parvenir ?
Au final, il semble que la tâche de mettre fin à la guerre incombera au prochain président. Bush a été parfaitement clair sur ce point, comme il l’a déjà été en janvier et en septembre dernier, ainsi qu’en décembre 2005 et en avril 2004 : sa seule stratégie consiste à suffisamment embrouiller les Américains et à intimider les membres du Congrès afin qu’ils le laissent s’agiter comme il le veut et léguer à son successeur cette guerre qui n’aurait jamais dû commencer.

 

Editorial du NY Time

Traduction : Spencer Delane

Réponse de Habib Souaïdia à Caroline Fourest à propos de Mohamed Sifaoui

Paris, le 4 septembre 2007

 

Madame,
J’ai longuement hésité à répondre aux mensonges et aux calomnies que, dans votre article publié le 28 août dernier sur le site Prochoix.org et intitulé « A propos de Mohamed Sifaoui et du général Nezzar » (1), vous avez énoncés à mon propos. Il y a toujours quelque chose de déconcertant face aux mensonges publics. Y répondre leur donne une publicité imméritée, se taire renforce le doute sur la personne incriminée : c’est ce dilemme qui rend le menteur pire que le voleur.

 

Je viens donc, par cette réponse, prendre à témoin l’opinion publique. Une opinion qui n’ignore pas, contrairement à vous, que mon seul « tort » est de m’être investi depuis des années pour la vérité et la justice dans mon pays – notamment en publiant en 2001, à La Découverte, mon livre de témoignage La sale guerre –, et certainement pas, comme vous le dites, pour « dédouaner entièrement les islamistes de leurs crimes » !

 

Au-delà des nombreuse erreurs factuelles contenues dans votre article, je regrette vivement la superficialité, voire la partialité, de vos informations. Elles me paraissent témoigner d’une méconnaissance certaine des réalités du dossier algérien en général et, en particulier, du cas de votre ami le journaliste Mohamed Sifaoui, dont vous louez le « magnifique portrait » diffusé par Arte le 28 août. Ces amalgames et ce manque d’objectivité sont d’ordinaire le fait d’une certaine « presse à sensation », à laquelle votre site me semblait ne pas appartenir. Quoi qu’il en soit, je tiens à porter à votre connaissance et, j’espère, à celle de vos lecteurs, les précisions et rectifications suivantes.

 

En premier lieu, il est erroné d’affirmer, comme vous l’écrivez, que Mohamed Sifaoui « a témoigné contre les éditions La Découverte lors d’un procès opposant cette maison d’édition au général tortionnaire algérien Nezzar » : il n’y a jamais eu de procès entre La Découverte et le général Khaled Nezzar. Mais il y a bel et bien eu, à Paris en juillet 2002, un procès où le général Nezzar m’a poursuivi en diffamation pour avoir dénoncé, dans l’émission télévisée « Droits d’auteurs », sa responsabilité comme ancien ministre de la Défense dans la terrible guerre conduite par l’armée algérienne contre la population civile, et pour l’avoir accusé d’être un lâche ayant fui ses responsabilités devant la justice française après qu’une plainte pour torture a été déposé contre lui à Paris. Un procès qu’il a perdu.
Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’à cette occasion, c’est bien comme témoin de la défense du « général tortionnaire » que Mohamed Sifaoui a témoigné contre moi. Je vous renvoie sur ce point à un livre que vous n’avez à l’évidence pas lu : Le Procès de « La sale guerre » (La Découverte, 2002), qui retranscrit intégralement les minutes de ce procès d’une semaine. Vous y verrez, comme toute personne de bonne foi peut le faire, que les deux camps en présence n’opposaient pas, comme vous l’insinuez, les tenants « d’une thèse qui sert la propagande intégriste » aux généraux algériens.

 

Dans ce procès, comme le prouvent les témoignages des deux parties produits lors des audiences, les deux camps étaient en réalité beaucoup plus clairs : d’un côté, les partisans du général Nezzar, l’un des principaux organisateurs de la « sale guerre », qui estimaient que tous les moyens sont bons, y compris la torture généralisée, les exécutions judiciaires et les manipulations, pour « éradiquer » l’intégrisme islamiste (même s’ils se défendaient, contre l’évidence, de l’existence de ces méthodes, réduites à de simples « dépassements ») ; et de l’autre côté, ceux qui estimaient que la lutte démocratique légitime contre le fondamentalisme islamique ne pouvait se conduire au prix de violations des droits de l’homme constitutives de crimes contre l’humanité.

 

De ces ceux camps, c’est le premier qu’a choisi votre ami Mohamed Sifaoui, dont vous dites, comme pour vous « dédouaner » qu’« on a le droit de penser que [son] témoignage, même bien intentionné, était une erreur ». Il aurait été plus honnête d’écrire que ces « bonnes intentions » étaient surtout le paravent d’un aval donné à des méthodes dignes des pires fascistes du XXe siècle.

 

Toujours à propos de ce procès, vous écrivez : « Chacun fait appel à des témoins. L’auteur de La Sale Guerre, par exemple, s’appuie sur le témoignage d’un ancien militaire converti à l’islam radical (qui fut son instructeur au sein de l’armée) : le capitaine Ahmed Chouchane. Mohamed Sifaoui, quant à lui, accepte de témoigner pour le Général contre SOUAÏDIA ». Outre que vous passez ainsi à la trappe bien d’autres témoignages en ma faveur que vous seriez bien en peine d’affilier à « l’islam radical », il s’agit là d’un curieux mélange des genres qui témoigne de votre part, Madame, d’une ignorance évidente des positions du capitaine Chouchane.

 

Vous semblez assimiler Chouchane à une sorte de terroriste international recherché par toutes les polices de la planète. Alors que c’est un homme posé et calme, résolument opposé à toute violence, politique ou individuelle (contrairement au général Nezzar). Je ne partage pas du tout ses positions sur l’islam politique (qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec celles de l’islam radical), mais je suis en plein accord avec ce qu’il a dénoncé (et que vous semblez totalement ignorer) lors du procès : l’instrumentalisation de la violence islamiste par les chefs des services secrets de l’armée algérienne, le DRS. En mars 1995, ceux-ci contrôlaient déjà l’essentiel des Groupes islamiques armés (GIA) pour mener, prétendument « au nom de l’islam », une guerre contre-insurrectionnelle contre la population (si vous ne me croyez pas, je tiens à votre disposition toute la documentation qui le prouve abondamment). Les chefs du DRS ont alors demandé à Chouchane d’intégrer pour leur compte les rangs des GIA, afin d’éliminer les vrais opposants au régime (ce qu’il a refusé de faire, avant de s’exiler clandestinement).

 

Vous dénoncez également « la rumeur lancée par des journalistes français et les services secrets algériens contre Mohamed Sifaoui pour le discréditer [...], visant à le présenter comme un agent de la sécurité algérienne ». Là encore, vous semblez mal informée : comment « les services secrets algériens », en l’occurrence le service d’action psychologique du DRS, à l’époque dirigé par le colonel Hadj Zoubir, bien connu de Mohamed Sifaoui (demandez-lui quelles étaient ses relations avec ce colonel), aurait-il pu dénoncer un journaliste qui s’est toujours fait l’écho complaisant – comme il continue à le faire aujourd’hui – de la désinformation orchestrée par ce service ? Une désinformation visant, justement, à « discréditer » comme « pro-islamistes » tous ceux qui dénonçaient l’usage du chalumeau, de la gégène et de la balle dans la tête, usages organisés à l’échelle industrielle par les généraux algériens et le DRS ? Je doute très fortement que vous puissiez avancer la moindre preuve de cette prétendue mise en cause de M. Sifaoui par le DRS. Mais si je me trompe, je l’attends avec intérêt…

 

Mais surtout, ce qui « salit la réputation de ce journaliste », comme vous l’écrivez, ce n’est pas la « rumeur visant à le présenter comme un agent de la sécurité algérienne ». C’est tout simplement son comportement public, qui montre qu’il dispose nécessairement de solides accointances dans les plus hautes sphères du régime. Dans notre pays, personne n’ignore que les médias (et surtout la télévision d’État) et l’édition sont solidement contrôlés par le DRS, pour tout ce qui concerne les questions politiques et « sensibles ». Or, après la sortie de mon livre – alors que lui-même avait obtenu quelques mois plus tôt le statut de réfugié politique en France, justifié par les « persécutions » dont il aurait été l’objet à la fois de la part des militaires algériens et des islamistes –, M. Sifaoui a participé à deux reprises à deux longues émissions de l’ENTV, l’unique chaîne de télévision algérienne (le 14 avril 2001 et le 17 juin 2002), dont l’objet était de « dénoncer le complot » et les prétendues « affabulations » de mon livre. Et en 2002, M. Sifaoui a publié sur le même thème en Algérie un livre entier (La Sale Guerre. Histoire d’une imposture, Éditions Chihab), qui est un pur tissu de contrevérités, reprenant par ailleurs tout le discours de propagande du service d’action psychologique du DRS.

 

Cela, Madame, ce n’est pas une « rumeur », ce sont des faits, que vous seriez bien en peine de démentir (et que les auteurs pour Arte du « magnifique portrait » de M. Sifaoui se sont bien gardés d’évoquer). Avez-vous déjà vu un autre réfugié politique algérien témoigner pour l’un des fondateurs de notre dictature militaire ? Avez-vous connaissance d’autres personnes qui se disent persécutées par la dictature algérienne, réfugiés politiques, et qui ont été invitées à participer à une émission de la télévision publique ? Connaissez-vous d’autres réfugiés politiques qui auraient publié un livre dans le pays qu’ils ont fui, alors même que le régime persécuteur est toujours là ?

 

Vous dites que « Mohamed Sifaoui, plus que jamais enragé contre les intégristes et leurs alliés, s’oppose vigoureusement au régime algérien et à ses choix ». Qu’il soit « enragé », je veux bien, mais c’est en soutenant sans complexe la « rage » des généraux algériens, dont les armes contre les islamistes ne sont pas celles de la démocratie, mais la chignole, le chiffon, le chalumeau, la gégène. Quant à affirmer, comme vous le faites, qu’il « s’oppose vigoureusement au régime algérien et à ses choix », alors là, Madame, pardonnez-moi de vous dire qu’il s’agit d’un simple mensonge, démenti d’ailleurs par Sifaoui lui-même.

 

Dans l’émission de l’ENTV à laquelle il a participé en juin 2002, il avait affiché encore plus clairement que lors du procès Nezzar son soutien « vigoureux » au « régime algérien » : « Les islamistes ont essayé de nous complexer en nous disant la chose suivante : si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous et si vous êtes contre nous, vous êtes avec l’armée algérienne. Eh bien, oui ! Je leur dis oui ! Je suis avec l’armée algérienne contre vous ! » S’il y a une chose que l’on doit reconnaître à M. Sifaoui, c’est sa constance en la matière : avec parfois des nuances de circonstance, ce discours est la substance même des nombreux livres et reportages qu’il a multipliés depuis.

 

Vous relatez encore, à votre manière, le différend qui m’a opposé, avec mon éditeur François Gèze, directeur de La Découverte, à M. Sifaoui. Ignorant alors qui il était, j’avais accepté, quand je l’ai rencontré à mon arrivée à Paris en avril 2000, qu’il m’aide à rédiger le livre que je voulais écrire pour dénoncer les horreurs dont j’avais été témoin de 1992 à 1995 comme officier des forces spéciales de l’armée algérienne. C’est sur cette base, celle de l’écriture de mon seul témoignage qu’il m’aurait aidé à mettre en forme, que nous avons signé un contrat avec La Découverte.

 

Ce qui s’est passé ensuite n’est pas du tout ce que vous dites : « Mohamed Sifaoui a bel et bien retranscrit la dénonciation des manoeuvres de l’armée algérienne, mais il a également invoqué la part de responsabilité des islamistes. Ce que Gèze voudrait gommer. Ce que Sifaoui ne peut accepter (…). François Gèze le débarque purement et simplement du projet. Il fait réécrire La Sale Guerre de façon à ne retenir qu’une seule thèse manichéenne : l’Armée est responsable des massacres. »

 

C’est là encore une totale contrevérité. François Gèze n’a rien voulu « gommer » du tout et je veux le répéter encore pour la millième fois : c’est Mohamed Sifaoui qui a voulu manipuler mon témoignage à des fins politiques. En effet, dans la transcription de mes propos recueillis par magnétophone, il avait ajouté des passages entiers de son cru (dont la plupart n’avaient d’ailleurs rien à voir avec les islamistes) m’attribuant des relations de faits dont je n’avais jamais été témoin : si le livre était sorti en l’état, cela aurait été évidemment facilement relevé par le pouvoir algérien, ce qui aurait alors totalement discrédité tout mon témoignage sur les violations des droits de l’homme perpétrées au nom de la lutte contre l’islamisme (un islamisme dont mon livre, finalement publié comme je l’entendais, témoigne d’ailleurs assez que c’est pour moi un ennemi à combattre, mais pas avec ces méthodes).

 

C’est pour cette raison que j’ai demandé expressément à l’éditeur de contacter le journaliste (qui ne voulait plus me parler après l’avoir averti de ma décision d’arrêter notre collaboration sur le projet) pour lui faire part de ma décision irrévocable de rompre avec lui. J’ajoute que, outre la tentative de dénaturer mon témoignage, M. Sifaoui a conservé pour lui les droits d’auteur me revenant que les éditions La Découverte avaient versés sur son compte (et qu’il devait me reverser, comme nous en étions convenus, puisque, à l’époque, je n’avais pas encore de compte bancaire qui m’aurait permis de les toucher directement). Il m’a fallu le traîner devant la justice pour qu’il reconnaisse, en 2003, ne pas m’avoir reversé l’intégralité de mes droits d’auteurs.

 

Mais là n’est pas l’essentiel. Vous dites que « il n’est pas acceptable de voir des journalistes (Jean-Baptiste Rivoire) ou des chercheurs au CNRS (Vincent Geisser) tenter de salir la réputation de ce journaliste ». Mais ces hommes, trop rares d’ailleurs, ont simplement fait preuve d’intégrité : ils ne se sont jamais acharnés, comme vous le sous-entendez, sur M. Sifaoui, se contentant à l’occasion de faire état d’interrogations plus que légitimes sur les étonnantes coïncidences entre les analyses de ce journaliste très médiatisé en France et la désinformation organisée par le régime algérien.

 

Pour moi, ce qui « n’est pas acceptable », c’est de voir des gens, au nom de la lutte contre le « fascisme vert » de l’islamisme, soutenir ceux qui disent « Je suis avec l’armée algérienne », comme si cela ne voulait pas dire, depuis quinze ans maintenant, « Je suis avec les promoteurs de la torture, des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires ». Si vous êtes vraiment sincère et démocrate, je vous demande, Madame, de soutenir ces mères des milliers de « disparus » aux mains de l’armée et du DRS, d’exiger du gouvernement algérien qu’il juge en toute équité les coupables, tous les coupables, les islamistes assassins comme les militaires assassins, pour établir enfin la vérité et la justice.

 

Sachez, Madame, que je ne suis pas un « islamiste » ou un idiot manipulé, comme vous semblez m’en accuser pour soutenir votre ami M. Sifaoui. Je suis simplement un patriote au service de mon pays, l’Algérie. Cette Algérie que j’ai voulu servir, comme soldat, avec honneur et droiture. Cette Algérie que j’ai préféré quitter pour ne pas mourir de honte devant mes compatriotes. Cette Algérie où je suis condamné à mort pour avoir dénoncé le terrorisme d’État. Peut-être auriez-vous préféré que je torture pour que je sois « démocrate » et « républicain » comme le général Nezzar et ses collègues ? Pardonnez-moi, Madame : je reste aujourd’hui révolté par leurs actes abjects, leur héritage salissant.

Habib Souaïdia

Source : Algeria-Watch


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