Archive pour la catégorie '9/11'

Al-Qaeda annonce une « surprise » pour le 11 septembre

As-Sahab, l’organe médiatique d’Al-Qaeda, a annoncé cet après-midi du 9 septembre 2008 sur plusieurs sites islamistes un évènement qui “devrait nous réjouir” pour le 11 septembre à venir.

(23:00) Selon le forum El-Eekhlas, il pourrait s’agir d’une nouvelle intervention vidéo d’Oussama Ben Laden qui s’exprimerait à propos de l’implication d’Al-Qaeda dans les attentats du 11 septembre et sur la situation actuelle et futur des activités de l’organisation.

(10/09 22:00) Milles rumeurs circulent sur des possibilités d’attentats sur différents sites islamistes, dont El-Eekhlas principalement. Alger semble prendre l’alerte particulièrement au sérieux (lire notre article Alger, Boumerdes et Tizi-Ouzou sous haute surveillance à la veille du 11 septembre). D’autres informations, invérifiables mais crédibles, font état d’attentats sur le sol européen, en France et en Grande-Bretagne.

La suite se trouve ici > Nouveau message vidéo d’Al-Qaeda : « Bilan de 7 années de croisade »

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Un étrange article publié par par « L’Organisation sioniste mondiale » sur « les plans stratégiques d’Israël pour les années 80 »

Nous retrouvons aujourd’hui un surprenant article paru dans le magazine “Kivounim” (Orientations), publié à Jérusalem par « L’Organisation sioniste mondiale » sur « les plans stratégiques d’Israël pour les années 80 » :

« En tant que corps centralisé, l’Égypte est déjà un cadavre, surtout si l’on tient compte de l’affrontement de plus en plus dur entre musulmans et chrétiens. Sa division en provinces géographiques distinctes doit être notre objectif politique pour les années 1990, sur le front occidental. Une fois l’Égypte ainsi disloquée et privée de pouvoir central, des pays comme la Libye, le Soudan, et d’autres plus éloignés, connaîtront la même dissolution. La formation d’un État copte en Haute-Égypte, et celle de petites entités régionales de faible importance, est la clef d’un développement historique actuellement retardé par l’accord de paix, mais inéluctable à long terme. En dépit des apparences, le front Ouest présente moins de problèmes que celui de l’Est. La partition du Liban en cinq provinces… préfigure ce qui se passera dans l’ensemble du monde arabe. L’éclatement de la Syrie et de l’Irak en régions déterminées sur la base de critères ethniques ou religieux doit être, à long terme, un but prioritaire pour Israël, la première étape étant la destruction de la puissance militaire de ces États.

Les structures ethniques de la Syrie l’exposent à un démantèlement qui pourrait aboutir à la création d’un État chi’ite le long de la côte, d’un État sunnite dans la région d’Alep, d’un autre à

Damas, et d’une entité druze qui pourrait souhaiter constituer son propre État – peut-être sur notre Golan – en tout cas avec l’Houran et le nord de la Jordanie… Un tel État serait, à long terme, une garantie de paix et de sécurité pour la région. C’est un objectif qui est déjà à notre portée.

Riche en pétrole, et en proie à des luttes intestines, l’Irak est dans la ligne de mire israélienne. Sa dissolution serait, pour nous, plus importante que celle de la Syrie, car c’est lui qui représente, à court terme, la plus sérieuse menace pour Israël.»

Source : Jeune Afrique

Comment Ahmed Ressam a-t-il pu devenir un membre d’al-Qaeda ?

Ahmed Ressam croupit dans une prison américaine. Il s’est fourvoyé dans un complot qui ne correspond ni à sa personnalité, ni à son parcours de jeune algérien perdu dans une tempête, que les vicissitudes ont jeté sans ménagements sur des rives amères.

L’homme et son parcours:

Ahmed Ressam est né en 1967 à Bou Ismaïl, une station balnéaire située à 45 km à l’ouest d’Alger. Surnommé « The Millenium Bomber » par la presse américaine, il a été condamné, par la justice américaine, en juillet 2005, à 22 ans de prison pour avoir introduit une cinquantaine de kg d’explosif et des détonateurs dans le territoire des Etats Unis d’Amérique, en décembre 1999. Il avoua qu’il projetait de faire exploser une bombe dans l’aéroport de Los Angeles lors de la célébration du millénaire. A noter que la peine à laquelle il avait été condamné avait été négociée avec les autorités américaines, en échange de son témoignage contre son complice, Mokhtar Houari qui écopa d’une peine de 24 ans de prison.

En juillet 2007, une cour d’appel de Sa Francisco a annulé la peine de Ahmed Ressam et a demandé à une juridiction de première instance de réexaminer les circonstances de la détention des explosifs et du faux passeport du condamné. L’affaire est encore en instance de jugement.

Présumé membre d’Al Qaida et agissant pour le compte de celle-ci, les investigations du FBI ont prouvé qu’il avait suivi un entraînement « terroriste » en Afghanistan entre avril et novembre 1999.

Après avoir passé quelques semaines à Peshawar, il fut dirigé vers le camp afghan de Khladen puis vers un autre près de Jalalabad. On lui y inculqua le maniement des armes, l’utilisation des gaz, des poisons et des explosifs. Il faisait partie d’un groupe d’algériens, dont plusieurs appartenaient au GIA. Retenir cet élément. A noter également qu’il avait côtoyé, en France et au Canada, des éléments du groupe de Roubaix et des Algériens qui ont appartenu au GIA.

Comment Ahmed Ressam est-il devenu un djihadiste ? Rien, pourtant, dans son parcours de vie ne l’y prédisposait.

Fils d’ancien moudjahid, il était l’aîné de ses six frères et sœurs. Après avoir échoué au Baccalauréat, il postula de nombreuses fois pour un poste dans la police, la gendarmerie et la Sécurité militaire, entre 1988 et 1992, mais en vain. Pourtant, pendant ces années là, les corps sécuritaires recrutaient en masse, y compris des jeunes presque analphabètes. Pourquoi Ahmed Ressam, qui avait un niveau scolaire largement au dessus des critères exigés, et qui n’avait aucun passif judiciaire n’a-t-il pas pu y être admis ? Ou bien aurait-il été mis en veilleuse ? Lui aurait-on demandé d’aller attendre en Europe une mission qui lui serait confiée ultérieurement ? Noter, néanmoins, que lors de ses maintes candidatures, il avait fourni des dossiers complets. Il avait dû se résoudre, en attendant l’emploi rêvé, à travailler dans le café de son père.

Ahmed Ressam n’était pas pratiquant et n’avait pas milité dans le FIS. Dragueur invétéré, c’était un bon viveur. Il faisait souvent la nouba avec ses amis, où l’alcool et le kif étaient toujours sur la table. Il s’habillait avec recherche et aimait à s’afficher en vêtements griffés. Il avait une préférence pour la marque Armani.

En 1992, il partit pour la France. Son visa ayant expiré, il y demeura pendant deux ans, entre Marseille et la Corse. Il vivait de petits boulots au noir et de petits larcins. Il circulait avec un faux passeport et finit par se faire prendre en novembre 1993, en Corse. Il devait passer en Justice en mars 1994. A noter qu’en cherchant à obtenir un faux passeport, il avait noué des relations avec des jeunes maghrébins qui naviguaient entre le Djihad et la délinquance. Plusieurs membres de ce groupe furent récupérés par le GIA.

Ahmed n’attendit pas de comparaître et décida de quitter la France pour le Canada, qui était devenu une base de repli du GIA, pour les djihadistes qui avaient maille à partir avec les polices européennes. En février 1994, il quitte la France avec un autre faux passeport français. La police canadienne de l’immigration l’arrêta à son arrivée à Montréal et le plaça en détention provisoire pour entrée illégale dans le pays et usage de faux document de voyage. Il déclara à la police qu’il avait dû fuir son pays à la suite d’arrestation arbitraire et de torture. Il déclara avoir dû quitter l’Algérie parce qu’il craignait pour sa vie. Il fut mis en liberté provisoire en attendant de comparaître un mois plus tard. Il obtint des aides financières de l’Etat canadien et put s’installer confortablement. Il commença alors à fréquenter assidûment des mosquées où se retrouvaient des djihadistes, dont des membres du GIA. Entre-temps, il avait oublié de se rendre à son procès et fut une nouvelle fois arrêté, puis relâché, dans l’attente d’une autre comparution. Mais le plus étonnant, et qui renseigne sur la personnalité du personnage, est qu’il fréquentait la mosquée en même temps qu’il se spécialisait dans les vols à l’étalage et à la tire. Il revend à un réseau de faux papiers d’identité les documents qu’il vole à ses victimes. Il fréquente assidûment les cabarets et continue de s’habiller avec recherche, toujours de vêtements Armani. Il avouera lui-même s’être spécialisé dans le vol des bagages et des passeports de touristes. Il fut arrêté et condamné à des amendes, quatre fois de suite. En 1995, il fut pris dans un magasin en flagrant délit de vol. Il avait subtilisé un costume Armani. Il fut condamné à une amende et enjoint de quitter le pays. Mais il fit appel du jugement et put rester au Canada. Mais cela ne changea rien à ses habitudes. Il avait trouvé le bon créneau. Il fut encore arrêté deux fois, puis mis en liberté provisoire, à la suite de vols. Les réseaux djihadistes qui lui achetaient les papiers d’identité volés commencèrent à l’intégrer. Entre le temps, sur demande du juge français Louis Bruguières, qui avait trouvé une connivence entre lui et le groupe de Roubaix demanda aux services canadiens de le mettre sous surveillance. Mais ceux-ci signalèrent au juge français que Ressam et ses amis semblaient plus portés vers la vie facile et la petite délinquance que vers le djihad.

En mars 1998, il quitta le Canada à destination de Francfort, en Allemagne, avec un faux passeport. De là, il se rendit à Peshawar au Pakistan où il fut pris en main par Abou Zoubeida. Il avait été recommandé par un djihadiste d’origine tunisienne, Rouf Hannachi.

Voilà à quoi se résume le portrait et le parcours du « bombardier du millénaire », le djihadiste qui a défrayé la chronique américaine et qui a failli commettre un carnage.

On pourrait penser que, comme bien d’autres jeunes qui se sont fourvoyés dans une démarche schizophrénique, Ahmed Ressam, désorienté par l’incertitude du quotidien, se serait laissé embarquer par les « gourous d’al Qaida » Cela est peut être le cas. Mais des questions de posent et un contexte s’impose !

Les questions qui se posent :

Comment ce jeune homme, qui a des goûts prononcés pour la nouba, qui a du succès avec les filles, qui a une réputation de séducteur, qui a un goût prononcé pour les vêtements de luxe, et qui n’hésite pas à se les approprier par le vol, dont les seuls revenus connus pendant des années proviennent du vol, peut-il être recruté par des milieux islamistes purs et durs. S’il est indéniable que Ahmed Ressam a fini par basculer dans une démarche extrême, et qu’il a pu être admis, par un responsable de haut niveau d’Al Qaida, Abou Zoubeida en l’occurrence, dans le camp d’entraînement parmi les plus performants de cette organisation, il serait, par contre très intéressant d’en savoir plus sur l’identité de ceux qui l’ont recommandé. Et qui connaissaient ses travers. Il faut souligner au passage, que ce camp de Khladen où il a passé six mois, a formé des dizaines d’éléments du GIA. Presque tous les « Afghans » algériens du GIA sont passés par ce camp. Retenir ce détail.

Le contexte :

Nous savons aujourd’hui, avec certitude, et sur le témoignage d’officiers supérieurs de l’armée algérienne, dont le Lieutenant Colonel Samraoui, le Capitaine Ahmed Chouchane et le Lieutenant Habib Souaidia, que le GIA a été crée par le DRS, la sécurité militaire algérienne, pour retourner l’opinion algérienne et occidentale contre les islamistes. Le GIA a été crée de toute pièce par le DRS, et instrumenté par celui-ci, pour commettre des carnages contre les populations civiles. Il a été le principal outil dans des attentats contre des étrangers, dans l’enlèvement et l’assassinat des moines trappistes de Tibhirine et très probablement dans les attentas contre le métro parisien en 1995. Pour n’évoquer que les plus connus de ces coups tordus. Nous savons avec certitude, aujourd’hui, que la plupart des « fetwas » qui servaient à permettre au GIA de commettre des carnages, étaient concoctées dans les bureaux du DRS, par des agents spécialisés dans cette activité. Nous savons aussi que si de nombreux éléments du GIA étaient manipulés à leur insu, d’autres, et notamment des émirs et des agents recruteurs, agissaient en connaissance de cause, et se considéraient comme des agents du DRS en mission. Nous savons aussi que les services français, de la DGSE notamment, coopéraient avec le DRS, et lui communiquaient régulièrement, et assidûment, des informations sur des Algériens qui activaient de près ou de loin dans les milieux intégristes en France. Sachant que Ahmed Ressam figurait dans leurs fichiers, et qu’il était connu du juge Bruguière lui-même, dans l’affaire dite du groupe de Roubaix, et sachant que des informations très détaillées étaient en possession du DRS, dans les demandes d’emploi qu’il avait formulées entre 1988 et 1992, comment ne pas envisager que Ahmed Ressam a été piloté, au mieux à son insu, depuis un QG du DRS à Alger et par l’intermédiaire de ses agents recruteurs.

Vers la fin des années 90, les relations entre le DRS et les Américains étaient loin d’être ce qu’elles sont devenues aujourd’hui. Les attentats de septembre 2001 n’avaient pas encore eu lieu. A cette période, les révélations qui avaient été faites sur la manipulation du terrorisme par les Généraux algériens, et leur implication dans des crimes contre l’humanité leur avaient valu de graves inquiétudes. Le syndrome Pinochet planait sur leurs têtes. Il était question, y compris de la part des Américains et des Français, de mener des enquêtes sur les graves accusations qui leur avaient été portées par des officiers de l’armée algérienne, des défenseurs et des ONG des droits de l’homme, et de nombreuses victimes. A ce moment là, le Président Bouteflika, qui venait d’être élu en avril 1999, s’était retourné contre les Généraux, avait outrepassé les « lignes rouges » qu’ils lui avaient fixé, et avait entrepris de débarrasser la scène politique algérienne de leur influence. Il utilisait, contre eux, de fuites organisées d’informations sur les carnages de civils, et menait contre eux, une campagne médiatique qui commençait à porter ses fruits, puisqu’il était devenu envisageable de les poursuivre devant des juridictions pénales internationales pour crimes contre l’humanité. Jamais, depuis l’interruption du processus électoral et du coup d’état de 1992, ils n’ont été si près d’être mis en accusation. Ceux qui connaissent leur mode opératoire, et qui savent qu’ils régulent l’opinion publique par la manipulation du terrorisme, comme dans le cas des attentats du métro parisien, de l’enlèvement du couple Thévenot et bien d’autres coups tordus, peuvent imaginer aisément que pour retourner l’opinion américaine en leur faveur, et donc contre les islamistes, ils aient trouvé, en Ahmed Ressam, l’outil adéquat pour arriver à leurs fins. Un attentat commis en plein aéroport américain, tout comme celui qu’il ont téléguidé dans l’aéroport d’Alger en 1992, aurait eu, selon leur terrible logique, un effet immédiat sur l’opinion des américains à leur sujet. Ils passeraient pour un rempart contre un islamisme qui les menace directement. Ils ne se trompaient pas, puisque les attentats du 11 septembre 2001 furent le gong qui les sauva de la déconfiture. Immédiatement après ces attentats, ils furent remis en selle, et le Président Bouteflika se retrouva en position de faiblesse. Ils décidèrent même de le punir en ne lui permettant pas de se représenter, et ils décidèrent de le remplacer par son chef du Gouvernement, Ali Benflis. A leur tour, ils instrumentèrent contre lui une vraie campagne de dénigrement. Le président Bouteflika ne put rentrer de nouveau dans leurs grâces, qu’en leur promettant une loi scélérate qui les absoudrait de tous les crimes qu’ils ont commis ou fait commettre. Une loi d’autoamnistie qu’il fit passer par voie référendaire, pour dire à la face du monde que c’était le peuple souverain qui avait pardonné, et que les généraux, « agents honorables » de l’état avaient sauvé la république, en réduisant le terrorisme. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Les Américains qui avaient découvert, en marchant, toute l’efficacité du DRS dans la subversion et dans la manipulation du terrorisme, pour l’agiter en épouvantail, en firent leurs principaux alliés dans leur objectif de l’Africom, qui consiste à démultiplier la nuisance supposée d’ « Al Qaida du Maghreb Islamique », pour justifier leur installation en force dans le Sahel. Mais là est une autre histoire.

Pour rester dans celle de Ahmed Ressam, tout semble indiquer que ce jeune homme a été soigneusement suivi à la trace, évalué et utilisé, peut-être à son insu, pour commettre contre le peuple américain un carnage « utile », pour reprendre la formulation du DRS. Un universitaire algérien, très bon connaisseur du régime algérien, avait attiré mon attention en me disant : « Il y a dans l’affaire Ressam un faisceau de facteurs qui interpelle. Trois d’entre eux paraissent désigner la main du DRS : Le profil de l’auteur, le contexte et le moment où cela a eu lieu… »

Les services de sécurité, français et américains sont parfaitement au fait de ces éléments. Mais toute vérité n’est pas bonne à dire. Surtout en ces temps de « Global War of Terrorism »

Djamaledine Benchenouf pour Tahia Bladi

(titre modifié par Mecanopolis)

Selon la CIA, la démographie mondiale est la plus grande menace

Les lecteurs s’intéressant au renseignement ne prendront connaissance que s’ils pratiquent l’anglais d’un très long discours du directeur de la CIA, le général d’aviation Michael V. Hayden, tenu le 30 avril à l’université du Kansas. Mis en ligne sur le site de l’agence américaine de renseignements, il pourrait à l’évidence faire l’objet d’une analyse fort longue, mais contentons-nous de relever quelques points-clés. Et surtout trois “tendances” que le général Hayden perçoit pour l’avenir des États-Unis.

Il n’est point besoin d’être grand clerc pour comprendre que, dans son esprit, le mot “tendance” est synonyme de “menace”. La première à ses yeux, c’est la “démographie mondiale”, dont il estime qu’elle augmentera de 40 % à 45 % d’ici 2050, pour atteindre 9 milliards d’habitants. D’autres le disent, mais le général Hayden pense quant à lui que les populations vont tripler rapidement dans plusieurs pays stratégiques : l’Afghanistan, le Liberia, le Niger, le Congo. D’autres populations doubleront (Éthiopie, Nigeria, Yémen). Et si, dans tous ces pays, “les libertés et les autres besoins fondamentaux (nourriture, logement, éducation, emploi) ne sont pas au rendez-vous, ils pourraient être entraînés dans la violence, les troubles sociaux, l’extrémisme”. Et de pronostiquer une accentuation de l’émigration légale ou sauvage vers les pays riches, à la poursuite d’opportunités économiques, de sécurité et de liberté. Citant l’Europe en général et la France en particulier, le patron de la CIA qui semble assez peu adepte, de ce point de vue, du politiquement correct, n’y va pas de main morte sur la démographie du Vieux Continent. Il perçoit explicitement comme une menace les émigrés de pays musulmans et/ou leurs descendants, qui représentent actuellement, dit-il, 3 % de la population européenne, mais dont le taux de fécondité est deux fois supérieur à celui des Européens natifs. Estimant par ailleurs que la Russie va rapidement perdre le quart de sa population, le général Hayden voit dans les évolutions démographiques, “clairement, une contribution à la complexité des menaces sécuritaires concernant les États-Unis”.

Seconde tendance : la Chine. Là encore, ce n’est pas neuf. La suprématie qu’elle recherche économiquement et politiquement en Asie, les compétitions qui se poursuivront avec le Japon et l’Inde. Mais Hayden insiste sur l’accroissement de la puissance militaire chinoise, dont la réalité est pourtant contestée par de nombreux experts. À ses yeux, la constitution d’une force de projection militaire chinoise est bien une réalité. Et il estime que la disparition éventuelle du régime communiste ne changerait rien à l’affaire : “La Chine considère une puissance militaire moderne comme un élément essentiel du statut de grande puissance, et la communauté du renseignement pense que tout gouvernement chinois, y compris s’il était plus démocratique, partagerait ces objectifs nationalistes.”

Troisième tendance : la relation entre les États-Unis et l’Europe. Hayden souligne que l’Europe est aujourd’hui “presque tout entière libre et en paix”, glissant que tel était précisément l’objectif des États-Unis durant la guerre froide. Le problème, dit-il, c’est que les États-Unis et l’Europe affichent un “sérieux désaccord” sur la façon de “confronter le terrorisme”. Les États-Unis le perçoivent comme une réalité “globale” qu’il faut aller combattre “où qu’elle se trouve”. Et il regrette que peu d’Européens soient d’accord avec cette analyse, qu’ils préfèrent traiter la question au plan intérieur, avec les moyens de la police et de la justice, et qu’ils “aient tendance à ne pas voir le terrorisme comme nous le voyons : un énorme défi international”.

Ce discours est américain, pour un public américain, par un espion américain. Mais remarquons une chose : alors que les défis stratégiques sont bien réels, et alors même que la France discute actuellement de l’avenir de sa sécurité collective, quel chef de service de renseignements français a-t-il pris le temps de s’exprimer en public, longuement et dans le détail, sans langue de bois et au risque de heurter une partie de l’opinion publique, sur sa perception des menaces et des moyens d’y faire face ? Chacun connaît la réponse…

Source : CIA

Achever Chomsky ?

A l’occasion de la sortie prochaine du film “Chomsky & compagnie” réalisés par Olivier Azam et Daniel Mermet, la posture de ce grand intellectuel est questionnée. Après avoir tellement contribué à la critique de l’impérialisme états-unien, il se pourrait que la pensée de Chomsky soit dorénavant un obstacle aux nécessaires prises de conscience.

A la tombée de la nuit, le 20 août 1998, une quinzaine de missiles de croisière Tomahawk filent vers Khartoum, avec pour cible l’usine pharmaceutique d’Al-Shifa. Alors qu’elle assurait 50 % de la consommation soudanaise, cette fabrique sera complètement détruite au motif qu’elle servirait à la fabrication de composants du VX, un puissant neurotoxique. Les soupçons, fragiles, n’ont jamais été confirmés et de nombreux observateurs ont perçu l’attaque comme faisant partie d’une opération de diversion dans une actualité dominée par l’affaire Monica Lewinsky. Selon Noam Chomsky, cette destruction aurait privé la population soudanaise de médicaments vitaux et aurait entraîné la mort de plusieurs dizaines de milliers personne. Il l’a donc présentée comme un acte terroriste plus grave que les attentats du 11-Septembre, considérant même qu’elle pouvait légitimer ces derniers. Avec un tel point de vue, tout à la fois provocateur et moral, Chomsky minimise l’importance du 11-Septembre et juge vains les efforts entrepris par ceux qui cherchent une vérité au-delà des incohérences de la version officielle. De sorte que, sur ce point particulier, notre libertaire anarchiste tient le même discours que le pouvoir politique et médiatique contre lequel il lutte depuis presque un demi-siècle, à savoir : a) les Etats-Unis ont été attaqués par des terroristes islamistes et b) circulez, y a rien à voir, rognotudju !

Comment un tel paradoxe est-il possible ? Chomsky pourrait-il être lui-même sujet à ce conformisme médiatique qu’il s’emploie à critiquer depuis si longtemps ? Dans ce cas, à quoi la pensée de Chomsky pourrait-elle faire obstacle ?

Il faut savoir que Noam Chomsky est depuis longtemps présenté comme le plus grand intellectuel vivant. Faisant partie de ces auteurs vraiment originaux, il est à peu près inclassable. Ses travaux en linguistique lui ont valu, très tôt, une grande renommée, mais c’est en se faisant un critique obstiné de la domination mondiale du libéralisme en général, de l’impérialisme américain en particulier, qu’il est devenu une icône mondiale de la gauche progressiste.

C’est à ce titre que Daniel Mermet est allé l’interviewer et même le filmer chez lui, au MIT, près de Boston, dans le cadre de l’émission Là-bas si j’y suis. Un documentaire réalisé par Olivier Azam et Daniel Mermet grâce à une souscription effectuée auprès des auditeurs de France Inter est actuellement en cours de montage ; intitulé Chomsky & compagnie (cf. http://www.lesmutins.org/) sa sortie en DVD et dans les salles se fera d’ici quelques mois. Deux extraits d’environ une heure ont été projetés récemment à Montpellier ainsi que dans d’autres villes de province.

De l’information sur la désinformation

Bien que lecteur enthousiaste des articles polémiques de Chomsky qui paraissent régulièrement sur le site de Michel Collon, j’ai hésité à venir à la projection de l’avant-film d’Azam et Mermet. Qu’allais-je entendre que je ne savais déjà ? Je n’ai pourtant pas regretté d’avoir assisté à cette séance. J’en suis sorti complètement édifié et par le film et par le débat passionné qui a suivi. Cela s’est passé dans une salle bondée, en présence d’Olivier Azam et de Normand Baillargeon, auteur d’un Petit cours d’autodéfense intellectuelle, évoqué dans le film.

Le documentaire était captivant autant qu’impertinent. Des choses belles et bonnes sur le monde telles qu’elles ont été dites, en particulier, le deux poids deux mesures qui prévaut dans les médias selon que l’information va dans le sens de la pensée unique ou non. Ce thème constitue un des principaux leitmotive de Chomsky qui a contribué à rendre célèbre l’expression de Lippmann « manufacturing consent » (la fabrique du consentement) en traitant des stratégies de communication qui, au cours de l’Histoire, principalement du XXe siècle, ont permis d’amener les opinions publiques à adhérer à telle ou telle représentation choisie de la « réalité ».

Chomsky a, par exemple, comparé les couvertures média respectives de l’assassinat de l’archevêque Oscar Romero au Salvador et de l’assassinat en Pologne du Père Popiélusko. Le rapport était de un à cent. Le premier est resté quasiment inconnu des médias occidentaux quand le second a été surmédiatisé.

On ne peut douter du fait qu’en démocratie les journalistes se croient libres, ils le disent suffisamment. C’est en toute liberté qu’ils sélectionnent ce qui sera dit et ce qui ne le sera pas. On peut simplement en déduire, avec Chomsky, que les journalistes sont les premiers acteurs de la censure qui, incontestablement, s’opère, généralement dans le sens des pouvoirs dont ils dépendent : les grands groupes, les institutions, etc. Le cas de la Constitution européenne est, à cet égard, très représentatif.

Je sais déjà que je visionnerai la version longue en DVD (estimée à 3 heures) car, à mon sens, toute réflexion, toute « autodéfense intellectuelle » nécessite la connaissance d’un certain nombre de faits concrets, historiques, incontestables. Comme je n’ai pas lu tout Chomsky, le film d’Olivier Azam élargira certainement mon horizon sous ce rapport. Toutefois, je sais déjà que je resterai sur ma faim concernant un aspect essentiel : la théorie.

Peut-on penser au-delà de Chomsky ?

D’emblée, je précise qu’il n’y a pas là une critique qui s’adresserait aux réalisateurs. Ces derniers nous donnent accès à ce que Chomsky et ses sympathisants proposent et, pour autant que je puisse en juger, c’est très bien fait. On peut, je crois, les en féliciter. J’entends simplement ici formuler ce qui me paraît la grande faiblesse de la pensée de Noam Chomsky : l’absence d’une conception d’ensemble qui puisse favoriser, orienter et guider l’action. Il me semble que c’est de cela dont nous avons le plus cruellement besoin. Prendre pleinement conscience de la réalité de la propagande à laquelle nous sommes constamment exposés au travers des médias du pouvoir économique et de son serviteur politique, c’est une chose. Comprendre l’ampleur du problème de la situation humaine, dans l’Histoire et au présent, c’est autre chose. Or, cette compréhension est nécessaire pour répondre à la hauteur des enjeux écologiques, psychologiques, sociologiques, politiques et économiques actuels.

La question que je voudrais poser est celle qui m’habitait avant d’aller visionner Chomsky et compagnie : peut-on, doit-on, aller au-delà de la pensée de Chomsky ? La réponse va de soi, me semble-t-il. La pensée est une marche qui ne connaît pas de repos. Chomsky l’entend probablement ainsi. Dans le film, il évoque une mésaventure qui lui est arrivée il y a un demi-siècle, dans les Pyrénées orientales. Un panneau indiquait un chemin menant au Canigou. Pensant qu’il s’agissait du relief proche qu’il avait sous les yeux, Chomsky s’y engagea et découvrit ensuite qu’il ne s’agissait que d’une grosse colline qui lui masquait le véritable Canigou, sur les pentes duquel il faillit mourir d’épuisement. Le progrès social suivrait, selon lui, cette dynamique. La grosse colline que nous avons sous les yeux n’est qu’un point de passage, qui ne doit pas masquer ce qui se tient au-delà, ce vers quoi nous nous dirigeons, sans en être nécessairement conscient. Quel pourrait donc être cet au-delà ? Après le douloureux constat de l’omniprésence de la propagande auquel Chomsky nous amène, quel terrible sommet reste-t-il à affronter ?

Théorie et pratique du bouc émissaire

Il n’est pas envisageable de tenter ici une démonstration ou même une argumentation en bonne et due forme. Je peux seulement indiquer qu’il serait judicieux de regarder en direction d’un des universaux anthropologiques que René Girard n’a eu de cesse de dégager tout au long de son œuvre et dont il y a tout lieu de penser qu’après avoir tramé l’histoire humaine il est encore à l’œuvre dans cette actualité dont nous avons trop facilement tendance à croire qu’elle est inouïe, sans précédent, etc. Je veux parler du mécanisme sacrificiel au travers duquel nous construisons depuis la nuit des temps nos réalités humaines et supra-humaines. Mécanisme que nous repérons seulement lorsqu’il déraille, lorsque ses victimes nous apparaissent innocentes et sont alors, à nos yeux, des boucs émissaires.

Selon René Girard, le fait humain premier, l’acte fondateur de l’aventure humaine, a été le geste sacrificiel qui amène à faire d’une entité quelconque la responsable de ce qui arrive à la communauté. Girard a non seulement repéré ce mécanisme dans les mythes fondateurs de quasiment toutes les cultures du monde, il a rendu intelligible le fait que derrière chaque épisode de l’Histoire nous pouvons retrouver la trace de boucs émissaires, qui sont, en quelque sorte, la partie émergée du mécanisme sacrificiel. Ce qu’il nous donne à voir, c’est le fait que porter une accusation unanime met ipso facto la communauté en paix avec elle-même, elle se trouve rassemblée, ressoudée et prête à se mobiliser contre l’ennemi commun. Le problème de la violence intestine – qui a de tous temps constitué la principale menace à la survie des groupes humains – aurait trouvé là une solution qui, d’après Girard, a été rituellement, religieusement, reproduite depuis que l’homme est l’homme. Cette solution est d’une implacable logique : si tous accusent une même personne (ou une même chose), ils ne s’accusent pas réciproquement, ils sont donc en paix. La guerre a ainsi toujours été le meilleur moyen d’apaiser les tensions internes d’une société et, la victoire, celui qui permet d’imposer les représentations du vainqueur, sa version de l’Histoire et de la réalité. Les mythes sont donc la forme originale du storytelling : ils exposent les causes qui affectent les humains et traduisent ainsi la réalité à laquelle les peuples qui y croient se trouvent confrontés.

L’Histoire le montre suffisamment, la puissance suggestive de l’unanimité-accusatrice-constructrice-du-réel est gigantesque. Fort heureusement, nous avons appris à la déjouer. La notion de « bouc émissaire » est devenue universelle et le fait de l’employer dit ipso facto que nous ne sommes pas dupes. Quand ce n’est pas le cas, quand nous n’avons pas repéré le « bouc émissaire », quand nous nous inscrivons dans un consensus accusateur qui laisse l’accusé sans défense, nous contribuons activement à une réalité contrefaite, nous entretenons le cycle de la violence, nous ne savons pas ce que nous faisons.

Dans le film d’Olivier Azam, Chomsky évoque furtivement ce processus, en le présentant, comme une forme bien connue de manipulation. Mais il ne s’y arrête pas. Il n’en dégage pas la portée générale alors qu’il traite sans cesse des accusations mensongères portées par la presse bien-pensante de son pays. Il ne voit pas la logique du bouc émissaire rituellement mobilisée tout au long de l’histoire de la nation qui prétend dominer le monde d’un point de vue tant moral qu’économique et qui accomplit son « destin manifeste » au travers d’un état de guerre permanent.

Autodéfense citoyenne & comploteries

Selon Chomsky, les personnes les plus éduquées, les intellectuels en particulier, sont plus sensibles à la propagande, manifestant une adhésion plus vigoureuse. On s’en convainc aisément en l’écoutant parler au sujet du 11-Septembre. Après avoir minimisé l’impact de la réaction liberticide de l’administration américaine en l’assimilant à celles de tous les gouvernements du globe qui en ont aussi profité pour renforcer le contrôle de leurs populations respectives, il se contente d’affirmer que la thèse d’une machination gouvernementale est désespérément non plausible en donnant, en substance, les raisons suivantes :

1) Il faudrait être dément (insane) pour tenter quelque chose comme cela

  • Le projet Northwood était-il un signe précoce de démence du gouvernement américain?

2) Le gouvernement américain est incapable d’organiser quelque chose d’aussi complexe et délicat à exécuter

  • Selon l’ancien président de la république italienne, Federico Cossiga, spécialiste des opérations clandestines, tout le petit monde du renseignement saurait parfaitement que la CIA et le Mossad sont les véritables maîtres d’œuvre.

3) Si cela avait été organisé par le gouvernement américain, il y aurait eu des fuites

  • En 1967, lors de la guerre des 6 jours, l’aviation israélienne a coulé (intentionnellement) le navire espion Liberty. La marine américaine a demandé à ses hommes de se taire, alors qu’ils étaient victimes et non comploteurs. Ils l’ont fait sans moufter. Rien n’a filtré durant deux décennies. L’absence de fuite n’est preuve de rien.

4) Les preuves des conspirationnistes sont aisément balayées dès que l’on a la moindre formation en science

  • Dès qu’on a la moindre formation en science, on sait que la chute libre vient de l’absence de toute résistance. Les tours se sont effondrées à la vitesse de la chute libre, donc il n’y avait rien en dessous, comme c’est le cas dans les démolitions contrôlées avec explosifs. Ce point est systématiquement contourné par les tenants de la version officielle parce qu’ils ne peuvent le balayer.

4) Les revues scientifiques font régulièrement état de phénomènes marginaux et inexpliqués

  • L’argument est trompeur car ici ce ne sont pas les phénomènes marginaux qui sont inexpliqués, mais la thèse centrale qui est radicalement incohérente.

5) Il en va ici comme la question de savoir qui a tué John Kennedy : on s’en moque ! Chercher la vérité sur 9/11 est un gaspillage d’énergie qui nous détourne des vrais problèmes.

  • Depuis quand chercher la vérité serait un gaspillage d’énergie?

N’est-il pas troublant de constater que Chomsky, connu pour son attention scrupuleuse aux faits, se cantonne ici à un discours vague basé sur des assertions aussi fragiles que gratuites ? Lui, qui a la patience de s’opposer à l’infinie propagande des médias officiels, ne peut-il affronter sérieusement l’argumentaire conspirationniste ? Comment ose-t-il porter l’accusation de « conspiration » qui appartient à l’arsenal des puissances dominantes, alors que, mieux que quiconque, il en connaît la violence et le caractère inique, en ce sens qu’elle constitue un refus d’argumenter basé sur une disqualification a priori de l’interlocuteur ?

Franchement, je ne sais pas pourquoi Chomsky est porteur d’une telle contradiction et, au fond, peu importe. Notons à sa décharge qu’il n’est pas le seul, loin s’en faut. Les chiens de garde de la gauche bien pensante ne manquent pas. Mais nul n’a le pedigree de Chomsky.

Pour une conspiration de l’intelligence

Quoi qu’il en soit, mon sentiment est qu’il convient d’aller au-delà de Chomsky, au-delà de la simple accumulation de faits de propagande, au-delà de la réaction citoyenne qui, aussi urgente et nécessaire qu’elle soit, ne saurait être suffisante. Car il nous faut songer à construire un monde meilleur et, pour cela, éviter l’apocalypse si c’est encore possible.

Il nous faut donc penser le monde, voir enfin ces « choses cachées depuis la fondation du monde » qui nous amènent à construire une représentation où c’est l’autre, l’étranger, qui est mauvais et qui doit être objet de notre vindicte car il nous a fait violence. Le schéma du bouc émissaire est universel. Il n’y a pas de raison sérieuse de considérer qu’a priori le 11-Septembre devrait y faire exception. A priori, donc, le 11-Septembre devrait être considéré comme un phénomène de cet ordre. Que certains hésitent encore à franchir cette ligne jaune, c’est-à-dire à quitter un monde rassurant où l’on croit que les gouvernements agissent pour notre bien pour entrer dans un monde hallucinant où le pouvoir est capable de telles machinations, cela peut se comprendre tant il est douloureux (a) de renoncer à ses illusions enfantines et (b) d’assumer le fait que ce monde est ce qu’il est parce que nous l’avons laissé devenir tel au travers de chacun de nos petits choix de vie inconscients, égoïstes, irresponsables, lâches, etc.

Ceux que l’on appelle les conspirationnistes, ceux qui cherchent la vérité, loin d’être des malades, ont compris qu’il y avait là une occasion inouïe de changer l’ordre du monde et d’accomplir la nécessaire révolution qui seule pourra nous détourner d’une trajectoire qui, pour le moment, est celle de la violence grandissante que les hommes, dans leur volonté de puissance débridée, font aux hommes comme à la nature.

Un autre monde est possible parce que la réalité se construit. Ne laissons plus les puissants nous fabriquer une réalité issue de la violence des accusations mythiques et des guerres « justes ». L’intelligence collective s’est mobilisée grâce à l’internet social. Les hiérarchies du pouvoir et l’information sont enfin mises à mal par une révolution pronétarienne (le peer to peer) qui est en mesure de changer radicalement le cours de l’Histoire. Pas d’hésitation : rejoignons la conspiration de l’intelligence qui tente actuellement de contrer l’aveuglement et la brutalité des schémas anthropologiques qui nous agissent encore, mais que nous avons à présent le pouvoir de dépasser. C’est maintenant ou jamais. Où que nous soyons, affirmons-nous comme témoins, sinon d’une vérité, du moins d’un questionnement que les officiels et leurs médias asservis tentent d’étouffer.

Luc-Laurent Salvador

Moqtada Sadr, Le plus emblématique opposant à l’occupation américaine de l’Irak, un scalp idéal pour George Bush en fin de mandat

Pour la deuxième fois depuis l’invasion américaine de l’Irak, il y a cinq ans, le pouvoir irakien, puissamment secondé par les Américains et les Britanniques, a engagé le combat contre Moqtada Sadr, au printemps 2008 à Bagdad et Bassorah (sud de l’Irak), en vue de mettre au pas ce jeune dignitaire nationaliste chiite, dans une quête désespérée d’un succès politique et militaire qui gommerait d’un coup la pire catastrophe géostratégique du monde occidental depuis la chute de Saigon (1975) et du Chah d’Iran (1979), il y a trente ans.

Les pertes militaires américaines en Irak s’élevaient au 7 avril 2008, à 4.023 soldats tués, 430 suicides au sein des militaires en activité, un nombre sensiblement plus élevé parmi les anciens combattants, soit un taux de suicide chez les fantassins de l’ordre de 17,3 sur 100.000 soldats contre 11,10 pour l’ensemble de la population américaine, selon le «Departement of Veteran Affairs », avec en arrière-plan un surcoût financier de 420 milliards de dollars et des dommages collatéraux substantiels de 200.00 civils irakiens tués, près d’un million de blessés et trois millions de déplacés.

Face au bilan calamiteux américain en Irak aux effets corrosifs sans doute comparables à la défaite soviétique en Afghanistan (1980-1989), Moqtada Sadr, le plus emblématique opposant à l’occupation américaine, apparaît, au même titre que Cheikh Hassan Nasrallah, chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, comme le scalp idéal qui justifierait a posteriori l’équipée américaine en Irak et légitimerait toute la stratégie américaine au Moyen-Orient.

I- La bataille de Najaf en 2004

En Août 2004, à Najaf, ville sainte chiite, l’administration néo-conservatrice avait caressé le projet de défaire le chef religieux dans son propre sanctuaire, en pleine campagne présidentielle américaine visant à la reconduction du mandat du Président George Bush.

Dans la foulée de la destruction du fief sunnite de Falloujah (avril 2004), la bataille de Najaf, marquée par l’intervention massive des mercenaires de la firme américaine «Blackwater» avait constitué la première épreuve de force entre Américains et les adversaires chiites de l’occupation américaine de l’Irak, regroupés autour de Moqtad Sadr.

Par son ampleur, la combativité des miliciens sadristes, et son dénouement, Najaf est apparue rétrospectivement comme fondatrice d’une nouvelle légitimité de Moqtada Sadr, le propulsant au centre du jeu politique irakien, surclassant de loin les autres protagonistes. Les combats avaient en effet cessé par suite de l’intervention de l’Ayatollah Ali Sistani, l’autorité suprême chiite en Irak, qui redoutait un désaveu de ses coreligionnaires surpris par son silence qu’ils assimilaient à une complicité passive. L’ayatollah Sistani s’était en effet envolé vers Londres à la veille des combats et n’était retourné que pour ordonner un cessez le feu.

En Avril 2004, qui passe pour avoir été l’un des points les plus chauds de la confrontation américano-irakienne, 80 mercenaires avaient été tués dans les batailles de Falloujah, de Bagdad et de Nadjaf, dont 14 dans la première quinzaine d’Avril. C’est d’ailleurs la capture et la mutilation de quatre mercenaires à proximité de Falloujah, dans le secteur sunnite de l’Irak, qui a déclenché les batailles d’avril.
Récidiviste, Blackwater s’illustrera trois mois plus tard dans la deuxième grande bataille d’Irak, la bataille de Najaf, dans le sud de l’Irak, lieu saint chiite et fief de Moqtada Sadr. La firme avait assuré la protection du quartier général de la coalition provisoire irakienne à Najaf. Le Washington Post avait affirmé à l’époque que la défense du bâtiment avait été assurée par des hommes de Blackwater et qu’au plus fort de la bataille, les mercenaires s’étaient fait ravitailler en munitions par trois de leurs propres hélicoptères, s’attirant les félicitations publiques du général en charge des opérations de sécurité en Irak, alors que les mercenaires ne font traditionnellement pas partie de la chaîne de commandement de l’armée américaine.

II – La bataille de Bassorah en 2008

Quatre ans plus tard, la bataille de Bassorah, en Mars-Avril 2008, intervient dans un contexte radicalement différent, alors que le 2me mandat de George Bush touche à sa fin et que l’administration américaine fait l’objet de pressions multiples visant au retrait du corps expéditionnaire d’Irak.

Coïncidant avec l’envoi d’une flottille navale américaine au large de Beyrouth et la démission de l’Amiral William Fallon, commandant du théâtre des opérations du Moyen-Orient, la bataille de Bassorah tend à accréditer l’hypothèse d’une action militaire contre l’Iran ou la Syrie, les deux obstructeurs à l’hégémonie israélo-américaine dans la zone, à tout le moins à faire monter d’un cran la tension régionale, sur fond de grandes manœuvres militaires syriennes et israéliennes dans la zone frontalière des deux pays et d’informations de presse faisant état du renforcement de la coopération militaire russo-syrienne. La reprise des hostilités en Irak survient en outre sur fond de tension syro-saoudienne résultant tant du blocage de l’élection présidentielle au Liban que des suspicions nourries par la Syrie sur une éventuelle connivence des Saoudiens et des Jordaniens avec les services israéliens dans l’assassinat, en mars à Damas, d’Imad Moughnieh, le chef militaire du Hezbollah, faisant craindre un règlement de compte entre Chiites et Sunnites à l’échelle régionale.

Plus précisément son objectif vise à briser l’emprise du dignitaire chiite et son prosélytisme religieux sur cette métropole située à la jonction stratégique du Koweït et du Chatt el Arab, la voie d’eau séparant l’Irak de l’Iran, de sécuriser les gisements pétroliers du sud de l’Irak, de même que l’axe routier Bagdad-Koweït long d’un millier de km par où transite le ravitaillement des troupes américaines via cette ville portuaire qui constitue avec le terminal de Fao, l’un des deux débouchés maritimes de l’Irak.

Né en 1973 à Koufa, ville sainte proche du sanctuaire de Najaf, disposant du titre de Sayyid qui signe son appartenance à la descendance du prophète, Moqtada Sadr occupe une place singulière dans l’échiquier irakien. Frappé d’un triple sceau de légitimité -spirituelle, nationaliste et populaire-, il est le seul dirigeant irakien d’envergure nationale à n’avoir jamais transigé sur ces principes, encore moins pactisé avec ce qu’il considère être ses «ennemis», contrairement aux autres factions irakiennes

Si les Kurdes passent pour les supplétifs des Américains et les Chiites inféodés à l’Iran, notamment les partisans de M. Abdel Aziz Hakim, chef de l’Armée Islamique du Salut, les Sunnites paraissent, eux, partagés entre partisans du mouvement clandestin «Al-Qaeda» et sympathisants de la guérilla baasiste épaulée par d’anciens agents des services irakiens.

Moqtada Sadr émerge, lui, du lot en tant que dirigeant religieux nationaliste, disposant d’une large autonomie qui le place à l’abri d’une allégeance contraignante, à la remorque d’aucune puissance. De par son profil et son parcours, il est le scalp idéal irakien d’un président américain en fin de mandat, une «prise de guerre» à l’effet de magnifier le bilan de sa «guerre mondiale contre le terrorisme», à l’effet de magnifier son bilan présidentiel tout court.

Les combats de Bassorah ont fait 700 morts dans les rangs sadristes en mars et 40 autres à Sadr City, la banlieue populeuse du Nord-Est de Bagdad, et l’un des fiefs de chef chiite, dimanche 6 avril et lundi 7 avril, à la veille de la grande manifestation commémorant le 5me anniversaire de la chute de la capitale irakienne aux mains des Américains. A la veille de cette manifestation, le premier ministre Noury al-Malki a menacé de bannir Moqtada Sadr de la vie politique irakienne si le dignitaire religieux n’ordonnait pas la dissolution de sa milice, forte de 60.000 combattants et regroupés au sein de «l’Armée du Mahdi».

Se voulant comme une démonstration de force contre l’occupation américaine en même temps qu’un plébiscite populaire en faveur du dignitaire religieux, une manifestation prévue pour le 9 avril, commémorant le cinquième anniversaire de la chute de Bagdad, a été annulée. En réplique, les partisans du chef chiite ont dressé des barricades sur la route menant à leur fief de «Sadr-city »et menacé de rompre la trêve qui les lie au gouvernement central depuis Août 2007. Près d’un millier de soldats gouvernementaux ont préféré rallié les rangs de l’Armée du Mahdi» plutôt que de réceptionner la reddition des armes des insurgés.

Le scénario pourrait donc se dérouler selon un schéma contraire à celui conçu par les stratèges républicains:

-D’abord, Moqtada Sadr n’a pas pour vocation d’être une victime sacrificielle que l’on immole pour apaiser la colère des dieux, selon les rites anciens des sociétés primitives, ou dans le cas d’espèce, pour satisfaire les ambitions post-présidentielles de George Bush.

-Ensuite, Moqtada Sadr n’est pas un «Imam radical», comme la presse occidentale se plait à qualifier quiconque s’oppose à l’hégémonie américaine.

C’est un religieux chiite, dont la famille par le double assassinat de son père (2000), l’Ayatollah Mohamad Sadek as-Sadr, et de son oncle (1989) a payé un lourd tribut à son opposition à Saddam Hussein, l’ancien protégé des Occidentaux. Non un «exilé de l’extérieur» mais un résistant de l’intérieur tant à Saddam qu’aux Américains. La dénomination de la banlieue populeuse du sud de Bagdad du nom patronymique de sa famille «Sadr-city » témoigne de la ferveur populaire dont il bénéficie au sein des classes défavorisées de la société irakienne. Moqtada Sadr est en somme le contraire des nouveaux dirigeants irakiens, notamment les kurdes et une fraction des chiites, tel le banquier Ahmad Chalabi, venus au pouvoir dans les fourgons de l’armée américaine.

Au regard des états de service de sa famille, l’assassinat de deux dignitaires religieux, son patriotisme ne saurait souffrir la moindre suspicion. Il ne saurait prêter même à la moindre contestation, contrairement à bon nombre de nouveaux dirigeants y compris chiites, tel l’ancien premier ministre Iyad Allaoui, ancien militant bassiste, opportunément reconverti dans la collaboration avec les services occidentaux, dont il a été un agent attitré, à l’instar de M. Ahmad Chalabi.

-Enfin, Moqtada Sadr, dans la léthargie arabe, est certainement un agitateur d’idées, certainement pas un perturbateur. Le jeune chef rebelle, fougueux, est le grand perturbateur de la mise au pas américaine de l’Irak. C’est le principal grief qui peut lui être adressé.

Les nouveaux dirigeants irakiens, tant Chiites que Kurdes, pensaient pouvoir glaner le pouvoir à Bagdad, dans le sillage docile de l’occupation américaine. Mais l’arrogance, la corruption et les erreurs dont ils ont fait preuve et qui constituent la marque caractéristique du zèle des opportunistes, a nourri un mécontentement populaire et grossi d’autant les rangs des partisans de Moqtada.

Sa légitimité religieuse est autant sinon plus authentique que celle des dignitaires religieux chiites, les exilés de l’extérieur, planqués à Londres au temps de la répression. Sa légitimité se nourrit d’ailleurs directement, paradoxalement, de l’illégitimité de ses contestataires. Car il n’est pas sain de développer, depuis son lieu d’exil londonien, toute une littérature sur les Droits de l’Homme et les injustices dont a pâti le chiisme irakien à travers l’histoire du pays, pour finir par apporter sa caution à l’assaut des forces américaines contre un des hauts lieux saint de l’Islam chiite, le sanctuaire de Najaf.

Une telle attitude d’incohérence discrédite le discours de son auteur. Cela a été exactement le cas des trois chiites commis d’office par les Américains au premier gouvernement de l’Irak post-saddam: Le premier ministre Iyad Allaoui, le ministre de la défense Hazem Chaalane, ainsi que le conseiller pour la sécurité Mouaffac Al-Roubai, tous trois titulaires d’un doctorat en médecine, tous trois d’anciens membres actifs des comités irakiens des Droits de l’Homme depuis leur exil londonien et prosateurs des souffrances des chiites irakiens.

Face à l’assaut américain contre le sanctuaire de Najaf, défendu par Moqtada Sadr en Août 2004, la seule protestation émise a émané des organisations en lutte contre l’hégémonie israélo américaine, le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais, la confrérie des Frères musulmans en Egypte, ainsi que les chefs des mouvements islamistes du Maroc et de Tunisie respectivement Cheikh Yacine et Rachid Ghannouchi. Un mutisme comparable à celui observé à l’égard du Hezbollah, en 2006, lors de la guerre destructrice d’Israël contre le Liban. Un mutisme identique à celui observé au printemps 2008 face à l’assaut américain de Bassorah.

A trop laisser la place vacante aux islamistes sur le champ de bataille, à déserter le terrain, la vacance finit par se prendre et avec elle la direction des opérations d’autant plus aisément que l’Amérique a renoncé depuis longtemps à son rôle d’«honnête courtier» entre Israël et les Etats arabes et que face à une démission arabe quasi-généralisée, les combattants islamistes, tant sunnites que chiites, demeurent, par les armes, au péril de leur vie, les seuls contestataires du nouvel ordre américain.

René Naba

Pour aller plus loin:

Irak: L’hécatombe des «faiseurs de guerre»
http://renenaba.blog.fr/2007/06/28/

Syrie/Sommet arabe: Le contournement du dernier récalitrant arabe
http://renenaba.blog.fr/2008/03/19/

Blackwater, armée fantôme et entreprise prospère
http://renenaba.blog.fr/2007/05/28/

Le FBI s’installe à Alger

Certains journalistes algériens, dont on ne comprend pas très bien les motivations, bien qu’on en connaisse les mentors, nous ont présenté l’ouverture du Bureau du FBI à Alger et le dispositif « stratégique » américain qui se met doucement en place dans notre région, presque comme une bénédiction pour l’Algérie.

Enfin, nous disent-ils, avec une vraie emphase, les Américains arrivent. Ils vont régler définitivement et radicalement le problème des islamistes dans notre pays. Et ils poussent même le bouchon jusqu’à nous dire que les Américains sont là pour pallier à l’inaptitude du régime algérien.

Sachant que ce régime, dont ils ont d’ailleurs couvert les crimes tout le long de la décennie rouge, a mené contre les islamistes, et même contre tous les civils, une guerre sans règles, avec des méthodes d’extermination de subversion et de manipulation qui relèvent du crime contre l’humanité, et qu’ils ont réussi à réduire au silence le courant islamiste, nous serions tentés de demander à ces admirateurs d’américains, ce que ces derniers pourraient bien faire plus que nos « services de sécurité ». Lâcher une bombe atomique sur nous ?

En fait, ce travail d’ « information » sur la capacité des Américains à vaincre l’islamisme, s’appelle de la propagande. Ces journalistes ont été chargés de déblayer le terrain pour le bulldozer qui arrive.

La stratégie américaine qui consiste à se redéployer au nord de la méditerranée et de s’implanter solidement en Afrique du Nord, au Sahel et en Afrique noire, est entrée dans sa phase de mise en œuvre, depuis des mois déjà.

Ils ont déjà mis en place tout le support logistique et politique qui doit préparer leur installation et la prise en main des politiques régionales. L’allégeance du GSPC à la Qaeda, les rébellions touarègues au sud de l’Algérie, la réactivation du terrorisme dans le Maghreb, les intrusions de l’ambassadeur américain dans les affaires du régime, l’instruction de militaires algériens par l’armée américaine, les manœuvres communes en méditerranée, l’installation d’une base d’écoute dans le Sahara, la construction de la base dont les travaux ont été arrêtés pour le moment, et le bureau du FBI à Alger, tout cela procède d’une même démarche. Les Américains s’installent chez nous !

Certains pourraient penser que rien ne pourrait nous arriver de plus grave que ce que nous endurons déjà. D’autres, épouvantés par la « menace islamiste » y voient même une protection totale contre ce péril qui menace leur vision d’une Algérie « démocratique ».

Pourtant, il suffit d’observer les pays, sous développés et dont les régimes sont despotiques, comme le nôtre, où les américains ont jeté leur dévolu ! Là où il passe, l’ « empire du bien », ne laisse que mort et dévastation.

Les Américains ne vont que là où se trouvent leurs intérêts. Tous leurs discours sur les droits de l’homme et la liberté sont des bobards. Les palestiniens le savent bien, eux !.

En Afghanistan qu’ils ont utilisé à outrance contre l’ex URSS, et où ils ont recouru sans vergogne ni retenue, au Djihad islamique pour chasser l’occupant communiste athée, ils ont battu le rappel de tous les prêcheurs les plus excessifs pour prôner ce Djihad, ils ont financé et doté les Moudjahiddines des équipements les plus sophistiqués, dont les fameux lance-missiles Stinger, ils ont prié leurs amis et associés Saoudiens, dont Ben Laden, de financer le Djihad, et ils ont mis en place, dans tout le monde musulman, un vaste réseau de sergents recruteurs, pour envoyer dans les camps d’entraînement de Peshawar, qu’ils encadraient, tous les jeunes musulmans du monde entier, qui se laissaient embarquer dans leur stratégie.

Nos propres services, et nos propres mouvements islamistes, ont puissamment contribué à cet « effort de guerre » . Je connais un haut responsable du MSP qui sillonnait le pays et qui dépensait une salive abondante pour envoyer des jeunes en Afghanistan.

Le même dit aujourd’hui, à qui veut l’entendre, que ce sont des gens dangereux et qu’il faut les surveiller, voire les interner. Ce que font systématiquement nos « services de sécurité », lorsqu’ils ne peuvent pas les retourner.

Il se passa ce qu’on sait en Afghanistan, et les Américains obtinrent le démantèlement de l’URSS. L’Afghanistan est dans une situation pire que tout ce qu’il a enduré jusque là!

Dès lors, les Américains n’avaient donc plus aucun besoin de tous ces islamistes. Ils allaient pourtant leur trouver un usage. La dynamique islamiste armée, prise en main par des illuminés sans envergure, infiltrés jusqu’au sommet par la CIA et le MOSSAD, disposant de milliers de combattants aguerris et motivés, rêvant de la restauration d’un Califat musulman idéal qui n’a jamais existé, allait pouvoir encore servir.

Les néo cons américains, dans toutes leurs obédiences, sionistes chrétiens, détenteurs de gros capitaux, et divers lobbies, avaient de leur position sur la planète, une vision mégalomaniaque. Ils avaient décidé de devenir l’Empire ! Et tous les moyens étaient bons pour y parvenir. D’autant que la Chine pointait son nez.

La violence islamiste allait servir d’épouvantail et de cheval de Troie. La menace djihadiste contre les valeurs occidentales allait servir pour rallier les plus sceptiques du camp occidental, et ouvrir des perspectives dans toutes les régions où la Qaeda jouerait le rôle qu’on attendait d’elle. Quitte à lui donner un coup de main, au besoin.

Ils déstabilisèrent l’Irak, après l’avoir utilisé contre l’Iran. Beaucoup de gens croient qu’ils ont échoué en Irak. C’est faux ! Ils sont arrivés exactement où ils voulaient. Leur prochain objectif est de détacher le Kurdistan du reste du pays, après lui avoir adjoint le maximum de champs pétrolifères et en avoir fait le principal allié d’Israël dans la sous région. Le reste sera partagé entre deux états, chiite et sunnite, vassaux des américains. Ce n’est pas fortuit, si aujourd’hui l’exploitation hydrocarbure et la « reconstruction » du pays a été raflée par des groupes appartenant à des néo cons, comme Dick Cheney.

Le nombre de morts américains, environ 4000, n’à aucune sorte d’importance dans la stratégie, si ce n’est le petit impact médiatique, très modéré par les médias acquis. D’autant que le plus grand nombre de tués, est d’origine hispanique, noire, ou d’immigrants clandestins qui s’engagent pour obtenir la Green card.

L’installation dans notre région obéit à la même démarche et ce sont les mêmes ressorts qui la sous tendent.

L’ouverture du bureau du FBI à Alger se situe dans la même logique.

Ceux qui voient dans le FBI, une sorte d’institution du bien et un moyen efficace pour lutter contre le terrorisme se trompent lourdement.

Le FBI est un outil, très efficace en effet, entre les mains de ceux qui ne nous veulent pas du bien, qui sont décidés à nous mettre sous leur contrôle et à piller nos richesses.

En Irak, dans l’affaire du massacre de populations civiles, 17 morts, en septembre dernier, par les mercenaires de BlakWater, une enquête préliminaire et de nombreux témoignages établirent que les mercenaires n’avaient pas tiré pour se défendre, mais délibérément, pour tuer des civils. C’est un réflexe sadique de tir aux pigeons. Dans une autre affaire,une vidéo filmé par le tireur lui-même, montre un mercenaire en train de tirer, depuis son véhicule, sur des automobilistes irakiens, en chantant à tue tête.

Sur l’insistance du gouvernement irakien, pourtant à la solde des américains, les contrats de Black Water furent suspendus, en attendant les conclusions d’une enquête officielle confiée au …FBI..

Celui-ci devait rendre son rapport avant une décision définitive sur BlakWater. A ma connaissance, le rapport n’a pas été rendu public. Parce que l’implication de BlackWater dans un carnage délibéré ne fait aucun doute. Sinon le FBI se serait empressé de rendre ses conclusions. Pourtant, malgré cela, BlackWater s’est réinstallée en Irak, avec les mêmes mercenaires, et a signé de nouveaux contrats qui se comptent en dizaines de millions de dollars. Récemment, un mercenaire irakien, Ala Mohamed Ali, qui s’était rendu coupable d’une agression au couteau sur un de ses collègues, a défrayé la chronique des journaux américains. Son cas est monté jusqu’aux plus hautes sphères américaines, et il a été décidé de le traduire devant une juridiction militaire américaine. On ne badine pas avec la discipline.

Surtout lorsqu’on est irakien.

Mais des massacres quotidiens de BlackWater, nul n’a cure.

Le FBI a joué le jeu.

C’est ce FBI là, qui s’installe à Alger.

Djamaledine Benchenouf pour TAHIA BLADI

Khaled Meshaal, leader du Hamas en exil : «La politique des Etats-Unis a échoué en Irak, en Palestine et au Liban.»

« Israël ne veut pas payer le prix pour la paix,» assure Khaled Meshaal, leader du Hamas en exil. Mais cet activiste reconverti en politique ne s’attend pas à ce qu’on le croie et il s’efforce d’argumenter ses déclarations. Il cite le rejet par Israël de tous les plans de paix qu’ils fussent arabes ou internationaux, le fait qu’elle [l'entité sioniste, NDT] a ignoré la trêve unilatérale que le Mouvement de Résistance Islamique avait décrété en 2005, ou le blocus contre son gouvernement élu en 2005. Mais il fait porter également la responsabilité aux Etats-Unis dont il considère que la politique « a échoué en Irak, en Palestine et au Liban. » On ne peut parvenir à la paix dans la région sans le Hamas, » conclut-il.

Meshaal (né à Ramallah en 1956) reçoit EL PAÍS dans son bureau de Mezzeh, un quartier résidentielle de Damas, où il a trouvé refuge après avoir été victime en 1997 d’une tentative d’assassinat en Jordanie par deux agents du Mossad. Cette histoire et comment ils lui injectèrent un poison puis l’intervention du roi Hussein afin que le gouvernement israélien fournisse l’antidote en échange de la libération de ses deux espions semble sortie d’un film d’action. Cependant, malgré l’attentat récent contre un membre du Hezbollah dans la capitale syrienne, les mesures de sécurité sont discrètes et celui qui est peut-être l’un des hommes plus détestés d’Israël assure ne pas avoir de peur de la mort.

Question : Que pensez-vous des résultats du récent sommet arabe en ce qui concerne la Palestine ?

Réponse : Les résolutions sont positives parce qu’elles soulignent la condamnation de l’occupation israélienne, reconnaissent le droit du peuple palestinien à la résistance et demandent la fin du blocus de Gaza. Mais les sommets arabes manquent de la capacité à mettre en pratique leurs résolutions. Je ne pense pas seulement à celui de Damas. Dans ce moment de divergences et de divisions entre les Arabes, ce qui a été obtenu nous apparait comme un succès.

Q. : Considérez-vous toujours comme valable l’initiative de paix arabe de 2002 dont il a été également fait mention ?

R. : Nous avions déjà dit à l’époque qu’elle n’aboutirait pas parce qu’Israël allait la repousser et que l’administration américaine ne la prendrait pas au sérieux. Et c’est ce qui s’est passé depuis 2002. Israël ne veut pas la paix. Elle veut conserver la terre, continuer à ignorer les droits arabes et palestiniens et en même temps obtenir la sécurité. Elle ne veut payer le prix de la paix. Pour preuve, Israël a rejeté toutes les initiatives arabes, palestiniennes et internationales. Aussi, six ans après avoir lancé leur initiative de paix, les leaders arabes doivent reconsidérer leur offre. Selon la loi du marché, si quelqu’un présente sa marchandise pendant longtemps et que personne ne l’achète, son prix baisse. Israël doit savoir que les Arabes ont d’autres alternatives. Ce qui ne signifie pas déclencher une guerre contre Israël. Mais l’alternative existe qui consiste à nous respecter nous-mêmes, de soutenir la résistance, de faire sentir à Israël qu’elle ne peur obtenir la sécurité sans donner leurs droits aux Arabes.

Q. : Voulez-vous dire qu’il n’y a pas de solution négociée au problème palestinien ?

R. : Aucun occupant ne recule de son propre gré, ils ne le font que contraints par la force. Il en découle que les négociations avec Israël sans l’appui de la force sont dépourvues de sens. On n’obtient pas leur retrait en respectant leurs valeurs. Si l’occupant avait une éthique, il n’aurait pas pris les terres des autres. Il faut les obliger à mettre fin à l’occupation. De plus, ce sont les forts qui font la paix, et non le faible avec le fort.

Q. : Et cependant vous écartez l’alternative de la guerre…

R. : Cette alternative n’est pas possible actuellement à cause du déséquilibre des forces entre les Arabes et Israël. Et les Arabes doivent soutenir l’alternative de la résistance. Avec l’appui économique et matériel des pays arabes, musulmans et d’autres amis de la nation (palestinienne), la résistance est capable de faire front à l’occupation et d’obliger Israël à se retirer. C’est déjà arrivé auparavant en deux occasions : dans le sud du Liban en l’an 2000 et à Gaza en 2005.

Q. : Mais les Palestiniens sont embarqués dans une lutte fratricide. Comment l’expliquer ? N’est-ce-pas un obstacle à votre objectif d’un Etat indépendant ?

R. : Il est certain que nous avons un problème au niveau de la direction palestinienne. Nous savons tous que la cause de cette division est l’ingérence étrangère, israélienne et américaine pour être plus précis. Il y a également des palestiniens corrompus qui tirent bénéfice de la situation. Cette division nous affaiblit en tant que palestiniens et ne nous aide pas à parvenir à l’Etat palestinien. C’est une partie du défi que nous affrontons. Nous, au Hamas, avons tenté la réconciliation en diverses occasions, mais la présidence palestinienne l’a refusée. Nous sommes parvenus à un accord récemment à Sanaa mais elle [l'Autorité Palestinienne] a immédiatement fait volte face. Les Etats-Unis et Israël empêchent d’entamer un dialogue inter palestinien. Les USA et Israël ont fixé deux alternatives à Mahmoud Abbas : ou la relation avec le Hamas, ou la relation avec eux. Le facteur externe rend difficile et retarde la solution du problème interne, mais nous continuerons à travailler pour trouver une solution à travers le dialogue. Au final, c’est le peuple palestinien qui décidera cat il sait bien qui accepte et qui refuse le dialogue, qui est souverain et indépendant et qui dépend d’Israël et des Etats-Unis.

Q. : Alors vous n’avez pas eu d’opportunité pour parler avec Mahmoud Abbas pendant le sommet arabe ?

P. : Il a refusé de nous rencontrer.

Q. : Cependant d’autres leaders l’ont fait…

R. : Ca a posé des problèmes à certains et pas à d’autres. J’ai eu des réunions avec divers chefs d’Etat et ministres des affaires étrangères.

Q. : Qu’avez-vous obtenu de ces rencontres ? Avez-vous trouvé des dispositions à vous donner plus de soutien ?

R. : Certains comprennent que le problème ne vient pas de nous mais de l’Autorité palestinienne et sont conscients de l’influence négative des Etats-Unis et d’Israël sur cette dernière. Beaucoup, tant sur la scène arabe qu’internationale, sont conscients qu’on ne peut ignorer le Hamas, que la politique d’isolement et de blocus contre le Hamas a échoué, et qu’on ne peut parvenir à la paix dans la région sans le Hamas.

Q. : Pensez-vous que le nouveau voyage de Condoleeza Rice dans la région contribuera à débloquer la situation ?

R. : Au contraire, les efforts des Etats-Unis visent à empêcher qu’il y ait accord. Rice vient pour faire pression sur les négociateurs palestiniens afin qu’ils acceptent n’importe quel accord même s’il est vide de contenu L’administration américaine n’est pas intéressée par un règlement définitif ; elle cherche seulement un succès superficiel qui la serve pour les prochaines élections. Elle est venue au moment de la tenue du sommet [arabe] pour approfondir les divisions arabes. Et aussi pour empêcher tout accord entre les Palestiniens.

Q. : Les choses changeront-elles avec un nouveau président, probablement Démocrate, à la Maison Blanche ?

R. : Il y a peu de différences entre les administrations américaines. Dans l’histoire du conflit arabo-israélien, il n’y a pas eu de différences significatives. Peut-être y-a-t-il eu des différences par rapport à l’Irak, mais pas par rapport au problème palestinien. Tous les présidents rivalisent dans leur soutien à Israël. La politique des Etats-Unis dans la région a échoué et va continuer à échouer. C’est ce qui s’est passé en Irak, mais aussi en Palestine et au Liban. Elle ne réussira jamais parce qu’elle n’a rien à offrir, parce qu’elle n’est ni neutre ni objective.

Q. : Vous avez mentionné les trois pays qui ont des mouvements actifs de résistance aux politiques des Etats-Unis (Hamas, Hezbollah et la milice de Moqtada al Sader). Existe-il une ligne d’action concertée ?

R. : Il n’y a pas de front commun. Chaque cas est différent. En Palestine comme au Liban, la résistance contre l’occupation est très claire. La situation irakienne est plus compliquée et le mouvement de résistance ne de limite pas à un seul groupe ou une seule personne. Le seul point commun est que nous ne nous soumettons pas à l’hégémonie des Etats-Unis et d’Israël. Au contraire, la résistance grandit à l’ombre de l’échec de ces deux derniers et en l’absence d’une solution politique.

Q. : Les Etats-Unis vous accusent de recevoir de l’aide de l’Iran. Quel type de relations entretenez-vous avec ce pays ?

R. : En tant que mouvement de résistance, nous sommes ouverts à tous. Nos relations ne sont pas limitées à l’Iran. Nous avons des relations avec les pays arabes, les pays musulmans – dont l’Iran -, les pays européens et d’autres. Nous acceptons tout appui à notre peuple. Nous ne demandons pas de l’aide pour le Hamas mais pour le peuple palestinien. En ce moment même, ce sont 18 000 fonctionnaires que le gouvernement de Salam Fayyad ne rétribue pas, et 100 000 travailleurs qui sont au chômage à cause de la politique de sanctions. Nous voulons les aider. Pour cela, nous acceptons n’importe quelle aide qui nous est offerte sans conditions.

Q. : Que vous faut-il pour coexister avec Israël. Est-ce possible avec le retrait aux frontières de 1967 ?

R. : Il y a un consensus national pour l’établissement d’un Etat palestinien dans les territoires de 1967, avec Jérusalem comme capitale, le droit au retour [des réfugiés] et l’élimination de toutes les colonies. Israël l’a rejeté. Le problème n’est pas la position palestinienne ou arabe mais la position israélienne. Nous acceptons un Etat dans les frontières de 1967, mais Israël le refuse, les Etats-Unis appuient ce refus et la communauté internationale reste silencieuse. De nombreux interlocuteurs étrangers nous demandent d’arrêter de lancer des missiles et de déclarer une trêve. Nous y sommes disposés car nous sommes la victime, la partie agressée dont la terre est occupée. Israël est l’agresseur et l’occupant. Si Israël cesse son agression, nous sommes disposés à proclamer une trêve mais ce doit être une trêve globale, à Gaza et en Cisjordanie, bilatérale et simultanée, et non unilatérale. Il faut lever le blocus de Gaza et ouvrir les points de passage pour qu’il y ait une situation viable pour le peuple palestinien. L’Egypte, la Russie et quelques (médiateurs) Européens ont essayé mais Israël continue à s’y opposer. Israël veut d’abord un cessez le feu palestinien et être libre de décider de ce qu’elle fera.

Q. : D’accord, mais comment justifiez-vous les attentats suicide ?

R. : Nous considérons que les opérations de martyre sont une réaction aux tueries israéliennes. La preuve est qu’elles n’ont pas commencé avant le massacre de la mosquée d’Abraham à Hébron en 1994. Il y a douze ans, nous avions proposé aux Israéliens de tenir les civils hors du conflit, mais ils rejetèrent notre proposition. C’est pourquoi nous considérons que toutes les actions de la résistance palestinienne, dont celles d’immolation, sont de l’auto-défense. De plus, Israël dispose d’un arsenal très moderne alors que nous ne disposons que d’un armement élémentaire. Il en résulte que le Palestinien qui ne trouve pas de meilleure arme, se fait exploser lui même contre l’ennemi.

Q. : Alors ce genre d’attentats ne sera plus justifié à la fin de l’occupation ?

R. : Naturellement. Mais il a une double morale. Pourquoi n’a-t-on pas la même réaction internationale quant Israël perpètre un massacre de Palestiniens ?

Q. : Vous avez dit que Gilad Shalit, le soldat Israélien capturé à gaza il y a deux ans était en vie. Sa libération ne pourrait-elle pas servir de geste de bonne volonté pour débloquer la situation ?

R. : Malgré le fait que Gilad Shalit a été arrêté au combat, et non comme le fait Israël avec les hommes politiques palestiniens qu’elle séquestre et tue, nous le traitons très bien parce que nous avons une éthique et des valeurs religieuses. Israël torture pourtant les 11.000 palestiniens qu’elle détient dans ses prisons. Nous sommes prêts à le libérer pour peu qu’Israël libère les prisonniers et les prisonnières que nous lui avons demandés.

Q. : Combien sont-ils ?

R. : Nous avons présenté une liste de 1000 personnes. La communauté internationale doit respecter l’être humain. Si Gilad Shalit est un être humain, les prisonniers et prisonnières palestiniens le sont aussi Ce qui fait obstacle à la libération de Shalit, c’est le caprice israélien, le refus d’Olmert (le premier ministre israélien Ehud Olmert) de libérer nos prisonniers. C’est pourquoi j’impute à Olmert la responsabilité la prolongation de la détention de Gilad Shalit.

Q. : Israël avait tenté de vous assassiner lorsque vous résidiez en Jordanie. Aujourd’hui, après l’attentat contre Imad Moughniye, ici à Damas, ne craignez-vous pas pour votre vie ?

R. : Nous ne craignons pas la mort. Nous voulons vivre dignement. Il est de notre devoir de résister à l’occupant, de défendre nos droits et de servir notre peuple pour qu’il puisse se libérer de l’occupation. Un chef est celui qui se sacrifie, pour sa cause et pour son peuple, et non l’inverse. Le peuple palestinien n’a peur de rien car sa cause est juste. Ce sont les Israéliens qui ont peur parce que l’occupant n’est jamais tranquille.

El Païs du 1er avril 2008

Traduction : Mounadil Djazaïr

Emmanuel Todd : « Nicolas Sarkozy est dans une logique de guerre avec le monde musulman »

Selon Emmanuel Todd, le renforcement des troupes françaises en Afghanistan est une erreur diplomatique et stratégique, et dessine les contours d’une idéologie extrême-droitière à l’échelle mondiale. Interview.

Au Sommet de l’Otan, mercredi 2 avril, George Bush s’est dit « très heureux » du soutien de la France en Afghanistan. Mais la veille, à l’Assemblée, la première grande décision stratégique de Nicolas Sarkozy de renforcer les contingents français engagés dans le conflit afghan mettait le feu aux poudres. Les socialistes, de François Hollande à Lionel Jospin, d’Hubert Vérine à Ségolène Royal, s’opposent unanimement à une politique d’alignement sur les Etats-Unis. Ils mettent en avant l’enlisement du conflit afghan, son coût humain et dénoncent le « tournant atlantiste » de la politique française. Pour l’historien et démographe Emmanuel Todd, les dangers de cette politique sont encore plus graves. L’auteur de Après l’empire juge que cette partie est perdue d’avance et qu’elle participe d’une idéologie extrême-droitière naissante.

Question : Le renforcement des troupes en Afghanistan vous paraît-il justifié ?

Emmanuel Todd : Je peux tout imaginer de Nicolas Sarkozy, même qu’il ne sache pas ou est l’Afghanistan. Mais je ne peux pas imaginer que les gens qui l’entourent ignorent ce que tout le monde anglo-saxon sait, à savoir que cette guerre est perdue.

Pour vous, cette guerre est sans espoir ?

E.Todd : L’organisation sociale des Pachtounes est faite pour la guerre, tout comme celle des clans somaliens : la guerre est l’état normal de ces sociétés, ce n’est donc pas un problème dans la durée. A partir du moment où les belligérants sont alimentés par des fournitures d’armes régulières venant de l’extérieur, il est évident que ces système sociaux vont venir à bout de quelques milliers d’hommes venus de loin et difficilement approvisionnés. On peut se demander, à la limite, si ça va se terminer par un Dien-Bien-Phû ou par un retrait paisible.

Du point de vue du gouvernement, il semble pourtant qu’il y ait des enjeux à ce conflit…

E.Todd : Pourquoi ceux qui nous gouvernent veulent-ils participer à une guerre perdue ? Voilà la vraie question. Et là, comme dans les débats sur la réintégration pleine et entière de la France à l’Otan, on touche au symbolique. Cette manœuvre a pour objectif de réaffirmer un lien avec l’Amérique. Je n’appellerai pas ça du néo-atlantisme. L’atlantisme était le lien de l’Europe occidentale avec les Etats-Unis à une époque où ils portaient les valeurs démocratiques face au totalitarisme soviétique. Ce n’était pas du goût des gaullistes, mais dans le contexte, cela pouvait se justifier. Aujourd’hui, l’Amérique est le pays du fric, du néo-libéralisme et des inégalités. Et ce qui se profile derrière cette nouvelle association, c’est de l’occidentalisme. C’est un lien fondé sur une nouvelle idéologie, une idéologie qui se construit dans le conflit avec l’islamisme.

Mais la France n’a-t-elle pas intérêt, pour des raisons de politique « réaliste », à s’associer avec les Etats-Unis plutôt que de rester repliée sur elle-même ?

E.Todd : La France n’a pas les moyens de s’engager en Afghanistan, c’est déjà un objectif démesuré pour les Etats-Unis. La France est une puissance moyenne et l’Amérique une puissance déclinante. Paris existait terriblement à l’époque de Villepin : après son discours à l’ONU contre l’engagement de la France en Irak, nous rayonnions ! Mais sous Nicolas Sarkozy, il arrive à la France ce qui est advenu de l’Angleterre sous Tony Blair : si l’on devient le caniche des Etats-Unis, on disparaît. Si on s’aligne, si on perd son indépendance, on disparaît. De Gaulle l’avait compris : la France n’existe à l’échelle mondiale, ne peut justifier son siège au conseil de sécurité de l’Onu et sa possession de l’arme nucléaire, que lorsqu’elle représente un acteur autonome. Le monde n’a rien à faire de la France de Sarkozy.

La lutte contre le terrorisme légitime aussi l’engagement du gouvernement dans ce conflit.

E.Todd : Les occidentalistes se pensent en situation de légitime défense. Le terrorisme existe, il devrait être contré par le contre-espionnage et par des forces policières, mais sûrement pas par des guerres à l’étranger. La première attaque contre l’Afghanistan était légitime, il s’agissait de déloger Ben Laden ; d’ailleurs, les Russes nous y avaient aidé. Mais l’irakisation de l’Afghanistan participe d’une agression du monde musulman par le monde occidental. L’occidentalisme est une doctrine d’extrême droite en émergence. La France va être du côté du mal : en exposant des troupes françaises et en participant aux bombardements de la population civile afghane. Et, grâce à Sarkozy, nous risquons même ce qu’ont subi la Grande-Bretagne et l’Espagne à la suite de la guerre en Irak.

Vous parlez des attentats de Londres et de Madrid qui ont eu lieu suite à l’engagement de nos voisins en Irak. Mais là, il ne s’agit que d’envoyer quelques centaines d’hommes dans un pays où la France a déjà des troupes…

E.Todd : Mais justement ! Rappeler leur faible nombre, comme le fait le gouvernement, c’est avouer qu’il s’agit bien d’une action symbolique ! Les quelques bateaux qu’on va mettre dans le golfe persique vont faire rire les Iraniens. Mais nous nous positionnons dans une construction idéologique, contre le monde musulman. Cette posture est d’ailleurs très cohérente avec le sarkozysme en politique intérieure.

Vous pensez que Nicolas Sarkozy est dans une logique de guerre avec le monde musulman ?

E.Todd : Ce qui a fait son succès dès le premier tour de l’élection présidentielle, c’est le ralliement d’une partie des électeurs du Front national. Il a pu avoir lieu à cause des émeutes en banlieues, qui ont été un facteur de traumatisme. Mais c’est Sarkozy, ministre de l’Intérieur, qui a provoqué cet évènement. Dans la logique du sarkozysme, il y a la combinaison d’une incapacité à affronter les vrais problèmes et à désigner des boucs émissaires. C’est classique : quand une société est en crise, elle a le choix entre résoudre ses problèmes économiques et ses pathologies sociales, ou créer des bouc-émissaires. Sarkozy recherche toujours un ennemi, il est dans l’agression. Cela s’observe même dans son comportement ordinaire avec les habitants de banlieue ou les marins pêcheurs.

En s’impliquant plus en Afghanistan, la France participe donc à déclencher un clash des civilisations ?

E.Todd : L’analyse d’Huntington sur le clash des civilisations est fausse, mais un gouvernement peut essayer de la rendre vraie. Je pense que les gens qui nous gouvernent seront tenus pour responsables de ce qu’ils font. La guerre, c’est la pédagogie du mal. Les peuples en paix pensent sainement. On entre parfois en guerre pour de bonnes raisons, mais peu à peu, on glisse insensiblement dans la violence pour la violence. C’est ce qui aurait pu arriver en Espagne, si les Espagnols avaient mal réagi aux attentats : ils auraient pu s’enfoncer dans le conflit des civilisations. Je crois que cette stratégie conflictuelle va échouer aussi en France. La recherche de bouc-émissaires, l’émergence d’une idéologie islamophobe et hostile aux enfants d’immigrés… ce n’est pas dans la nature de la France. Au final, les Français préfèrent toujours décapiter les nobles que les étrangers.

Afghanistan, lettre ouverte aux Députés et Sénateurs

Mesdames, Messieurs les Députés et Sénateurs,

A l’heure où les députés PS déposent une motion de censure contre le gouvernement Fillon suite à la décision de renforcer de près de 1000 hommes la présence française en Afghanistan (après que notre ex-candidat président eut affirmé le contraire en avril avant les élections), il apparaît de plus en plus nécessaire de resituer le débat sur les origines de ce conflit.

Après les terribles attentats du 11 septembre 2001, G.W. BUSH déclare la guerre aux terroristes présumés responsables de cette tragédie et l’Afghanistan est désigné comme hébergeant leur chef : Oussama ben Laden.
Le 21 septembre 2001, en direct sur CNN, le porte-parole du gouvernement afghan a déclaré qu’il livrerait Oussama ben Laden à la justice américaine sur présentation de preuves, dont l’existence “accablante” avait été simplement affirmée la veille par Colin Powell. Où sont les preuves ? Elles n’ont jamais été présentées. Oussama ben Laden n’est à ce jour même pas recherché par le FBI pour les attentats de 2001…

La situation actuelle en Afghanistan

Où en est l‘Afghanistan aujourd’hui ? Depuis l’occupation étrangère, la production de pavot a atteint des records en 2007 et 47 civils en moyenne meurent pour chaque militaire tombé. Les complexes souterrains afghans de Tora Bora, décrits dans les journaux comme des installations dignes d’un James Bond, n’étaient finalement que de simples grottes vides. Mais tout cela est resté dans l’imaginaire collectif comme suffisant pour justifier une invasion et des bombardements souvent meurtriers pour une population sous le feu de la guerre depuis des décennies.
L’arrestation de ben Laden fut un véritable échec. On se souviendra aussi de la fuite du mollah Omar en moto. Ben Laden n’a jamais été capturé alors que des militaires français affirment l’avoir eu dans leur viseur. Bref, l’invasion punitive de l’Afghanistan, déclarée le 7 octobre 2001 sous le nom pompeux de “Liberté immuable”, a surtout servi à justifier l’occupation d’un pays stratégiquement important pour l’acheminement des ressources pétrolières de la mer Caspienne. Ainsi Amid Karzaï, ancien conseiller du groupe pétrolier américain Unocal, fut bombardé président par le biais de négociations financières et de fausses élections « démocratiques » …

De la même manière, l‘ancien secrétaire d’état Colin Powell a menti sur les ADM en Irak , l’administration Bush ayant finalement reconnu en 2005 que ces armes n’existaient pas. De même l‘Anthrax brandi par Colin Powell en plein hémicycle de l’ONU s’est avéré être de la simple farine et les seules souches détectées aux USA provenaient de laboratoires américains. Il est donc urgent de réfléchir aux raisons qui justifieraient la présence de militaires français dans une croisade justifiée par des manipulations médiatiques.

L’exemple Japonais

Le 10 janvier dernier, le Sénat japonais a refusé de voter la prorogation de l’aide aux troupes de l’OTAN stationnées en Afghanistan (2 navires japonais ravitaillent les troupes de l’OTAN en carburant). Le Premier ministre japonais n’a dû son salut vis-à-vis de Washington qu’avec l’aide d’une procédure exceptionnelle dite du vote à la majorité des deux tiers, employée pour la première fois depuis que le Japon a recouvré sa souveraineté en 1952. Pourquoi ? L’AFP n’en a pas diffusé la raison. Un sénateur japonais centriste, M. Yukihiro Fujita, a publiquement, et avec le soutien de son parti, mis en doute les allégations de Washington quant à la responsabilité de l’Etat afghan dans les attentats de Septembre 2001. Aucune enquête japonaise indépendante n’a été menée. Tout a été décidé sur la foi de simples “renseignements confidentiels” fournis par Washington, attitude qu’une contre-enquête citoyenne internationale en cours remet en cause, et dont le courageux Sénateur s’est fait l’écho. Cette contre-enquête appelle à la réouverture officielle du dossier du 11 Septembre 2001. Car c’est bien là l’origine du déclenchement de la guerre globale contre les terroristes .

Familles des victimes, Commission d’enquête

C’est seulement parce que des familles de victimes ont forcé la Maison Blanche à le faire, qu’une simple enquête à valeur administrative a été consentie par la Maison Blanche plus d’un an après (un record de lenteur dans l’histoire de l’administration américaine)… Et le rapport de la Commission d’enquête ne vaut rien, car la méthodologie suivie ne permet pas de « judiciariser » ses conclusions.

Ainsi, le plus grand attentat de tous les temps sur le territoire des Etats-Unis est en panne d’enquête judiciaire nationale et de procès depuis 6 ans et demi ; seules des procédures privées sont en cours, promises au non-lieu, et la torture (cf. Guantanamo et les propos de GW BUSH ) a remplacé le renseignement et les investigations, sans résultats crédibles comme vous avez pu le constater depuis.

A la lumière de ces simples constatations préoccupantes, nous vous demandons instamment de surseoir à l’envoi de nos soldats et compatriotes en Afghanistan, car ce serait au nom de raisons que nous sommes à ce jour bien en peine d’identifier avec certitude. Réfléchissons ensemble, ne nous laissons pas gagner par la tentation de l’Atlantisme forcené, mais par une collaboration raisonnée avec la nation américaine.

Avec la solennité qui s’impose devant ce tournant diplomatique français, recevez, Mesdames, Messieurs les Députés et Sénateurs, l’assurance de notre profond respect envers votre fonction et nos institutions.

 

                                                            Association ReOpen

 

C’est l’impérialisme occidental qui est le problème et non pas l’Islam

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Imaginez, si vous le souhaitez, un monde sans l’Islam – une situation, il faut l’admettre, inconcevable, vu la place centrale qu’il occupe dans nos titres de nouvelles quotidiennes. L’Islam semble être derrière un large éventail de désordres internationaux: attentats suicides, voitures piégées, occupations militaires, luttes de résistance, émeutes, fatwas, jihad, opérations de guérilla, vidéos de menace et le 11-Septembre lui-même. «L’Islam» semble offrir une explication simple et instantanée, nous permettant de bien comprendre le monde convulsif d’aujourd’hui. En effet, pour quelques néoconservateurs «l’Islamofascisme» est maintenant notre ennemi juré dans une imminente «troisième guerre mondiale».
Mais permettez-moi de réfléchir un peu. Et s’il n’y avait pas une telle chose comme l’Islam? Et s’il n’y avait jamais eu de Prophète Mohammed, ni de saga de propagation de l’Islam à travers des grandes parties du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique?
Etant donné notre actuelle focalisation sur le terrorisme, la guerre et l’antiaméricanisme rampant – l’un des sujets internationaux le plus émotionnel aujourd’hui -, il est vital de comprendre les vraies sources de ces crises. Est-ce l’Islam la source du problème, ou est-ce que cette source ne se trouve plutôt du côté de facteurs moins clairs et plus profonds?
Pour l’intérêt de l’argumentation, dans un effort d’imagination historique, faites-vous une image d’un Moyen-Orient dans lequel l’Islam n’est jamais apparu. Serions-nous alors épargnés de beaucoup des défis qui se trouvent aujourd’hui devant nous? Le Moyen-Orient serait-il plus pacifique? De combien le type des relations Est-Ouest serait-il différent? Sans l’Islam, il est sûr que l’ordre international présenterait une image très différente de celle d’aujourd’hui. Ou le ferait-il?

Si ce n’est pas l’Islam, qu’est-ce donc?

Depuis les premiers jours d’un large Moyen-Orient, l’Islam a visiblement façonné les normes culturelles voire même les préférences politiques de ses disciples. Comment pouvons-nous alors séparer l’Islam du Moyen-Orient? Comme il s’avère, ce n’est pas très difficile à imaginer.
Commençons par l’aspect ethnique. Sans l’Islam, le visage de la région va rester complexe et confus. Les groupes dominants au Moyen-Orient – Arabes, Perses, Turcs, Kurdes, Juifs, voire Berbères et Pachtounes – continueront à dominer la scène politique. Prenez les Perses à titre d’exemple: Longtemps avant l’Islam, les empires persans successifs se sont étendus jusqu’aux portes d’Athènes et étaient les rivaux perpétuels de quiconque habita l’Anatolie. Des peuples sémites contestant cette hégémonie ont combattu les Perses à travers le croissant fertile jusqu’en Irak. Et puis il y a les forces puissantes des diverses tribus et des commerçants arabes s’étendant et migrant dans d’autres régions sémites du Moyen-Orient avant l’Islam. Les Mon­goles auraient tout de même envahi et détruit les civilisations de l’Asie centrale et beaucoup du Moyen-Orient dans le XIIIe siècle. Les Turcs aurait aussi conquis l’Anatolie, les Balkans jusqu’à Vienne et une grande partie du Moyen-Orient. Ces luttes – pour le pouvoir, le territoire, l’influence et le commerce – existaient bien avant l’arrivée de l’Islam.

Cependant, c’est trop arbitraire d’exclure complètement la religion de l’équation. Si en réalité l’Islam n’a jamais émergé, la majeure partie du Moyen-Orient serait restée essentiellement chrétienne avec ses diverses sectes comme cela a été le cas à l’aube de l’Islam. En dehors de quelques Zoroastriens et un petit nombre de Juifs, pas d’autres groupes religieux d’une certaine importance n’y étaient présents.

Le monde européen à la recherche de bases économique et géopolitique

Mais est-ce que l’harmonie avec l’Ouest aurait-elle régné si le Moyen-Orient était resté chrétien? Cette idée semble être tirée par les cheveux. Nous devrions assumer que le monde européen médiéval agité et expansif n’avait pas étendu son pouvoir et son hégémonie à ses voisins de l’Est, à la recherche de bases économique et géopolitique. Après tout, qu’est-ce que ce seraient les Croisades si ce n’étaient pas une aventure occidentale menée essentiellement par des besoins politique, social et économique? La bannière du christianisme servait de symbole fort, de cri mobilisateur pour justifier les besoins profanes des Européens puissants. En effet, la religion particulière des autochtones ne figurait jamais en tête des causes de l’expansion impériale de l’Occident à travers la planète. L’Europe a prôné porter «les valeurs chrétiennes aux autochtones», mais l’objectif évident était d’établir des avant-postes coloniaux comme sources de richesse pour le pays colonisateur et des bases pour l’expansion du pouvoir occidental.

Ainsi il est improbable que les habitants chrétiens du Moyen-Orient aient bien reçu le flux des flottes européennes et leurs marchands protégés par les fusils occidentaux. L’impérialisme aurait prospéré dans le mosaïque ethnique complexe de la région – la matière brute du vieux jeu de diviser pour mieux régner. Et les Européens auraient toujours installé les mêmes dirigeants locaux serviles pour satisfaire leurs besoins.

Les Chrétiens non plus n’auraient bien accueilli les armées impériales

Avançons l’heure à l’époque du pétrole au Moyen-Orient. Les Etats du Moyen-Orient, même si chrétiens, auraient-ils bien accepté l’établissement des protectorats européens sur leur région? Certainement pas! L’Occident aurait toujours construit et contrôlé les mêmes points d’étranglement comme le canal du Suez. Ce n’était pas l’Islam qui a fait que les Etats du Moyen-Orient résistent vigoureusement aux projets coloniaux avec le nouveau traçage des frontières selon les préférences géopolitiques européennes. Non plus, ces Etats chrétiens du Moyen-Orient n’auraient-ils bien accueilli les compagnies pétrolières occidentales impériales, soutenues par des administrateurs européens, des diplomates, des agents de renseignements et des armées, pas plus que ce qu’ont fait les Musulmans. Regardez la longue histoire des réactions des Américains latins à la domination des Américains étatsuniens sur leurs pétrole, économie et politique. Le Moyen-Orient serait toujours aussi motivé pour créer des mouvements nationalistes anticolonialistes pour arracher le contrôle sur leurs terres, marchés, souveraineté et destinée de l’emprise étrangère – tout comme les luttes anticolonialistes dans l’Inde hindou, la Chine confucéenne, le Vietnam bouddhiste et l’Afrique chrétienne et animiste.

Et certainement les Français se seraient, tout aussi volontiers, étendus sur une Algérie chrétienne pour s’emparer de ses riches terres agricoles et établir une colonie. Les Italiens eux non plus ne se sont laissé gêner par le christianisme de l’Ethiopie pour transformer ce pays en une colonie violemment administrée. En bref, il n’y a pas de raison de croire que la réaction du Moyen-Orient à l’agression colonialiste européenne aurait été significativement différente de la manière dont elle s’est effectivement déroulée sous l’Islam.

L’histoire des dictatures en Europe

Mais peut-être le Moyen-Orient serait-il plus démocratique sans l’Islam? L’histoire des dictatures en Europe elle-même n’est que peu rassurante sur ce point. L’Espagne et le Portugal ont fini avec leurs violentes dictatures seulement en milieu des années 1970. La Grèce s’est libérée d’une dictature liée à l’église il y a quelques dizaines d’années. La Russie chrétienne ne s’en est toujours pas sortie. Jusqu’à récemment, l’Amérique latine accablée par les dictateurs, qui souvent régnaient avec les bénédictions des USA et avec le partenariat de l’église catholique. La plupart des nations africaines chrétiennes n’ont pas eu de meilleure réussite. Pourquoi un Moyen-Orient chrétien se présenterait-il différemment?

Et puis, il y a la Palestine. C’étaient évidemment les Chrétiens qui ont, honteusement, persécuté les Juifs durant plus d’un millénaire culminant à l’Holocauste. Ces exemples horrifiques d’antisémitisme étaient bien enracinés dans la culture et les terres chrétiennes occidentales. Les Juifs auraient donc continué à chercher une patrie en dehors de l’Europe; le mouvement sioniste aurait de toute façon vu le jour et aurait cherché une base en Palestine. Et le nouvel état juif aurait toujours déplacé les mêmes 750 milles Arabes natifs de Palestine de leurs terres même s’ils avaient été des Chrétiens – en effet une partie parmi eux étaient des Chrétiens. Et ces Arabes chrétiens n’auraient-ils pas combattu pour protéger ou regagner leur propre terre? Le problème israélo-palestinien reste au fond un conflit nationaliste, ethnique et territorial, renforcé seulement récemment par des slogans religieux. Et n’oublions pas que les Chrétiens arabes ont joué un rôle majeur dans les débuts du mouvement nationaliste arabe au Moyen-Orient; en effet, Michel Aflaq, le fondateur idéologique du premier parti panarabe Al-Baath, était un Chrétien syrien formé à la Sorbonne.

Luttes pour la domination

Mais les Chrétiens du Moyen-Orient seraient certainement prédisposés religieusement envers l’Occident? N’aurions-nous pas évité tous ces conflits religieux? En effet, le monde chrétien lui-même a été déchiré par des hérésies depuis les premiers siècles du pouvoir chrétien, des hérésies qui étaient devenues des véhicules des oppositions politiques au pouvoir romain ou byzantin. Loin d’unir sous la religion, les guerres religieuses de l’Occident cachaient toujours des luttes plus profondes, ethnique, stratégique, politique, économique et culturelle pour la domination.

En vérité cette même référence à un «Moyen-Orient chrétien» cache une animosité vilaine. Sans l’Islam, les peuples du Moyen-Orient seraient restés comme ils étaient à la naissance de l’Islam – la plupart des disciples du christianisme orthodoxe oriental. Mais c’est facile d’oublier que l’une des controverses historiques la plus violente, la plus virulente et la plus durable fut celle entre l’église catholique à Rome et le christianisme orthodoxe oriental à Constantinople – une rancune qui persiste toujours. Les Chrétiens orthodoxes orientaux n’ont jamais oublié ou pardonné le pillage de Constan­tinople la chrétienne par les croisés occidentaux en 1204. Presque 800 ans plus tard, en 1999, le pape Jean Paul II chercha à faire quelques petits pas pour cicatriser la plaie dans la première visite d’un pape catholique au monde orthodoxe en mille ans. C’était un début, mais le désaccord entre l’Orient et l’Occident dans un Moyen-Orient chrétien serait plutôt resté comme il est aujourd’hui. Prenez la Grèce par exemple: La cause orthodoxe a été un puissant mobile derrière le nationalisme et le sentiment anti-occidental là-bas, et les passions anti-occidentales dans la politique grecque, il y a seulement une dizaine d’années, résonnaient des même suspicions et vues virulentes de l’Occident que nous entendons aujourd’hui de la part de beaucoup de chefs islamistes.

La vision du monde de l’église orthodoxe

La vision du monde de l’église orthodoxe diffère nettement de la philosophie occidentale du siècle des Lumières, qui insiste sur la laïcité, le capitalisme et la primauté de l’individu. Elle a encore des peurs résiduelles à propos de l’Occident similaires dans différents aspects les incertitudes des Musulmans d’aujourd’hui: des craintes du prosélytisme missionnaire occidental, la perception de la religion comme un vecteur clé pour la protection et la préservation de leurs propres communautés et culture, et une suspicion du caractère «corrompu» et impérial de l’Occident. En effet, dans un Moyen-Orient chrétien orthodoxe, Moscou aurait joui d’une influence spéciale, même aujourd’hui, comme le dernier centre important de l’Orthodoxie orientale. Le monde orthodoxe serait resté une arène géopolitique clé pour la rivalité Est-Ouest dans la guerre froide. Après tout, Samuel Huntington, a inclu le monde chrétien orthodoxe parmi les plusieurs civilisations impliquées dans le choc culturel avec l’Occident.

L’occupation US de l’Irak ne serait mieux accueillie si les Irakiens étaient des Chrétiens

Aujourd’hui, l’occupation US de l’Irak ne serait mieux accueillie si les Irakiens étaient des Chrétiens. Les Etats-Unis n’ont pas renversé Saddam Hussein, un chef profondément laïque et nationaliste, parce qu’il était musulman. D’autres peuples arabes auraient toujours soutenu les Arabes irakiens dans leur traumatisme de l’occupation. Nulle part les gens ne se réjouissent de l’occupation et la tuerie de leurs concitoyens aux mains des troupes étrangères. En effet, des groupes menacés par de telles forces externes s’efforcent toujours de trouver des idéologies appropriées pour glorifier leur lutte de résistance. La religion en est une.

Voilà donc le portrait imaginaire d’«un monde sans Islam». C’est un Moyen-Orient dominé par le christianisme orthodoxe oriental – une église historiquement et psychologiquement méfiante de, voire hostile à, l’Occident. Même déchiré par des différences importantes ethniques, voire sectaires, ce Moyen-Orient possède un sens aigu de conscience historique et de griefs contre l’Occident. Il a été envahi à plusieurs reprises par des armés impérialistes occidentaux; ses ressources pillées; ces frontières redessinées par des décrets occidentaux en conformité avec les différents intérêts de l’Occident; et des régimes installés accommodants aux dictats occidentaux. La Palestine brûlerait toujours. L’Iran serait toujours profondément nationaliste. Nous verrions toujours les Palestiniens résister contre les Juifs, les Tchétchènes résister contre les Russes, les Iraniens résister contre les Britanniques et les Américains, les Cachemiris résister contre les Indiens, les Tamiles résister contre les Cingalais au Sri Lanka, et les Uigurs et les Tibétains résister contre les Chinois. Le Moyen-Orient aurait toujours un modèle historique glorieux – le grande empire byzantin avec plus de 2000 ans d’histoire – avec lequel il s’identifierait comme un symbole historique et religieux. Ceci, à plusieurs égards, perpétuerait le fossé Est-Ouest. Ceci ne présente pas une image réconfortante et complètement pacifique.

L’Islam comme force culturelle et morale

Evidemment, il est absurde de prétendre que l’existence de l’Islam n’a pas eu d’impact indépendant sur le Moyen-Orient ou sur les relations Est-Ouest. L’Islam a fourni une force unificatrice d’un haut niveau à travers une large région. Comme une foi universelle, elle a créé une vaste civilisation qui partage des principes communs de philosophie, arts et société; une vision d’une vie morale; un sens de justice, jurisprudence et une bonne gouvernance – le tout dans une culture raffinée profondément enracinée. Comme une culture et une force morale, l’Islam a aidé à combler les différences ethniques entre les divers peuples musulmans, les encourageant à se sentir concernés comme une part d’un plus grand projet civilisationnel musulman. Rien que cela donne à ce projet un poids important. L’Islam a également affecté la géographie politique: S’il n’y avait pas eu d’Islam, les pays musulmans de l’Asie du Sud et du Sud-Est – notamment le Pakistan, le Bangladesh, la Malaisie et l’Indonésie – seraient aujourd’hui enracinés dans le monde hindou.

La civilisation islamique fournissait un idéal commun auquel tous les Musulmans pouvaient faire appel au nom de la résistance contre l’empiètement occidental. Même si cet appel échouait à arrêter la marée impériale occidentale, il a créé une mémoire culturelle d’un destin généralement partagé qui n’a pas disparu. Les Européens étaient capables de diviser et conquérir beaucoup de peuples africains, asiens et américains latins qui sont tombés séparément devant la puissance occidentale. Une résistance transnationale unie entre ces peuples, était difficile à atteindre dans l’absence de tout symbole commun ethnique ou culturel pour la résistance.

Pourquoi les Etats-Unis sont en train de se casser les dents sur le monde musulman

Dans un monde sans Islam, l’impérialisme occidental aurait trouvé la tache de diviser, conquérir et dominer le Moyen-Orient et l’Asie, bien plus facile. Il n’y aurait pas eu de mémoire culturelle collective d’humiliation et de défaite à travers une vaste région. Cela est la raison principale qui explique pourquoi les Etats-Unis sont en train de se casser les dents sur le monde musulman. Aujourd’hui, les intercommunications globales et les images satellitaires partagées ont créé une forte auto-conscience parmi les Musulmans et un sens d’un plus grand siège impérial occidental contre une culture islamique partagée. Ce siège ne concerne pas la modernité; il concerne la quête occidentale incessante pour la domination de l’espace stratégique, les ressources et même la culture du monde musulman – le trajet pour créer un Moyen-Orient «pro-américain». Malheureusement, les Etats-Unis supposent naïvement que l’Islam est tout ce qui se met sur son chemin menant au prix à gagner.

Mais qu’en est-il du terrorisme – la question la plus urgente que l’Occident associe presque immédiatement avec l’Islam aujourd’hui? Dans une nette franchise, le 11-Septembre, aurait-il eu lieu sans l’Islam? Si les griefs du Moyen-Orient, enracinés dans des années de colère émotionnelle et politique contre les actions et la politique US, avaient été enveloppés dans une autre bannière, est-ce que le résultat serait largement différent? Encore, il est important de se rappeler combien facilement la religion peut-elle être invoquée même si d’autres rancunes de longue date sont à blâmer. Le 11-Septembre 2001 n’était pas le début de l’histoire. Pour les pirates de l’air d’al-Qaïda l’Islam jouait le rôle d’une loupe dans le soleil, rassemblant ces griefs collectifs répandus et partagés, et les concentrant dans un rayon intense, un moment de clarté de l’action envers un envahisseur étranger. [...]

Si l’Islam déteste «la modernité», pourquoi aurait-il attendu jusqu’au 11-Septembre pour lancer ces attaques? Et pourquoi des penseurs islamiques majeurs au début du XXe siècle parlèrent-ils du besoin d’adopter la modernité tout en protégeant la culture islamique? La cause d’Oussama Bin Laden dans ses premiers jours ne concernait pas la modernité du tout – il a parlé de la Palestine, des bottes américaines sur les terres de l’Arabie Saoudite, des gouverneurs saoudiens sous le contrôle des Etats-Unis, et des «croisés» modernes. Il est frappant qu’il fallait attendre aussi tard que 2001 pour voir la première grande ébullition de la colère musulmane sur le sol des Etats-Unis, en réaction à la politique US et à des événements accumulés tout autant historiques et récents. Si ce n’était pas le 11-Septembre, un événement similaire était fatalement à arriver.

Et même si l’Islam comme un vecteur de résistance n’avait jamais existé, le Marxisme l’a fait. C’est une idéologie qui a engendré un nombre incalculable de terroristes, de guérilla et des mouvements de libération nationale. Il a façonné l’ETA basque, le FARC en Colombie, le Shining Path en Pérou, et la Faction de l’Armée Rouge en Europe pour ne nommer que quelques-uns en Occident. George Habash, le fondateur du meurtrier Front Populaire de la Libération de la Palestine , était un chrétien grec orthodoxe et un marxiste qui avait étudié à l’université américaine de Beyrouth. Dans une époque où le nationalisme arabe en colère flirtait avec un marxisme violent, beaucoup de Palestiniens chrétiens ont accordé leur soutien à Habash.

Les peuples qui s’opposent à la domination étrangère

Les gens qui s’opposent aux oppresseurs étrangers cherchent des bannières pour propager et glorifier la cause de leur lutte. L’internationale lutte des classes pour la justice fournit un bon élément mobilisateur. Le nationalisme est encore mieux. Mais la religion fournit le meilleur de tous, en faisant appel aux plus hautes énergies pour défendre sa cause. Et partout, la religion peut toujours servir pour soutenir l’ethnicité et le nationalisme alors même qu’elle les transcende – notamment si l’ennemi est d’une religion différente. Dans de tels cas, la religion cesse d’être essentiellement la source d’affrontement et de confrontation mais sert plutôt de véhicule. La bannière du moment peu disparaître mais les griefs demeurent.
Nous vivons une époque où le terrorisme est l’outil de choix du faible. Il entrave déjà la puissance sans précédent des armés US en Irak, Afghanistan et ailleurs. Et c’est ainsi que Bin Laden dans beaucoup de sociétés non-musulmanes fut appelé le «prochain Che Guevara». Ce n’est rien moins que l’attrait d’une résistance réussie contre le pouvoir américain dominant, le faible contre-attaque. Un attrait qui transcende l’Islam ou la culture du Moyen-Orient.

L’impact de l’empreinte globale massive de l’unique super puissance du monde

Mais la question reste de savoir si le monde serait plus pacifique, si l’Islam n’avait pas existé. Devant ces tensions entre l’Est et l’Ouest, l’Islam ajoute incontestablement un élément supplémentaire émotionnel, une couche supplémentaire de complications pour trouver des solutions. L’Islam n’est pas la cause de tels problèmes. Cela peut paraître raffiné de chercher des passages dans le Coran qui semblent expliquer «pourquoi ils nous haïssent». Mais cela s’éloigne aveuglement de la nature du phénomène. Quelle idée confortable que d’identifier l’Islam comme la source «du problème»; c’est certainement bien plus facile que d’explorer l’impact de l’empreinte globale massive de l’unique super puissance du monde.
Un monde sans Islam verrait toujours la plupart des rivalités tenaces meurtrières dont les guerres et les malheurs dominent la scène géopolitique. Si ce n’était pas la religion, tous ces groupes auraient trouvé d’autres bannières en dessous desquelles ils exprimeraient leur nationalisme et leur quête pour l’indépendance. Bien sûr, l’histoire n’aurait pas suivi exactement le même chemin comme elle l’a fait. Mais au fond, le conflit entre l’Est et l’Ouest reste toujours à propos des grandes questions historiques et géopolitiques de l’histoire humaine: l’ethnicité, le nationalisme, l’ambition, l’avidité, les ressources, les chefs locaux, le territoire de domination, le profit financier, le pouvoir, les interventions et la haine des étrangers, des envahisseurs et des impérialistes. Confronté à des questions intemporelles comme celles-ci, comment le pouvoir de la religion pourrait-il n’être pas invoqué?

Souvenons-nous aussi que pratiquement tous les principaux horreurs du XXe siècle vinrent presque exclusivement des régimes strictement laïques: Léopold II de Belgique au Congo, Hitler, Mussolini, Lénine et Staline, Mao et Pol Pot. C’étaient les Européens qui ont imposé leurs «guerres mondiales» par deux fois au reste du monde – deux conflits globaux dévastateurs sans aucun vague parallèle dans l’histoire islamique.

Quelques-uns aujourd’hui pourraient souhaiter un «monde sans Islam» dans lequel ces problèmes n’auraient vraisemblablement jamais eu lieu. Mais, en vérité, les conflits, les rivalités et les crises d’un tel monde pourraient ne pas apparaître si largement différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui.

L’intrumentalisation du terrorisme en Algérie

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Je pensais qu’après nous avoir infligé plus d’une décennie de désinformation outrancière, et particulièrement pernicieuse, Eradicator, qui écrivait plus vite que la dictée des criminels contre l’humanité, pour altérer la vérité et couvrir les cris des suppliciés, avait enfin compris qu’il ne pouvait indéfiniment se mettre au service d’une propagande grossière, dans une guerre contre les civils qui n’a pas encore livré tous ses secrets, sans s’exposer à l’indignité et la flétrissure.

Démonter les « théories » des Qui tue quistes, pour protéger des criminels contre l’humanité, fustiger Amnesty International, les défenseurs des droits de l’Homme, les officiers de l’ANP et les ONG qui ont dénoncé la manipulation de la violence terroriste, les carnages de civils, la torture, les viols, les enlèvements et les exécutions sommaires, pour permettre aux généraux de continuer à commettre des crimes de masse, pratiquement à huis clos, n’est pas un travail de journaliste. Mais celui d’un agent infiltré ou approché par son officier encadreur du DRS.

Dans mon infinie naïveté, c’est mon pêché et ma tare, je pensais qu’Eradicator avait changé. Qu’il était revenu de son hystérie et d’une paranoïa qu’il s’était lui-même inoculées, de contre vérités qu’il avait ânonnées en son for intérieur, comme une méthode Coué, pour se donner bonne conscience et se convaincre qu’il était le héros d’une guerre contre le mal et la régression. Ce fut, certainement, le cas de nombreux journalistes qui avaient été entraînés, en toute bonne foi, dans l’infernale logique qu’il fallait faire barrage au « péril islamiste », à n’importe quel prix. N’importe quel prix !

Des démocrates sincères, des hommes et des femmes pétris de hautes valeurs humaines, et qui avaient découvert, au fil des évènements, que des crimes abominables étaient commis contre des civils, en étaient arrivés à répondre qu’on ne faisait pas la guerre avec des gants blancs. Ceux-là, dont certains sont des journalistes de valeur et de haute moralité, ont vécu une effroyable incertitude. Ils croyaient avoir choisi un moindre mal, en se mettant du côté de généraux génocidaires parce qu’ils croyaient que ces derniers étaient les sauveurs de la république. Ils s’étaient rangés derrière eux, et même parfois à leur avant-garde, parce qu’ils refusaient d’abdiquer leur vision d’une Algérie tournée vers les valeurs cardinales d’universalité et de modernité. En prêtant leurs plumes et leurs voix aux « tueurs de tangos », ils croyaient éradiquer une force mortifère qui allait précipiter leur société et l’avenir de leurs enfants dans des âges révolus. Ceux que leur promettaient, du haut de leurs chaires, des imams ignares et malsains. Ils se voyaient déjà dans une société où la flagellation, la lapidation, la prière obligatoire et la polygamie seraient dans l’ordre des choses. Mais tant va la cruche à l’eau.

Des militants des droits de l’homme, des politiciens perspicaces, des intellectuels probes, des journalistes intègres, des officiers d’honneur de l’armée algérienne et une foule de témoins parmi les victimes, finirent par faire entendre leurs voix. Malgré le tir de barrage que leur opposaient les éradicateurs de service.

Des faits troublants, pour le moins qu’on puisse dire, vinrent lézarder la façade trompeuse de généraux qui luttaient pour sauver les valeurs républicaines. Le monde entier découvrait que ceux-ci avaient eux-mêmes instrumenté la violence, qu’ils la régulaient à leur convenance, qu’ils usaient de méthodes inhumaines et que dans le même temps, ils pillaient, sans vergogne, les ressources de leur pays. Dans des proportions proprement inimaginables.

Puis, de but en blanc, le syndrome Pinochet aidant, parce que les généraux avaient compris que leurs excès risquaient de leur valoir des ennuis internationaux, mais aussi parce que leurs grosses fortunes avaient besoin d’un climat plus apaisé pour prospérer, il fut décidé de mettre en place un dispositif de « réconciliation nationale ». Ou d’auto amnistie, devrions nous dire. Pour tous les éradicateurs, ceux qui n’étaient mus que par la peur de l’intégrisme et ceux qui avaient vendus leurs plumes et leurs voix pour de l’argent et des privilèges, Ce fut la désillusion. Les généraux les laissaient en plan.
Le Président Bouteflika qui avait proposé ce dispositif scélérat aux généraux, en échange de leur bénédiction pour se faire réélire à un deuxième mandat, avait fait passer les lois d’auto amnistie par voie référendaire. C’était le peuple souverain qui avait pardonné, claironnait-on. Oubliant en cela que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.

Pour les « agents honorables de l’état » et les terroristes islamistes, qui avaient, ensemble et la main dans la main, massacré des populations civiles, en gros et au détail, c’était la paix des braves. Ils pouvaient, enfin, les uns et les autres, jouir paisiblement du fruit de leurs rapines et de leurs butins.

Les éradicateurs de circonstance, ceux qui se sentaient des soldats de la république, souvent la mort dans l’âme, comprirent enfin qu’ils avaient été bernés. Que la peste et le choléra c’était juste une formule de circonstance.

Les éradicateurs appointés, ceux qui assuraient une prestation monnayée, venaient de perdre leur boulot. On leur intima l’ordre de mettre un bémol et parfois même de changer de registre et de se faire les chantres de la « réconciliation nationale »

Certains parmi eux, qui se vantaient même de leurs relations galonnées, et qui en tiraient de substantiels rapports, n’en menaient pas large. Fini le temps des années vertes. Le sang où ils trempaient leurs plumes ne coulait plus avec une si belle abondance. Ils devinrent amers. Il arrivait même que dans leurs articles, qui n’étaient plus consacrés qu’à de laborieuses macérations, on devine entre les lignes, et parfois même crûment, leurs reproches d’avoir été jetés de façon si inélégante. Eux les braves d’entre les braves. Les magiciens du verbe et les bretteurs de la palinodie. Mais, comme des mulots fascinés par l’œil du serpent, ils continuaient d’observer, à l’endroit des généraux, une réserve frémissante. Malgré les innombrables scandales qui émaillent, tous les jours, la vie de ces criminels, ils restent totalement muets. Comme des mulots transis. Il leur arrive aussi, pour entretenir leurs talents, de se prêter à des règlements de compte entre clans. En prenant soin de se mettre du côté du manche.

Mais, heureusement pour eux, et malheureusement pour leurs lecteurs, bien moins nombreux qu’ils ne veulent le faire croire, ils n’allaient pas ronger leur frein bien longtemps. La situation du pays et de toute la région du Maghreb et du Sahel allait avoir besoin de leurs services.

Eradicator II allait entrer en scène.

Depuis les lois sur la « réconciliation nationale » des facteurs internationaux, liés à la politique planétaire des Américains, et qui se développaient au rythme qui leur avait été imparti, sont entrés dans une phase décisive. Les USA, pour des considérations hautement pétrolières, avaient besoin de s’installer directement dans nos contrées. Certains barons du DRS et d’autres corps de l’armée algérienne, qui s’étaient goinfrés avec des compagnies américaines, sur le dos de l’Algérie, qui avaient noué des relations très intimes avec les néo cons et avec des contacts israéliens, qui avaient même rendus quelques « petits services » aux américains, avaient été approchés par ces derniers pour mettre en place le décor nécessaire qui leur permettrait d’entrer en amis et en sauveurs, encore des sauveurs, dans la région.

Les derniers irréductibles du GSPC qui erraient comme des âmes en peine dans quelques maquis, étaient aux abois. Couverts de haillons, infestés de vermine, amaigris et découragés, ils n’avaient pas répondu aux offres d’amnistie parce que leurs émirs faisaient tuer dans d’horribles souffrances quiconque oser parler de se rendre. Ces émirs sont presque tous des agents du DRS. Le DRS avait besoin de quelques groupes armés sur le terrain pour continuer à s’imposer sur la scène politique. C’est simple à comprendre. Si la violence est totalement réduite, il ne leur resterait plus qu’à lever l’état d’urgence et à regagner leurs casernes. Ce qui est totalement exclu pour eux. Ils ne peuvent pas passer la main à ce moment précis où l’Algérie a engrangé une telle masse d’argent. Et ils ne peuvent continuer à se servir que sils gardent les mannettes. Elémentaire n’est ce pas ?

Et donc, pendant qu’ils continuaient à se servir de la violence islamiste pour s’imposer sur le terrain, et notamment à Bouteflika qui avait tendance à les pousser doucement, mais copieusement, vers la sortie, leurs amis américains leur ont demandé s’ils ne pouvaient pas s’arranger pour qu’Al Qaida s’installe en Algérie, au Maghreb et au Sahel. Une Al Qaida qui menacerait non seulement toute la région, mais même l’Europe.
Aussitôt dit, aussitôt fait.

Du jour au lendemain, les pauvres hères du GSPC furent dotés, armés, financés et réactivés. Comme un champignon qui pousse après une nuit de pluie, le GSPC redevint un groupe de haute capacité de nuisance. Les attentas se succédaient et la peur revenait.

Puis, tout naturellement, les émirs DRS-GSPC firent allégeance à Al Qaida et demandèrent à combattre sous sa bannière. Azzawahiri n’y vit que du feu. Il sautait de joie dans son kamis. Il ne comprit pas que le DRS venait de l’infiltrer. De toute façon, il ne pouvait pas comprendre, puisqu’il était déjà infiltré par la CIA et le MOSSAD depuis des lustres. La presse algérienne sous contrôle fut « invitée » à ne plus dire GSPC, mais Al Qaida du Maghreb Islamique. Des journalistes qui s’entêtaient à garder le nom du GSPC dans leurs articles, furent admonestés.

Et voilà le travail. Mission accomplie pour les agents de la CIA et du MOSSAD dans nos institutions nationales.

Les Américains ont commencé leur danse du mâle. Ils installent un bureau du FBI à Alger. La sixième flotte a fait une manœuvre avec la marine nationale algérienne. Que c’est drôle.

Ils étoffent leur base d’écoute et d’espionnage au sein d’une caserne de l’armée algérienne près de Tamanrasset. Leur base secrète d’une capacité d’accueil de 2000 soldats est provisoirement mise en veilleuse. Parce que semble-t-il, l’initiative a été très mal accueillie par des officiers de l’armée algérienne qui refusent que les américains s’installent chez nous. Malgré les apparences, Il existe des hommes d’honneur dans l’armée algérienne, ne l’oublions pas.

Donc tout est prêt pour la phase II . Les américains n’ont pas besoin d’un deuxième Irak. Ils préfèrent s’installer en douce, en s’appuyant sur la caste des corrompus et des tueurs de civils. C’est une méthode qu’ils ont déjà éprouvée en d’autres pays.

D’autres manœuvres latérales, comme l’évangélisation, financées et pilotées par des sionistes chrétiens sont à l’œuvre.
Pour les Américains, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Le pétrole et le gaz de nos régions leur appartiennent. Personne d’autre, et surtout pas la Chine, ne marchera sur leurs brisées.

Ils viennent chez nous avec de l’argent dans une main, pour soulager les pauvres populations du Sahel et d’Afrique, disent-ils, et un avion de combat dans l’autre main, pour nous aider à combattre la terrifiante Al Qaeda qui s’apprête à menace le monde entier depuis les dunes du Sahel.

L’opinion occidentale, ils s’en chargent. Ils la maîtrisent presque totalement.

L’opinion algérienne ? Ils mettent ERADICATOR II dans le champ des opérations.

 

Djamaledine Benchenouf pour Tahia Bladi

Nous avons pris la liberté de modifier le titre original de cet article (Le retour, ERADICATOR II) qui s’adressait plutôt à un public algérien averti.

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