« Ainsi parle le Seigneur : mon fils premier né c’est Israël. »
Exode IV, 22.
La lecture intégriste du sionisme politique
Ce mythe c’est la croyance, sans aucun fondement historique, selon laquelle le monothéisme serait né avec l’Ancien Testament. Il ressort au contraire, de la Bible elle-même, que ses deux principaux rédacteurs : le Yahviste et l’Élohiste, n’étaient ni l’un ni l’autre des monothéistes : ils proclamaient seulement la supériorité du Dieu hébreu sur les autres dieux, et sa “jalousie” à leur égard : « Le Dieu de Moab : Kamosh, est reconnu (Juges XI, 24 et II Rois, 27) comme “les autres dieux” » (I.Samuel XXVII, 19).
D’ailleurs la T.O.B (1) souligne en note : « Très longtemps, en Israël on a cru à l’existence et à la puissance des dieux étrangers.» (p. 680)
Ce n’est qu’après l’exil, et notamment chez les Prophètes, que le monothéisme s’affirmera, c’est-à-dire que l’on passera des formules comme celles de l’Exode : « Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. » (XX,3) à celle qui ne se contente pas d’exiger l’obéissance à Yahvé et non aux autres dieux (comme il est même répété dans le Deutéronome : « Vous n’irez pas à la suite d’autres dieux. » (VI, 14)), mais qui proclame : « Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre. » (Ésaïe XLV, 22).
Cette affirmation indiscutable du monothéisme date de la deuxième moitié du VIe siècle (entre 550- et 539). Le monothéisme est en effet le fruit d’un long mûrissement des grandes cultures du Moyen-Orient, celle de la Mésopotamie et celle de l’Égypte.
Dès le XIIIe siècle, le Pharaon Akhenaton avait fait effacer de tous les temples le pluriel du mot “DIEU”. Son “Hymne au soleil” est paraphrasé presque textuellement dans le Psaume 104. La religion babylonienne s’achemine vers le monothéisme ; évoquant le Dieu Mardouk, l’historien Albright marque les étapes de cette transformation : « Quand on a reconnu que de nombreuses divinités différentes ne sont que les manifestations d’un seul Dieu… il n’y a qu’un pas à faire pour parvenir à un certain monothéisme.» (Albright. “Les religions dans le Moyen-Orient”. p. 159)
Le “Poème babylonien de la Création” (qui date du XIe siècle avant notre ère) porte témoignage de ces « derniers pas »: « Si les humains sont divisés quant aux dieux, nous, par tous les noms dont nous l’aurons nommé, qu’il soit, Lui, notre DIEU.»
Cette religion a atteint ce degré d’intériorité où apparaît l’image du Juste souffrant :
« Je veux louer le Seigneur de la sagesse… Mon Dieu m’a abandonné…
Je paradais comme un Seigneur, et je rase les murs…
Tous les jours je gémis comme une colombe et les larmes brûlent mes joues.
Et pourtant la prière était pour moi sagesse,
et le sacrifice ma loi.
Je croyais être au service de DIEU,
mais les desseins divins, au fond des abîmes, qui peut les comprendre ?
Qui donc, sinon Mardouk, est le maître de la résurrection ? Vous dont il modela l’argile originelle,
Chantez la gloire de Mardouk.»
Cette image de Job lui est antérieure de plusieurs siècles. Une image semblable du juste souffrant, celle de Danel (pas celui de la Bible hébraique) puni par Dieu et ramené par lui sur la terre, se trouve dans les textes ougaritiques de Ras Shamra, dans ce qu’on a pu appeler “La Bible cananéenne” antérieure à celle des Hébreux puisqu’ Ézéchiel cite Danel à côté de Job (Éz. XIV, 14 et 20).
Ce sont là des paraboles dont la signification spirituelle ne dépend nullement de la vérification historique. C’est, par exemple, le cas de cette merveilleuse parabole de la résistance à l’oppression et de la libération qu’est le récit de l’Exode : Il importe peu, que « le passage de la mer de roseaux ne puisse être considéré comme un événement historique», écrit Mircea Eliade et ne concerne pas l’ensemble des Hébreux, mais quelques groupes de fugitifs. Il est par contre signifiant que la sortie d’Égypte, dans cette version grandiose, ait été “mise” en relation avec la célébration de Pâques… revalorisé et intégré à l’histoire sainte du Yahvisme.
A partir de 621 avant J.C. la célébration de l’Exode prend en effet la place d’un rite agraire cananéen de la Pâques au printemps : la fête de la résurrection d’Adonis. L’Exode devient ainsi l’acte fondateur de la renaissance d’un peuple arraché à l’esclavage par son Dieu.
L’expérience divine de cet arrachement de l’homme à ses servitudes anciennes se retrouve dans les peuples les plus divers : la longue errance, au XIIIe siècle, de la tribu aztèque “mexica” qui après plus d’un siècle d’épreuves arrive dans la vallée sous la conduite de son dieu. Il lui ouvre la voie là où nulle route n’était jusque là tracée. Il en est de même des voyages initiatiques vers la liberté du Kaïdara africain. La fixation au sol de tribus nomades ou errantes est liée chez tous les peuples — en particulier au Moyen-Orient — à la donation de la terre promise par un Dieu.
Des mythes jalonnent le chemin de l’humanisation et de la divinisation de l’homme. Celui du Déluge, par lequel Dieu punit les fautes des hommes et recommence sa création, se retrouve dans toutes les civilisations depuis le Gilgamesh mésopotamien jusqu’au Popol Vuh des Mayas. Les hymnes de louange à Dieu naissent dans toutes les religions comme les psaumes en l’honneur de Pachamama, la déesse mère ou du Dieu des Incas.
Si un préjugé ethnocentrique n’y faisait obstacle, pourquoi, sur ces textes sacrés, qui sont, pour chaque peuple, leur “Ancien Testament”, ne déploierait-on pas une réflexion théologique sur les moments de la découverte du sens de la vie ? Alors seulement, le message de la vie et des paroles de Jésus atteindraient la véritable universalité : il serait enraciné dans toutes les expériences vécues du divin et non pas étriqué et même étouffé par une tradition unilatérale. La vie propre de Jésus, sa vision radicalement nouvelle du Royaume de Dieu, non plus portée par la puissance des grands, mais par l’espérance des pauvres, ne serait plus gommée au profitd’un schéma historique allant seulement des promesses de victoire faites à un peuple jusqu’à leur accomplissement.
Nous n’avons évoqué ici, dans leur antériorité, que les religions du Proche-Orient, au sein desquelles a germé le monothéisme et parmi lesquelles se sont formés les Hébreux.
Dans d’autres cultures, non-occidentales, la marche au monothéisme est plus ancienne encore.
Par exemple en Inde dans les Vedas : « Les sages donnent à l’Être Unique plus d’un nom » (Hymne du Rig-Veda III, 7). Vrihaspati : « C’est notre Père, qui contient tous les dieux. »III, 18
« Celui qui est notre Père, a engendré et contient tous les êtres. DIEU unique, il fait les autres dieux. Tout ce qui existe le reconnaît pour maître… Vous connaissez CELUI qui a fait toutes choses ; c’est le même qui est au dedans de vous. » (CXI, 11). « Ses noms sont multiples mais Il est UN. » Ces textes sacrés, s’échelonnent entre le XVIe et le VIe siècle avant Jésus-Christ, et le Père Monchanin (S.J.) dans son effort d’intuition pour les situer à l’intérieur des Vedas, les appelait : « le poème liturgique absolu. »
Mecanopolis
(1) Traduction oecuménique de la bible





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