Depuis le début du mois de mars, Philippe Grasset (Dedefensa), avec son sens inouï de l’analyse, a rédigé un une série d’articles qui permettent d’établir le lien entre la guerre en Irak et la crise économique aux USA. Nous en plaçons ici les points principaux :
1. L’emploi massif du crédit et de toutes les techniques possibles de dissimulation et d’absence de contrôle des dépenses pour financer la guerre, de façon à ce que cette comptabilité n’influence pas la structure officielle des dépenses publiques des USA, et, par conséquent, ne semble pas peser sur la situation générale des USA.
2. Ce n’est pas une guerre “au rabais” du point de vue du financement officiel mais une “guerre fantôme” du point de vue officiel. La structure des dépenses du Pentagone est très exemplaire de l’état d’esprit. Il y a eu, jusqu’en 2007, les dépenses “spécifiques” pour la guerre votées au coup par coup, détachées du budget “de fonctionnement” du Pentagone.
3. Cette méthode, supprimée en 2008, a eu l’effet supplémentaire d’introduire un formidable désordre dans la comptabilité d’un Pentagone déjà fameux pour son irresponsabilité comptable. L’absurdité, – ou l’hypocrisie c’est selon, – de séparer les “dépenses de la guerre” du reste, alors que toute la machine du Pentagone est engagée dans la guerre, a imposé un caractère complètement incontrôlable à toutes les dépenses de l’énorme Pentagone. Le caractère incontrôlable est aujourd’hui la marque structurelle propre du Pentagone. Ce “poste” budgétaire gigantesque évalué autour de $1.000 milliards par an est totalement hors de contrôle et ne permet plus, malgré son énormité, d’assurer les capacités nécessaires aux engagements de sécurité nationale des USA.
4. L’appel systématique à l’étranger et au secteur privé pour les fournitures de fonctionnement, voire d’activité de la guerre. Toutes ces dépenses ne participent pas directement et/ou d’une façon contrôlable aux dépenses publiques officielles US entrant dans le circuit économique général. C’est le produit d’une part d’une situation économique, parce que les USA sont devenus une économie de moins en moins productrice de biens; d’autre part, d’une illusion psychologique accordée à l’état d’esprit de la globalisation/américanisation qui suppose que the Rest Of the World est de facto intégré dans les perspectives de puissance des USA. Les dépenses US sont allées pour une part substantielle hors des USA et elles ont entretenu des économies extérieures à celle des USA.
5. Il n’y a pas un seul phénomène radical conduisant à une conséquence radicale (le “lien” guerre-situation économique devenu négatif, de solution de la crise devenant cause de la crise). Il y a une accumulation de tendances de type systémique qui reflètent la situation générale, qui ont été activées et renforcées dans un but politique et psychologique de dissimulation de la réalité américaniste pour créer une situation de type virtualiste.
6. Le but était de faire une guerre qui ne pesât pas sur la situation interne de la nation, selon la perception (juste) de la direction US que cette guerre n’était pas une “cause nationale” assez forte pour justifier un soutien matériel par une mobilisation de la nation, et que son introduction trop forte dans la vie intérieure des USA provoquerait une impopularité mortelle pour la guerre.
7. Cette attitude était déjà esquissée durant la guerre du Vietnam. (Robert McNamara a estimé que l’une des causes essentielles de l’impopularité de la guerre du Vietnam fut qu’elle n’apparut jamais comme une “cause nationale” nécessitant une mobilisation nationale.) Cette leçon de la guerre du Vietnam fut, avec l’Irak, retenue mais a contrario, pour être poussée à son extrême dans un sens fautif.
8. Le paradoxe est que la communication fut employée au maximum de sa puissance pour faire de l’Irak une guerre patriotique dans le cadre de la “grande” guerre contre la terreur (”cause nationale”, certes), mais en éliminant complètement le fardeau de cette démarche qui est la mobilisation de la nation.
9. Non seulement aucune mobilisation ne fut imposée mais tous les aspects économiques de l’effort de guerre furent dissimulées, notamment par le biais du crédit et de l’endettement, pour que la guerre ne semble avoir aucun effet direct sur le “train de vie” de la population US. Si chaque mesure individuelle put sur le moment sembler habile et efficace dans ce sens, le résultat général est catastrophique et exactement inverse à cause des caractéristiques du système. Cet appel général à des canaux économiques alternatifs, au crédit et à une production extérieure US en est la cause.
10. Le résultat est l’inverse de ce que la Deuxième Guerre mondiale avait provoqué: création ou accélération exponentielle de la crise au lieu de la résolution de la crise. La guerre en Irak est une guerre typique d’un système perverti qui engendre sa propre mise en question jusqu’à des effets suicidaires de sa logique.
Source : Dedefensa





0 Réponses vers “Du rapport direct entre la guerre en Irak et la crise financière aux Etats-Unis”