Bouteflika: Bonh..vas droit au but et dis moi ce que tu comptes faire de concret pour me stopper cette grève!Belkhadem: Barakallahou fika ya siyed araïss, lakad el ijraètes ellati…
Boutef: Droit au but j’ai dit! Épargne moi tes salamaleks et tes ijraètes!
Belk: Ces va nu pieds, ya siyed araïss, sont en train de prendre du poil de la bête. Si nous cédons trop vite à toutes leurs revendications, ils vont comprendre que nous sommes faibles et ils vont nous bouffer. Même les généraux, ya siyed araïss, nous ont ordonné de satisfaire à toutes leurs demandes, mais de le faire au compte gouttes, pour leur donner l’impression que c’est nous qui leur offrons ce qu’ils demandent, ces affamés! D’ailleurs, nous avons mis au point un dispositif qui nécessite la promulgation de 70 décrets pour les 4 centimes que nous allons leur donner. A ces agitateurs. En plus, ya emir el oumara, si on leur donne des salaires décents, ils ne vont plus prendre de bakchich et des fonctionnaires intègres, c’est dangereux dans un système comme le nôtre. Déjà qu’ils nous jalousent nos fortunes, ces envieux! Il faut absolument les pousser à la corruption. Par exemple, un inspecteur des impôts, qui contrôle des milliardaires et dont le salaire ne suffit même pas à nourrir ses gosses, c’est de la corruption assurée, et donc la tranquillité pour nous, puisqu’il devient notre allié quelque part, même s’il bouffe que des miettes.
Et zid beziada, ya fakhamat eraïs, nous sommes en train de les infiltrer avec nos syndicalistes fidèles et nos meilleurs biya3ines pour les faire imploser. C’est juste une question de temps!
Boutef: Tu n’as rien compris, comme d’habitude. Si ce ghachi apprend à s’organiser tout seul, sans nous, à se réunir, malgré nous, et à discuter de l’avenir, contre nous, il va finir par se réveiller définitivement et comprendre que le vrai décideur c’est lui. Capici? Et donc après ses revendications salariales, il va se dire qu’il peut gérer la baraque sans toi et tes pareils. Et pour commencer, il va organiser un mouvement de désobéissance civile, en commençant par une totale abstention aux prochaines élections présidentielles. Tu as pigé maintenant ou il faut t’expliquer avec des images?
Belk: Naam, naam, ya kheïr el oumma, oualakine il ne faut pas que tu t’inquiètes. Les jiniralètes sont d’accord pour qu’on règle le problème de la constitution juste entre nous, sans le ghachi. L’Apn, tu le sais bien, ya chemsou el bèchèria, acceptera tout ce qu’on lui proposera, même de t’élire directement pour un mandat à vie. Et si tu veux, nous pouvons même prévoir que tu pourras désigner un de tes frères comme ton héritier à la présidence. Ne t’inquiète pas, ya nour el ghrab, pardon, je voulais dire nour el gharb, nous sommes là et tu peux continuer à dormir tranquille.
Boutef: Mais tu es complètement à côté de la plaque, comme d’habitude. Tu ne vois donc pas que ton ghachi est en train de faire ce qu’il n’a jamais fait depuis 1962? Qu’est ce qu’il faut faire pour te réveiller? C’est pas moi qui dort, c’est toi! Ils vont nous balayer, te dis-je! Ils vont devenir une force. S’ils réussissent ce coup, ton FLN, ton RND, ton MSP, ton parlement et mêmes tes jiniralètes n’aurez plus qu’à vous trouver un pays de rechange. Finie la fête! M’entends tu? Yaaaaaaaw..
Belk: j’te jure, ya akbar arraïs 3rafathou el bèchèria, que tu t’inquiètes pour rien. Même ejiniralètes ne sont pas inquiets. La preuve est qu’ils continuent à s’occuper de leurs affaires comme si de rien n’était. Rien qu’hier ejiniral Boukerch et ejiniral Hergma m’ont demandé de faire passer deux lois qu’ils ont préparées et qui doivent leur ouvrir quelques nouvelles perspectives, dans l’aviation, dans la marine et au Sahara. Comme d’habitude quoi! Ça prouve qu’il n’y a pas péril en la demeure.
Boutef: Oh, tes giniralètes, ils sont comme toi. Ils ne voient rien que que le chemin qui mène à leurs poches. Sauf que eux au moins, ils ont le bâton toujours à portée de main. Tandis que toi, tu n’as que ta langue, et tu n’auras que tes yeux pour pleurer. La preuve, ça fait une heure que j’essaie de t’expliquer le fond des choses. Bonh. Maintenant, c’est moi qui décide. Pour une fois. Tu vas satisfaire à toutes leurs demandes. Fais leur une grosse avance sur salaire, mais arranges toi pour semer la zizanie parmi eux. Tu vois avec Sidi Saïd pour qu’il se tire. Il est devenu contre-productif. De toute façon, il est tranquille pour ses vieux jours. Dis lui qu’il pourra rester au Club des Pins et garder les autres résidences. Trouve le moyen d’injecter un peu d’argent dans la poche du ghachi. Il faut dégonfler la pression, sinon ca va nous péter dans la gueule. Il faut préparer le remplacement de quelques bouffeurs qui se sont trop fait remarquer. Prends en un dans chaque domaine! Des bellâtres de préférence. Ca fait toujours plaisir aux foules. Par exemple, un Hamraoui un Benbouzid, quelques gars de l’ouest aussi pour faire bonne mesure. Il faudra me préparer quelques shows télévisés avec des salles combles. Je te fais confiance pour ça. Vois avec les décideurs et surtout le général Afrit ce que je dois dire au sujet de l’armée. Ils croient toujours qu’on les oublie dans les discours. Demande lui combien je dois dire “hayallah el djich”. La dernière fois, ils ont accepté difficilement trois fois. Ils voulaient que je le dise dix fois. Arrange toi avec les boulahya pour qu’ils mettent un peu du leur. Il faut qu’on s’y mette tous pour endiguer cette protesta. Il y va de notre survie à tous. Il faut que tous le comprennent! Arrange moi un aparté avec les décideurs, parce que j’ai besoin de leur accord pour faire passer quelques lois qui pourraient les braquer. Explique leur bien que je ne franchirai jamais la ligne rouge, pardon les lignes rouges. C’est juste des réformettes qui ne toucheront pas à leurs intérêts. Mais on va faire du grand spectacle.
Belk: Il sera fait selon tes désirs, ya…
Boutef: Bon, bon, ça va avec la chita. C’est pas le moment. Ah, n’oublie pas de dire à l’UGTA de se réveiller. Il faut qu’ils changent leurs chefs qui se sont le plus enrichis. Ca fait désordre. Et puis, il faut aussi qu’ils laissent la place à ceux qui attendent. Et dis leur de ne plus se servir directement dans les caisses des mutuelles et du fond social. Qu’ils trouvent un moyen plus intelligent de bouffer l’argent des travailleurs. Mais pas comme Sidi Saïd!
Djalaledine Benchenouf, pour Tahia Bladi





très très drole mais qui sais peut-être qu’ils se parlent comme ça réellement bravo