L’indépendance du Kosovo proclamée dimanche commence à avoir le résultat escompté: le désordre. Ce sont d’abord les manifestations de protestation à Belgrade, qui ne se sont pas trompées d’objectif: l’ambassade US à Belgrade attaquée, avec quelques mises à sac et incendies. Le Guardian d’aujourd’hui fait un rapport sur ces désordres, qui pourraient s’étendre: «Furious Serbs protesting at western support for Kosovo’s unilateral declaration of independence set fire to the American embassy in Belgrade last night, as hundreds of thousands of demonstrators converged on the Serbian capital. The attack on the embassy came after hundreds of protesters, watched passively by police, peeled away from the main rally to invade the building in the centre of the capital, using sticks and metal bars.»
S’il y a un sujet qui fait l’unanimité dans les institutions européennes, principales machinatrices avec les USA de l’indépendance, c’est bien le Kosovo. «Il est impressionnant de constater combien tous les dirigeants européens, Solana, les Commissaires à la Commission, etc., combien tous sont persuadés que l’indépendance du Kosovo est une catastrophe absolue, nous dit une source à la Commission européenne. En plus des événements en cours, de l’attitude de la Russie, il y a la réalisation complète que le Kosovo n’a aucune structure étatique, que sa direction est un rassemblement de groupes mafieux et autres, que ce “pays” va devenir un trou sans fond pour les subsides européens qui serviront à alimenter toutes les activités illégales possibles. Pourtant, pas un seul de ces dirigeants européens n’a élevé la moindre objection publique devant la marche vers l’indépendance, appuyée par les pressions US. L’indépendance du Kosovo, c’est une cause sacrée de l’idéologie libérale et de l’opinion médiatique des élites moralistes européennes.»
En plus des perspectives à moyen terme, il y a les événements du court terme, et particulièrement l’attitude russe. George Friedman a publié le 20 février une analyse sur cette question, sur le site Stratfor (accès payant). Pour une fois, la directeur de Stratfor n’est pas optimiste quant à l’issue de la crise (par “optimisme”, nous entendons son habitude à estimer que, finalement, la puissance US imposera sa volonté). Dans son analyse, Friedman signale la réunion des pays de la CEI regroupés autour de la Russie aujourd’hui à Moscou et juge que cette réunion va peut-être déboucher sur des événements importants.
Friedman estime que la Russie a été poussée dans ses retranchements dans cette affaire du Kosovo, qu’elle ne peut pas ne pas réagir. Son analyse est fondée autant sur la psychologie de Poutine que sur la position et les intérêts géopolitiques de la Russie. Il envisage une issue éventuellement dramatique à la crise, avec la possibilité de l’intervention russe. Il faut noter, dans cet extrait qui conclut son analyse, l’appréciation assez juste que Friedman donne des motifs occidentaux, notamment européens dans cette affaire: pour le moins “unclear“, et en réalité un mélange d’inertie bureaucratique et de vision conformiste de la situation et de la Russie elle-même. Un exemple convaincant de l’impuissance occidentale dans la réalisation d’une politique dont personne ne contrôle vraiment l’orientation. Quelles que soit l’évolution de la situation, elle sera mauvaise pour la région et catastrophique pour la stabilité de l’Europe.





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