L’Europe, après le Liban, dans le collimateur

  • Ce qui me dérange dans tes écrits, c’est qu’ils sont prosyriens“, me dit un ami français. Prosyrien, moi ? C’est ce qu’on attribue aussi au général Michel Aoun, qui a passé trente ans de sa vie à lutter contre l’occupation syrienne. De quoi l’accuse-t-on ? On l’accuse d’avoir fait un accord avec le Hezbollah, représentant la plus grande communauté libanaise, accord qui a visé, dans cinq de ses dix clauses, à appuyer la souveraineté libanaise, par rapport à la Syrie, et a jusqu’à maintenant sauvé le Liban de la guerre civile et confessionnelle, guerre recherchée par les supposés amis des Chrétiens du Liban, devenus ânes de la fable, du XXème siècle à ce jour. L’Europe est candidate à les remplacer dans cette situation peu enviable, une fois le Liban mort et enterré. Je commence par un petit rappel :
  • Aperçu historique
  • 1948 : Les Arabes, forcés par l’empire britannique à se déclarer battus par les Israéliens, les populations palestiniennes sont chassées de leurs foyers et se réfugient dans les pays arabes avoisinants, dont le Liban.1967 : Guerre des six jours, occupation de Gaza et de la Cisjordanie, par les Israéliens, d’autres réfugiés palestiniens arrivent au Liban.1970 : L’OLP (organisation de libération de la Palestine), chassée de Jordanie commence ses opérations à partir du Liban et se heurte à l’Etat libanais, dirigé principalement par les Chrétiens du Liban. Les Palestiniens, voulant alors revenir chez eux, font la guérilla contre Israël et occasionnent des représailles israéliennes contre le Liban. Les Libanais sont alors divisés, sur des bases confessionnelles entre pro- et anti-Palestiniens. Du côté palestinien se rangent surtout les Sunnites et ceux qu’on a appelés les progressistes, composés des communistes et des partisans de la famille Joumblatt, appuyés par la Syrie. De l’autre, se trouvent les Chrétiens et le commandement de l’Armée libanaise dont je faisais partie. Les Occidentaux et les Israéliens qualifient alors les Palestiniens de terroristes.1973 : Henri Kissinger, alors Secrétaire d’Etat, fait la tournée du Proche-Orient et visite Hafez el Assad, dont il fait les éloges. Au Liban, il est reçu à la frontière syrienne, pour des raisons de sécurité. Il aurait alors fait la remarque qu’un état qui ne peut pas le recevoir dans sa capitale ne mérite pas d’exister. Il est accusé depuis, avec raison, d’avoir planifié l’occupation du Liban par la Syrie, occupation qui ne va pas tarder.1975 : Début de la guerre confessionnelle libanaise et de ma mission à Washington, comme adjoint à l’attaché libanais des Forces Armées : Les Américains qui traitaient les Palestiniens de terroristes, lorsqu’ils cherchaient à reprendre leurs terres et leurs biens, se rangent, vus de mon poste à Washington, de leur côté contre nous, et nous qualifient de « Chrétiens privilégiés voulant chasser les pauvres Palestiniens du Liban. Où iront-ils ? » La réponse pour moi était claire : ils devaient pouvoir retourner chez eux, en Palestine. En tous cas, ayant tourné leurs armes contre leurs bienfaiteurs, ils ne pouvaient plus rester au Liban.Ce fut à ce moment-là que je pus toucher du doigt ce qu’on appelle la « science de communication de masse » ou plutôt du « lavage de cerveau collectif » qui m’avait trompé et trompe encore les populations du monde, par la désinformation organisée des médias, dominés par les grands groupes militaro-industriels, énergétiques, bancaires et de BTP, liés de manière institutionnelle aux dirigeants des états de la planète. Les dirigeants des états riches et puissants installant au pouvoir leurs protégés et employés des états faibles et pauvres dont on veut voler les ressources.Ce fut à ce moment aussi que je compris que le Liban « delendus est » ou devait être détruit.1976 : La Syrie occupe une partie puis tout le Liban avec la complicité des Américains, des Israéliens et des Arabes.1990 : La constitution libanaise est changée sous la pression des Américains et des Arabes, surtout des Saoudiens, de manière à consacrer le mandat syrien sur le Liban et la direction du pays par le sujet du roi d’Arabie, le Premier ministre libanais, Rafik Hariri. Ce dernier crible le Liban de dettes avec la bénédiction américano-franco-saoudo-syrienne.2005 : Rafik Hariri est assassiné. Les Syriens quittent le Liban et les mêmes collaborateurs des Syriens sont placés à la tête du pays comme anti-syriens : Les Joumblatt, Hariri et la majorité parlementaire  nouvellement choisie… Avec eux, on a placé aussi les Sunnites pro Palestiniens, qualifiés aujourd’hui de proaméricains, tandis que Michel Aoun, l’éternel indépendantiste, est traité de prosyrien.

    Les contradictions de la politique américaine.

  • 11 septembre 2001 : Attentat de New York. Ben Laden et Al Qaeda sont accusés de ce crime et la guerre contre le terrorisme est lancée. Le monde entier appuie l’Amérique.
  • Contrairement à ce qu’on attendait, les Etats-Unis se détournent rapidement de leur « ennemi » principal pour aller s’attaquer, avec toutes leurs forces, à l’ennemi de leur ennemi, Saddam Hussein sous de faux prétextes. Ce qui laisse penser que Ben Laden et Al Qaeda, entraînés et financés, par eux et leur allié saoudien, ne les intéressaient plus ou n’étaient que des épouvantails utilisés pour terroriser leurs populations.
  • 2005 : Le parlement libanais, dont la majorité a été élue sous pressions américaine et occidentale, suivant une loi syrienne éliminant le vote chrétien, ce parlement, toujours appuyé par eux, libère, sans réaction occidentale, des dizaines de terroristes fondamentalistes sunnites, qui seront ensuite accusés d’actions terroristes au Liban et se battront de nouveau contre l’armée libanaise au camp de Nahr el Bared.
  • Elections américaines de 2004 et 2006 : Quelques jours avant le vote, Ben Laden apparaît à la télévision américaine pour menacer et terroriser les électeurs, qui élisent alors le Président Bush et les Républicains pour se rassurer.
  • 2006 : Israéliens et Américains trouvent que le gouvernement syrien ne peut pas être renversé, « car il serait alors remplacé par des intégristes sunnites ». Ils ont raison et si cela arrivait, les Chrétiens de Syrie seraient éliminés comme ceux d’Irak et de Palestine, tandis que le tour de ceux du Liban deviendrait très proche. D’ailleurs, le soupçon qui pèse sur le gouvernement sunnite libanais, c’est de s’appuyer sur les intégristes sunnites libanais et syriens.Quant à l’Irak, les Américains ont appuyé un gouvernement chiite, ami de leurs « ennemis » syro-iraniens.
  • Ceci est donc ma réponse à mon ami français : la vérité est souvent le contraire de ce que les médias et même vos services vous racontent. Le plan américain semble être, non point la démocratie, mais le chaos au Liban et au Moyen-Orient et cela assure plusieurs avantages pour les groupes multinationaux cités plus haut.
  • D’abord et en premier, le Liban, symbole de démocratie et de partage du pouvoir entre diverses communautés ne doit pas survivre dans un Moyen-Orient qui doit être assujetti au chaos, car:
  • - le chaos engendre des guerres qui ont besoin d’armes et ces groupes les fournissent;
  • - le chaos engendre des destructions et la nécessité de reconstructions coûteuses, que les sociétés de BTP se feront un plaisir de facturer aux plus haut prix, sans oublier qu’il faudra aussi des mercenaires de sécurité, lesquels en Irak sont plus nombreux que les soldats américains;
  • - le chaos au Moyen-Orient augmente les prix du pétrole et les gains des sociétés pétrolières;
    Ce n’est pas l’intérêt des Etats et des peuples américains et européens, mais celui des sociétés multinationales et des lobbies qui les contrôlent.
    Quant à la guerre civile libanaise, elle permettra l’occupation du Sud du Liban par Israël et l’accaparement de l’eau libanaise, plus précieuse que le pétrole, sans oublier que les eaux territoriales du Liban sont pleines de gaz, que les sociétés précitées se feront un jour un plaisir de soutirer.
    Non, je ne suis pas prosyrien. Je suis, avec mes concitoyens libanais, victime d’un plan où les Américains sont décideurs et dont certains Etats du Moyen-Orient sont les exécutants.

    Et l’Europe ?Les dernières nouvelles du Kosovo laissent penser que l’Europe est sur le chemin du communautarisme. La Yougoslavie a été divisée en Etats communautaires, l’un catholique, l’autre musulman et le troisième orthodoxe. Les derniers Serbes (chrétiens orthodoxes) du Kosovo vont en être chassés.
    Je demandais un jour à un ami sécuritaire français pourquoi la France s’alliait avec les anciens alliés de l’Allemagne nazie et s’attaquait à ses alliés traditionnels de Serbie. Il m’a répondu très simplement que c’était pour ne pas diviser l’Europe.
    Quant à la Turquie, une fois entrée en Europe, elle va être le cheval de Troie prévu par les Américains pour que l’Europe ne devienne jamais une puissance militaire.
    Cela était déjà apparu dans la constitution européenne (ou traité constitutionnel) refusée par les Français et dans laquelle la défense de l’Europe devait se faire « dans le cadre » de l’OTAN, c’est-à-dire dans un cadre où les Turcs ont la possibilité de poser leur veto à toute décision de défense européenne, à moins qu’on ne les accepte comme Européens à part entière.
    Est-ce que le nouveau traité, approuvé par les Parlements, a gardé cette clause ?
    Si cela était, les Européens devraient savoir qu’ils sont la nouvelle cible, surtout qu’au début des années 90 l’écrivain et économiste Paul Kennedy prévoyait que l’Europe serait la première puissance économique du XXIème siècle et qu’après cinquante ans, la première puissance économique deviendrait la première puissance militaire.
    Les Américains pouvaient-ils le permettre ?

 

Roger Akl 
Secrétaire Général Institut Tchobanian
Rédacteur en chef Europe et Orient

2 Réponses vers “L’Europe, après le Liban, dans le collimateur”


  1. 1 AKL Roger 16 mars 2008 à 12:21

    This is a new article by Roger AKL
    Liban : Maktoub
    Le rendez-vous de la dernière chance

    Le Parlement libanais a été appelé, le 25 mars, à élire un Président de la République qui puisse diriger une délégation libanaise au sommet arabe de Damas, prévu pour le 29 mars 2008. C’est le rendez-vous de la dernière chance, car les partisans et les appuis étrangers du gouvernement croyaient tabler sur ce sommet pour pousser la Syrie à « forcer la main » de l’opposition, en menaçant de boycotter le sommet des chefs d’Etat arabes. Or, aujourd’hui, ce plan a échoué à cause de (ou grâce à) ce que les amis arabes de l’Amérique ont qualifié « d’erreurs de la politique américaine », à commencer par l’envoi d’une flotte américaine dans ou près des côtes libanaises et surtout l’attaque vengeresse et meurtrière de l’armée israélienne contre Gaza.

    La carte perdue.

    Les gouvernements amis de l’Amérique, appuyant le gouvernement libanais (Egypte, Jordanie et Arabie saoudite), ne pouvaient plus se permettre de boycotter le sommet, de peur d’être jugés, comme traîtres, à la cause principale des Arabes, et fermés aux souffrances et aux malheurs du peuple palestinien, à tel point qu’un journal des Emirats Arabes Unis (supposés appuyer le gouvernement Siniora) a critiqué les « loyalistes » libanais, pour avoir raté une occasion en or.
    En effet, le Secrétaire général de la Ligue arabe, Amro Moussa, avait proposé un partage équitable du pouvoir entre l’opposition et les loyalistes, en donnant, dans le nouveau ministère, autant de ministres aux deux parties, laissant ainsi le futur Président de la République les départager en cas de désaccord. Le Président, accepté par les deux camps, était le général Michel Sleiman, que le monde entier semble avoir « élu » Président de la République libanaise. L’opposition avait accepté à regret et fut sauvée par le refus des représentants du camp loyaliste.
    La Syrie et l’opposition libanaise avaient aussi accepté une autre formule, consistant à élire un gouvernement neutre chargé d’établir une nouvelle loi électorale juste et d’organiser des élections législatives avancées, qui départageraient le gouvernement et l’opposition. Ce qui aurait permis de trouver la seule vraie solution démocratique qui consiste à demander l’arbitrage du peuple.
    Le gouvernement Siniora, que l’Occident qualifie faussement de démocratique, et ses partisans ont tout refusé. Qu’attendent-ils donc ?

    Les raisons supposées.

    Certains analystes ignorants et le gouvernement libanais tableraient sur une nouvelle attaque israélienne, contre le Hezbollah, tandis que les « troupes » loyalistes les attaqueraient par derrière. Il y en a même qui poussent le délire jusqu’à ajouter une attaque israélienne contre la Syrie, à partir du Golan, conjointe à une attaque iraqienne, visant l’occupation iraqienne de la région de l’Euphrate, et une attaque turque dans le Nord, pour une reconquête turque de la région d’Alep.
    Délire, car ils oublient que l’Iraq est dirigé par un gouvernement chiite, allié de l’Iran et de la Syrie, et que cette dernière est le seul débouché des réfugiés irakiens, surtout les chrétiens opprimés dans leur propre pays, « grâce » à l’imagination survoltée des néo conservateurs américains. Ils oublient surtout qu’Israéliens et Américains, protecteurs du gouvernement Siniora, ne voudraient surtout pas renverser le gouvernement Assad, au risque de se retrouver avec une nouvelle dictature fondamentaliste islamique dirigeant la Syrie., éliminant les chrétiens syriens alliés du régime, et se lançant dans une guerre anti-israélienne et anti-américaine religieuse, renversant sur son passage tous les gouvernements arabes dits « modérés » (Arabie saoudite, Jordanie, Egypte…sans oublier Messieurs Siniora, Hariri, Geagea, Joumblatt et compagnie.)

    Les leçons de l’Histoire récente.

    Nous retiendrons donc la première possibilité car elle rappelle l’attaque israélienne de 1982 contre le camp « islamo palestino progressiste », alors que les Chrétiens de la milice des Forces Libanaises l’attaquaient par derrière.
    Qu’est-il arrivé à ce moment-là ? L’armée syrienne fut chassée du Liban. L’armée israélienne prit Beyrouth d’assaut. Les alliés d’Israël, avec la complicité de cet Etat, massacrèrent ce qui restait des Palestiniens des camps de Sabra et Chatila, au Sud de Beyrouth, tandis que les troupes occidentales « multinationales » débarquaient. Tout le monde avait cru que le Liban allait basculer dans le camp occidental et faire la paix avec Israël.
    Le nouveau Président élu, Béchir Gemayel, chef des Forces Libanaises fut assassiné et son frère Amine fut élu. Ce dernier se sentait tellement fort de la protection occidentale, surtout américaine, qu’il se permit de menacer la Syrie dans les médias à partir des Etats-Unis où il avait été reçu triomphalement.
    Le reste est connu : Les Israéliens durent se retirer et laissèrent leurs « ennemis », les druzes de Walid Joumblatt, battre dans le Chouf leur alliés des « Forces Libanaises » de Samir Geagea, malgré l’aide de l’Armée libanaise envoyée à leur secours, par le Président Gemayel. Le Chouf fut perdu, ses églises (des centaines) furent brûlées et les chrétiens du Chouf (des centaines de milliers) perdirent leurs biens et partirent en exode, tandis que le Président Amine Gemayel, qui avait menacé de Washington, de «renvoyer sur Damas les obus lancés sur Beyrouth », devait se traîner en Syrie, la corde au cou, pour demander grâce.

    Taëf et l’arroseur arrosé.

    Ce fut ainsi que les Américains et leurs alliés libanais, dont les deux Présidents Gemayel, se rendirent responsables de la défaite libanaise et de l’accord constitutionnel de Taëf qui consacra l’occupation du Liban par la Syrie, d’un côté, Israël, de l’autre, et la défaite de l’Etat libanais et du pouvoir chrétien.
    Les gouvernements du « martyr » Hariri arrivèrent sur les chars syriens, endettèrent le Liban de dizaines de milliards de dollars (à leurs propres banques), pour rebâtir un centre de Beyrouth confisqué par eux, et dépensèrent des centaines de millions de dollars pour « ramener au Chouf les chrétiens déplacés»… En vain, car les « mauvaises langues » disent que l’argent fut donné aux occupants druzes et aux dirigeants de la « Caisse des Déplacés », tous partisans de Walid Joumblatt. L’argent fut utilisé pour récompenser les voleurs aux dépens des malheureux innocents chassés de chez eux
    Les troupes multinationales, attaquées et ensanglantées, replièrent bagages et s’enfuirent tandis que les troupes syriennes revenaient prendre position dans la montagne libanaise sous le nez des Israéliens, qui finirent par être chassés du Liban en l’an 2000. Les camps palestiniens se retrouvèrent, de nouveau, pleins d’armes et les chiites d’Amal et du Hezbollah commencèrent à s’armer pour libérer et défendre leurs villages occupés par les Israéliens et l’Armée (milice) du Liban Sud.
    La situation du Liban devint pire qu’avant le plan d’attaque israélien, planifié en conjonction avec celle des Forces Libanaises commandées par celui qui devint le Président élu « martyr » Béchir Gemayel. Les chrétiens perdirent tout : leurs biens, leur pouvoir, leurs églises et leur foi. Ils émigrèrent en quantités énormes, comme le firent avant eux les Chrétiens d’Iraq durant le mandat anglais d’entre les deux Grandes guerres, à cause de l’oppression des gouvernements des rois établis par les Anglais. Ces derniers finirent par quitter l’Iraq, tandis que le roi Fayçal d’Iraq et ses ministres furent lynchés et traînés par la populace explosant sous leur joug.
    Le remède utilisé était pire que le mal.
    Décidément les Anglo-saxons n’ont volontairement ou involontairement fait que du mal, à la fois, aux chrétiens, aux peuples et mêmes à leurs collaborateurs, gouvernements fantoches du Moyen-Orient.

    Les choix du gouvernement Siniora.

    Revenons au Liban. Aujourd’hui, le gouvernement Siniora et les chefs de milice, les chefs féodaux et les banquiers qui l’appuient doivent choisir entre :
    - Accepter de partager le pouvoir de façon démocratique avec l’opposition, en appelant à l’arbitrage du peuple, comme expliqué plus haut.
    - Laisser pourrir la situation et continuer à gouverner, vaille que vaille, sans président de la République ni Parlement.
    - Attaquer le Hezbollah sur ses arrières, tandis que les Israéliens et les Américains l’attaquent frontalement.
    Au vu de ce qui s’est déjà passé en 1982, je ne conseille pas la dernière option, car les alliés des Américains et des Israéliens, de ce temps là, se sont retrouvés très mal en point entre tués, assassinés, émigrés ou emprisonnés.
    Cela s’explique par le fait qu’on ne peut jamais se débarrasser d’une guérilla populaire à moins d’un génocide. Sans génocide, on ne pourra jamais enlever les armes de la main du peuple, qui se soulèvera toujours contre un gouvernement, collaborant avec l’étranger, pour le voler et l’affamer.
    Or, les génocides sont des crimes qui, comme tous les crimes d’ailleurs, finissent par se retourner contre leurs auteurs. On a vu le résultat du génocide du peuple juif perpétré par les nazis. Les Juifs ont beaucoup souffert, mais leurs souffrances les ont rendus plus riches et plus puissants, tandis que leurs assassins nazis sont devenus, comme Caïn, sans un endroit sur terre où se cacher « de l’œil dans la tombe qui (les) regardait ».
    Aujourd’hui, les génocides sont devenus presque impossibles, à cause des médias et de la globalisation. La preuve en est l’attaque de 1982 contre les camps palestiniens du Liban, résultant dans le débarquement des troupes multinationales et ce qui se passe aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie. Les gouvernements israéliens, surtout de droite, auraient bien voulu garder la Cisjordanie et en chasser les Palestiniens, mais cela ne pouvait se faire que voilé, caché, donc lentement, par la construction du mur, l’oppression, la faim, les attaques continuelles, les prisons collectives, entourées par des murs et des terres de colonisation. Mais tout ce qu’ils ont réussi à faire, c’est rendre les Palestiniens plus pauvres, plus nombreux et plus révoltés, alors que l’opinion mondiale, juive et même israélienne commence à se soulever contre ce manque d’humanité et à demander d’autres solutions plus pacifiques et moins sauvages. Comment donc accepter de provoquer, en plus, un génocide au Liban ?

    Quant à continuer à gouverner, sans l’approbation du peuple, ce serait jouer avec le feu. Je comprends que le gouvernement Siniora veuille le faire. Il a tellement volé en endettant l’Etat ; il a tellement affamé le peuple et tellement enfreint la constitution qu’il craint, avec raison, qu’une fois l’opposition au pouvoir, une fois la démocratie assurée, une fois le peuple ayant repris la parole, des voix se feront entendre, de plus en plus insistantes, pour demander des comptes.
    C’est pour cela que le gouvernement Siniora, appuyé surtout sur l’Amérique, est bien tenté de continuer à garder illégalement le pouvoir. Malheureusement pour lui, il serait en train de reculer pour mieux sauter. Le peuple est patient. Mais le jour où, poussé par la famine et le désespoir, il va exploser, gare à ceux du gouvernement qui seront encore sur son chemin. Ils jalouseront le sort du roi Fayçal d’Iraq et de ses acolytes.

    C’est Maktoub.

    Alors, la seule solution qui reste serait de s’entendre avec l’opposition sur une solution de partage démocratique du pouvoir avant le 25 mars 2008, faire élire le Président de la République et former un gouvernement de préférence neutre pour organiser de nouvelles élections démocratiques. Tout cela assorti de garanties de non poursuites et d’un exil doré en Arabie saoudite ou en Amérique.

    Il n’y en a pas d’autre (de solution). C’est MAKTOUB.

    Roger AKL
    Secrétaire général de l’Institut Tchobanian
    Rédacteur en Chef de la Revue Europe & Orient

  2. 2 AKL Roger 20 mars 2008 à 12:21

    Démocraties et comportements démocratiques.

    Monsieur Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, a donné une conférence à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) sur les démocraties, conférence qui m’a donné l’idée d’écrire cet article, car le sujet débattu est immense et peut ouvrir la porte à beaucoup de réflexion et de débats. Bien sûr, beaucoup de données sont basées sur les informations que j’ai recueillies ce soir là.

    Démocraties occidentales.

    Les démocraties occidentales, qui se disent l’exemple idéal pour les autres cultures, se réclament faussement de la démocratie grecque. Car, la démocratie grecque n’était démocratique que pour les « citoyens » de la cité, donc une partie de ses habitants, et n’était surtout pas juste envers ses esclaves. L’Occident, se voulant « laïque », a ignoré le fait que son idéal démocratique a été déduit de la religion chrétienne qui reconnaît à l’homme une valeur inestimable, car « créé à l’image de Dieu qui l’aime et lui a donné toute liberté de choisir ». C’est pour cela que l’Europe, en ignorant l’importance de son Histoire et de ses racines chrétiennes, pourrait mettre en danger sa propre démocratie, en croyant que son système politique pourrait satisfaire d’autres peuples de religions et de valeurs différentes.

    En effet, la démocratie ne peut pas s’appliquer à des cultures, dans lesquelles les religions voient en Dieu un être aimant, mais autoritaire, qui ordonne à l’homme de vivre et de se gouverner, suivant des règles religieuses écrites par Dieu lui-même, donc non discutables. Le résultat pourrait être qu’un changement démographique européen, dû à une immigration intensive ou à l’entrée dans l’Union Européenne, d’un pays n’ayant pas les mêmes racines culturelles et religieuses de l’Europe, pourrait nécessiter des changements dans les principes démocratiques européens, rendant nécessaire l’étude de l’expérience libanaise de partage de pouvoir, entre communautés religieuses diverses. Parmi ces changements, la règle de la majorité pourrait évoluer, changer ou être corrigée.

    La règle de la majorité et la légitimité.

    Comme tout système de gouvernement, la démocratie n’est pas parfaite, car l’idéal devrait être le bien de tous. Or, c’est la majorité qui gouverne et, humainement parlant, elle va se comporter de manière à servir ses intérêts propres et non les intérêts de ceux, parmi les citoyens, qui ont voté pour l’opposition.
    C’est pour cela que le gouvernement ne pourra vraiment être légitime que s’il se comporte en état de droit, pour le bien de toute la société. Ce qui est impossible par le simple vote des urnes. Il faudra donc ajouter à la règle de la majorité des principes de justice, d’équité, d’impartialité et d’adéquation à un certain nombre de valeurs, dans le service de l’intérêt général.
    C’est ce qu’en France et aux Etats-Unis, par exemple, on a cherché à satisfaire en créant un certain nombre d’institutions, indépendantes de la majorité et formées pour satisfaire ce but, ces principes et ces valeurs, en contrôlant les actions des gouvernements. On peut citer le Conseil Constitutionnel, le Conseil National Informatique et Liberté, le Conseil de l’Audiovisuel et des Commissions électorales indépendantes, en France, tandis qu’aux Etats-Unis on peut citer la Cour Suprême…
    Pourtant, malgré tout cela, on réalise que, dans les deux pays, il y a une sorte de scepticisme, de dégoût et de désenchantement populaires, par rapport aux « devoirs » démocratiques. Ce changement s’exprime dans les urnes, mais aussi dans le vieillissement de la population dû à son égoïsme étroit et à son hédonisme. Pourquoi ? Cela tiendrait au comportement des élites gouvernantes, associées aux élites de l’argent.

    Comportements des élites.

    Je vais commencer par la partie facilement visible de l’iceberg, celui de la politique étrangère et, comme je viens du Moyen-Orient, vis-à-vis de cette région que je connais très bien. Je ne vais pas remonter au déluge, ni même au temps, pas très lointain, des colonisations européennes de cette région. Je vais seulement parler des problèmes de l’heure.
    Après le 11 septembre 2001, l’administration Bush a tout de suite accusé Ben Laden et les Taliban et a déclaré la « guerre contre le terrorisme », qui s’avéra être la guerre contre tous les mouvements de libération, qualifiés de terroristes, lorsqu’ils sont contre les Etats-Unis ou leurs alliés, surtout israéliens.
    En même temps, ils ont déclaré la guerre contre les dictatures, affirmant vouloir démocratiser le Moyen-Orient. L’application pratique de ces politiques, a été la guerre pour les intérêts de groupes de pression américains et le renversement de dictatures ou d’Etats n’obéissant pas au gouvernement des Etats-Unis. L’Europe a suivi, tandis qu’Israël, Etat démocratique à la manière grecque, donc démocratique partiel, faisant la différence entre les droits des Juifs et ceux des Arabes, avait intérêt à pousser les Etats-Unis sur ce chemin.
    Le résultat dans le monde en a été un manque de crédibilité du choix démocratique des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux. Car, comment les croire quand :
    1 – Ils affirment lutter contre le terrorisme d’Al Qaeda et s’attaquent au régime de Saddam Hussein, ennemi de leur ennemi.
    2 – Ils inventent tous les mensonges possibles pour s’attaquer à l’Iraq, le plus grand étant de vouloir le bien du peuple iraqien alors qu’ils ont causé des millions de tués et blessés et des millions de déplacés.
    3 – De même, ils se disent les ennemis de la Syrie et de l’Iran, alors que l’Iran et la Syrie sont ennemis d’Al Qaeda et les alliés du gouvernement iraqien installé et appuyé par les Américains.
    4 – Ils disent vouloir la démocratie au Moyen-Orient, alors qu’ils sont alliés avec l’Arabie saoudite, financière de l’intégrisme sunnite, dont Al Qaeda et d’autres Jihadistes, et si « islamo fasciste » (Craig Unger dans House of Bush, House of Saud) qu’à côté d’elle l’Iran et la Syrie sont des modèles de démocratie.
    5 – Ils appuient un gouvernement et une « majorité » libanais, arrivés au pouvoir, grâce à une loi électorale injuste, éliminant le vote des chrétiens, sous la pression des Etats-Unis, des Etats Européens et de l’Arabie saoudite. Ce gouvernement injuste, inconstitutionnel et contredisant tous les principes et valeurs de la légitimité, par sa corruption et son asservissement à l’étranger, ne tient que parce qu’il est appuyé par les puissances précitées.
    Ce serait trop long de parler de l’Europe et d’Israël. Il suffit ici de dire que leur politique suit ou encourage la politique américaine qui est étonnamment nuisible aux intérêts mêmes du peuple américain et des peuples de ces puissances. Pourquoi ?

    Les démocraties transformées en corporatocraties.

    Beaucoup de penseurs, de journalistes et d’écrivains américains ont parlé de ce phénomène de déformation de la démocratie américaine. Ils l’analysent ainsi :
    Pour être élu aux Etats-Unis, comme Président, député ou sénateur, il faut beaucoup d’argent, surtout aujourd’hui où les médias manipulent l’opinion suivant la nouvelle « science de communication de masse » ou plutôt de lavage de cerveau collectif. Cet argent appartient aux grands complexes militaro-industriels, pétroliers et des BTP. De plus, ces grandes corporations contrôlent les grands groupes médiatiques et les lobbies, dont l’Israélien et le Saoudien (Rober Baer : « To sleep with the devil »). Comme aux Etats-Unis, les politiciens ont besoin d’argent pour être élus, ils sont fortement tentés d’accepter les desiderata de ces groupes. J’ai dit fortement tentés, mais, en fait, n’arrivent au pouvoir que ceux qui « succombent » à la tentation et font ainsi la politique des « maîtres » qui les ont fait élire.
    Aux Etats-Unis, les hauts fonctionnaires sont nommés par le parti gagnant. Ils suivent donc la politique des corporations.
    Ainsi, la politique américaine, de chaos au Moyen-Orient, devient logique et sert les intérêts de ces corporations :
    1 – La guerre d’Iraq qui coûte si cher au contribuable américain et massacre le peuple iraqien est une aubaine pour les sociétés et les Etats pétroliers (augmentation des prix du pétrole et utilisation de filons plus chers à exploiter, comme au Texas et au Canada). Ses conséquences de destructions et de guerres régionales, religieuses et ethniques sont synonymes de richesses pour les sociétés d’armement, celles des BTP et des sociétés industrielles car tout ce qui est détruit doit être reconstruit ou remplacé. Par contre, le peuple américain ploie sous les dettes et perd des dizaines de milliers de soldats entre tués et blessés. Certains économistes américains ont calculé que si la guerre d’Iraq s’arrêtait aujourd’hui, elle aurait coûté trois mille milliards de dollars, en comptant les indemnités pour les familles des morts, et, en plus, les soins pour les blessés et les invalides, durant des dizaines d’années.
    2 – Ces corporations et ces lobbies contrôlent la politique américaine, non seulement, par les élections, mais encore par les promesses d’emplois dans des postes importants dans leurs sociétés et leurs groupes, comme l’a expliqué l’ancien ambassadeur saoudien Bandar Ben Sultan (comme écrit par Robert Baer et Craig Unger). Ainsi, le parti au pouvoir assure l’avenir de ses politiciens et de ses fonctionnaires en cas de défaite aux élections.
    La politique américaine ne change pas tellement avec le changement de parti.

    Je laisse à mes lecteurs français ou européens d’en déduire ce qui a rapport aux démocraties européennes ou israélienne. Mais je parlerai de ce qu’on appelle le gouvernement « pro occidental et démocratique libanais ».

    Conclusion : Le gouvernement libanais et le message du Liban.

    Ayant été installé au pouvoir par les corporatocraties occidentales et par l’Arabie saoudite, il a agi pour défendre leurs intérêts et y asservir le Liban en l’endettant. Il y a réussi pleinement : le Liban ploie aujourd’hui sous les dettes aux banques, déjà toutes contrôlées par l’Arabie saoudite qui y contrôle aussi les médias.
    Amérique, Europe, Israël et Etats arabes « modérés » empêchent les loyalistes de former un gouvernement représentant toutes les franges de la population. Leurs agissements vont faire éclater le Liban, dans une guerre civile, ou le faire imploser sous les dettes. Entre-temps, tous ceux qui peuvent émigrer, c’est-à-dire la crème des Libanais, s’en vont pour enrichir des pays sous des cieux plus cléments.
    L’Europe, dont la population vieillit de plus en plus, par manque de naissances nouvelles, a besoin de plus en plus de nouveaux arrivants pour remplacer la main-d’œuvre manquante. Or, ces nouveaux immigrants ont d’autres valeurs, surtout musulmanes, dans lesquelles l’autorité de Dieu a une grande importance et est consignée dans leur livre saint, « le Coran ». Qu’en savent les Européens et leurs élites à part ce qu’on en dit dans les salons ou par des « spécialistes arabisants » payés par l’Arabie saoudite ? Qui a expérimenté la vie démocratique, entre musulmans et non musulmans ? Personne, à part les Libanais et, au moins durant une cinquantaine d’années.
    Malheureusement pour le Liban et pour l’Europe, l’expérience libanaise a été empêchée d’arriver à son terme, par les interférences continuelles de ses voisins et des grandes puissances.
    Si l’Europe veut y lire son avenir, comme dans une boule de cristal, elle ferait bien d’agir vite pour qu’on laisse les Libanais organiser leur vie politique comme ils l’entendent. S’ils arrivaient à vivre ensemble dans la concorde, l’Europe pourrait espérer le faire avec tous les apports étrangers dont elle a besoin.
    Si les Libanais, laissés à eux-mêmes, finissaient par s’entre-tuer, alors attention, Européens, l’apport de trop d’immigrants, aux valeurs différentes, pourrait résulter en de nouvelles mœurs politiques, inacceptables pour les indigènes devenus minoritaires, et déstabiliserait les pays européens.
    Agir vite veut dire se désolidariser du comportement « trucidaire » et suicidaire des Américains, en tentant de leur faire comprendre qu’il n’est ni dans leur intérêt, ni dans l’intérêt de l’Europe, ni même dans l’intérêt d’Israël, de poursuivre une politique de chaos génératrice de haine et de terrorisme. Au contraire, seules les vertus et les valeurs de justice, d’amour, de pardon et de fraternité peuvent transcender cette situation de crise en une paix régionale et même une coopération entre les Etats de la région.

    Roger AKL
    Secrétaire Général Institut Tchobanian
    Rédacteur en Chef de la revue Europe & Orient


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