Orwell à la rencontre du totalitarisme

 

Toute l’oeuvre de George ORWELL est marquée par son engagement politique : socialiste convaincu, il a assisté à la naissance du totalitarisme stalinien, il l’a vu à l’oeuvre pendant la Guerre civile espagnole, et n’a eu de cesse de le combattre.

« 1984 » et « La Ferme des animaux » ne sont pas des œuvres de pure imagination : ce sont des romans engagés, des outils de combat contre toute forme d’aliénation de l’homme par l’homme.

NAISSANCE D’UNE CONSCIENCE POLITIQUE

La conscience politique de George ORWELL naît avant la Deuxième Guerre Mondiale : c’est la confrontation de l’auteur avec l’extrême pauvreté qui en est la source.

Sergent dans la police coloniale britannique en Birmanie pendant cinq ans, le jeune Eric BLAIR, qui n’avait que 20 ans, a été dégoûté par les méthodes des colonisateurs. Démissionnaire, il est rentrée au Royaume-Uni avec un sentiment de culpabilité pour avoir été « l’exécutant d’un système d’exploitation et d’oppression ».
C’est peut-être pour cela qu’il décide à partir de l’automne 1927 d’explorer les quartiers les plus démunis de Londres, avec l’objectif d’en tirer des articles de presse pour faire connaître la terrible misère qui y règne. Pendant de longs mois il partage la vie des ouvriers et des clochards… « Dans la dèche à Paris et à Londres », qui est son premier livre [et le premier signé ORWELL], raconte ses pérégrinations parmi les déshérités. Publié en 1933, il a bon accueil dans la presse, mais aucun succès public. Pourtant ses descriptions effroyables des foyers pour SDF anglais marquent durablement le lecteur.
Outre son aspect documentaire, le livre permet d’assister à l’émergence de la conscience politique d’ORWELL : il y prône certes un réformisme naïf et un rien désuet, mais c’est surtout l’expression de sa volonté de communion avec les exploités qui est intéressante.

Son premier véritable coup d’éclat politique sera « Le quai de Wigan » [1937]. ORWELL y décrit avec une rare acuité la misère noire des mineurs frappés de plein fouet par la crise de 1929. Il a étudié de près les conditions de vie et de travail des prolétaires du Nord de l’Angleterre et prend fait et cause pour eux.
D’après Simon LEYS [cf. Bibliographie], il s’est véritablement converti au socialisme, qui est devenu sa religion d’athée, pendant l’écriture de ce livre.

Le premier des deux piliers de l’œuvre orwellienne est ainsi posé : devenu socialiste, ORWELL mourra socialiste. Mais pas, contrairement à beaucoup à l’époque, un socialiste extrémiste : il décrit d’ailleurs ce qu’il estime être l’échec du socialisme, qui a « attiré tout ce que l’Angleterre compte de buveurs de jus de fruit, de nudistes, de porteurs de sandales, d’obsédés sexuels, de quakers, de charlatans adeptes de la “vie saine”, de pacifistes et de féministes », ce qui explique, selon lui, la marginalité du socialisme chez les miséreux.

Dire que le livre sera très mal accueilli par les socialistes anglais est un doux euphémisme. Mais l’auteur n’en a cure, car il est déjà ailleurs : en Espagne. Il y arrive à la fin de l’année 1936, alors que la guerre civile et la révolution font rage. Cette expérience marquera ORWELL au fer rouge : il va y vivre le socialisme jusqu’au bout de ses erreurs. « 1984 » va naître en Espagne.

« La guerre d’Espagne et les évènements de 1936-1937 remirent les pendules à l’heure, et je sus dès lors où était ma place. Tout ce que j’ai écrit de sérieux depuis 1936 a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique. »

LA GUERRE DES ROUGES ET DES ROUGES

Flashback : lors de la décennie précédente, la Russie est devenue l’URSS. Staline a affirmé son pouvoir en marginalisant Trotsky. Les partis communistes bolchevisés d’Europe se sont presque tous « stalinisés », broyant impitoyablement toute opposition. Mais le trotskisme maintient une petite influence en Europe occidentale, et influence en particulier ORWELL. La guerre des rouges ne fait que commencer…

La crise de 1929 a ravagé l’Europe, et Staline, s’appuyant sur une main d’œuvre forcée, se lance dans de gigantesques travaux. Les visites officielles en URSS montrent une prospérité digne des plus obscènes villages Potemkine, et bon nombre d’intellectuels européens gobent le mensonge et deviennent des gogos du stalinisme.

Pourtant, en Espagne, le stalinisme n’a pas convaincu. La république espagnole, proclamée à peine cinq ans plus tôt, pratique un socialisme à visage humain et démocrate. Elle a fait passer le pays d’une arriération quasi-féodale au stade d’une démocratie parmi les plus avancées de l’époque. Séparation de l’Eglise et de l’Etat, école laïque, gratuite et obligatoire, régionalisation, réforme agraire, mariage civil et divorce, droit de vote des femmes et sécurité sociale. Voici ce qu’a réalisé la république en quelques mois à peine.

Un premier coup d’Etat militaire a déjà tenté de renverser la république espagnole. En vain. Mais en juillet 1936, les militaires réussissent leur coup : appuyé par le Portugal salazariste, le général Sanjurjo et d’autres généraux ont décidé d’en finir avec cette république de « rouges ». Pour eux, tous les socialistes sont dans le même chapeau. Ils ne voient pas que le mot de « rouges » est une totale absurdité, puisque le PCE [Parti Communiste Espagnol] est un parti marginal, appuyé par Staline, et qui a tout fait pour briser l’élan révolutionnaire…

Le gouvernement républicain, surpris, tarde à réagir, puis décide d’armer les ouvriers. Le pays est alors coupé en deux : une zone est contrôlée par les nationalistes, qu’on ne tardera pas à appeler les franquistes [essentiellement le sud et une partie de l'ouest], tandis qu’une autre zone est contrôlée officiellement par les républicains, dont Madrid, le Pays basque, la Catalogne ou l’Aragon.

L’Europe est très partagée sur ce conflit. La presse anglaise ne fait pas dans le détail – en particulier la presse conservatrice – car elle a toujours détesté le réformisme de la république espagnole. Elle dresse régulièrement des tableaux aussi apocalyptiques que mensongers d’une Espagne où les prêtres étaient exterminés et les religieuses systématiquement violées. De nombreux conservateurs britanniques soutiennent donc naurellement Franco.
A l’opposé, Aldous HUXLEY est l’un des seuls intellectuels, avec Simone WEIL, à soutenir les anarchistes espagnols.

ORWELL DANS LE CONFLIT

Lorsque ORWELL, accompagné de sa femme, arrive à Barcelone et, accrédité par l’ILP, s’engage dans les milices du POUM, il découvre sur place la révolution sociale mise en place par les républicains ; et ce qu’il voit dépasse toutes ses espérances.

En Catalogne, l’Etat avait ipso facto disparu ; les travailleurs avaient collectivisés les moyens de production [de la terre aux usines en passant par... les salons de coiffure]. Presque toute l’économie était autogérée.

« L’habituelle division de la société en classes avait disparu dans une mesure telle que c’était chose presque impossible à concevoir dans l’atmosphère corrompue par l’argent de l’Angleterre ; il n’y avait là que les paysans et nous, et nul ne reconnaissait personne pour son maître. [...] Nous avions respiré l’air de l’égalité. »
Hommage à la Catalogne – Ed. Ivréa, p.110

ORWELL va cependant rapidement devoir prendre parti dans le conflit qui commence à ronger les forces antifascistes.

Car les Républicains ne sont pas tous d’accord, loin de là : d’un coté, le PSOE et le PCE, souhaitent gagner la guerre d’abord – et faire la révolution ensuite. De l’autre, le POUM et la base de la CNT-FAI considèrent que guerre et la révolution vont de paire, et que seul le socialisme écrasera le fascisme.
Dans ce conflit, Staline cherche à influencer les républicains : il apporte un soutien logistique avec l’envoi de conseillers militaires et la fourniture d’armes ainsi que la mise en place des Brigades internationales. Il va ainsi vite devenir un personnage incontournable du conflit, via le PCE.
Les hommes du Kominterm vont noyauter les secteurs vitaux de l’Etat, à commencer par la police. Elle se constitue rapidement comme un Etat dans l’Etat, avec ses propres règles, ses propres prisons et ses centres de torture.

ORWELL est témoin de l’influence désastreuse de l’URSS stalinienne. En Catalogne, les apports de la révolution disparaissent. Les classes sociales réapparaissent, les mendiants et les bourgeois se côtoient à nouveau dans la rue. Les tensions politiques font de la ville une poudrière. La question n’est plus de savoir si le conflit va éclater, mais quand le conflit éclatera…

Le conflit interne aux Républicains explose au mois de mai 1937. Le défilé du premier mai avait été annulé à cause des tensions, et c’est deux jours plus tard que tout bascule. Des heurts éclatent quand la police tente de reprendre le central téléphonique aux mains de la CNT. C’est le début de la guerre civile dans la guerre civile. Cet événement va être l’occasion tant attendue par Staline pour écraser la révolution espagnole.

« Le gros agent russe retenait dans les encoignures, l’un après l’autre, tous les réfugiés étrangers pour leur expliquer de façon plausible que tout cela était un complot anarchiste. Je l’observais, non sans intérêt, car c’était la première fois qu’il m’était donné de voir quelqu’un dont le métier était de répandre des mensonges – si l’on fait exception des journalistes, bien entendu. »
Hommage à la Catalogne, pages 155-156

La propagande stalinienne va se déchaîner contre le POUM, dans le but de le légitimer son interdiction. Les principaux dirigeants du POUM sont arrêtés, et Andreu Nin ne réapparaîtra plus. Relayée par le Kominterm, le PCE se lance dans une campagne de propagande visant à faire passer Nin et le POUM pour des hommes à la solde du fascisme et du trotskisme.
En France, le journal « L’Humanité » salue la politique menée contre les « hitléro-trotskistes » du POUM ! la propagande stalinienne porte ses fruits…

En Catalogne, toute personne ayant eu des liens avec le POUM est dès lors soupçonnée de trotskisme. Tout trotskiste étant un traître à la solde de Franco, de Berlin et de Rome, c’est peu dire que sa peau vaut à peine les balles qui le fusilleront.
ORWELL assiste à la mise en place de la censure. Les journaux poumistes et anarchistes voient la plupart de leurs articles largement interdits, mais la censure imposait de ne pas mettre de blanc. Il fallait coûte que coûte remplir le journal. Etroitement contrôlés, les journaux étaient du coup contraints de reprendre la vérité du Kominterm !

Des archives rendues publiques en Espagne montrent qu’ORWELL était lui-même considéré comme un trotskiste potentiel. Les craintes qu’il a eu d’être liquidé étaient donc bien fondées. C’est avec tristesse qu’il quitte, avec sa femme, un pays où la terreur a éradiqué la révolution.

« Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain … éternellement.
[...] Et souvenez-vous que c’est pour toujours. Le visage à piétiner sera toujours présent. L’hérétique, l’ennemi de la société, existera toujours pour être défait et humilié toujours. [...] L’espionnage, les trahisons, les arrêts, les tortures, les exécutions, les disparitions, ne cesseront jamais. Autant qu’un monde de triomphe, ce sera un monde de terreur. Plus le parti sera puissant, moins il sera tolérant. Plus faible sera l’opposition, plus étroit sera le despotisme. »

George ORWELL, « 1984 »

RETOUR A LONDRES

Lorsqu’il revient en Grande-Bretagne, peu de temps après la Commune [CE QUE DIT « HOMMAGE A LA CATALOGNE »

« Hommage à la Catalogne » vaut tout d’abord pour la sincérité de son témoignage. ORWELL y raconte son arrivée en Espagne, son enrôlement dans le POUM et son expérience du front. Ce témoignage est ensuite suivi de deux analyses. L’une sur les partis politiques en présence en Espagne, et l’autre sur mai 1937.

ORWELL démonte avec soin tous les mensonges de la propagande. Les affirmations successives de pseudo-vérités contradictoires entre elles font immanquablement penser à l’épisode de la ration de chocolat dans « 1984 » : la radio annonce que la ration de chocolat est augmentée à x grammes, alors qu’en fait elle diminue et passe à cette fameuse quantité.

« Le plus effrayant dans le totalitarisme n’est pas qu’il commette des ”atrocités”, mais qu’il détruise la notion même de vérité objective : il prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir. »

L’influence espagnole se fera encore sentir chez ORWELL pendant la seconde guerre mondiale. Devant la menace d’une invasion de la Grande Bretagne par HITLER, il défendit la création de milices sur le modèle espagnol, dans le but de mener une guérilla contre l’envahisseur. Il ne se privera d’ailleurs jamais de critiquer l’URSS tout au long du conflit. Il n’en reconnaissait pas moins la nécessité de l’accueillir parmi les Alliés.

APRES LA GUERRE

Après la guerre, l’on assistera aux dernières manifestations littéraires de l’anti-totalitarisme d’ORWELL, à travers que sont « La ferme des animaux » et « 1984 » ses deux chef-d’oeuvres et ses deux plus grands succès de librairie.

« La ferme des animaux » est une fable directement inspirée de la révolution russe. Mais c’est aussi une œuvre profondément politique, et plus spécifiquement socialiste. ORWELL connaissait très bien le trotskisme, mais il ne fut jamais trotskiste. Son point de vue est que Staline n’a pas trahi la révolution russe, mais en est plutôt le produit. Marqué par le régime de terreur instauré en Espagne, ORWELL affirme là encore la nécessité démocratique du socialisme.

« Trotsky, en exil, dénonce la dictature russe, mais il porte sans aucun doute autant de responsabilité que n’importe quel dirigeant vivant aujourd’hui, et rien ne nous dit que sa dictature aurait été préférable à celle de Staline, même si c’est incontestablement un esprit d’une toute autre envergure. L’acte qui décide de tout, c’est le bannissement de la démocratie, c’est-à-dire de toutes les valeurs sous-jacentes à la démocratie ; du moment que vous avez décidé cela, Staline – ou en tout cas quelqu’un comme Staline – a déjà gagné. »

Ce propos d’ORWELL donne son sens profond à « La ferme des animaux », véritable charge contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique. ORWELL avait en mémoire le coup de force des bolcheviks qui devait les porter au pouvoir en décembre 1917 : des élections législatives avaient donné aux bolcheviks 175 élus sur 707 députés. Lénine, décidant de passer outre, avait dissout définitivement le parlement. La démocratie était bannie, et l’on sait ce qu’il advint par la suite…

Si « La ferme des animaux » est bien une charge contre Lénine, c’est avant tout une charge socialiste et démocratique et non une œuvre contre-révolutionnaire.

« 1984 »

« La vérité, c’est que toute guerre subit de mois en mois une sorte de dégradation progressive, parce que tout simplement des choses telles que la liberté individuelle et une presse véridique ne sont pas compatibles avec le rendement, l’efficacité militaires. »
Hommage à la Catalogne, page 168

Ce n’est donc pas par hasard qu’ORWELL a choisi un monde en guerre pour « 1984 ». Ce qu’il a vécu en Espagne l’a convaincu d’au moins une chose : le totalitarisme est une guerre. Guerre contre les exploités au nom des exploiteurs et pour l’exploitation, elle permet ainsi de contrôler efficacement la pensée.
C’est parce que les dirigeants tirent profit de la guerre que dans »1984 » le sinistre O’Brien peut éteindre sa radio : il est de ceux qui font la guerre, et non de ceux qui en pâtissent.
ORWELL a compris cela, parce qu’il a été témoin de l’acharnement de Staline et de Franco contre la révolution espagnole. Aux violences de mai 1937 répondait une campagne d’élimination physique des anarchistes, syndicalistes, et autres gens de gauche menée par les franquistes. Car le totalitarisme ne supporte aucune opposition, et en particulier aucune opposition révolutionnaire.
Si « 1984 » n’est nullement le testament politique d’ORWELL [7], il est le livre qui enfonce certainement mieux le clou de l’impératif démocratique du socialisme.

« Rien, selon moi, n’a autant contribué à pervertir l’idée originelle du socialisme que la croyance selon laquelle la Russie serait un pays socialiste et qu’il faudrait excuser, voire imiter, tous les actes de ses dirigeants. Voilà pourquoi, depuis dix ans, j’ai la conviction que la destruction du mythe soviétique est indispensable si nous voulons faire renaître le mouvement socialiste. »

Socialiste antitotalitaire, antitotalitaire au nom du socialisme et socialiste au nom de l’antitotalitarisme, ORWELL fut jusqu’à sa mort un révolutionnaire intransigeant. Seuls les Etats-Unis socialistes d’Europe lui paraissaient une réponse à ses impératifs politiques. Il alla même jusqu’à proclamer qu’il choisirait le camp des Etats-Unis en cas de guerre entre les deux géants. Son point de vue était simple : les EU était un Etat démocratique mais non socialiste, alors que l’URSS n’était pas plus démocratique que socialiste. ORWELL pensa même à un moment que les EU soutiendraient la création d’une Europe socialiste. S’il fut lucide sur l’URSS, il avait peut-être une certaine naïveté à l’égard d’Oncle Sam.

L’antitotalitarisme d’ORWELL est donc indissociable de son socialisme, et rien que pour cette raison, ORWELL est un auteur qui n’a rien perdu de son actualité. Près de 50 ans après sa mort, en 1996, alors que l’URSS n’existait plus, une misérable cabale fut montée contre ORWELL à l’aide d’un carnet (voir bibliographie). Cette attaque aussi misérable que crapuleuse, bien vite éventée ne peut que donner raison à Simon LEYS, à qui je laisse le mot de la fin :

« Mais en attendant, on est évidemment encore loin du compte : aujourd’hui, je ne vois pas qu’il existe un seul écrivain dont l’œuvre pourrait nous être d’un usage pratique plus urgent et plus immédiat. »

PETIT GLOSSAIRE

Brigades internationales : Elles furent mises en place par l’URSS, après la décision de Staline de rompre avec le comité de non-intervention. Ouvertes aux non-communistes [le futur chancelier allemand Willy Brandt, par exemple, s'y enrôla], et reconnue pour leur bravoure, elles n’en furent pas moins utilisées pour servir la politique cynique de Staline. Jacques CHIRAC a fait accorder aux brigadistes français le statut d’ancien combattant.

BCP : Parti conservateur britannique qui exerça le pouvoir au Royaume-Uni du début à la fin de la Guerre d’Espagne. L’aile droite du parti ne fit jamais mystère de ses sympathies pour Franco, bien que le parti défendit une ligne non-interventionniste.

CNT-FAI : Confédération nationale du travail [branche espagnole de l'Association internationale des travailleurs], syndicat anarchiste qui fusionna avec la Fédération anarchiste ibérique dès le début de la guerre.

Front populaire : Le Front populaire espagnol regroupait toute la gauche espagnole, du centre-gauche au POUM.
En France, le Front populaire est le nom du gouvernement dirigé par Léon Blum suite aux élections de 1936, qui regroupait toute la gauche française.
Blum voulait intervenir pour soutenir le Front populaire espagnol, mais dû renoncer devant l’hostilité des radicaux [centre gauche] et des conservateurs au pouvoir au Royaume-Uni.
Soucieux de conserver sa majorité et de ménager le Royaume-Uni, allié naturel en cas de guerre contre l’Allemagne, il n’intervint pas officiellement, mais favorisa en sous-main les livraisons clandestines d’armes au gouvernement espagnol.

ILP : Parti travailliste indépendant. Ce parti se situait non seulement à la gauche du Parti travailliste, mais aussi et surtout à la gauche du Parti communiste britannique. Très critique du stalinisme, l’ILP n’est pas pour autant un parti trotskiste.

Kominterm : Connu aussi sous le nom de IIIème Internationale ou Internationale communiste. Le mouvement regroupait tous les partis ayant souscrit aux 21 conditions édictées par Lénine. Le Kominterm deviendra très rapidement un outil au service exclusif de Moscou. Il fût dissout pendant la Seconde guerre mondiale par STALINE pour rassurer les Alliés. Le Kominform lui succèdera quelques années après la fin de la guerre.

Milices : Fondées spontanément par les syndicats et les partis politiques espagnols, elles furent la première force organisée à se battre contre les militaires factieux.
L’égalité de solde entre tous les miliciens était la règle. L’égalitarisme des milices et leur refus de la discipline militaire séduisirent grandement ORWELL, qui y vit un microcosme d’une société sans classe. La question de la militarisation des milices, soutenue avec ardeur par Staline, fut un des points majeurs du conflit entre les anarcho-poumistes et les républicains modérés.

NIN, Andreu : fondateur et dirigeant du POUM, il fut arrêté par les staliniens. Mort sous la torture sans parler, il fut vraisemblablement écorché vif.

PCE : Parti communiste espagnol. L’une de ses figures les plus connues est Dolores IBARRURI, dite La pasionaria, à qui l’on attribue le fameux No pasaran ! Ce parti était totalement inféodé à Staline et au Kominterm, dont il constituera l’un des relais politiques en Espagne. La pasionaria trouvera refuge en URSS de 1939 jusqu’à la mort de Franco.

POUM : Parti ouvrier d’unification marxiste. Sa ligne politique était proche de l’ILP. Le parti était surtout implanté en Catalogne, où il restait néanmoins marginal, mais néanmoins proche de la principale force politique régionale : les anarchistes. Trotski critiquera à de nombreuses reprises et parfois assez durement le POUM.

PSOE : Parti socialiste ouvrier espagnol. On y trouvait deux tendances : celle très à gauche de LARGO CABALLERO [qui soutenait officieusement la politique du POUM et des anarchistes], et celle plus droitière et proche du PCE incarnée par Juan NEGRIN.

PSUC : Parti socialiste unifié de Catalogne, parti stalinien inféodé au Kominterm.

Salazarisme : du nom de Salazar, le dictateur fasciste portugais. Son pays fut l’un des principaux appuis logistique à Franco. C’est du Portugal que décolla l’avion du général Sanjurjo qui, trop lourd à cause des bagages du général, s’écrasa peu après son décollage. La mort de Sanjurjo fit de Franco le chef de la junte militaire.


BIBLIOGRAPHIE

I – Sur la guerre d’Espagne

« La guerre d’Espagne » d’Antony BEEVOR
Historien militaire de formation, BEEVOR aborde la guerre d’Espagne sous tous les angles. Les aspects militaires, diplomatiques, économiques, politiques y sont traités avec une remarquable impartialité. Passionnant de bout en bout, érudit, remarquable et jamais pompeux ni ennuyeux cet essai se dévore comme un roman.
Tellement incontournable qu’il a été approuvé en bidihours.

« Hommage à la Catalogne » de George ORWELL
Ce livre est extrêmement intéressant. ORWELL ne fut jamais vraiment >confronté à la guerre, qui faisait rage autour de Madrid à l’époque où il était en Espagne. Son témoignage sur les conditions de vie au front et la révolution catalane est passionnant.
L’ouvrage se clôt sur deux analyses politiques, qu’ORWELL souhaitait mettre en annexe. La seconde, où il analyse la propagande est absolument passionnante.

II – Sur George ORWELL

« La politique selon ORWELL » de John NEWSINGER
Ouvrage passionnant, l’essai de NEWSINGER a en outre l’immense mérite de replacer ORWELL dans le contexte politique de son époque. Il revient également sur les diverses attaques dont ORWELL a été l’objet. Les pages consacrées à « 1984 » sont parmi ce qui a été publié de plus brillant sur ORWELL.

« George ORWELL : une vie » de Bernard CRICK
Disons le tout net, c’est LA biographie sur ORWELL. NEWSINGER critique parfois certaines assertions de CRICK sur la fin de la vie d’ORWELL, mais il reconnait l’importance capitale de l’ouvrage.

« ORWELL ou l’horreur de la politique » de Simon LEYS
Remarquable essai paru initialement en 1984 et réédité en 2006. LEYS brosse d’abord un portrait de l’homme et de l’œuvre, puis offre au lecteur un choix thématique de citations d’ORWELL. La réédition contient une annexe sur la fameuse affaire du carnet. Ce livre est peut-être la meilleure introduction à l’œuvre d’ORWELL, ainsi qu’à la lecture des ouvrages de CRICK et NEWSINGER.

« George ORWELL devant ses calomniateurs : quelques observations » [CO-EDITION Ivréa et l'Encyclopédie des nuisances]
Cette courte plaquette est consacrée à la fameuse affaire du carnet, et au démontage de la calomnie. Concis et cinglant.

[1] La Commune de Barcelone : c’est Jean-Patrick MANCHETTE qui comparera la situation barcelonaise de mai 1937 à La Commune parisienne. Les Versaillais étant les hommes de Staline, la Commune étant [ré]incarnée selon lui dans les poumistes et les anarchistes. Cette analogie nous paraissant d’une grande justesse, nous la reprenons ici.

Source : Le Cafard Cosmique


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