Le continent africain possède tous les atouts pour égaler les autres puissances économiques du monde car il a le potentiel humain et les richesses naturelles. Au niveau démographique, la population africaine qui double tous les 25 ans était 401 millions d’habitants en 1975 et environ un milliard d’habitants aujourd’hui. Cette croissance démographique assure à l’Afrique une population jeune et une densité favorable, notamment dans les zones rurales, à la mise en valeur des ressources disponibles. Les terres agricoles sont considérables, car le continent dispose de 12% des terres cultivables mais avec seulement 8% des hommes.
Le continent africain possède et les matières premières industrielles: phosphates, or, manganèse, cuivre, fer, bauxite, diamants… et les produits agricoles de base: café, coton, cacao. Il pourrait se suffire à lui-même en pétrole et en uranium. Le Nigeria est le premier producteur africain de pétrole mais aussi de palme, d’ignames, de mil et de sorgho et il en est de même de la Côté d’Ivoire qui est le premier producteur mondial de café et de cacao. Le tableau suivant donne un aperçu des ressources agricoles et industrielles de l’Afrique. Le pourcentage indique la part de chaque produit dans les ressources mondiales.(données tout à fait approximatives)
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RESSOURCES VIVRIERES 1-Ignames 96,7% 2- Manioc 36,9% 3- Huile de palme 31,8% 4-Arachides 26,8% 5-Mil 28,8% 6-Sorgho 15,7% 7- Maïs 7,7% 8- Canne à sucre 7,6% 9- Patates douces 4,9% 10- Noix de coco 4,6% 11- Riz 2,1% 12- Blé 1,9% |
RESSOURCES INDUSTRIELLES 1- Cacao 59,3% 2- Acajoun 54,1% 3- Sisal 44,4% 4- Noix de palme 41,0% 5- Café 24,5% 6- Graines de sésames 24,4% 7- Thé 10,9% 8- Coton fibre 8,9% 9- Coton graines 8,6% 10- Tabac — |
RESSOURCES MINIERES 1-Or 74,5% 2- Diamants 70,8% 3- Cobalt 56,2% 4- Chrome 44,0% 5- Manganèse 36,5% 6- Uranium 28,7% 7- Phosphates 26,0% 8-Cuivre 19,6% 9- Bauxite 14,8% 10- Pétrole 10,2% 11- Fer 7,9% 12- Étain 6,0 13- Charbon 3,7% |
La plupart des ressources minières de l’Afrique sont concentrées dans six pays pays comme le montre le tableau suivant:
PAYS TOTAL DES RESSORUCES AFRICAINES
| Afrique du Sud | Charbon, 93,9%, chrome, 79,3%, fer, 43,1%, manganèse, 67,2%, or, 94,9%, uranium, 40,6% |
| Zaïre | Cobalt, 80,4%, diamants, 39,1%, étain, 27,2% |
| Zambie | Cuivre, 52,1% |
| Nigeria | Pétrole, 33,8% |
| Maroc | Phosphates, 60,5% |
| Guinée | Bauxite, 91,6% |
La part de l’Afrique australe dans les réserves mondiales est considérable comme le montre le tableau suivant :
| Chrome:96%, Diamant: 89%, Platine: 71%, Or:50%, Cobalt: 40%, Manganèse : 37% | Vanadium:19%, Fluor: 17%, Uranium : 14%, Cuivre:13%, Amiante:6%, Antimoine : 5% |
L’Afrique est à l’origine de 5,1% du zinc dans le monde, de 6% de la bauxite(Guinée et Cameroun), de 6,2% du plomb, de 8,4% de l’étain(Zaïre), de 9,5% du fer, de 20% du cuivre(Zambie et Zaïre), de 20,9 de l’uranium(Afrique du Sud, Namibie, Niger, Gabon), de 32,2% du manganèse(Afrique du Sud, Zaïre et Gabon), de 32,9% du chrome(Afrique du Sud et Zimbabwe), de 41% du vanadium(Afrique du Sud), de 75,5% du cobalt(Zaïre et Zambie), de 76,6% des diamants(Zaïre, Afrique du Sud, Bostwana, Ghana, Centrafrique), de 79,2% de l’or(Afrique du Sud).
ET POURTANT L’AFRIQUE, UN CONTINENT QUI SE MEURT…
Si l’on se réfère aux Objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU, il y a en 2007, 41,1 millions de personnes vivant avec un dollar par jour et le nombre de personnes extrêmement pauvres qui était de 296 millions en 1999 s’élève à 298 millions en 2004. Le pourcentage des enfants des moins de cinq ans souffrant d’insuffisance pondérale est passé de 237 millions en 1990 à 348 millions en 2007 et devrait atteindre 403 millions en 2015. L’espérance de vie en Afrique est en moyenne de 55 ans et c’est en Afrique que le taux de mortalité enfantine est le plus élevé de tous les continents: 140 décès au cours de la première année pour 1000 habitants, un enfant sur deux meurt avant cinq ans. La maladie du sommeil frappe plus de 50 millions d’Africains, la rougeole tue chaque année en Afrique plus de 500 000 enfants et chaque jour qui passe, 12 000 enfants meurent de l’une ou l’autre des maladies suivantes: rougeole, diphtérie, coqueluche, poliomyélite, tétanos, tuberculose; soit 500 à l’heure.
Pourquoi l’Afrique est-elle devenue cette terre meurtrie et sinistrée et pourtant un continent possédant des richesses naturelles insoupçonnables? Les défenseurs de l’idéologie des droits de l’Homme ne peuvent tout de même pas sortir de leur chapeau, une énième ineptie en attribuant la faim, la misère et la mort qui frappent quotidiennement les populations africaines, au communisme, au stalinisme et au Goulag. Ce serait de leur part une pure escroquerie intellectuelle, car le communisme n’a jamais réussi à prendre pied dans cette région du monde. Les quelques nationalistes africains de tendance socialiste et marxiste ont été tout simplement liquidés physiquement en pensant tout naturellement à Patrice Lumumba.
Cela dit, on peut se demander après tout comment des enfants et des adultes peuvent souffrir de la sous-alimentation chronique et de la malnutrition quotidienne ou tout simplement mourir de faim dans un continent aussi riche en ressources agricoles et minérales. Et ce désastre humanitaire n’a cessé de prendre de l’ampleur au fil des années. Par exemple, entre 1961 et 1970, le taux d’accroissement annuel moyen de la production a été de 2,7% pour une croissance démographique d’environ 2,6% par an, soit une amélioration de la production vivrière nette de l’ordre de 0,1% par an. Entre 1970 et 1977, le taux d’accroissement annuel moyen de la production est tombé à 1,3% soit la moitié du taux enregistré entre 1961 et 1970, le taux de croissance de la population restant de l’ordre de 2,6% environ par an, soit une détérioration de la situation alimentaire de l’ordre de – 1,4% par an. L’Afrique tropicale qui se suffisait à elle-même en céréales en 1950, en importait 2 millions en 1960 et et 14 millions en 1980. En l’an 2000, l’Afrique ne couvrait que 60% de ses besoins alimentaires alors qu’en 1950 elle assurait son auto-suffisance alimentaire. Les importations de produits alimentaires ont augmenté parallèlement à la détérioration des productions vivrières et le commerce net des principales denrées alimentaires ne cesse d’enregistrer un déficit record. L’Afrique importe aujourd’hui plus de nourriture que l’Inde et la Chine et voilà que la vie d’un milliard d’Africains est à la merci d’un moindre aléa politique(régimes communistes au pouvoir ou voire un régime non marxiste mais hostile comme celui de Mugabe au Mozambique)) de la bourse du blé de Chicago ou du food power d’un ou deux États capitalistes comme les USA ou le Canada. La clé de l’explication de ce désastre alimentaire se trouve dans la destruction de l’agriculture vivrière des sociétés africaines et son remplacement par une économie extravertie spécialisée dans la culture et la production des seuls produits exportables. Le seul secteur de l’industrie de transformation des matières premières agricoles et minérales des pays africains s’est révélé incapable d’absorber l’onde de choc provoquée par l’exode rural massif à cause d’une technologie occidentale entièrement automatisée faisant l’économie d’une main-d’oeuvre locale. Il en est ainsi de l’industrie agro-industrie de contre-saison, melons, haricots verts, tomates, qui est elle aussi entièrement mécanisée et automatisée. C’est cette orientation néo coloniale des économies africaines qui est responsable de la famine en Afrique, car elle prive la paysannerie locale de son seul instrument de survie, la terre, nécessaire à sa reproduction biologique sans permettre pour autant aux paysans ayant opté pour des cultures maraîchères de contre-saison, de vivre du produit de leur travail puisqu’ils sont sous-payés. La sempiternelle rengaine des rentrées de devises pour les pays d’accueil, c’est de la poudre aux yeux, car les rentrées des devises ne résolvent en rien les problèmes des campagnes africaines affamées, du fait que les paysans spoliés n’en voient rien arriver qui puisse améliorer leur ordinaire et que l’on ne se nourrit pas seulement avec des devises étrangères. C’est encore une fois Franz Fanon qui a parfaitement analysé la nature de l’économie coloniale quand il observe que « la domination coloniale, on le sait, privilégie certaines régions. L’économie de la colonie n’est pas intégrée à l’ensemble de la nation. Elle est toujours disposée dans des rapports de complémentarité avec les différentes métropoles. Le colonialisme n’exploite presque jamais la totalité du pays. Il se contente de mettre à jour des ressources naturelles qu’il extrait et exporte vers les industries métropolitaines permettant ainsi une relative richesse sectorale tandis que le reste de la colonie poursuit, ou du moins approfondit, son sous-développement et sa misère »(Franz Fanon, Les damnés de la terre, op.cit.p.103)
Privés de leurs richesses agricoles, les peuples africains le sont aussi de leurs richesses minérales à juger par la faible part de leur secteur industriel dans le produit national brut qui n’atteint pas le 10%, un pourcentage largement en dessous du seuil requis de 30% pour classer un pays parmi les nations industrialisées. Cela est dû au fait que l’exploitation et la gestion des gisements des minéraux(fer, étain, cuivre,manganèse, bauxite etc.) sont entièrement aux mains des grandes firmes étrangères et que plus de la moitié des exportations du tiers-monde sont des échanges entre filiale et maison-mère ou filiales d’une ou de plusieurs multinationales. Ce qui paraît encore plus aberrant, c’est qu’un pays comme le Zaïre, un grand producteur de cuivre, qui ne dispose même pas d’une industrie électrique, est obligé d’importer le fil électrique de Bruxelles et de Paris. La Guinée, premier producteur mondial de la bauxite, achète de l’aluminium transformé par les entreprises et les multinationales étrangères et sa part ainsi que celles de tous les pays du tiers-monde n’atteignent même pas le 6% dans la production mondiale d’aluminium. Cette sous-industrialisation des pays africains et leur faible part dans la production mondiale des produits industriels finis ou semi-finis s’expliquent par l’absence d’articulation entre les différents secteurs de l’économie nationale, entre les systèmes de production et de consommation du secteur minier et ceux de l’agriculture. Mais cette absence d’articulation entre les différents secteurs des économies africaines est aussi l’héritage de l’économie coloniale et sa logique capitaliste qui privilégient les seuls secteurs économiques qui rapportent du profit au détriment des autres secteurs de l’économie nationale. Car, en effet, au lieu d’être investis dans les secteurs sous-développés de l’économie africaine et pour limiter le surendettement public vis-à-vis de la Banque Mondiale et du FMI, les profits des multinationales étrangères qui représentent parfois des pourcentages colossaux par rapport à l’investissement direct initial sont rapatriés vers des zones plus rentables du tiers-monde ou vers les métropoles capitalistes pour être placés (à rappeler que le capital, comme la propagande, ne doit jamais chômer,) notamment dans les immobiliers. A ces profits des multinationales, il faudra ajouter l’argent de la corruption des élites africaines et qui représente en fin de compte, selon des études, entre 5 et 10% du PNB de chaque pays. Bref, les vrais responsables de l’ordre meurtrier et génocidaire en Afrique et les causes du sous-développement économique de ce continent ne sauront être amputés ni à la démographie, ni à la culture, ni à la religion; le seul coupable a un nom, le colonialisme d’hier et le néo-colonialisme d’aujourd’hui. La seule différence entre le meurtrier d’hier et celui d’aujourd’hui, c’est que le premier tuait à visage découvert et d’une manière brutale alors que le second avance à visage masqué et tue beaucoup plus discrètement mais beaucoup plus efficacement grâce à une nouvelle technologie de pouvoir.





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