Comme nous l’avons vu, quand les services américains s’y mettent, dur de leur échapper… On parle ici bien entendu de Saddam Hussein. Mais, pour Ben Laden, c’est un autre cas. Il a beau être l’homme le plus recherché de la planète (et sûrement le plus haï des américains) voilà que la CIA et tous les services de renseignements ne peuvent mettre la main dessus. Aujourd’hui, beaucoup de questions se posent. Alors que sont montrés du doigt les services secrets pakistanais (ils protégeraient le chef d’Al-Quaida), on peut émettre certains doutes… Récemment, un documentaire quasiment passé inaperçu déclarait que par deux fois, les snipers français du Commandement des opérations spéciales (COS) avaient eu le chef d’Al-Quaida dans leurs lignes de mire, mais que l’ordre obligatoire pour pouvoir tirer n’est jamais venu du commandement américain. Ces informations sont confirmées par plus de trois membres du COS [1]. Pourtant, dans ce documentaire (Ben Laden, les ratés d’une traque, par Hamsa Press, voir l’extrait en bas de page) les deux journalistes (Eric de Lavarene et Emmanuel Razavi) ne mettent pas vraiment cette information en valeur et on doute quelque peu de la fiabilité de celle-ci.
Une autre information a attiré mon attention. Eric de Lavarene et Emmanuel Razavi déclarent que Ben Laden aurait pu être capturé ou assassiné à Tora-Bora lors du début de l’intervention. Cette information, elle, est beaucoup plus commentée et analysée. Pour étayer cette thèse, plusieurs personnes prendront la parole et, en particulier, un actuel général chargé de la sécurité de la région qui, à l’époque déjà, avait pris part à l’attaque contre le repère d’Oussama [2-3-4]. Sur le plan politique (et plus encore géopolitique), celle-ci se tient relativement bien. Ainsi, au lieu d’encercler le repère du terroriste, les Etats-Unis auraient attaqué sans réelle stratégie et, pire encore, en laissant tout le temps à Ben Laden de s’échapper. Cette information est aujourd’hui confirmée par un ancien de la CIA, Gary Bernsten, qui écrivit un livre, Jawbreaker en décembre 2005 et qui fut (on l’imagine bien) amplement soumis à la censure de la CIA. Pourtant, par le biais du très sérieux géopolitique.com, on connaît certains passages de Ben Laden, de sa traque :”Selon la version publiée par Gary Bernsten, l’équipe qu’il commandait sur le terrain a été techniquement en mesure de capturer ou d’éliminer le chef charismatique d’Al-Qaida au mois de décembre 2001, à proximité de Tora-Bora. Mais l’ancien employé de la CIA affirme que sa hiérarchie ne lui a pas permis d’agir.”
Difficile de remettre en question cette information puisque, comme on le voit, elle s’accumule avec beaucoup d’autres, moins fiables, mais qui traitent du même sujet et nous ramènent toutes au même point. De plus, il est aisé de comprendre en quoi la capture de Ben Laden pourrait être un frein à toutes les actions américaines dans la région (qui découlent tout officiellement de la lutte contre le terrorisme). Grâce à Michael Moore, on sait que le seul avion à s’être envolé le 12/09/01 était celui de la famille Ben Laden, mais on sait aussi que la CIA a, elle-même, armé le terroriste durant la guerre de résistance afghane contre l’invasion de l’URSS. On sait tout cela et pourtant toutes ces informations sont peu relayées et analysées… Mais cette dernière information venant de source sûre (documents à l’appui en provenance de la CIA) montre bien que ce que l’on nous montre n’est que la face cachée de l’iceberg (si certains en doutaient encore), et que nous devrons attendre de longues années avant qu’un journaliste ou un haut placé puisse (enfin) dénoncer tout cela, ou attendre que toutes ces informations soient déclassifiées ; si jamais elles doivent l’être…
Notes : extraits du documentaire Ben Laden, les ratés d’une traque :
[1] Soldat français voix masquée :
“C’est vrai, je peux en attester : en 2003 et en 2004, effectivement, nous avions Ben Laden dans la lunette. Le tireur disait : ‘j’ai Ben Laden’. On est dans le feu de l’action ; c’est la nuit. Il y a des tirs partout. On est planqué… On est enterré… Il faut remettre tout ça dans le contexte. Le temps que ce soit rapporté aux Américains… enfin, ce n’est pas de l’instantané. Ou alors le rapport a été bien fait, et là c’est un problème de décision et la décision elle est à Baghram, au quartier général américain. Le fait est qu’à ce moment-là, il y a eu une hésitation de commandement.”
[2] Abdullah : “[...] Sans compter qu’il y avait à ce moment des négociations avec les talibans pour qu’ils se rendent, ce qui lui a laissé tout le temps pour s’échapper.”
[3] Le seigneur de guerre Hadji : “Nous savons bien que les Américains ne sont pas particulièrement intéressés par sa capture.” [...] “Je pense qu’il ne s’est pas échappé. Quelqu’un lui a laissé la voie libre pour partir. Vous savez que les Américains ont les moyens de tout contrôler depuis l’espace aérien. Alors, comment ont-il pu louper les 70 personnes qui étaient avec lui ? Apparemment, ils les ont laissé fuir en leur laissant la voie libre.”
[4] Général Hadji Zaher :“C’est ainsi que nous avons stoppé nos opérations, simplement parce que Zaman nous a affirmé qu’il était en contact avec Ben Laden et ses hommes et qu’ils étaient prêts à rendre leurs armes.” [...] “Les combats ont alors repris et nous n’avons de fait arrêté personne. Alors pourquoi le plan des Américains était-il si faible ? Je ne le sais pas moi-même. Mais en tant que soldat de métier, je dois accepter les faits.”





Le Pakistan, base arrière d’Al Qaida
En six ans, les Etats-Unis ont versé 10 milliards de dollars au Pakistan pour l’aider à lutter contre le terrorisme et Al Qaida. Un bien mauvais calcul…
A la suite des attentats du 11 septembre 2001, Georges W. Bush déclarait d’un ton catégorique : « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous. » Il aurait mieux fait de dire : « ceux qui sont avec nous sont contre nous. » Dans sa « guerre contre le terrorisme », l’administration américaine s’appuyait en effet sur deux faux alliés : l’Arabie Saoudite, qui n’a jamais cessé de financer les extrémistes islamistes, et le Pakistan. Le président Musharaff, aujourd’hui au pied du mur, pratique depuis 2001 un double jeu retors.
Officiellement allié des Etats-Unis, le régime pakistanais a continué de soutenir en sous-main les talibans et de favoriser la sanctuarisation des dirigeants d’Al Qaida dans les zones tribales qui, théoriquement, échappent à son contrôle. Dans ce contexte, Washington a commis deux erreurs majeures, aux conséquences énormes : 1) Se détourner du dossier afghan, après le renversement du régime taliban, pour préparer l’intervention militaire contre l’Irak. La traque des dirigeants d’Al Qaida, leur neutralisation ainsi que celle des unités talibanes auraient certainement permis de réduire le niveau de la menace terroriste. 2) Cette erreur d’évaluation s’est doublée d’une confiance aveugle en la capacité affichée de Musharaff d’endiguer la menace islamiste. Entre 2001 et 2007, les Etats-Unis ont versé, dans le cadre de la lutte contre la terreur, plus de 10 milliards de dollars au Pakistan. Une large partie a été détournée par les militaires. Un expert militaire américain, récemment en tournée d’inspection dans ces zones tribales, a constaté, indigné, que les soldats pakistanais chargés de surveiller cette zone accidentée et enneigée, étaient équipés d’armes usagées et portaient aux pieds de pauvres sandales d’été.
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