Déjà sous pression de l’armée américaine, la branche irakienne d’Al-Qaeda est aujourd’hui à couteaux tirés avec une grande partie de l’insurrection irakienne, à laquelle elle a essayé d’imposer par la force -mais sans succès- son hégémonie.
Longtemps ignorée, cette guerre de l’ombre a été révélée à partir de 2006 par les communiqués des deux camps publiés sur Internet.
La guérilla a initialement accueilli avec faveur le renfort d’Al-Qaeda contre l’occupation américaine, mais les tensions ont commencé à monter dès 2005. Le conflit était en fait inévitable, estiment des analystes.
«Al-Qaeda a un agenda anti-américain global et planétaire. Les insurgés sont liés à la cause nationaliste. Leurs objectifs ne sont tout simplement pas les mêmes», explique à l’AFP Vali Nasr, chercheur au Council of Foreign relations.
Le conflit est «inexpiable entre ces deux formes de jihad fatalement appelées à se combattre sur le terrain», souligne l’universitaire français Jean-Pierre Filiu.
La présence dans les rangs d’Al-Qaeda de nombreux jihadistes internationaux, venus en majorité du Moyen-Orient, est également très mal vécue par les rebelles irakiens qui ont «ressenti durement cette nouvelle forme d’occupation», selon M. Filiu.
Enfin, la propagande et l’omniprésence dans les médias d’Al-Qaeda, «qui ne pèse pas plus de 5 à 10% de l’activité anti-américaine», agacent les mouvements insurgés, dont les combattants sur le terrain «se voient ainsi voler le bénéfice de leurs actions».
L’explosion début 2006 des violences confessionnelles entre milices chiites et sunnites a temporairement retardé la rupture entre les deux camps. A la faveur de ces violences, plusieurs factions ont même été attirées dans l’orbite d’Al-Qaeda, comme Ansar al-Sunna.
Mais la plupart des groupes rebelles, comme la puissante «Armée islamique d’Irak», ont prudemment gardé leurs distances.
La création en octobre 2006 par les affiliés d’Oussama ben Laden d’un «État islamique en Irak», a relancé la guerre ouverte.
Avec à sa tête un mystérieux Omar al-Baghdadi, dont l’existence n’a jamais été prouvée, ce califat virtuel est en fait dirigé par l’Egyptien Abou Hamza al-Muhajir, plus connu sous le nom d’Abou Ayyoub al-Masri.
La proclamation de «l’État islamique en Irak» avait notamment pour but d’isoler les factions sunnites rivales, et sans aucun doute de dissimuler aux yeux des Irakiens l’emprise des combattants étrangers.
L’opération a tourné court, les principaux groupes rebelles ignorant cette auto-proclamation du califat, avant de le rejeter.
L’Armée islamique a mené la fronde, publiant en avril 2007 un communiqué retentissant qui dénonçait les «pratiques illégitimes» d’Al-Qaeda, ses violences et son «arrogance». Sur le terrain, des affrontements fratricides ont opposé les combattants des deux camps.
Cet antagonisme s’est traduit par la formation en mai 2007 d’une nouvelle coalition d’insurgés, le Front de la réforme et du jihad (RFJ).
Le FRJ regroupe aujourd’hui les principaux mouvements nationalistes de la guérilla, dont l’Armée islamique, l’Armée des moudjahidine, le Front de la résistance islamique (JAAMI) et le Hamas en Irak.
«Il s’agit là d’une fêlure sans précédent au sein de la résistance sunnite, qui a mis en porte-à-faux Al-Qaeda, sans cesse obligé de justifier l’usage des attentats suicide ou l’enrôlement de combattants étrangers», observe dans un récent rapport la NEFA Foundation, un think-thank américain.
Cette rupture «a causé des dommages irréversibles à la crédibilité et à la réputation d’Al-Qaeda en Irak», selon cette source.
Longtemps resté à distance de la bataille, Oussama ben Laden est intervenu le 22 octobre, reconnaissant des «erreurs» commises par ses hommes tout en appelant l’insurrection sunnite irakienne à «unifier» ses rangs.
Ce dernier message «est en fait un aveu angoissé de la perte de terrain et de crédibilité de son organisation en Irak», selon M. Filiu. Et rien à ce jour ne montre que ben Laden a été entendu.





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