Une nouvelle fois, de simples citoyens algériens ont payé de leurs vies, à Batna, un acte irresponsable et criminel. Ils étaient venus, qui par curiosité, qui par oisiveté, qui par enthousiasme, qui pour un sandwich, acclamer la visite du “président”. En effet, en Algérie, le président gouverne d’une façon originale: il s’eclipse pendant quelques semaines et réapparait pour effectuer des “tournées d’inspection” hautement médiatisées avec leurs lots de bains de foule et de réprimandes publiques à l’encontre de ministres et responsables divers.
Nous ne saurons peut-être jamais ce qui a poussé le kamikaze de Batna à se faire exploser au milieu de la foule, quelques minutes avant le passage du cortège présidentiel. A-t-il agit par désespoir, voulait-il assassiner M. Bouteflika, était-il manipulé et par qui ?
Ce qui est sûr par contre c’est qu’on aura droit au même discours de la part du pouvoir algérien et de ses relais médiatiques : la “bête immonde”, les “terroristes d’Al-Qaida”, les “intégristes”…. s’en sont encore pris au peuple. M. Bouteflika s’est d’ailleurs empressé de faire porter la responsabilité de ce crime à des “parties étrangères” et a déclaré “qu’il est temps de combattre sans relâche le terrorisme”. Que de fois n’avons-nous pas entendu ce discours… Que de fois aurions-nous aimé croire que c’était vraiment le “dernier quart d’heure”. N’est-il pas évident que le pouvoir d’Alger ne peut prétendre résoudre la crise qu’il a lui-même générée ?
Le pouvoir d’Alger n’a en définitive réussi à ramener que le désespoir et la destruction. Ne pouvaient espérer le contraire que ceux qui ne connaissent pas sa nature et son incompétence.
Il est bien sûr facile de “dénoncer des terroristes” qui e cessent de frapper et n’ont pas le moindre de mal de recruter des volontaires. Nous aurons encore droit à des titres creux et haineux de la part d’une certaine presse qui porte une très lourde responsabilité dans les crimes commis en Algérie. Il y a quelques jours encore cette même presse appelait ouvertement au lynchage d’Ali Benhadj qui avait osé qualifier le défunt général Smail Lamari de criminel.
Au delà du fait que l’attentat de Batna pourrait très bien être la partie visible d’un conflit ouvert dans les plus hautes sphères du pouvoir algérien – rappelons-nous les terribles massacres qui ont précédé la “démission” de Zeroual – , il est devenu évident que ce pouvoir ne peut prétendre résoudre la crise algérienne. Il en est en fait le catalyseur permanent.
La dite “réconciliation” ne pouvait ramener la paix et la justice en Algérie, et encore moins la démocratie, l’Etat de droit ou la prospérité. Nous n’avons cessé de répéter que la fourberie des généraux baptisée “charte pour la paix et la réconciliation” était dangereuse pour l’Algérie car elle glorifiait des criminels et violait les droits de victimes. Le résultat se voit malheureusement jour après jour et la situation en Algérie ne cesse d’empirer.
La mégalomanie d’un président malade, l’absence de volonté politique sincère de résoudre la crise politique née du coup d’Etat de janvier 1992 et la dilapidation des biens de l’Algérie nécessitent un sursaut citoyen. On ne peut malheureusement attendre rien de bon de la part du pouvoir dans sa forme actuelle. On ne peut tolérer de voir l’Algérie sombrer sous les coups de boutoir des dictateurs, des corrompus, des incompétents et autres valets de puissances étrangères. On ne peut se contenter de dénoncer des “terroristes” et attendre de savoir qui seront les prochaines victimes innocentes d’une folie meurtrière manifestement tolérée ou même planifiée par des parties du pouvoir en place.
Que Dieu accepte dans Sa miséricorde les victimes innocentes de Batna et qu’il donne à notre peuple le courage, la clairvoyance et l’esprit de responsabilité qui le ménera à l’état de droit et de la légitimité.
Dr. Mourad Dhina
Membre du secrétariat de Rachad





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