« Quand les nains font de grandes ombres, c’est signe que le soleil décline » Proverbe chinois.
L’Autorité Palestinienne (AP) a démenti énergiquement des rapports de la presse israélienne alléguant que des entretiens secrets entre des négociateurs palestiniens et israéliens étaient sur le point d’aboutir à un « document pour un accord » montrant à quoi ressemblerait un accord final entre les deux bords.
Des officiels de l’AP ont déclaré à Al-Ahram Weekly que la direction palestinienne attendait toujours de savoir si l’état israélien avait pris « la décision stratégique de mettre un terme à son occupation des Territoires Palestiniens Occupés, ou s’il s’accrochait juste à la même vieille politique de tergiversation et de tromperie. »
Plus tôt cette semaine, un journal israélien avait affirmé qu’Abbas et Olmert discutaient un protocole d’accord couvrant la plupart des questions au coeur du conflit Israélo-Arabe telles que Jérusalem, les réfugiés et les frontières. Le document, selon l’article, serait présenté avant la conférence régionale de paix sponsorisée par les Etats-Unis et prévue pour novembre.
Cependant, toujours selon des officiels de l’AP, alors que les deux côtés ont trouvé un accord général concernant le principe d’un état palestinien, il n’y a aucune entente sur la forme d’un tel état, ses frontières et sa souveraineté.
« Nous essayons toujours de savoir si le gouvernement israélien est sérieux quant à la paix. J’espère que les perspectives générales seront plus claires dans quelques semaines », a dit Ahmed Subh, le fonctionnaire de rang le plus élevé au ministère palestinien des affaires étrangères basé à Ramallah. Subh a indiqué à Al-Ahram Weekly qu’il n’y avait toujours aucune « réponse claire » sur toutes les questions qui entouraient la conférence régionale en projet.
« Nous ne savons pas quand elle se tiendra exactement, nous ne savons où elle aura lieu, qui y participera, et nous connaissons encore moins la base politique sur laquelle la conférence s’appuiera. » L’incertitude palestinienne concernant cette conférence qui est vue par beaucoup d’observateurs comme le dernier espoir pour la paix pour beaucoup d’années à venir, est tout à fait justifiée.
Israël voudrait conclure avec le régime basé à Ramallah un accord restant vague, général et non-contraignant, accord qui avant tout maintiendrait ou même perpétuerait le statu quo pour beaucoup d’années et apportant en contrepartie « une amélioration importante » dans les conditions de vie des Palestiniens.
De son côté la direction palestinienne espère que la communauté internationale, avec en particulier les Etats-Unis, fera pression sur Israël pour convenir d’un calendrier pour en finir avec l’occupation israélienne commencée en 1967.
Selon la presse israélienne, les directives pour des négociations avec les Palestiniens sont limitées aux questions (considérées comme apolitiques) « locales » avec comme objectif immédiat « l’affaiblissement du Hamas » en resserrant encore sur la bande de Gaza le blocus déjà très éprouvant. Dans le même temps, Israël cherchera une normalisation sans cérémonie avec les états arabes afin de former un « plus large contexte diplomatique » qui faciliterait « des développements plus positifs » dans l’arène israélo-palestinienne.
Pour sa part, Olmert, tout en essayant de maintenir autant que possible le fossé existant entre le Hamas et le Fatah afin d’affaiblir la position palestinienne générale vis-à-vis d’Israël, est néanmoins dans une situation inconfortable voyant certaines cartes qu’il utilisait pour faire diversion et faire peur — le Hamas, ou « le terrorisme » — lui glisser des doigts.
Selon les israéliens, leur premier ministre cherchera à convaincre les américains et les européens que la communauté internationale doit d’abord aider l’AP à créer une base économique saine sans laquelle n’importe quel accord de paix s’avérerait précaire. Israël aurait proposé que l’occident et les riches états arabes pétroliers aident l’AP à mettre en place « un système étendu d’assistance sociale » en Cisjordanie afin de gagner plus d’appui populaire que le Hamas et ainsi remporter des élections.
Ce plan, récemment remis aux principaux responsables de l’AP lors d’une conférence tenue portes closes à l’institut pro-israélien de Washington pour la politique proche-orientale [Washington Institute for Near East Policy], envisage l’adoption par l’AP des méthodes de gestion du Hamas en distribuant directement l’aide à ceux qui en ont besoin, afin de retourner l’opinion publique en faveur du Fatah.
Inutile de dire que l’AP, tout en étant disposée à écouter, n’est pas vraiment enthousiaste vis à vis de ces manoeuvres, sa conviction étant que l’occupation israélienne est la principale sinon l’unique raison de la détérioration et de la situation économique et de la pauvreté dans les territoires occupés.
En outre, un rétablissement économique à longue terme en Cisjordanie et laissant de côté la bande de Gaza demanderait beaucoup d’années pendant lesquelles Israël est susceptible de créer encore plus de colonies, d’étendre celles qui existent déjà et de finaliser la judaïsation de Jérusalem-est. Et enfin, vu l’expérience passée, aucune future administration américaine républicaine ou démocrate ne sera disposée ou même simplement capable de forcer Israël à respecter le moindre accord.
Les fonctionnaires de l’AP se rendent compte de la tactique d’Olmert pour gagner du temps et des problèmes auxquels il fait face dans sa faible coalition politique aussi bien que dans l’opinion publique israélienne. Abed Rabbo, officiel de l’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] a indiqué au journal Al-Hayat édité en langue arabe à Londres : « si Israël persiste dans son refus de débattre des questions centrales, la conférence de paix échouera. »
Certains observateurs pourraient être tentés d’accorder à Olmert le bénéfice du doute, estimant qu’il peut vouloir entrer dans l’histoire comme premier ministre de paix et non comme premier ministre de guerre. Il est évident cependant qu’il y a très peu d’éléments justifiant dans l’avenir un retournement israélien vis-à-vis des Palestiniens.
Ghassan Al-Khatib est un ancien ministre palestinien du travail. Il explique que le gouvernement israélien d’Olmert n’est aucunement en position de conclure une véritable paix avec les Palestiniens. « Ils essayent d’éluder les vraies questions autant que possible. Par conséquent l’Autorité Palestinienne ne devrait jamais accepter un arrangement ou accord qui laisserait les questions fondamentales sans solution parce que cela signifierait que l’occupation demeurerait intacte », a-t-il déclaré à Al-Ahram Weekly.
Interrogé pour savoir comment selon lui le possible échec de la conférence régionale affecterait la situation politique dans la région, Khatib est d’avis que « les joueurs impliqués » essayeront de donner à cette conférence l’apparence de la réussite. « Vous savez que la plupart des politiciens sont des menteurs et des escrocs ; ils essayeront probablement de donner [à cette conférénece] l’apparence du succès. Cependant la chose importante n’est pas l’apparence, mais l’impact sur la réalité. En bref, si la conférence échoue aux yeux des peuples, elle échouera même si elle parait réussir aux yeux des gouvernements. »
Une des raisons principales de ce manque d’optimisme est le fait qu’Ehud Barak, ministre israélien de la défense et dernier mais implacable associé politique d’Olmert, n’est aucunement disposé à des entretiens avec les Palestiniens pour déterminer un statut final. Barak est persuadé qu’Israël n’a aucun associé pour un accord de paix définitif et il estime avoir besoin d’au moins de cinq ans pour remettre l’armée israélienne sur pied après la guerre de l’an passé contre le Hezbollah.
La conclusion, selon Yoel Markus, un vieux commentateur israélien, est que « le pays est entré dans l’ère d’une direction politique minable en ce qui concerne sa qualité, sa motivation et sa capacité à mettre un terme à l’occupation. » Écrivant dans Haaretz daté du 21 août, Markus a résumé comment il voyait Olmert en citant un proverbe chinois : « Quand les nains font de grandes ombres, c’est signe que le soleil décline. »
Traduction : Spencer Delane
Version anglaise :
Puny politicians with big shadows
The sun is setting on the much-touted autumn peace conference, says Khaled Amayreh
The Palestinian Authority (PA) has strongly denied Israeli press reports alleging that secret talks between Palestinian and Israeli negotiators are about to yield a “document of understanding ” as to what a prospective final-status solution between the two sides would look like.PA officials told Al-Ahram Weekly that the Palestinian leadership is still waiting to find out if Israel has taken “a strategic decision to end its occupation of the occupied Palestinian territories, or is just clinging to the same old policy of prevarication and equivocation.”Earlier this week, an Israeli newspaper claimed that Abbas and Olmert were discussing a memorandum of understanding covering most of the core issues of the Arab-Israeli conflict, such as Jerusalem, the refugees, and borders. The document, the paper said, would be presented before the American-sponsored regional peace conference slated to take place in November.
However, according to PA officials, while the two sides have a general agreement pertaining to the issue of Palestinian statehood, there is no agreement at all on the shape of such a state, its borders and its sovereignty.
“We are still trying to find out if the Israeli government is serious about peace. I hope that the general outlook will be clearer in a few weeks,” said Ahmed Subh, the highest-ranking official at the Palestinian Foreign Ministry in Ramallah. Subh told the Weekly that there still were no “clear answers” to all the questions surrounding the putative regional conference.
“We don’t know when exactly it will be held, we don’t know its venue, who will participate, and we certainly don’t know the political reference by which the conference will be bound.” Palestinian incertitude regarding the conference, dubbed by many observers as the last hope for peace for many years to come, is clearly justified.
Israel would like to reach a vague, general and open- ended agreement with the Ramallah-based regime which would very much maintain or even perpetuate the status quo for many years to come in return for a “dramatic improvement” in Palestinian living conditions.
On the other hand, the Palestinian leadership hopes that the world community, especially the United States, will pressure Israel to agree on a timetable for ending the Israeli occupation that began in 1967.
According to the Israeli press, the guidelines for negotiations with the Palestinians are restricted to “local” (presumably non-political) issues, with the immediate goal being “weakening Hamas” by way of tightening the already tight blockade on the Gaza Strip. Moreover, Israel will seek informal normalisation with Arab states for the purpose of forming a “broader diplomatic context” which would facilitate “more positive developments” in the Israeli-Palestinian arena.
On his part, Olmert, while trying to perpetuate the Hamas-Fatah rift for as long as possible in order to weaken the overall Palestinian position vis-à-vis Israel, is nonetheless uncomfortable seeing the Hamas and terror cards, which he was addicted to using as diversionary and red-herring tactics, slipping through his fingers. He is resorting to so-called prioritisation tactics.
According to Israeli officials the Israeli premier will seek to convince the Americans and Europeans that the world community must first help the PA create a sound economic base, without which any peace settlement would prove to be precarious. Israel reportedly has proposed that the West and oil-rich Arab states help the PA create a “strong welfare system” in the West Bank to win elections and gain more support than Hamas.
The plan, which was recently handed to senior PA officials during a closed conference at the pro-Israeli Washington Institute for Near East Policy, envisages the adoption by the PA of Hamas’s economic methods of distributing assistance directly to the needy, in order to influence public opinion in Fatah’s favour.
Needless to say, the PA, while willing to listen, is not really enthusiastic about these tactics, given its principled conviction that the Israeli occupation is the main, if not sole reason for economic deterioration and poverty in the occupied territories.
Moreover, a long-range economic recovery in the West Bank, let alone the Gaza Strip, would take many years during which Israel is likely to create more settlements, expand existing ones and complete the Judaisation of East Jerusalem. In addition, no future American administration, whether republican or democrat, would be willing or even able to force Israel to abide by any agreement, given past experience.
PA officials are aware of Olmert’s stalling tactics and the problems he is facing within his own weak coalition as well as in the larger public arena in Israel. PLO official Yasser Abed Rabbo told the London- based Arabic newspaper Al-Hayat that, “if Israel continues to refuse to discuss the core issues, the peace conference will fail.”
Some observers might be tempted to give Olmert the benefit of the doubt, arguing that he may want to go down in history as a peace prime minister and not as a war prime minister. However, it is obvious that there is very little if anything that would justify an Israeli turnabout vis-à-vis the Palestinians in the foreseeable future.
Ghassan Al-Khatib is a former Palestinian minister of labour. He argues that the Israeli government of Olmert was in no position to make a genuine peace with the Palestinians. “They are trying to evade the real issues as much as possible. Hence, the Palestinian Authority must never accept any arrangement or agreement that would leave the fundamental issues unresolved because then the occupation would remain intact,” he told the Weekly.
Asked how he thought the possible failure of the regional conference would affect the overall political situation in the region, Khatib opined that the “involved players” would try to make it look successful. “You know most politicians are liars and deceitful, so they probably would try to make it look successful. But the important thing is not the show, but the impact in reality. In short, if the conference fails by the people’s standards, it will fail even if it succeeds by the governments’ standards.”
One of the key reasons for the absence of optimism is the fact that Israeli defence minister and Olmert’s junior but implacable political partner Ehud Barak is in no mode for final status talks with the Palestinians. Barak believes that Israel has no peace partner for a permanent status agreement and needs at least five years to get the Israeli army back on its feet following the war with Hizbullah last year.
The conclusion, according to Yoel Markus, a veteran Israeli commentator, is that “the country has entered an era of poor leadership, with respect to its quality, its motivation and its ability to put an end to the occupation.” Writing in Haaretz 21 August, Markus encapsulated his view of Olmert by citing a Chinese proverb: “When little people cast a big shadow, it is a sign that the sun is setting.”





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